ACTE PREMIER
LA REINE
Non; car, en conspirant contre moi, je conspire en même temps pour vous,
Est-ce indiscret, madame, de vous demander où vous en êtes de votre conspiration?
LA REINE
Mais assez avancée.
En vérité, madame, vous êtes charmante, et j'ai bien envie d'abandonner mon entreprise pom- entrer dans la vôtre.
LA REINE
Sire, deux têtes ne vont pas à un seul corps... il ne faut pas deux chefs au môme complot.
Je me contenterai de la» seconde place, et vous laisserai la première.
Vous raillez , sire , vous êtes le maître ; seulement (eiIo se lève.) souvenez-vous d'une chose : c'est que votre femme est fille de cette coura'geuse duchesse de Bragance qui a donné un trône à son époux.
Je vous jure, madame, que je ne demande pas mieux que de tenir mon trône de votre main. Mais, voyons, où en étes-vous?... Je crois que le moment est venu de nous faire nos confidences, puisque, parties de deux points différents, nos deux conspirations tendent au même but. Racontez-moi où vous en êtes de la vôtre, et je vous dirai où j'en suis de la mienne.
LA REINE
Commencez, sire; je ne doute pas de la supériorité de vos
comljinaisons ; quand vous aurez parlé, je verrai si c'est la peine que je parle.
Hélas! moi, madame, je dois l'avouer, assez hardi capitaine lorsqu'il s'apit de (enter un ooup de main dans le genre de celui de ICoî, je suis, lorsqu'il s'agit de négocier, un assez pauvre diplomate; aussi, dans ce moment, je procède par ambassadeurs.
LA HEINF,
Ah! (Elle s'a,.-ieJ.) Et VOS aiiibassadcurs sont?..,
Aslilcy Cooper et Middleton.
Et quelles sont les puissances près desquelles vous les avez accrédités?
Ashley Cooper près de M. de Mazarin, Middleton près de M. Monk.
LA REINE
Et vous vous fiez à vos ambassadeurs?
Je ne me fie à personne, madame...
LA «EINE
Eh bien, moi, sire, je sais de bonne source que ces deux hommes vous traliissent et reçoivent de l'argent de vos ennemis.
C'est pi'oliablc!... puisque ce sont les seuls qui m'en donncni. il faut l)ii'n qu'ils le tirent de quelque pnrt.