LE FEU D'ARTIFICE CHINGSS
tenté I Helas I toujours en vain. Heîn ? Quoi ? Maïs non, la mar* quîse na pas toujours été cette créature abandonnée aux visions déprimantes, dissolymites» mon bon ami, dissolvantes ; cette valé-^ todinaû'e dont vous eûtes, en dépit de sa joliesse, le déprimant spectacle. Sa joliesse I..* Imaginez si vous le pouvez, mon bon Marat, qa'OniUe lorsqu'elle m accorda sa main et bien des années après noire mariage, était et fut une beauté robuste, toujours impatiente de danses et de chevauchées, de cotillons et de poursuite des bêtes jusqu'en leurs tanières ; une endiablée valseuse et une infatigable chasseresse. Je rougirras pour vous et pour moi d'une de ces sales confidences que se font au café ces boui^feois si vulgaires, sî laids de n'^e d'aucune des seules castes honoraUes, respectables, ni du peu|Je, ni de l'aristocratie ; certes j'en rougirais, Marat. Pourtant» je puis vous le dire, à vous surtout, parce que vous n'entendes pas les choses avec bassesse, queBe amoureuse c'était qu'Ottilie en son bon temps I Hein ? Quoi > Parbleu F vous ne comprenez pas celte métamorphose. Songez que moi, je n'y entends goutte bien qoe j'en sache la cause. Moi, le mari I C'est sans doute que la cause, au moins iq^Mirente, est parfaitement absurde et indigne d'expKquer, de justifia cet état de prostration où l'on voit ta mar«q»e, qui fait d'elteune valét«idinaîre et qm me désole. Ces humeurs dont je vois s'afflige jusqu'aux in^fférents, ces absurdes, ces dérai^ soimables humeurs, qui la rongent en gâtant ma paix, datent du jour qu'un malheureux accident de chasse coûta k vie à ce mal«> ackoit dont je vous m parlé. M. de Frêne. J'accorde qu'ime sensSiâké féminin e en pouvait être a#ectée, mais pas à ce point I Vous n'dilez pas soutenir que la mort, fut^-^le dramatique, d'wi jeune idiot ait la proprîâé de transformer aussi misérablement la plus heureuse, la plus saine nature. Et notez bien, Marat, que c'est d'autant plus anonxnd, excessif, je maintiens le mot, excessif, que oe M. de Frene^ qui n'avait pour lui qu'ime assez gentille petite figure* ne nous était absolument rien ; qu'il n'était nofere ptfent àaucim degré, pas m&ne à ta mode de Bretagne, pas même atUé aux plus lointaines d^ nos parentés. Les Frêne du Gati^ nais, dont il était, n'ont heureusement pas la prétofition de sou^ tcaîr aucune attache avec tes Frêne de Thiéfacke, lesquels rejoi" gnent, et encore de fort loin, les Hocqueton par un mariage douteux
contracté en Q>urlancte durant l'émigration. Je ne vous donne, en passant, ce détail que parce que vous vous intéressez à l'époque. Pouvait-on dire que M. de Frêne était de nos amis ? Je ne le pense pas. Non, en vérité non, je ne pense pas qu'on puisse dire qu'il était de nos amis. Un invité, dans notre monde, n'est pas forcément un ami. Un égal par le rang qu'à ce titre on admet sous son toit. J'accorde, si vous y tenez, que socialement, que du point de vue social — et encore selon tel angle qui va s'infléchissant — ce soit beaucoup ,* soit. En revanche, sentimentalement ce n'est rien ; mais là, rien du tout. Eh bien, je le répète sans mieux trouver aujourd'hui qu'hier d'explication satisfaisante, — c'est depuis le jour où M. de Frêne reçut dans le flanc du plomb dont il mourut, que la Marquise est, ainsi qu'on la voit, livrée aux forces mauvaises qui lui prendront la vie après avoir ruiné sa jeunesse.
« C'est à n'y rien comprendre. J'ai pensé qu'Ottilie pouvait souffrir à l'excès de ce fait que le drame, en soi affreusement banal, s'était déroulé sur nos terres. C'était excessif, mais plausible. J'ai essayé du voyage. Monte-Carlo, Spa, Chamonix, Dinard, la mer et la montagne, le tourisme, les sports, les spectacles et l'émotion aiguë du jeu. Hein ? Quoi ? Rien n'y a fait. Au contraire, la désolante langueur s'est un peu mieux caractérisée chaque jour, encore que sans se définir, et je ne sais trop si vous me croirez, mon bon ami, quand je vous dirai qu'au cours de notre dernier voyage, à Spa, en mil^neuf-cent-dix, bien avant la date prévue pour le retour, Ottilie m'a supplié, avec des larmes pleins ses yeux qui furent si beaux, et se tordant les mains, m'a supplié de la ramener sans délai au château qu'elle affirmait être le seul lieu habitable pour elle et que, de fait, elle n'a plus jamais consenti à laisser pour aucune escapade. Y comprenez-vous quelque chose ?
« C'est désolant, et jusque dans les moindres détails de la vie. Hein ? Quoi ? Mais c'est-à-dire, mon cher, que lorsque je dois me rendre pour une semaine à Paris, il me faut bien y aller seul et, alors que je m'y rends ainsi la mort dans l'âme, les imbéciles du canton — et Dieu sait s'ils sont légion ! — ricanent bassement en se contant que j'y vais faire la noce.
« Ah ! Marat, on ne s'en doute pas assez, mais ma vie n'est pas drôle. Que faire quand on se sent comme moi plein d'ardeur à
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prodiguer ? C'est la raison pour quoi, sur le tard, commence de me tenter la vie publique, la politique. Une politique de ma façon, hors des partis. Telle que je Tentends, la chose est aimable et digne de mes convictions. C'est le mot, banal, qui me dégoûte quand l'autre expression a sur moi de si profondes séductions. Je voudrais, Marat, et nul mieux que vous n'est apte à me bien entendre, qu'on rayât « politique », ce sale mot, du dictionnaire et que jamais plus on n'osât parler d'autre chose que de Vie publique. Vie publique ! N'est^e pas que c'est de bel aloi ? N'est-ce pas que ça fleure bon le civisme, vieux Jacobin que vous êtes ? N'est'-ce pas que ça sonne grand et large et généreux aux oreilles d'un honnête homme, d'un bon, d'un franc patriote comme vous ?
« La Vie publique ? Ah ! Marat, je ne suis pas un baby, je n*en ignore pas les vicissitudes. Je n'aperçois pourtant que cette vie publique comme remède aux chagrins de ma vie privée. Si vous le voulez bien, mon cher, nous en reparlerons.
Modifiant brusquement le ton :
— Aujourd'hui, parlons du feu d'artifice chinois. Je vous avais, à ce propos, recommandé les ouvrages du Père Huque. J'eus tort. Le Père Huque est un âne, un insipide Jésuite. Qui m'a renseigné, qui m'a documenté ? Cette foutue bête de Pitolet, le gendarme au poil de chat, qui a été artilleur à Hong-Hoa et qui, plus tard, a fait de l'occupation à Tien-Tsin. Cependant, je l'accorde volontiers, sans le Père Huque qui n'en dit rien, je n'aurais pas su interroger Pitolet et obtenir, sur le point qui nous occupe, toute satisfaction de ce crétin qui ne sait pas voir ; ce Pitolet, bien moins une créature humaine, pensante, qu'une espèce de puits où se va durement noyer la sensation qu'on ne peut plus après repêcher qu'avec les instruments délicats de la maïeutique et à laquelle il faut encore, mais par artifice — c'est le cas de le dire, ah I ah I — rendre ses vraies couleurs puisque, lorsqu'on la remonte, enfin, à la surface, c'est à-dire à cette hauteur morale où se manifestent les âmes, c'est un cadavre. Hein ? Quoi ? Ni plus, ni moins.
Un instant intéressé par le cas douloureux, énigmatique à peine, si peu I de la marquise dont son bon coeur avait eu pitié, du pre-* mier jour, l'entrepreneur d'illuminations s'affligeait de devoir sup-* porter, sans bailler, un tel client et s'ennuyait énormément. M. du
I3# L'ENTREBBENEUR D1LLUMINATI0N9
Hooquebm aUeît.tiouTer, 3aiiale:clMKhfirv le-secret darstaine^dur hmlioinme un auditeur intéressé;^
— Maratv )etîen»à vous le àke; iuiub nout^ressemblon^-par plutt dW p<râitb Hèin ^ Quoi ? OK Inrvout récries pas I Je ne 9um pat fier^ outre que» je vous Tai d^à di^ seules- existenttdeux^claaseft dignes que les bourgeois tout* en tripes leur tiœnt le chapeau. : It pei^le et la noUesse. C'est votre passion de coUectîonneur^ Manl^ qui' me fait croire à notre parenté spirituelle-, à votre passion et ài l'émditîon à qum die vou» a.conduit. Je dis bien votre érudition;, en dépit de telles onreurs de détail que }e ne veux même pas^retenir. ptf ce qu elles ne sont rien devant le-fait initial, capital etpermanentv Vous savez tout I Tout de ce que vous devez, de ce-qu'il vous fauti savw ; tout de ce qu*il ne vous est pas permis drignoree. Où l'avez-vous apprise Nulle part. Qu*avez-vous lu > A peu prèsrien. Cependant vous savez, et aucun instinct n'eut suffi à laJbeQetâche, chimérique un peu et toujours exacte, que vou»- vous êtes^ donnée. Tout ce qui y touchak vou» Tavez atteint par toua vos sens là où elle se trouvait ; vous 1 avez senti, subi, retenu, absorbé, capté.
Soufflant un peu après un si long discours, le^nuorquis du Hoc* queton dépouilla ses mains dda gants rouges autant que le propre cuir de»aface et, abattant cordialemeirt sa^Miltè de lutteur ^Ikgooir sur legenou du cito^f^n :
— C'est à ce pomt, Msuratv que si noua n'étion» pas pressés par le* calendrier, je me donn^ais la joie^ en^ vous en donnant l'honneur,, de- découvrir tout seul le' système, la méthode^ la science et VaA^ du. feu d'artifice chinoia^ Eh I vou» y parviendriez, mon cher* £st*«e que vous ne croyez pas, c'est en moi une conviction toutes réœratemair très forte, qu'il n'y a pas là.le secret d'uner bonne; màhode-de gouvemem^it ? IL faudrait agir dételle sorte ^fu'on nei promulgue^jamaisaucunerloî qu'àioet instant préci» que^ lé peuple^ peut avoii?, avec le -sentiment dn sa- nécessité, la conviction *- illu-* • soire ou non, qu'importe — d'en avoir: luinneme répauidu l'essence: et articulé rie texte. Ne'raedîte»pa»que c!est^ politiquement, ime dûmèrev Les.'choses* iraient* mieux aino» -cinq cents maîtres n'agis*-* saieid qœ^onvaûicus dé cett» vérité a. priori,
« Ile systàme:duifèu:d*u{tifice chinois se trouvait peut^Hstre dan»: