‹ L'entrepreneur d'illuminationsChapitre 25 sur 38 · L'ENSEIGNE DU PRÉCÉDENT · texte numérisé non relu

L'ENSEIGNE DU PRÉCÉDENT

— C'est remarquable, mon ami, tout à fait remarquable. Je ne me déjugerai certainement pas si, tout à Theure, avant de visiter votre Musée et prévoyant la vraie nature de votre trésor, je vous disais qu'il serait par trop vain de rectifier certaines erreurs de détail. Hein ? Quoi ? Oh ! comprenez-moi bien, Marat ; c'est très important pour votre repos et pour notre amitié. J'entends des erreurs possibles et non pas qualifiées. Tous les grands historiens en commettent sans en être diminués, au contraire ! J'y ai déjà fait allusion à votre intention. En outre, qui peut dire où et quand commence l'erreur ? Et sur quoi — qui pourrait aussi bien être encore une erreur ! — s'appuierait-on pour le dire ? Je vous le demande I

« Vous allez apercevoir, Marat, à quel point nous tombons d'accord. En 1902, lors de ma dernière période, quand j'étais officier de complément, avant de leur (outre ma démission parce que je prenais du ventre, je fis, aux hussards, les manœuvres divisionnaires de cavalerie dans la région de Caen. Le soir du der-* nier jour, nous prîmes, avant de nous séparer, un grand repas de corps au réfectoire du vieux couvent de Prémontrés, désaffecté, inutilisé mais non pas en ruines, dans lequel nous avions établi notre quartier. Ce fût un très beau repas, magnifiquement ordonné, prévu, décidé qu'il était depuis le commencement des manœuvres. Un certain petit Isaac, gentil sous-lieutenant chauve, de la branche, ou plutôt de la tribu française des Havalévy, avait fait venir de Paris son chef qui parût au dessert, afin de recevoir nos félicitations, avec sur sa veste blanche de maitre-queue les palmes d'officier de rinstruction publique. Le linge damassé était au chiffre des Comissoix, les milliardaires propriétaires du magasin des Classes Dirigeantes, Le capitaine-commandant duc de Vitry avait fourni le Champagne « Duc de Vitry carte blanche » et, pour rire, nous avions donné au lieutenant Conveau, à cause des trois étoiles, la place du général excusé. Conveau s'étant fait expédier de sa Charente natale im vénérable lot de « Conveau trois étoiles ». Le festin fut d'une gaieté solide, sans de ces finesses dissolvantes qui la menace ; d'une gaieté toute militaire, j'ose le dire. Hélas ! advint telle chose encore plus militaire. Après un monologue de Coquelin cadet, très adroitement récité par Flox, notre vétérinaire, le colonel

crAt bon de ne pas garder pli» Igi^gleoips pour soi le stcM d'une ré9ef?e que ckacua avnt cru pouVoîr attribuer au aoud eaoessif de k dignité de son grade. IW bonté, ou par dédain» parce que noua n*étionB en somme que des dvik déguisés, le généra) nous «mt épargné une trop sanglante mercoriate pubKque» Maïs il aWt coulé à Tofeille de notre pauvre colonel tout ce qu'il «voit A yiagué de laisser tomber sur nous» du haut de son cheval. Noos «mas manœuvré comme «fes mazettes. Une compagnie de territoriaux commandée par un épicier^— elle figurait l'ennemi -^ nous avait joué sans même y songer, assez powr en tirer de l'orgueil, mpitè^ Telle était la vraie raison de l'absence du général à notre table.

« A l'instant toute gaieté s'évanouit. Dans ce décor monaatiqae, le désoit^e de la table perdit à mes yeux la bdie qualité qui lui venait de l'orgie. Le couvent fut pour moi comme ime Concier^ gerie et — à cause que je vais au Musée dans les dispositions q/aaa me voit à la bibliolbèque, de la manière que je vous ai dit -** > évoqutt, sans |^ parvenir à révoquer cette lîsion, le D m â cr repas des Qrondins, d'après le tableau de... voua sa/vei, et peintre qak à un nom de savetier >... Jacotin... Nicotcau... Philippola^.. ou PhilifH>oteaux... a» fait, non, tous ne savex paa. Ça vous gâterait» Afers, Nhrat, il se passa ced d'inoui. J& me levais 1» scg v î ct t e roideà tamatn, tête nue, natureHement, botté court, et, devunt mes cvnarades atterrés, dégrisés du coih». et mon pauvre vieux bon-^ bomme de colcmel, des larmes diflidlement contenues dans se» yeux bleus de Veille fittette, je Kurbû à pleins paumons^ d'une voix accrue par l'architecture de cette Conciergerie :

Nma, osiû, qid loin des baiaiMei^ Sucamiiom dam Foèxuritét Vouons du moins nos funéraiHes A h France, à sa liberté I

Mcmbr pam la patih, Caà haÊrik$lmiùm,k$lmd^i€nfk.*»

« Le Ch«it des GisondiBS au mess en campagne du 23^ Hum* sardft... et dans un parai moment f «K est saoul!» vodféra le petit Havalévyqui,poursoncoiiq>te,ne

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« Jc¥A pas larder A vomir^ * Sale r qmbKoMn I^raecriaeniicanaat le duc de Vkiy, qm ne dcanaît qae pour faire passer Iniitfe, oar» pouf lui, c*éuk uBe injure etfedive.

c Eh bien, Marat, c'est depiâs ce 5oir4à <jpxe s'est développé le républicanisme de ce vieux réac* de Hocqueton. Est-ce que aos visions ne sont pas les seules réalités ? S'il âait plus intelligent, j*en discuterais volontiers avec mon colonel, mis à la retraite huit jours après son retour au qpiartier, et qu'hospitalise le duc de Wkxy, humain jusciu'à lui donner l'illusion de gérer ses domaines..

« Les visions !... oui... Hein ?•*• Quoi ?... Et cette enfant» cette <hèr€ petite, <)uand domc commencera^-eUe d'en avoir, des visions ? Et quelles seront-eBes ?... Bah I... on dirait que je ve«s «(firaye mignonne ?... Mais non, c'est le <ilboy&k que ça chagrme I Hein ? Quoi ? Parlons d'autre chose.

« J 'ai confUnœ, nKm cher Marat, que fidèle, sans même y pMKke ^tfde, k ce que cette déhcieuse n^^igence empêche de nommer votre méthode, vous ne pr«MlreEpas4ropau pied de la lettre ce que nous tenons de cet «le de Pitolet sur le feu d'artifice chhiois. Il jaudrak poiur réaliser ce spectacle dont je voudrais endbanter la marquise pour vaincre au moins une heure son abroce méianoolie, il faudrait beaucoup d'un temps qu'il in^porterait de ne pas aocor- 4er à l'étude. Je songe à une Chine dfixA votite feu d'artifioe «erait le signe, le blason, le monogramme lumineux ; une Chine foUe -s'imposant aux imiiginaftiotts «enûUes comme s'impose la Révolu^ tion dont le cratère immense, la rouge cavdcade vous éblouisseat.

« Faites pour le mieux, mon ami, et ne regardez pas à la dépense. Une orgie de ballonnets, Marat, une corgie I Procurez-vous aussi de petites montgolfières et tachez d'en confectionner à votre fantaisie, en papier léger, dans un esprit chinois. Des dragons I des magots ! des lunes I des poissons volants I des chiens cornus I des éléphants boutfons !

«Des pagodes transparentes qui monteront droites au ciel pour se réduire en une flamme brève et pas même une pincée de cendre dans le crépitement des soleils et le ronflement des chandelles romaines. Lestez-moi tout cela afin d'obtenir, je ne sais si je me lais bien comprendre, des étages d'artifice. Que rien, en un mot, ne flamboie à la même hauteur et que tout crépite et tourbillonne

à la fois. El puis, c'est entendu, du tam-tam à nous en gonfler les oreilles et une débauche de sifflets. Il y aura dix sous pour chaque gamin et chacun pourra conserver son sifflet. Ce sera magnifique. Et à qui le devrons-nous ? A Pitolet, gendarme ; un imbécile qualifié.

— Et au Père Huque.

— Qui n'en souffle pas mot ! C'est admirable. Avouez, Marat, que vous seul pouviez me comprendre !

Le marquis vint à Francine et lui releva doucement la tête en la prenant gaillardement par le menton.

— Adieu, mignonne, et soignez vos visions I... préparez-leur un lit bien doux I... Je lui en prédis de merveilleuses !...

Le marquis dégringola l'escalier en boutonnant ses gants. 11 poussa lui-même la petite porte de la rue des Arpents et l'étroite artère fut aussitôt pleine des éclats de sa voix :

— Antide I... où est-il cet imbécile ?... Ah I te voilà, moutard ! II gravit le marchepied en soufflant, se saisit des rênes et, d'un

claquement de langue, fit partir le poney bedonnant :

— Au revoir 1... au revoir !... envoyez Francine à ma femme I Le tilbury filait, sonore.

Marat se vengea enfin du long silence :

— Bon dieu !... faut-il être gueux pour supporter une andouille pareille !

— Il conduit bien I dit Francine dont la main fine abritait du soleil sanglant les jolis yeux.

— II... quoi ?,.. rentre I...

Pour la première fois, il eut, jusqu'à la souffrance, l'envie furieuse de la battre, de la claquer comme une péronelle.

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