CHAPITRE II
Qr, le marquis du Hocqueton, dont le château, le Rouveau« juchait sur la côte, à une lieue de Qiateau-Briard, fit un jour appe* 1er l'entrepreneur d'illuminations. Jusqu'alors le marquis n'avait rien commandé à Marat que des poudres de chasse, et il venait en ville en prendre livraison.
Marat serait mort de faim à côté de son trésor révolutionnaire s'il n'eût rien apprêté que la Fête Nationale. La location de son dansoir ambulant n'eut pas suffi non plus.
Il attela donc Carmagnole, siffla Thermidor, qui sortit de sa niche en battant de la queue et le vieux, installé à l'aise dans sa mauvaise carriole, entreprit l'escalade de la côte, ne s'interrompant de culotter Marianne que pour affoler les oiseaux en gueulant à s'en faire claquer les cordes :
Q^t faut-il au tépMkain ?
Du pbmbt du fer et puis du pain.
Du fer pour travainer.
Du plomb pour nom venger Et du pain pour nos frères^ Vive le son du canon I
Le coup d'aile sec d'un pivert semblait casser une branche. Le coucou chantait au plus noir des taillis. Un meeting de lapins s'in-* terrompait au milieu du chemin, s'évanouissant en ruée de pattes menues.
A la sortie du bols c'était Tangle aigu de la plaine. Un coin de paysage briard puissant autant que la campagne beauceronne, maïs s achevant à l'horizon en une de ces splendeurs panoramiques dont aucune richesse n'atténue la déchirante mélancolie et qui assure qu'on est bien sur le chemin de la Frontière. A une heure de Paris, semble toute proche la « ligne bleue des Vosges » dont, alors, la littérature militaire n'avait pas fini d'utiliser le franc symbole.
A quoi bon décrire un paysage pour lequel Théodore Marat n'eut pas un regard ? Sensible autant que le furent ses maîtres de la Terreur, l'entrepreneur d'illuminations, vivant à la limite des champs, n'avait pas encore reconnu le visage de la nature. En cela encore on le trouvait pareil à ses maîtres laissant à la gentilhom^ merie romantique le soin de recueillir l'hoirie lumineuse de Jean- Jacques.
Théodore Marat était donc un cérébral ; un poète intérieur.
Dans la campagne briarde, il ne vit que le château de M. du Hocqueton, et jamais il n'avait pu voir sans rire ce monument dictant aux uns de l'envie, de la colère aux autres, et, toujours, de l'admiration.
Le château ressemblait à un gâteau de noces.
Lourd et comique, fraîchement radoubé avec des ailes blanches à clochetons roses, farci, çà et là, de pierres meulières semblables à du nougat aux amandes. Ecrasé qu'il était sur sa base, mastoc et fragile, {personne n'eut été surpris de voir fondre au soleil ou dévoré par les petits maraudeurs ce château de Gxragne.
La cote gravie, l'équipage primitif décrivit une courbe sous les platanes, et Théodore Marat, traîné par Carmagnole, pénétra dans une cour fermière, précédé d'oies claironnantes que pourchassait le plaisant Thermidor.
Au seuil des cuisines qui se dénonçaient autant par l'or des casseroles et la suie des chaudrons dans un dair-obscur hollandais, que par la bonne odeur. Carmagnole enfonça ses sabosta dns le sable, remua la tête de gauche à droite, balla ensuite du museau de haut en bas et fit un pet.
Marat mit pied à terre.
Après avoir rudement heurté du poing k la porte grande ouverte, comme pour éveiller l'attention des officieux qui ne lui en accor-»
daient aucune, l'entrepreneur, en acteur certain de ses effets éprouvés, entra délibérément pour s'immobiliser tout à coup, la main ouverte au bord crasseux de son madras martiniquais.
— Salut et fraternité, citoyen 1 Le citoyen leva la tête.
Imaginez un jeune valet de chambre paysan, extraordinairement frisé, fort occupé pour l'instant d'alimenter un cochon d'Inde aux yeux de jeune fille, élevé par lui en secret, malgré la défense for^ melle de la cuisinière, opidente personne dont l'autorité indiscutée s'étendait sur toute la valetaille.
— Qu'est-ce que vous voidez, l'homme ?
Apparemment le petit valet ignorait tout du personnage auquel il avait affaire.
Marat ne s'en formalisa pas autrement. Il répondit :
— Parler au marquis, moucheron. Le ci-devant m'a fait appeler. Où est-il, le ci-devant ?
— Le... quoi ?
— Le marquis, nom de Dieu ! Je te l'ai déjà dit. Fais-lui savoir que c'est Marat. Le citoyen Marat, entrepreneur d'illuminations.
— Ah ! je comprends ; c'est pour la fête ?
— Quelle fête, citoyen ?
— La fête à Madame la marquise, donc.
— La femme du ci-devant ?
— Si vous voulez.
— Possible, citoyen, possible. Allez dire à votre maître que nous sommes ici par sa volonté et que...
Mais la calembredaine s'arrangeant mal, Marat reprit, changeant de ton :
— Eh, bien, jeune homme ? J'attends I...
Ahuri, le valet mérinos laissa là l'entrepreneur.
Il reparut bientôt, renonçant à rien dissimuler de son étonnement que le marquis eut daigné manifester le désir de s'entretenir en personne avec un aussi vulgaire individu, tristement vêtu et fort mal embouché.
— Monsieur le marquis vous attend au jardin, suivez-moi. Habillé de flanelle blanche, le marquis du Hocqueton, chauve,
gras, haut en couleur, un tortil de graisse violette sous la nuque, la
t CHERCHE. THERMIDOR » 27
(ace ornée de favoris autrichiens k l'ancienne mode» prisonnier du bien-être que lui procurait la sieste au creux d'un siège anglais bourré de coussins, donnait des conseils de sagesse, une exacte leçon de savoir-vivre, au chien fox, son favori, blotti à ses pieds.
— Toby, mon amour, apprenez enfin à vous conduire en chien né. Vous pissez partout, mon amour, ce qui n'est pas d'un gentilhomme. En outre, vous donnez la chasse aux paons, lesquels sont des animaux aristocrates et d'aussi bonne maison animale que vousmême, petit Toby, et cela cause une pleine immense à votre maître. Vous remuez la queue, Toby. Vous comprenez. C'est parfait.
« Je vous permets, je vous donne pleine et entière licence d'étrangler tels chats qu'il vous plaira, mais respectez les paons qui, d'ailleurs, vous crèveront proprement les yeux si vous les embêtez.
Toby ému baissait la tête. Avec des frissons gracieux, cet animal vraiment bien élevé contenait pour un moment une voluptueuse envie de pisser sur les beaux souliers jaunes du marquis.
Les paons, ilattés et rassurés par les propos du maître, dégringolaient un à un d'un cerisier pour reprendre possession de la pelouse, leur domaine.
Marat songeait en les observant :
— Ils sont aussi beaux que des feux d'artifice.
Alors le marquis daigna prendre garde à celui qu'il avait mandé sans délai.
Dabord, il le considéra, avec plus de veulerie naturelle que d'insolence apprise.
Ses yeux verdatres tour à tour allumés d'une flamme intense ou remarquablement mornes, tels des mares infécondes.
Les narines du marquis se gonflaient s'il parlait et, s'il se taisait, ses dents très blanches mâchonnaient quelques poils de sa moustache brune.
Ventripotent, il se laissait deviner pourtant capable encore de prouesses juvéniles, bien que d'horribles tics révélassent un vieillard.
Ses mains apparaissaient labourées par ses propres ongles et, parfois, sans cause, il jetait une poignée de cailloux à ses paons
adorés. Alors il riait très haut, très fort, puis s'arrêtait, visiblement honteux.
Toby le considérait, chagrin et ne comprenant plus* Les paons s'envolaient avec de grands gestes héraldiques, de larges battements de leurs ailes lumineuses et avec des cris qui faisaient tressaillir la marquise.
Ce jour-là, conune les autres jours, les tristes jours l'un à l'autre ajoutés, elle brodait près du marquis.
Blonde, en peignoir réséda d'une élégance de country, mince et dolente, douloureuse peut-être, rien ne permettait de porter sur elle un jugement immédiat. Toutefois, son insignifiance même paraissait assez étudiée. Elle avait vingt ans de moins que M. du Hocqueton.
L'entrepreneur, accoutumé de peser la noblesse sur la bascule à Samson, esdma que, puisqu'on ne s'inquiétait pas autrement de lui, l'instant était venu de prendre délibérément la parole.
— Monsieur le Marquis m'a fait demander ?
Il ne crut tout de même pas devoir dire le ci-devant. On ne peut pas plaisanter à toute heure.
Le gentilhomme se logea son carreau dans l'œil gauche.
— Ah I Ah ! c'est vous, Marat.
Il tendit au rustre sa belle main ravagée, rude et noueuse comme celle de l'autre, jadis si blanche et si douce.
— J'ai grand besoin de vous, Marat.
— Je suis aux ordres de Monsieur le Marquis.
— Parfait. Je compte sur vos talents. Marat, mon ami, je donnerai dimanche, dans ce parc, une fête en l'honneur de la marqiiise. Est-il vrai Ottilie, ma chère ?
— Oui, mon ami, répondit la marquise sans lever la tête.
— C'est sa fête ; je veux dire celle de sa sainte patronne. Que tous les arbres soient illuminés, j'y tiens expressément. Vous vous chargerez aussi d'édifier ime estrade pour les musiciens. A ce propos, pouvez-vous recruter dans le pays des instrumentistes pas trop impossibles ?
— J'ai sous la main...
... et en disant ces mots il avançait à plat son énorme patte poilue..
— ... d'anciens musiciens militaires très habiles. Faut-il lor" chestre complet ?
— Complet I Je ne regarde pas k la dépense s'il s*agit de fêter la marquise.
Marat s'inclina.
— Donc vous aurez un orchestre complet d'excellents musiciens. A merveille.. Enfin, au-dessus de la volière, sur cette plate-forme que vous apercevez au-delà du bassin, là voyezrvous, Marat ?
— Je la vois. Monsieur le Marquis.
— Vous me tirerez en artiste consonunë un feu d'artifice chinois. La marquise poussa un cri léger de tout petit animal blessé et
dit, suppliante :
— Mes oiseaux, mon ami I Us mourront de frayeur 1
Une peine infinie animait maintenant le masque d'indifférence de cette jeune femme à la beauté à demi-flétrie«
Les prières des beaux yeux n'amenèrent qu'un sourire assez vain sur les lèivres du marquis ; un peu celui d'un magister prenant en pitié la naïveté de son écolier.
— Laissez-donc» ma chère. Les oiseaux des îles ne souffrent pas de ces sortes de tumulte. Les sauvages, tous les navigateurs l'ont soutenu, n'aiment rien tant que les détonations et l'on n'a jamais oui dire que leurs jeux, un peu vifs, dépeuplassent d'oiseaux les forêts vierges. Au surplus, Msiat s'en tirera fort bien. N'est-ce pas Marat?
Quelque chose inquiétait Marat, profondément himiilié d'avoir encore un élément à apprendre de son métier qu'il croyait bien connaître et, surtout, doutant que ce fut possible.
— Un feu d'artifice... chinois ?
Du coup le marquis, à qui rien ne plaisait tant que d'affirmer à bon marché sa supériorité, triompha.
— Hein ? Quoi ? Je gage que vous ne savez pas ce que c'est. Je m'en doutais. Écoutez, mon ami, et suivez-moi bien. Je ne veux pas ici, chez moi, d'un feu d'artifice de village. Il convient que chaque fusée, que chaque gerbe soit vraiment ou une fleur ou un bouquet, un oiseau, une envolée d'oiseaux, un bouquet d'oiseaux...
11 répéta, charmé de sa trouvaille, et peut-être certain de se découvrir poète :
— Un bouquet d'oiseaux 1 Marat précua :
— Un vol de paons*
— Vous m'avez compris, Marat... Un vol de paons., ou enfin ce qui s'oi approche le plus. Quoi ?
— On pourrait expliquer les pièces au fur et à mesure que je les tirerais ?
— Que voilà donc une idée fameuse ! Des valets poudrés annon* çant : Les grenades... Les roses... Les lys... Les jacinthes...
— Les paons !...
— Les colibris !... Mais pourrez-vous vous en tirer ?
— Facilement, Monsieur le Marquis, en choisissant bien les pièces. La pyrotechnie fait tant de progrès de nos jours. Seulement, je dois avouer à Monsieur le Marquis que, s'il veut un bouquet fmal, et l'on ne peut décemment pas se passer d'un bouquet final, la plate-forme de la volière sera trop petite.
Le gentilhomme sourit en sage qu'on ne saurait prendre jamais de court. Il balança son monocle entre ses doigts, à la façon d'un enfant jouant d'un miroir au soleil, et dit enfin :
— J'y ai songé, mon cher M. Marat. Aussi, que cela ne vous embarrasse pas. Vous tirerez le bouquet au bout du parc à cet endroit où commence le pré. Le voyez-vous, Marat ?
— Je le vois. Monsieur le Marquis.
— C'est, je puis dire, une place de choix... Prenez-vous froid, Ottilie ? Vous frisonnez, ma chère ? — J'aurais... pour des raisons... comment dire ?... de délicatesse... voulu trouver une autre place, encore qu'elle soit, je l'ai dit, la meilleure, mais je n'en vois pas. En vérité je n'en vois pas d'autre. Bah ! Tant pis pour les maladroits.
— Mais il n'y a rien à craindre. Monsieur le Marquis.
— Oh I Oh I Mon cher M. Marat, je ne dis pas cela pour vous : ce serait bien sottement offenser un spécialiste de votre compétence. II s'agit d'autre chose et qu'au surplus je puis fort bien vous dire. Quoi ? Quoi ?
Marat crut que la marquise allait défaillir, tomber roide ou se dresser, hurlante, bondbsante, capricante, tout k fait folle et k jamais.
Le marquis étendit le bras.
— C'est là, devant le pré, que le Vicomte de Frêne — vous savez ce jeune imbécile, vous Tavez bien connu en ville ? — a été tué comme nous faisions Touverture, voici dé}à trois ans. Tant pis pour lui, mon bon Marat, et le grand saint Hubert l'ait en bonne garde. On n'a pas idée d'être aussi mauvais fusil. Est-ce que je me suis fait tuer, moi qui chasse depuis quarante ans ?... Ottilie, vous prenez décidément froid, rentrez ma chère .
Qui eut pu dire si c'était là un ordre ou bien une tendre invitation ?
Pourtant, la marquise ne bougeait pas. On l'eut pensé morte, figée dans le dernier spasme d'un secret désespoir.
Soufflant très fort, le marquis se pencha sur elle et lui écrasant ses mains dâicates dans ses pattes àiormes :
— Rentrez, chérie, vous n'êtes pas bien.
Nfarat embarrassé, lui qui d'ordinaire ne l'était guère, tortillait entre ses doigts la pointe de son gilet de laine marron.
Sans un mot, toute blanche, fantomatique, la marquise se leva enfin, traversa le jardin et disparut au détour d'une allée.
Le gentilhomme dit alors à l'entrepreneur :
— N'y prenez pas garde, Marat, ce sont des vapeurs... rien que des vapeurs... un poète gentilhomme l'a dit : La femme est une enfant malade.
— Il faut la soigner, ajouta Marat.
— Bah I ...des vapeurs... songez-y... cela se dissipe... c'est le propre des vapeurs... Dieu pourvoit à tout, mon ami.
— Monsieur le marquis n'a plus rien à me demander ?
— En vérité, non. Le prix ?... Envoyez-moi votre devis et nous tomberons certainement d'accord... je ne suis pas pingre et cette prétention est la mienne de m'entendre toujours avec les honnêtes gens. Adieu, Marat.
— Je vous salue, Monsieur le Marquis.
Comme il traversait les cuisines pour la seconde fois, Marat interpellant le petit valet :
— Et toi, flandrin, sais-tu ce que c'est qu'un feu d'artifice chinois ?
— Chinois ?... un feu.*.
Marat n*avait aucun désir d*une réponse satîsfadsante» content d*avoir éberlué le gamin. Il fourragea sa tignasse frisée et, lui soulevant la tête par Tune des mèches les plus huppées, il grogna joyeusement :
— Belle tête à mettre au bout d'une pique I...
Pour regagner la grand'route, il fallait faire la mrâtié du tou^ de la propriété, du domaine assez vaste encerclant le château. Marat, au surplus, n'était pas fâché d'apeaccevoir du plus près l'emplacement qu'on lui assignait pour l'exécution de son chefd'œuvre, le bouquet final du feu d'artifice chinois.
G>mme il atteignait à la haie bordant le pré, à l'extrémité du parc, l'entrepreneur d'illuminations ralentit le pas de Carmagnole qui ne demandait pas mieux et, debout sur son siège, les mains en visière, examina l'endroit.
G>uchée dans l'herbe, passionnément, livrée à la torre qu'elle semblait supplier de l'absorber, une femme, blonde, en peignoir réséda, pleurait doucement, à petit bruit. Elle arrachait des toutesd'herbe humide et les baisait éperduemoit oi sanglotant :
— Mon petit ! Mon pauvre petit !... mon petit... mon petit chéri !... Mon petit mi... mon petit... mon mi...
Chaviré, le rude cœur du sensible Marat battit k se rompre. Carmagnole surprise reçut un cinglade de coups de fouet et l'équipage partit en vitesse, suivi du fidèle Thermidor, que toute course un peu vive faisait un peu plus joyeux.
Or, l'entrepreneur n'était pas au terme de sa course. Il lui fallait encore, avant d'atteindre la route nationale qui va se confondre dans la rue de la République à Château-Briard, traverser le Bois des Coudreaux, et cette journée devait être assez fertile en événements capitaux pour qu'une âme moins ardente que celle du citoyen Marat en fût nourrie pour la vie.
A deux kilomètres de Château-Briard, Marat avait ralenti le pas de Carmagnole pour rallumer Marianne. Serrant ses dents jaunes sur sa bouffarde ivoirine comme elles, il se prit à fredonner une vielle chanson ; une chanson de la Grande Armée qu'il tenait mordicus pour un refrain des Volontaires de la République :
• CHERœE, THERMIDOR » 33
No$ dieux Jam U bd âge Sont Tamoat et la ris, Mai» k 9ed coatage Est le dieu des maris.
Du grand Kaire à Moscou^ De Stockhobn au Pérou, Dans la France et partout Tout mortel aime et boit.
Le paxwre,,.
Et, comme cet Imaginatif, ccmime cet illuminé n'était pas incapable d*une association d'idées» à la condition qu'elle fut aussi simple qu'un problème d'arithmétique élémentaire, il soupira :
— Pauvre femme I... Ce ci-<levant... tout de même I... Une fière brute I... sans la Révolution sainte c'eut été pour cette jeune dame le couvent... la lettre de cachet... les oubliettes...
Ainsi son riche esprit battait-il la campagne, lorsqu'il perçut des cris de détresse, pas très lointains, et qui semblaient portés par le vent inclinant devant lui les mélèzes du Bois des Célestins, qu'il lui fallait traverser après celui des G>udreaux.
Gnglé aux entrailles par un coup de fouet bien plus fort que celui qu'il lançait un quart-d'heure avant à Girmagnole, Marat bondit hors de la carriole sans lâcher les guides. Il attacha la }ument à un hêtre tout proche, et sifflant doucement Thermidor séduit d'une espérance de chasse, soupçonnant l'aubaine d'un gibier exceptionnel, l'oitrepreneur s'enfonça au trot à travers les fourrés, serrant son perpignan dans sa main puissante.
Un cri terrible, tel que Marat ne se souvenait pas d'en avoir encore ou! aucun, fit s'envoler deux étoumeaux. Puis ce furent des cris plus faibles ; des gémissemoits dénonçant l'accomplissement d'im crime, et puis plus rien.
Les feuilles et les branches du dernier automne craquaient sous les pas de l'homme et les bonds du chien haletant, joyeux, a^dré, sa langue de papier buvard pendant de côté.
Une douce odeur de putréfaurtion gourmande s'élevait du sol. C'était un peu comme si on humait un bon plat de champignons
préparé pour accommoder la pièce de résistance d'un festin d cannibales.
— Cherche, Thermidor 1 Cherche I
Maintenant, le chien lancé au galop, pointant droit sur le plu épais fourré, précédait son maître de trente longueurs, et, sûr d< sa prise, il sonnait l'hallali en aboyant furieusement.
— Cherche. Thermidor 1 Cherche !•••