‹ L'entrepreneur d'illuminationsChapitre 27 sur 38 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Depuis une dizaine de jours on l'attendait. Mais personne, pas même ces messieurs du tribunal, ne prévoyait la date exacte de sa venue. Une espèce de ligue et une manière de complot étaient issus de cette attente. Pas au Caf^ ois la Comédie ou à la plus gail» larde, quasi-rustique auberge du Bon GtddCf mais parmi les membres des familles les plus posées. Son objet ? Essayer de circonvenir la vieille Honorine Lonjallay, receveuse des Postes.

M}^^ Lonjallay y gagna une réputation de rectitude profession*nelle qui lui valut des compliments de l'Inspection départementale. La province, jamais lasse du petit jeu des sobriquets» la surnomma rincorruptible Honorine, et tant de considération venait à la vieille fonctionnaire de cette seule cause qu'elle ne savait absolument rien.

A la façon funèbre dont M. Divlnon-O>uderc, Procureur de la République, avait hoché la tête quand le chef d'escadron Iratury, du Train des Equipages, lui avait demandé si le Président de la République signerait la grâce de « cette crapule de Farigou », chacun concluait, en ville que « l'événement » ne pouvait plus tarder.

Des gens soutenaient avoir surpris, de nuit, Dupire le gardien-chef de la prison, une Isuiterne sourde à la main, relevant sur laplace l'emplacement fatal, que les plus vieux se souvenaient d'avoir connu jadis, indiqué par des pierres de forme particulière, et où, en 1827, s'était dressé l'échafaud du malheureux Ëvariste Sifert»

enCuit du peuple au par les Muses et ravi à elles par la Quo*bonnerîe.

Il était yain d*aller droit à Dupire, bourru abêti par le service et qui ne fréquentait pas les cabarets. Et puis, c'était de faibles on-dit. Les témoins demeuraient introuvables» parce qu*à Chateau- Briard, hormis les plus fieffés Jacobins* il ne se serait trouvé per-* sonne d'assez maladroitement audacieux pour se vanter publique» ment d'avoir couru les rues, passé minuit.

Pourtant chacun se redisait qu'iL allait venir. Le dair de lune s'en mêlant, des gens des faubourgs, tanneurs, tourneurs, étameurs et quelques garces effrontées, de maigres filles aux beaux yeux qui n'attendaient des hommes qu'un peu de plaisir avant les coups, les ouvrières de Petiton, le fabricant de jouets, prirent peu à peu l'habi-* tude d'aller rôder, après la fermeture des a établissements », aux alentours de la prison.

On s'en retournait en disant :

— Pas encore pour ce soir I

Pélissier, revenant de ronde flanqué de Lécuyer, surprit sur les anciens remparts plus d'un couple qu'il feignit ne pas voir et laissa s'ébattre en paix.

On interrogeait beaucoup Pélissier. On lui disait :

— En somme, si c'était pour cette nuit, vous seriez commandé } Aux petites gais, Pélissier répondait :

— Qu'est-ce que vous voulez que ça me foute ? Et aux bourgeois :

— Demandez donc au lieutenant.

Chez le mastroquet, au coin du faubourg de Mulhouse, devant le pont de la Marne, où le brigadier se laissait payer un verre par un voîturier de sa connaissance, Pélissier tomba en plein dans un colloque dont la tête de Farigou faisait les frais. Un manouvrier étranger au pays, irrité par la vue de l'uniforme bleu, se prit à gueuler en jetant des regards de feu au gendarme, certainement pour le défier, avec cette fureur du populaire en délire se jetant sur l'arme glacée du serviteur des forts.

— Moi qui vous parle, en 92, l'année des attentats, j'ai vu guillotiner Ravachol ! C'était quelque chose I et vous ne verrez jamais rien de pareil ! Parce que Ravachol c'était un homme 1... Un homme

g«2 L'ENTREPRENEUR DlUJUIttUOlOilS

•qw^ tMii»«i jécfaeô ihi l»ulf*Màr< la iofeo améect^le Goumm»ment ; qu*a (ait des victîmes innocentes que vous dites ?«•« Emile Oemy aîdk^im^jftfihii^a^tf» diwioi tiiia Mm» quimsest «oqadbks let responnfaias .de ktKwnritaee^aonaie L. Aa^aeh^d, je'^ittt ve^y^lber cieat^m' liMimiciqui — w iisit. fwwMMune»id)6e L.. «t oei heniRiô-làrCBt hommexiac îe vous parie^AMraBhcdf (RsvachtJ 4e^l)«nifiitMr^c*tkait<iiioo'aiitt L.

Le numouvrier se ne.1iMBpai^{M» an.peMank^avoir/pfodiôl^iHi frandctfeti Lsaynucde» niriitunta yapiUrÉaift»- want de Imefeeur au bnfdfer. htnmMmqodt'miij^benÊom^^ Mais l'ioraMnr^crfnttk jusqir au b>uti aîoiÉBit :

'---^ Je^MdKaidanunk'^foiis^mLgBndueine Icfc-ffiJoiiiiéenoofe I

-^ Oui, foi»aBBiî et jeînt'en jttsrgkârs iet innneur L. Voas A^^itea pas assez vieux pour avoir entendu parler ide' Rémy <dît Takac, Tami de Ravachol, mais il y a sûrement ki des hommes rqu-'en ont entendu parler dans leur temps ; eh lâen» s'ily en aici de ces lionmea4à,;qu3s'iiie Jegardent {.«.lAMsi vcai^queieTparle^Rémy dit Tabac, ccik moi. Je dis. la vérité» brigadier.

— Qu'est-ce que tu veux que ça me foute ?

— Qu'est-ce— Ah 1 toi,, t'es, un marioHe I... Mais vooatne me cnigre&-p8iit»êtane;pBSc i Dites^donc ? y*<a)faien^u monde, des chemineaux, des gars de battene et<des tas^de pauvres bougtts/qui vous a montré ltturivpapekids..£eix3noi,«)e vas vous^mi monter comme vous n'en avez jamais vu. Vous me direz. I4>vès ai je mens.

— Ah I tu nous coures I gronda: le. patron,^ ^on nette. demande xîen et t'nraia^ut^être paft.raison d'exxâter la patience de pfeT" sonnes ifilvs; sensées, qi» totdnalgré tan poil gris.

LLejmaatvoquet sé^fdkkaitide cette indirecte flatterie k l 'adrcs ac déPétisaîcr. llSiomnieai'entendait rien. La tête posée «ur l'iéfiaide» fioarnie^m-idnlon ;dspaitraiHé, exhibant idea crins blandiis^auf du cuip bauni,;il.{oaKageait Eésalument.«itre «a.cbemÎ6e,-^sa ««ste, ioii:2kricDt:dei.laine )bleae.ct'6on vieux nullot /de marine (tout déchiré. A la fin, il atteignit un paqsriet^ibKt,. vi)aseeux#:qù*iVilcva tnomidiakmasitrdBtis la Jumiàre.

i.IjcsVlàI

Ihpoaa le {aqoefcauB. le comptoir desânc, déplia aolennelkoaent

XE^BOUmEAJJ m

tdiariiks tela fww^nMÉitaawc Bop«waw bi wwHn/if t mii innombrablB» 4i|pe& tantéet/fksnbir.

— f nrcae»«[Lide vlarfBBnie 1

» Béliatiar.'élaît GBBeHxde8(iIBigt»^et de ja cboté imprimée. Il «e «pBtbtBans^dUplaiaiK à Ijernaen liesipîàcessiagulîèiiM. Tràr fier^'le ;fmnniiwrîer .gfpfqpart:aotaar jLe sac flStey diKF tètes '^le-butcurret «die de P<lÎMÎer».et pw-^diaBos toBtes»>ia.<tâke'gai8Be du -mastroi- <piefc tupplombant «on comptoirrÀdatant,

— Vous ¥03fez€e <|iie c est ? C'est pas des^bêlises imaginées, cest flAneLeè-eudienfciqBe ; le PdÊf :/ocmra/, -miplns» ni moins. Vous vosnez 1 Jt nné e i d es sus, je ne vaas aï pas-menti tSangii 16 aoril l'892t iwrfrn 73^ Ça Mpfiésente rArreatadon de RasadioL II est Rasem" •Uant^jé Isaiconau, je suis été son amilRémydit TalMu:« C'est tout idâe. VoMsle voyer aufélafiravure en eeideors ? Il se^fsnd avec «on reirakKV et^ipoun Uavoîr/iis sont deux bourres «or lui et on €0gtte en dvil qittsyaigrippe.aux jambes,: en wtcbe» et ils ne l'ont pas encore malgré le chef^iela-Sâreté, 4e 'meoà bavbe^ en tube» sa canne à Ja main^ qui braque <san rigola en fddne gueule à Raya-* chbL Vous ne me demandez pas qui que c'est que la tête de krd *^*onw»it:demèreenlare deux «pertes ? C'est le fumier qu'a donné 4e ooropagnon aux boiUTes I... 11 sotientpeinnrd, la tante !... Dites^ donc, les rédiieteiirs:du /^lY^AKiiWc'eBttoutlaorbins des bourgeois là-dedans ; ils ne l'aimaient pas beaucoi4> Ravachol ; eh bien, ça a été plus fort qu'eux, le dessinateur n'a pas pu ne pas lui faire une tête de salaud au Judas I... Ah I la sale gueule !

« £kites<laiic,;fari9idîer, si j'avais pas ëté l'ami du compagnon, pourquoi que je la conserverais cette gravure en couleurs ?

« Vous n'avez pas tout vu. Voilà un autre numéro, le 7 mai f 892, ifP 76, trois semaines plus tard. Ravachxfldans^aa'Oelbdeé C'est Tin** âitulé; RegardesJe. Ilestideboot; bien proprement vêtu; unemain •appuyée- sur sa table,.ane habitude d'orateur, et l'outre main "tendue carame pour montrer jquslqne cheae <qui vient..^ oui,- quel-* igné chose/qui ^;;jent. Onjditait un Christ L.i tt pour qui qu'il parle? Poior srs'c^;;iix:9ardieiis. Voyezle premier, iqu'est assis, qui se tient la. tê^:; pour céflûahir. Ils récoutentimidgré.^eux, eanome en es^* -tase.L^jC'csl l'idés qui s'avance dans îles .esprits...

« Bougez pas I Y* en • encore I... la dernière page, là. Heîn > ai ça barde ? Le i«ilattr»rf Kef|r^^iÀrcx|^oiton... pas plus tard que trois semaines... Hein ? oui ou non, avait-il des «mis, Ravachol } Le restaurant Véry, le même où que servait le fumier qu a donné le compagnon. Lisez^nc, c'est un peu effacé dans les plis, mais on peut lire quand même, ce qu'il y a d'écrit au-dessus de la gravure en couleurs. C'est du fiel pour les jurés de Paris, moins vaches que ceux de la Loire, ou bien par tremblotte, qui n'avaient pas osé condamner à mort le comfiagnon. Lisez, brigadier, vous qui savez bien lire. N<»i ? Alors je vas vous lire. C'est pas long et ça vaut l'os : « Pour les défendre — toujours les jurés de Paris — on a dit qu'ils ne voulaient point (aire de Ravachol un martyr politique mourant pour ses idées et qui aurait un jour en place publique sa statue comme Etienne Dolet. » Vous avez lu avec moi } J'invente rien ? Il l'a maintenant sa statue, Etienne Dolet. Ravachol peut avoir la sienne. Les bourgeois eux-mêmes l'ont eu dans l'idée depuis les commencements et ça a échappé au rédacteur de ce journal de vendus. Les voilà mes papiers.

En les repliant dévotieusement, l'homme poursuivit :

— Je l'ai vu mourir 1 Conune un apôtre qu'il est tombé !... Il a crané jusqu'au bout et avec les compagnons qu'on était tous oisemble, au nez des cognes — comme ej' vous parle, brigadier — on a chanté avec lui qu'avait déjà le cou dans la lunette :

Si tu veux être heureux Nom de Dieu /...

— Ah I dis, vieux, merci I Ça va, chantes-en une autre I

— EUle vous vexe ?

— On la connaît !

Le mastroquet intervint :

— Pour épater M. Pélissier, mon gars, il faudra te lever plus matin que ça. T'as pas l'air de te douter que M. Pélissier a de l'instruction et qu'il a voyagé et qu'il lui poussera plus de ficelles sur la manche qu'il ne te repoussera de tifs sur le caillou. Maintenant si tu ne parles pas seulement pour nous en mettre plein la vue, nous qu'on s'en fout et qu'on ne te demande rien, faudra à l'avenir me « payer en servant », vu que ça n'est pas avec des boniments

conune les tiens, ni avec tes certificats en couleurs, que tu trouveras beaucoup d embauche dans un pays comme ici.

— Quel donc c'est de pays, ici ?

— Un pays où quon n*aime pas beaucoup les poseurs qui viennent de loin pour nous le mettre.

— Ça va ; vous fâchez pas I... J'ai connu pire I... C'est pour quand cette exécution ?... Ne répondez pas tous à la fois... ah ! je suis bon I... Qu'est-^e que vous attendez pour me signaler, brigadier ?

— Le brigadier se fout bien de toi, et moi j' te vas sortir tout seul parce que tu nous emm.... 1

— Laîssez-le donc. Pourquoi donc que je te signalerais, pauvre misérable ?... Premièrement, les plus dangereux c'est pas tant ceux qui gueulent. Les dangereux ? C'est ceux qu'on ne sait pas bien ce qu'ils pensent» ni ce qu'ils font ou pourquoi qu'ils le font. T'as compris ? Mais, malheureux, c'est depuis toujours que t'es signalé

et rien que par ta misère I... Essaye seulement de faire une c

pour voir... T'es fait d'avance. As-tu des sous ? Si t'as pas de sous, je veux bien te payer un verre.

Le mastroquet se tordait :

— Hein I s'il vous possède I Ah ! je vous dis, pour avoir M. Pélissier 1...

L'homme pensait si fort, si dur, qu'une veine à sa tempe gauche gonflait, grosse comme une corde. II éclata :

— Eh bien... ça aussi... ça prouve que la société est mal faite I... Le mastroquet l'écrasa de son mépris de sage :

— Qu'est-ce qui prouve ?

— Je me comprends ! dit l'homme en s'épongeant. Pélissier vida son verre. Lui aussi avait compris. L'homme eut souhaité parler longtemps encore :

— Ce que vous verrez et puis rien c'est pareil. Du temps de Deibler le père, c'était quelque chose ! Anatole qu'on l'appelait. Avec Luminade, un compagnon qui s'était (ait entendre à Montmartre autant que dans les réunions, on avait (ait une chanson sur ce nom d'Anatole. Le fils, celui de maintenant, ne sait pas tra« vailler.

— Ça, par exemple !

166 L'ENTREPRENEUR D'ILLUMINATIOhB'

Mais, le Deibler d'àpcteiit^ ilUtiv^irtm: iMMiqalke^fi^ ni plus ni moins, et que c'est et pirer eirfilé» C*^ dn^tiavsLH'cmpleyé^ Le pèfc^ bai» 3iSa«Mt'Aiiwller;:Il'aiiiiak!Benp métier; quoi I C'est un métier de salaud ; quand nfine^ ymmmnm tonaa: êinr* bourreau que juge.

— Et geodanao? demanda Pâisaier dW-voixlente'à Tesoèr/ ses yeu canaille» brâkntid'cspîè^ene.

— Vous ne m'avez pas offensé, répondit l'homme, je n'ai paa> de raison pour vous.ofienser* Mais» vu mon âge, une^oppositiDn que je serais votre père, je vous dirais : « Petit gars^. » ei^Miia^noBw je neeai» pas tk je vos» Ie<yrak. Q n'y a pas d'iramiiiàtion à «vouer qu'on ne !CoiniMrend.paa un caractène.

— Et comment qu'il est M. Deibler ? intermgcaun ouvrier. -*- C'est un petit gcosv avec une Jbarbe blonde..

— En deuil qu'il est, pas vtai ? Avec des gants noirs 7

— Non», çax'itaitaan père. Lui,.ilesten gris,* ou en cheookv comme tout le mondeu Avec un melons et les palmes. On dindtuw employé de mairrerie.

— On les met ? proposa Pélissier.

— Je vous rentre en ^e,répon(fit le vostunen-

Ils laissèrent le manouvrier entouré des buveurs, pleins de respect à présent pour cet inconnu capable de leur dépeindre le bourreau. Le patron offrait une tournée, ne parknt plus d'expulser l'àmi'dfil RdvachôU bieu que cdui-â gueulât :

— Votre assassin ?... c'est rien: du tout !... Moi, je vooS' parle d'un homme qui travaillait pour une idée I

Pauvre Fangou I II lavaît bien pourtant une idée. Une idée {sfcale qu'il servait d'un-zi^ eArayant, ainsi que tant de pauvres* hommes.

Dodelinant daue-lacarrUe, Pâisôor songea à Fangou et il len eoit eempaaston^àsa^nponk Les pnpos du pseudo Rémydit Tabac furent. passés au ctSile de sa critique gouailleuse. Le conte de lu stetuedbnnéeà l'un, pnmiise à l'antee, surtootimppa le jeuneM-^ gadier» Etîl hà apparût que cebi n'était pointai' bête« Pbur lé eau deFaiigou c'était le joontrairew Faiigou n'était pas un pfécofseuTy* Farigou n'était pas en avance, il était en retard I Pélissier n&sav«r plus si c'était au Parc Monceau ou aux Tuibries ou aux 'Buttes-*-

LETOURBEAU W

pattts.Du tttxqpft des AxiinMM,ODrl€M« âttMÔtiikvjBMHQisAiwu^ dl*liiir» let idées de la aodéfeé^ei' l'kiM .diQtrEu9Î9Miii.gi«(ner ooUiîlr plut; Aînsî raisonnait PéUssier^MMavoif Î8najk*W;Hi](irâÉiM. . Dioi.faoiirgeoîft08èttnt'»:peii à peu* 9mmAeti.i^mxà^-9iwai étiK^mO" qaes .graupcs fiepiikdhnBs. On y voyait» xQcmiifOf9mtpé9ùé pÛbiM Jacobins, mais pas Chevance. Très inquiet d*ignorer, le direaUiifl(> àB^la SaiHndU atfedait une^disorétion d'hcunaMi ren^eifiié*

Soudain» le bruit se:répandUt i^ ville. qa'lL «rrivcrait pwp.k train de treize heures dnquante-cinq. InCumé: di^ premier»^ Tabouret tiim le loquet de* son rédaitvse tint redua unorgrande heure et courut ensuite droit chez ChevancQï-Qiisle vitTOMortiK sveexine flamme ^*ocgi|e3 dan» les yewi)

Âînsr triomphait le naif' poète chaque foisiq^'ilisabaïasaît à remploi de folUcdaire. G>mbîen de portes do> Paria TayMOit devancé sur les vaica de cet orgueil dément^ ?«•«

Le gendarme Pitolet qui^ œ Jour-là* prenait son tour de acrvioa à la gare* ne put renseigner penonne^ ILsi'ataitpaS' reçu dft ses cbefs consigne de tenir le public pluari^ottreusement éloigné des quais. Rien ne modifiait ractivitémodéféa do la station. Le télé^ ^aphe n'apportait aucune nouvdie.

Il arriva, ainsi que l'avait annoncé Tabouret, par le. train d^ treize heures cinquante-cinq.

Du mSme convm descendirent M'^ Chevance qui portait un panier de fruits ; si surprise d'entendre crier là SetUîmlk k cdAf heure, et un jour avant sa date normale depttutîoni qu'elle commit la "viaie CbUe d'acheter au gamin brandissant les placards humides encore» le journal confectionné par son jami C'est désormais une aneodote. Les causeu» renmnmés de trois .départements se la transmettront durant vingt ans au moâna.

M^^ Prétéfix accompagnait M^^ Chevance^ Cette dame portait à pleins bras un coupon d'une s<xe qu^on ne tieuvait qak Paris. £n même temps que ces dames^ deecendireiit un prêtre et trois enfants coiffés de la casquette plateitmèan viobt du petit sémif naire»

Du dernier wagon, après tout le-monda^ea&u.soctit un quadrar

Ié6 L'ENTREPRENEUR D'ILLUMINATIONS

génaîre blond» corpulent. Têtu de gris, coiffé d'un chapeau mebn et suivi de deux individus un peu plus gros, d'une graisse d'eu" nuque ; l'un assez grand, l'autre bas sur ses jambes torses. On les eut aussi bien pris pour des forains suspects que pour de bas poli-* ders. Le plus mal vêtu portait des gants.

Ils ne gagnèrent pas la sortie, s'attardant à suivre la nuuiœuvre des hommes d'équipe détachant du convoi un wagon de marchandises.

Par dessus la barrière et les tournesols du jardinet, le hardi gamin colporteur de la Sentindle vint leur crier son papier, en en brandissant tout le paquet.

Ces messieurs ne tournèrent pas même la tête. Le compagnon aux jambes torses se roula une cigarette.

Le bourreau eut un regard intéressé pour les plantations de l'aiguilleur. Il aimait les fleurs, et les soins qu'elles réclament.

Mais Courage, le chef de gare, comme après s'être malaisément convaincu que celui qu'il attendait était bien cet homme blond flanqué de ses deux acolytes, vint à lui, d'une marche indécise, sa casquette blanche mi-'soulevée, ne sachant pas comment il fallait aborder ce personnage, ni comment lui parler, ni s'il était une espèce de supérieur ou bien un être de rien.

Il n'était même pas certain qu'il ne fût pas défendu de parler au bourreau.

Pourtant, le service est le service.

Tout le jour, la certitude de cette terrible entrevue avait tourmenté le pauvre homme, encombré de son secret et qui, pour la première fois, méditait sur le bourreau.

Les habitudes de Mcmsieur de Paris le prévenaient contre aucune pitié devant le désarroi d'un Courage, duquel il n'attendait nul geste de bienvenue. Courage se retrouva presque à l'aise dans l'étroit mystère du service, qui pour lui était toute la vie, sans avoir pénétré le secret du bourreau.

Pour se défendre plus parfaitement. Courage reçut bientôt d'un subalterne accouru une large feuille jaune, mi-imprimée, mi*manuscrîte, un Ordn de tervke^ plus favorable qu'aucune morale, à interposer entre sa conscience bouleversée et cet abîme tapissé d'autres Orifu de service : l'âme du bourreau.

G>urage, son feuillet jaune à la main ; M. de Paris, les mains aux poches déformées de son ample veston gris, suivirent, du quai arpenté de leurs pas inégaux, les facteurs et les deux compas gnons : le bancroche et le dégingandé, repoussant vers une voie de garage le wagon détaché du convoi.

Courage s*avouait-il inspiré qui ne se pouvait défendre, malgré la protection du talisman, du charme administratif, de réfléchir sur le sens originel de ces mots dont un jeune homme de 1920 serait tenté de décorer le fronton d*un livre : Bois de Justice ?

Mais le rapide de Sedan, le seul rapide de Taprès-mldi faisant halte à Château-Briard, amena en gare un grand nombre de Parisiens. Averti en imagination de cette invasion dont la qualité le réjouissait, Albert Grivaut avait abandonné à son élève la Phar" mode Nomude pour venir reconnaître les notoriétés de la presse. Non pas pour la vanité de les nommer aux rustres devenus ses concitoyens. Pour sa badaude satisfaction ; pour, aussi, l'égoïste plaisir de cet ancien enfant perdu d'un carrefour, encombré quoique secret. Et son attente ne fût pas vaine. Elles vinrent nombreuses et le singulier potard les reconnut toutes et, parmi elles, retrouva des amis, des copains, assez pour qu'en ce soir de mort, de meurtre légal, il y eut festin dans l'arrière-boutique de l'officine ; la pièce carrée bourgeoise jusqu'à la parodie, meublée de belles chaises neuves en faux cuir de Cordoue. Ode convié en devait témoigner à Grivaut une ingénue reconnaissance.

Paul Charlemagne, le romancier boiteux au grand cœur populaire, celui que les petites filles de son quartier suivaient en criant : Cnq et trois font huiti Le plus puissant journal du matin osait cette innovation : confier la relation d'une exécution capitale au jeune maître du néo-naturalisme, teinté de néo-russe, dont rien qu'une génuflexion eut fait un parfait catholique ; en outre un peu anarchiste, au moins libertaire déclaré et adversaire déterminé de la peine de mort. L'élite du rapide de Sedan pariait que Paul Charlemagne s'évanouirait, tournerait de l'œil, avant d'avoir seulement tiré de son stylo trois lignes de notes pour son reportage pathétique.

Honoré GringoUe, de l'Agence H..., et de La 'Gamelle^ chevalier de la Légion d'honneur, gros vieux jeune homme de cinquante ans.

170 L'ENTREPRENEUR D'ILLUMMATIOhe

poèto di pPDSC'tJra rrbigi^f* i Buteuf cl Artîu<s8 voKnmliQinBnt'inuis» ooHfgésen un beau vobime honoré -d'une souscription <ki NfinM tète de rintârienr : Le PiÛmtsqm aa&OÊtihiMfla Raœ/ Lataiidb^ le manqne'd' hy g i è ne -fafltcnf» du ctua» I On n'«vul donc pernlit à Honoré GringoUe que Farigoa chèyak lé» mêmes idées que* liti en fait* d*urbanisme; d'instruction poUii]ue, d'*a8eistanoe« que ssis-'je ! Le condonmé et''S0n ehroniqneur' éttiient; mus dan^-oe sens,^ faits peur s'entendre ; hors^que GrinfeUe «buant un pea de la morphine quand Fàngoa se grisait des fort» «rdmes sylvestres.

Julius PhA^ vieoii kader d'une feuille mondaine, prêt i lot dé« fense du pittoresque contre GringcJie, d'accord avec Im pour insulter à la mort do nusérablé-avee quekjue-couplet bien piittMde mofue en action; O «Tieni ma par sa tendresse ^pouf les coursofs de route^ surtout de la sorte d'un Farigou qu'avait coitfé jadis le képi bleu à ancfe rouge. O'Brien représentait tm grand . joumd du soir, à cette occasion. Florimond Daubelle,- lepoète, et-Maître*' Jacques de la presse» pilotait le duc et* la duchesse de Traeieûv La duchesse lui avait juré de favorisa assez sa fitrtune pour le libérer des dernières-servitudes. Ili fallait. pourtant, une fcns encom, au lendemain d'une réce p ti o n académique, et à la veillé d'ime prise de voile, regarder tomber une tête et déérire en un st^^e particulier 'k chute de cette^tête«

Les frères T..., de YEdatr et du GcaJeh, Jéi^ônie et Jean, jumeaux aux noms dapdtres, les seuls depuis le-comte'de^faielre, tentés une fois déjà, à cette date, d'écrke du bourreau ; carlain récit d'un- interview manquée etd'un aduit^ manqué * ausai« de guillotine d'occasion pour un musée criminrf d'Europe centrale.

Délégué des feuilles d'extrême-^pauche se cotisant pour se pagrer un envoyé spécial, Mudarra. Fabiane I

Misère parisienne en ses maigres ddiors* et, dansées yeux, une flamme espagnole. Des cheveux d'ange, et l'auréolé d'une^form»dable et équivoque, désespérée '— presc^ue^^pure, malgré tout 1 ^^ dévotion. Celle de ceux qui, seuls, trop beaux enfoits de h bohème insurgée, savaient moduler : Fabiane I Mudarra entendait écrite davantage de l'homme tu^ que du bourreau. Il avait voyagé en troisième, faute d'un permis, et ne Vêtait (ait présenter jû 4 Jean,

LEBGURR9!1AU 171

ni k'JéfMtei VbiHement; il se rêvait' suivi diinefoalé enCuitîhe^ sinQvireitte,"()Qi'ps8uii0uUBt 9 r&biaii^? i

Mârtin^Judaf» enoere^tMa^pansién/Sbrilue, le peint r e,^ poiarm poT'FImniond'IXifiblBllé'dPi]^' s^vne. Eh sautent du vragon^ l'envoyé des Débats achevait de*4il!«-À*8on'Confr^ dé YEdtb; un tocUoîeuaL -vaudeville de sa^fnçen;

Dévoré dé timidité»' himttux plus- ^<|u*'or&uâre d^Milmt, Pand Cli«rhJbaagne«vutpris4tf|3fréeautibndesefaire accompagner d%in MiMM' peM infofRiateurr Jack^ Penner • cfue connussait Gnvmt* Et c'était, aux yeux de toute la ville, l'oocasion d'un incomparable triomphe pour le phaoanKien, d^bord entouré dé Jaok Pfereier» Paul^ Charlemagiie^. Floriniond DaubcUè et Sorgue. Chacun présentât ses. propr/8s. Amis.: D'iiUianoe en alliance^. Grivaut en venait à présenter le vaudevilliste des Débats au Dostoîesvskyde l'Ile^ Sauit-Loui» et à. mettre la jnain du.suave Jylius Abel dans celle de Mudarra, blanche, longue^ . soignée^ maigre et' brfilantede fièvre.

Florimond s'excusa. Il appartenait tout entier à la duchesse.

— Monsieur Giivaut...

Le pharmacien tourna la tête.

Tordant sa casquette entre ses doigts noirs et gluants de. poix» Tabouret, en un débraillé splendide, se glissait parmi tout ce beau monde. Maintenant» épouvanté d'une réussite trop prompte, il adressait à l'un de ses plus certains protecteurs, du fond des yeux, une espèce de supplication canine. La folle et désespérée prière des êtres, à qui lé langage est refusé par le ciel, ou contesté par les hommes.

Tel autre que Grivaut eut bien joué de lui. Il l'eut pu faire lông-^ temps souffrir, sans.que l'autre à la fin trouvât mieux que pleurer ou s'enfuir:

— Ah I ah ! fit simplement Albert Grivaut, encore un confrère I Le poèfe TàbbuMt; mes^ amis ; un vrai poète !...

Le vilain Tabouret improvisait un rôle de coquette : •— Oh !... Monsieur Albeit I— toutdanieiiievL. ces messieurs..» Absurde, épanoui, il rjubilaîk.-.

Julius Abel sollicita dea^^iipliOBboBaii Albert Grivaut le satisfit à faire rougir Tabouret. Alors JvKu» AbtJ ne manqua pas à s'ex-

tatîcr, se répandant en commontaires sur la tradition française des chansonniers populaires, bergers» vignerons et forgerons sans^ culotte. Si Hugo se flattait d avoir mis un bonnet rouge au dictionnaire des rimes, Julius Abel mettait des rubans roses à toutes les pages compactes du grand Larousse,

— Au fait, mon cher maître, remarqua le pharmacien, c'est une de vos spécialités ce bric^à-bric révolutionnaire ; vous vous enten-» driez à merveille avec notre entrepreneur d'illuminations, le par^* rain laïque de la jeune Frandne. Nous vous ferons faire sa connaissance. Il se nomme Marat.

— Marat ? Mais c'est délicieux I minauda Julius Abel. Revenant à Tabouret, l'envoyé du journal mcmdain, gloussa :

— Et sans doute le bon Tabouret s'édite soi-même et colporte ses chansons ?

Déjà il mettait la main à la poche de son pantalon à damier, pour y choisir la plus petite pièce blanche.

Le pharmacien lui retint le bras.

-^ Tabouret est désintéressé. Au surplus, sa gloire locale n'est pas vaine. II est aimé des belles filles du pays et la meilleure gazette imprime ses productions. Achetez la Sentinelle qu'on commence de crîer, si vous voulez connaître la dernière. Il ne vous en coûtera que deux sous.

Mais Qievance en personne accourait, suant, soufflant et cramoisi, sa chère Sentinelle à la main. Présenté par Grivaut, il savourait une vraie joie, un honnête orgueil à recueillir les compliments que sa prouesse journalistique lui valait de ses grands confrères parisiens.

— Mais c'est charmant !

Julîus Abel découvrait le chef-d'œuvre de Tabouret.

— Ecoutez cela, messieurs I

L'espèce d'abbé de ruelle, sorti intact d'un baril d'encre grasse* entonnait d'une voix de ténor centenaire :

V affreux aatyre avait D&abt \ f^ A J* enfant prendre ta vertu )

Mai» û naUendaii pa»

Lt citoyen Marat

On bd C€it^*ra la tHe

Vive le son!

On btt coup'ra la tête Vive le son du panier l Ah! ça ira Ça ira Nous faut la iêie au scdérat Ah ! ça ira Ça ira Cesi DeiVkr qui la lui coup*ra !

— Mon cher poète, mes compliments. C'est délicieux ! Tout simplement délicieux.

— Oui, du Berquin au raisiné.

— Vous dites ?

— Rien.

— Qui est ce... confrère, mon cher GringoUe ?

— L'envoyé de la Guerre Sociale.

— Oh I Dieu I... Tabouret, touchez-moi la main. L'avez-vous déjà vu M. Deibler ? Non. Eh bien, je puis vous le faire connaître. Nous sommes bons amis. Eh oui, messieurs, fort bons amis. J'ai déjeuné avec lui du vivant de son père, en 1895, en compagnie de mon ami Victorien Sardou et du Prince Ouroussoff . C'était aux Quatre Sergents de la Rochelle. On ne pouvait mieux choisir. Notre confrère serait-'il souffrant ?

Julius Abel s'intéressait tout à coup â Paul Charlemagne, très pale et visiblement mal â l'aise. Comme Paul Charlemagne dédaigna de répondre en même temps qu'il s'essayait â se raffermir, sa petite stature calée â un jonc large, Julius Abel poursuivit, pour éblouir la société.

— Nous avions été, le matin, au fameux hangar de la Folie" Regnault, là où M. Deibler remise trois guillotines, dont l'une pour la province et la troisième de réserve, du moins je le suppose. M. Deibler nous avait eiqpliqué l'ingénieux mécanisme et mon ami Victorien Sardou s'était donné la romantique satisfaction de se passer le cou dans la lunette. Ah ! je vois encore la bonne tête de Victorien dans le fatal guichet I Sa bonne et belle tête de Voltaire engraissé qui serait aussi cousin de Coppée ; sa tête aux rides enga*

m L'ENTREPRENEUR D'ILLUMINATHOfelS

géantes comme celles d'une* pomme -runette. Et les pans de la lavallière blanche — la célèbre javalUèfêide Sardou — lËottant au<dessus du panier 1 Messieurs,- cétnt irrésistible ! L'illustre dra" maturge était venu se documenter pour «on Thermidor.

Alors Paul Charlemagne qu'on avait vu «i pale, si prêt de délaillir, Paul Charlemagne qui, depuis le départ, regrettait son équipée, Paul Charlemagne éclata de rire au nez de Julius Abel. Il se pàx à rire, d'un rire immense et invincible^ie plus franc, alimenté par une vraie joie et paurtanidMiloureuz. 11. avait enlevé son pincernez d'employé, pressé d'essuyer les larmes que ce rire tirait en rigoles de ses gros yeux.de myope ; ses ycHxhksséaet irès^douz» et, une main à plat sur le foie que la crise hilarante iaisaît doukmi^eHX, titubant presque et sans cesser de rire, il entnuBaitson>plHt proche compagnon, O'Brien, son cadet, s'essayant à dire^ cd ikarticylant <|u'avec peine :

'— Hou I... Sairdou Lm i'sn ris I... œs granda.homraes .1— icm-me reproche de ne croire qu'à la vie.*, cdle du peuple..» vde la nse... de fie rien Kne... Sardou :... Hou I... œs |;cands ihoinmqs,:tout de même L.. quels c» I

Fouetté comme unr esclave, comme un martyr, un chevnl^mi^gre travenait la place au ! galop, tirant une voiture dose et peinte de couleur «sombre. M. Deibler>avait sa place sur le aiège, à ootéLidu eocher.

— Fend l'Air I indiquèrent les reporters .professionndsanz Jiommestde lettres m^^ à-leur troupe, «ndéa^^nant la. grotesque iaurideUe, le roussin d'Apocalypse. Rensei^iement faux par «ur**' croît ; Fend l'Air ne>tire:quele fourgon ^de la.gu31otoe.pffiriaîeime. Fmd l'Air ne gagne paa son avoineen proirince.

La cavalcade manqua renverser Paul Charlemagneiihancroc^ifit 4|ue le rire invincible aveuglaitr. et «omme lexdouknumui romancier «de. la peine .des petits entretenait un* fonds d'esprit ;gavroche^>il aamiûa, en ravalant ^es larBMslDlles^ décrier au bouiaretti,qu>'ideiirtifia aeul O'Brien :

— : Assassin I

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