ACTE PREMIER i
JULIE, hésitante.
Sa femme !... Moi partie, est-ce que Jeanne a parlé ?
NOÉMIE
Jamais!... Elle ne mérite pas un pareil soupçon. .Tu avais sa promesse de ne rien dire, elle l'a ténue.
JULIE
J'ai tort... Oui, elle a été très généreuse... presque trop... Si elle avait dénoncé mon crime au lieu de tout mettre sur le compte d'un accident, j'aurais passé, sans doute, par une abominable épreuve, mais la révolte m'aurait poussée dans une autre voie, et je ne serais pas maintenant un fruit sec de la vie...
NOÉMIE
Allons, allons!... Tu n'en penses pas un mot... Fruit sec, toi qui as élevé pour Dieu toute une génération de jeunes âmes ! Et le bien que tu peux faire encore!
JULIE
Oui, le bien !... Le bien que peut faire tine créature en détresse ! (Après un silence.) Tante, il est impossible qu'Henri soit mort sans m'envoyerun sou venir, une parole... Puisqu'il a toujours ignoré que j'ai voulu tuer sa femme, il a pu regretter en toute liberté d'esprit ce que j'ai souffert de son abandon... Ma vocation!... Ati il en connaissait la valeur, lui!... Et rien avant de mourir ?
NOÉMIE
Pendant son agonie, il a prononcé des noms : celui de ta mère, le mien, celui de ses sœurs... le
1? l'envf.rs d'l'ne sainte
tien, probablement... Rien de particulier... (Julie pleure.) Ma pauvre enfant, il y a cli.\-luiiL ans de cela, c'est long !
JULIE
Long! il a vécu lui... Il a pu oublier ! Moi, enlermée avec la même vision, toujours ! toujours !... je me souviens...
NOÉMIE
N'accuse pas ton cousin d'insouciance... Il n'a pas parlé de toi pendant sa maladie... c'est vrai... Mais nous étions si rarement seuls.
JULIE
Est-ce qu'avant?...
NOÉMIE
Oui, plusieurs fois... Connaissant notre intimité, il supposait que tu m'écrivais souvent... 11 m'a prié de lui montrer de tes lettres.
JULIE
Beaucoup de lettres ?
NOÉMIE
Quelques-unes, oui... je lui en ai fait lire...
JULIE
Combien, enfin? je suis curieuse...
NOÉMIE, hésitants.
Deux... je crois.
JULIE
Deux!... 11 a demandé deux fois de mes nouvelles î...