PLUSIEURS TABLEAUX D*UN GENRE DISCRÉDITÉ
— Frandne, viens-t'en avec ta Duclos. Je vas jusqu'à Préchamps chez la mère César. Elle te donnera plein les bras des fleurs pour ta chambre. Tu t'en viens avec ta Duclos, ma chérie belle ?
Francine acceptait et, gentille, cherchait Marat pour prendre congé sur une caresse.
La Duclos l'entraînait.
— Ah I laisse-le, il fourgonne Je ne sais quoi dans son cellier ou à la poudrière. Il a tant à (aire, avec sa manie de se donner du tracas pour rien, qu'il ne s'apercevra seulement point de notre absence*
Là-dessus, elle en avisait à grande voix l'entrepreneur :
— Monsieur Marat I... Ne nous cherchez point. On sort, Francine et moi. Jusque chez la mère César qu'on va. On sera rentrées sur le coup de cinq heures.
Elle n'attendait pas que le maître lui répondit et, prenant Francine par le bras, elle la poussait sur la route en afiectant des allures {arces afin de cacher sa grand'hate.
Tout cela était calculé* Satisfaite de son stratagème die eut été tout à faiit contente de savoir que l'entrepreneur l'entendait et saurait profiter de la belle journée, mélancolique un peu, si douce pourtant, qu'elle lui donnait. La Duclos n'en doutait guère. Elle était, une (ois, rentrée devant Francine assez tôt pour constater qu'elle ne rusait pas en vain. M. Marat n'était pas un homme borné. Elle ne lui en voulait pas de ne lui avoir jamais con(essé
d*im mot, qu'il entendait sa malice et ses avertissements et qu'il profitait des heures de solitude qu'elle lui faisait.
Il y a, comme ça, des choses innocentes que mieux vaut ne pas dire, et même qu'il est trop difficile de dire, au moins sans tout gâter,
Marat n'aurait rien (ait pour engager Francine à quitter la maison, fut-ce pour une heure. Quand Francine n'était pas là, le bon-* homme se sentait d'abord mal à l'aise et perdu dims la maisonsnette qui lui semblait alors si grande. Pourtant, les journées d'abau'don qui s'ouvraient dans une crise de mélancolie moUe s'achevaient toutes dans une e]q>losion d'enthousiasme, dans une fureur lyrique dont pouvait témoigner le voisinage à outr tant de chants enflammés» entonnés d'une voix fausse mais puissante.
Francine et la Dudoa, d^ loin^sur la route de Préchamps, au pis dont la vieUle couvrait son premier lâlomètre, l'entrepreBeor sortait, presque à quatre pattes, du réduit gaoonné, se redressait €A se frottant les reins, cadenassait la lourde porte de la poudrière et, laissant ses sabots sur la dernière marche du perron, tirait le loquet derrière lui et grimpait au premier étage en en doublant les marches.
n poussait alors la porte de la chambre de Frandne, honteux un peu de se glisser chez Francine, si joyeux de passer une bonne journée dans son cher Musée I
La Dudos ne se flattait pas en vain de connaître le cœur de son maître.
Marat se ruait sur la fenêtre. Il Touvrait toute grande, an-^lessos du Ru rejoignant paresseusement la Marne* Il Touvrait toute grande pour pouvoir fumer en paix, pour pouvoir culotter tran" quîUement Marianne sans empester la cl iam bre de Francine dis« tillant de bonnes odeurs, de douces, de pé né tra n te s odeurs capables de griser comme ferait im maicrtnès fort. H l'euvrait toole grande pour ne pas souiBer des relents de sa pipe le parfum de FroicaMii car toutes ces douces et puissnvtes^ odeurs c'était le parimn de FFandne et peut-être TentPepreneur d'%Hiifflatiin!is> par l'eftst d'une extrême pudeir, par respect, n'ouvrait-â toute g«andè la fenêtre que pour éloigner de hii le parfum de Rcancme.
Assuré contre l'un ou l'autre risque, a;fBnt rerabiasé Mariamie,
TABIJEAUX D'UN GENRE DiSCRtOFTl m
Mbunt se donnak toat enlîer à sa joie mervollease. Quand û «ml, ^ÊOB «ne prédpÎMÎon puérile, owfvit et ynàè àemi plaearck et retourné deux caisses dissimulées, depuis la venue de Fpancine, mpoM une keume d'indienne, 3' s'abunaîl éta» son plaisir înnoceiit «tpcofend.
H parlait à ee fanion cnsseuxdieaVolonlaîtfesdeLoRgwy.Enlre — miins» eRTeloppédeimiée de tabac, le (amen flbttaît ao-dessas ^ k iMbaiHe et déjà les pieds du viem entaient en danse. Lointnis^ des tmkonvs roulMent et de» canons de bronze toussaient, rauques, assourdis» étauliés par leur propre fnnée et k fumée de lu pipe et Marat n était paa assiifé de {redonner tes airs qu'il tnrî iwliit r
Oh 0D kur percer le flenc
Tinion i iw / ^acnwv tmom fWfM*
Deikirs k vent tordait le Unge séchant sur des cordes, au long da Rn et ravageait les peupliers^ Meerait ye^aît se repfier les habits blancs et voltiger dans le solei ks cocardes verte», ks cocardes végâaks envolées des bonnets de poik à hffge pkque dorée et
Une teide feuille verte, par k fenêtre, arrivait jusqu'au sublime maniaque et, lourde maintenant, venait dimr pamn le fabideax trésor. Ça n'était {dus un brin du rameau de» Kaiserlichs, mak la eocarde de Gunille et le bonhomme k laissait k, parmi ses laques mk elk achèverait de jaunir.
Il remuait des assignats avec aux mains wie fièvre ignorée d'Hai^ pagon ou du vieux Grandet, et le tube de fer blanc dans quoi quel* que mutilé des légions républicaines avait enfermé son congé devenait, entre les doigts du donneur de feux d'artifice, l'éprouvette k mieux propre k jauger d'un seul regard la gloire avec k liberté I
Fouillant dans son trésor, Marat y trouvait aussi k monnaie de k goguenardise gaUkide. Un ordre du général commandant k pkce de La Fère, acheté dix sous dans un lot de vieux papier», fév«ykit k grivoiserie diez k mystique. L'ordi^ éusk que la fille Qémentine Toussaint, convaincue de prostitution et d'introduction dfe nnarchandises. prohibées à Finlérieur des c as e rnem ents, serait
promenée nue à califourchon sur un ane» et la tête tournée du côté de k queue de l'animal» au long des remparts avant d'être conduite hors du département.
Marat s'égaya bruyamment et puis, comme un chaton lâche ime bille pour une pelote de laine, le bonhomme se jeta sur la clé de caveau dont son imagination ardente avait fait la clé de la Bastille et il la respira. La rouille a une bonne odeur riche en pouvoir évoca" toire» autant que la poussière et l'humidité suintante des vieux asiles tout à coup rentr'ouverts. Marat ne collectionnait pas pour rien depuis vingt ans. Marat savait les bonnes méthodes.
Marat tout à fait noyé dans son beau rêve titubait en des discus^ sions confuses, ne sachant plus s'il fallait fumer parce qu'il n'était pas convenable de respirer le parfum de Francine, ou s'il fallait ne pas fumer dans la crainte de gâter le parfum de Francine.
Et au moment, où fouillant à belles mains, remuant le luminion d'une section, un sabre d'honneur, la belle écharpe du Représentant du Peuple, un chapeau girondin et le pistolet authentique du gendarme Merda, l'assassin de Robespierre, quand l'entrepreneur fredonnait à sa manière « broum boudou ladoubadou, c'est-est le sort le plus beau I boudou dag I... », il s'affolait d'apercevoir, sur une table k ouvrage en osier, une frêle masse blanche encore piquée d'une aiguille avec son fil, à demi-omée de dentelles délicates, un petit iupon de Francine.
Marat sentait la chaleur du rouge qui lui envahissait les joues et le front. Il remballait son trésor, triste un peu de quitter, si tôt son cher Musée, fortement convaincu de l'indécence qu'il y avait à demeurer plus longtemps dans la chambre de Francine.
Albert Grivaut fumait un cigare au seuil de la Pharmacie Net* maie.
Le soleil éclairait et chaulait cruement la place comme pour une corrida.
Le I> Ode allait à de tristes chevets, ou peut-être seulement att café.
Trois séminaristes serrés dans leurs soutanes, en culottes lon^
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gués, traversaient la pkce en bons lourdauds des champs que la grâce commençait seulement d'alléger du poids de la terre grasse k leurs gros souliers. G>nscrits du Sacerdoce I Tourlourous de Dieu!
Du geste, et d'un bout à l'autre de la place, le médecin invita le pharmacien à s'amuser des prestolets nigauds, des divins pequenots.
Souriant absolument comme s'il se moquait, Albert Grivaut — l'anticlérical notoire, selon le juge Ravageot — considérait les recrues de l'autel avec ime étrange sympathie, joviale et à la limite de la mélancolie ; l'une des plus tendres formes de la pitié mal assurée de son droit à s'exercer.
Les fers au poing, Farigou, au sortir du cabinet de Ravageot, avançait dans la demi-obscurité du chemin souterrain, l'espèce de tunnel allant du Palais de Justice à la Maison d'Arrêt.
Farigou disait à son gardien, le gendarme Pitolet :
— • A Orléans, pour aller de la prison au Tribuanl et s'en revenir de même, il faut descendre une rue et traverser une place. On a de l'air et on voit tout le monde. Dans un sens c'est plus humain, mais il faut considérer qu'ici, dans un sens, votre espèce de Métro* politain c'est bien compris et beaucoup plus régulier.
— • Oui, concédait Pitolet.
Le gendarme ajoutait :
— • Pourquoi que t'as rien avoué aujourd'hui, vieille pratique ?
— Pourquoi ? Parce que j'ai fini d'avouer. Vous verrez qu'ils me couperont la tête ces vaches-là I Quoique ce M. Ravageot <iui est humain et intelligent m'a dit, à ma demande, que maintenant la petite malheureuse se portait bien, qu'elle avait belle mine et que c'était devenu une jolie demoiselle. Monsieur le juge <)ui m*a À Toeil a bien remarqué que ça me faisait plaisir. Ça prouve mon bon fond, malgré la passion qui parie trop haut. Oui, eh bien, ' ^ te faire foutre ; vous verrez, gendarme, que ces vaches-là me feront couper la tête quand même. Je crois que me voilà rendu. Salut, M. Dupire ; ça va mieux vos douleurs ?