‹ L'envers d'une sainte, comédie en trois actesChapitre 10 sur 66 · ACTE PREMIER y · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER y

NOÉMIE

i^a supérieure? Est-ce qu'elle était au courant?

JULIE

La supérieure... J'en ai eu trois... Si bien façonnées par la règle qu'elles étaient absolument pareilles. On peut en parler au singulier : la supérieure... Mon devoir était de tout lui dire. Elle a connu ma faute.

NOÉMIE

Et rien de ce côté-là?... Pas un peu de tendresse?...

JULIE

Bonne... les trois... également bonnes et indulgentes !... De la tendresse?... Non, certes pas... Le ciel... toujours le ciel... Au ciel je serais récompensée, consolée, choyée... Au ciel, heureuse !... Ah ! tante, ce que j'ai souffert sur la terre !

NOÉMIE, l'embrassant.

Pauvre petite !

JULIE, brusquement, les yeux baissés, après un long silenco.

Parlons d'Henri... J"ai appris qu'il était mort, et c'est tout... Pas un détail... La nouvelle m'a été apportée par une gentille lettre de sa fille Christine, petite lettre bien affectueuse, qui m'a surpris, écrite h une parente qu'elle n'a jamais vue... mais un billet insignifiant.. .Ensuite, à votre tour, vous m'avez écrit deux lignes... L'annonce toute sèche de l'événement... Ce n'est pas bien à vous, tante... J'atttendais mieux...

NOÉMIE

Je n'ai pas osé... Je ne connaissais pas assez l'état de ton cœur. . Dans l'incertitude...

iÛ L'EN'VEnS nUNR SAINTE

JULIE

Mon cœur... 1! vous en a voulu de ce silence !

Ainsi, tu aimais encore ton cousin?

JULIE

J'ai été unefidèlereligieuse, je vous jure... Jamais je n'ai pensé à Henri qu'en priant... mais hélas! jamais je n'ai prié sans penser à lui... Et c'est ce que vous auriez dû sentir, ma tante, vous qui, j'en suis sûre, avez eu de grandes peines, car vous devinez trop bien les cœurs qui se désespèrent... vous» mon amie des mauvais jours... Il fallait me comprendre jusqu'au bout... Henri n'a pas été longtemps malade, n'est-ce pas?

NOÉMIE

Quelques jours. Une fluxion de poitrine qui l'a enlevé en pleine santé.

JULIE

Et ses derniers moments ?

NOÉMIE

Très courageux... Mais tu sais, il pratiquait peu. C'était un homme de la génération nouvelle... Pas comme ton père...

JULIE

H a reçu ses sacrements, cependant?

NOÉMIE

Oui, oui... Ftil s'est éteint (ioucemcnt... entre sa femme et sa fille...

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