CHAPITRE II
LE FEU D*ARTinCC CHINOIS
— Regarde, Frandne» la belle tCte à mettre au bout d'une pique I Francine éclata de rire. Jamais Fentrepreneur d'illuminations,
depms qu'il s'appliquait à k divertir, à l'wnuMr* k la fure s'épa^ nouir de iaie, de fueté {rancbe, ne Yemà entendu rive â lunut, m si franchement. Son rire seul était un endianteinent* et pour Marat le paiement k plus dons de sa tendresse. Mms voilà que Emncine pour le mieux récompenser» dressée sur la pointe de ses petite soultefs plats, k nusean kvé dans k lumière auréoknt ss (ôraousae okire et ses cheveux iilonds, tendait «ers kii ses bas nos et (rais pour les nouer k ses gou. Lorsqu'il se pendia vem dk» plus ému qu'il n'entendait k lusser parutre à FxmdHie» eBe hi pkqua, entre cuir et barbe, un franc baiser sonore, aieiHeur que tous ceux qu'elle lui avait déjà donnés les soirs et les niAiiis, aivant de ki dire en poufisat :
— O parrain* que vous êtes amusant I
Pbmîn I Ole l'avait anielé pamn I Mkrat l'enkm dans ses bns forts pour lui ftndre son baiser, conniae on embrasse un petit enfant on quelque onimal charmeur, gen^l et cai^essant» sur k nosMau, sans dioiair k fJaœ. Pourtant, en reposant Fnmcine sur k perron de sa maisonnette, et sans être sedennent en état de songer à «nalyser son troidde, rentre^eneiar s'avoua troublé de cqb-» server sur ses lèvres le parfum de fraise des bois des lèvres de
La belle tête à mette an bout d'une pique ne pouvait être qne
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odk in pdàt éamaltiqait ck hL du Huc q u e toiu Le tilbarf «m rouet jaunes apparaissait au détour de la rue des Arpents. Le inaf** qw condmssk ion poney ; une petafte bête d'aDure mgeuse et qui semblait piétiner sur place en a^mçant bien plus ^ôte que n'eût Mkfaire la bmmeineîUe Qumngnole. A ranière du lé^er Tébicule, i la caisse haut perchée, se tenait gravement le petit groom, superbe de dignité bougonne, les bns cmîsés sur sa veste à tnente-^ boutons, ses pattes de rustaud fourrées dans des gants de peau si ganxls qu'on eut crû des gants de boxe ; sa chevelure mérinos mal makrisée par la ronde cwquette de tofle cirée à triple turban d'argent.
Qoand eOe eût bten ci du valet, Franoîne considéra le nnttre. Certes, die ne le trouva pas p^his beau qu'3 ne lui était •apparu au dnteau, lorsqu'elle y tliak ofïrir ses paniers ; elle 7enawr<|na pourtaoït cfaii étak, ce jour-là, beaucoup mieux habitté et, même, la jeune fille s'avoua n'avoir encore jamais vu aucun homme aussi SBlamment -«iêtu*
Bien rasé, la moustache cirée à la hongroise, le teint par malheur trop rougeaud, corrigé d'ombre par les bords du melon grîs-^rle ; gBaté de rouge, cravaté de blanc et la cravate retenue par im fer à cheval clouté de petits brillants, M. du Hocqueton, bien que bedon" MBti l'excès, était vraiment très duc en son couplet d'un pistadie si pale qu'il en paraissait presque bknc. Une rose à peine oui^erte flcunssait sa boutonnière. Ni Pam, ni la pi^ovince aristocrate ne donnèrent rien de mieux à l'Exposition de 1878.
- U a des beaux liabits I s'écria Frandne.
Marat, tétant ^rement sa bouffarde, le chevoi dispersé BCfo» son ii^Bdcn, noué dora cause du soleil d'été ; à l'aise dans sa Uoose, ses »nes de vdours et ses sabots, eut un splendide regard de mëfyris pov le dialdain. Toutefois il ne contnria pas Francine. H ne V^ pas non plus contre sa conscience, content d'^re à peu près assuré que sa filleide n'entendrait pas le sens second de sa réponse :
~~ Ma foi, tu n'as pas tort, Francme. Oui, il est très bien le â** ^fMt. J'aioonnuà{^uis,àAuteuil enfin, un book presqueauasî l>en IidiiHé que lui.
M. du Hocqueton brisait l'iélaa de son poney. Le valet mérinos
bondissait à pieds joints pour courir baisser le marchepied à son maître.
— Eh mais, c'est chez nous... Le bonjour, Monsieur le Marquis^ et mes civilités. Je suis votre serviteur.
— Q>ntent de vous voir, mon cher Monsieur Marat, l'homme du jour !
— Oh I Oh ! Monsieur le Marquis I
— Si fait ! C'est très bien, Marat, tout à fait bien. Un gentilhomme n'aurait pas fait mieux. Mais y a-t-il encore des gentilshommes ?... C'est... la jeune fille ? Pourquoi se sauve-t-elle ? Elle est charmante. Ne vous effarouchez pas» jeime fille I ...Antide !..* que fais-tu, petit imbécile ?... promène le poney à la bride, doucement, très doucement ; il est nerveux. S'il te mord, ne t'en prends qu'à ta maladresse. Si vous saviez, mon cher Marat, à quel degré d'imbécillité atteint cet adolescent crépu I... Ça, im groom ?... Mais où chercher mieux ? Il n'y a plus de groom !
Marat résistait à l'envie de répondre : « A quoi bon, puisqu'il n'y a plus de gentilshommes ? »
— Marat, nous avons à causer.
— Si Monsieur le Marquis veut se donner la peine d'entrer au bureau...
— Dites-moi, mon bon Marat, pourquoi se sauve-t-elle ? Estce ma figure qui lui fait peur ?
— Elle viendra vous saluer sur votre départ. Monsieur le Marquis.
— A la bonne heure I Je la connais bien, et la Marquise a beaucoup d'affection pour elle. Hein ? Quoi ? C'est tout à fait joli ce que vous avez fait ! Si, si, je dis bien, et tellemeit étonnant à notre époque de muflisme ! Je disais une bêtise en vous louant d'avoir agi en gentilhomme. Les gentilshommes, s*il en reste... pas un n'aurait fait ça. Quoi ? L'ai-je fait ? J'avoue n'y avoir pas songé. Je vous le dirai tout net. Votre geste, Marat, est un geste républicain. La nuit du 4 août n'a pas été assez longue. Il reste beaucoup à abandonner, beaucoup à renoncer pour accepter mieux. Chaque jour je me découvre un peu plus de certitude républicaine et, ma foi, je ne dis pas que tôt ou tard... Hein ? Quoi ? nous en recamserons ; Tinstant serait aujourd'hui mal choisi. Parlons de
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notre fête, je veux dire de k fête de la Marquise, et, une dernière fois, de ce feu d'artifice chinois.
Tout en prodiguant ainsi de vaines paroles, le marquis du Hocqueton avait suivi au parloir le citoyen Marat, lui en montrant le chemin. L'entrepreneur avançait le meilleur siège au ci-^levant.
— Ne vous mettez pas en peine, Marat, je ne suis pas si délicat. A présent que je vous ai bien épaté, en vous apprenant que celui que vous teniez pour un horrible réac', un sous-produit de l'armée de Condé — une bande de traitres, mon cher I ni plus, ni moins — est un rouge tout autant que vous, je croirais trop, si vous insistiez, que tant d'égards vous semblent dûs bien moins à l'aristo qu'à la ganache, au vieux monsieur podagre, artério-scléreux et plus ou moins paralytique général :
Vive le vin Vamowr et le tabès l
<K Sacré Marat ! Non, non, mon cher I Bon pied, bon œil, et, à la chasse, je romps de fatigue, je crève littéralement ce jeune imbécile que vous avez vu, mon mouton mérinos qui porte le camier. Ah I Marat I je regrette de n'avoir pas été à votre place quand vous avez délivré Francine ! Je n'aurais pas eu votre mansuétude humanitaire — mon républicanisme, assez neuf, j'en conviens, est d'autant plus solide que je lui assigne des limites raisonnables... c'est comme ça, et je vous en ferai tomber d'accord. Je lui aurais fameusement fait le coup du lapin à votre Farigou. Vvuit I un coup sec sur la nuque. On ne s'en réveille pas. Hein ? Quoi ? Regardez mes mains, Marat. Si je luttais avec Gondrier, le boucher de la rue au Jar, cet hercule qui s'avère, après vous, la gloire du département, je rétendrais sur la sciure plus ras qu'une galette. Oui, je regrette de n'avoir pas été à votre place ; je le regrette souvent. Qui sait — je me garde bien de diminuer vos mérites en disant cela ; vous êtes une conscience assez rare et que tous les honnêtes gens estiment pour telle — mais qui sait s'il ne suffisait pas de surprendre la petite en proie au gredin, la p>etite en cet instant de pire détresse pour que l'idée de la bonne action accomplie par vous s'impose à l'esprit et semble toute naturelle ? Que dis-je ! Inéluctable !
Î30 L'ENTREPRENEUR DIULUMINATIONS
Irrévoci^ I TyTêBmqot I La petite serait m ckateau... oh ! entendez'inoi bien, mon cher ami ; fiic n*y serait pas plus heureuse ^<|u en votre modeite <len0iive« d 'ftîUeurB tvès c en fo rtable. Personne ne peut se flatter du pouvoir de lui donner k vie pins <k>noe que vous faîtes. Ça n'est pas ça que je veux dire. Non. Mab ça fliÉtte I*ame <k pouvrâr se persuader qu'une (ois an mains dans sa chienne dévie, on auraM, àn'en pouvoir douter ni accepter la co ut eataft i oo^ juste et bon, charitable, humain I Et puis, la Marquise eut eu tant •de si douce joie à veiller sur Francine I La marquise s'est teUement attachée à cette sîagnlièfe tilette, à cette ^uoint au charme étrange <de|Miis le premier four — c'était alors une petite baibare, gracîense sans doute, mus tme véritaUe sauvagesse — le prunier ]our qu'dle poussa sans effronterie ni servilité la porte du château pour tj^rir ses paniers. Marat, il faudra quelquefois envoyer Francine au château. Je sais que votre protégée, dont le cœur est excellent, entretient le souvenir des bontés de ma femme, de son affection vraie et si spontanée beaucoup plus que de ses générosités. Et qu'elle y voit clair k charmiHite sauvagesse, la jciie fille des bois ! Le beau treât, en yétité et bien propre à trouver place, parnii d'autres nîaî' séries du même gabarit, dans quelque fade Monde tnactiom^ que payer cent sous un panier qui en vaut dix ou douze quand on est une Hocqueton née Maucroix de la Bretonnerie et que l'on n'a jamais eu, je ne dirai pas même le souci, maïs la Peprésentatran apronmative du soud de gagner son pain. Il faudra nous envoyer Francine de temps à autre. Ce sera encore une charité ; celle4à exercée au profit de la marquise. C'est le jour même du forfait de Farigou que vous vîtes ma femme, mon bon ami ; vous savez par -conséquent, car vous n'êtes pas bête et vous avez l'œil aussi vif que k Jugement proni|>t, queUe créature dolente est ma pauvre Ottilie. Une valétudinaire, mon ami, une valétudinaire ; c'est le mot. Ne cherchez pas, sous coukitf de me réconforter en me trompant là" dessus. Vous ne sauriez trouver aucune autre expressi<xi qui -coaLvîauie ; outre qu'il est impossiUe de me di^per, même si k mensonge est généreux et par conséquent vient du cœur, ^ malgré que sous mes gros dehors <k gentilhomme rustique, et rouge, qui plus est I îe sois un tendre.
< Une valétudinaire, mon cher. C'est désolant. Que n'ai-je pas