‹ L'envers d'une sainte, comédie en trois actesChapitre 18 sur 66 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

JULIE, après un silence.

.e suis bien aise que vous sentiez pourquoi je reviens. En effet, j'ose rentrer dans le monde parce qu'Henri n'y est plus. Vous avez été tellement Donne que j'ai perdu jusqu'au droit de penser à lui. C'est grâce à vous que j'ai pu lui dire adieu sans être chassée comme une malfaitrice, mais aussi mon adieu ne pouvait être qu'éternel. Vous me voyez avec la résolution bien arrêtée de ne pas réclamer même une parcelle de sa mémoire. S'il faut promettre de ne pas aller sur sa tombe, j'y suis prête. Il a été à vous, il reste à vous... Je me suis donnée à Dieu et ne croyez pas que je me sois reprise... Cette conversation vous fait mal, pourtant il m'eût été impossible de ne pas dire ces choses.

JEANNE

Je pleure, mais je trouve un grand charme à tout ce qui le rappelle... J'aime à parler de lui... Avec Christine, je l'évite autant que possible... Elle est encore si nerveuse!...

Je comprends qu'on ait une impression consolante à s'entretenir de ceux qu'on a perdus... Je suis moi-même contente que vous me parliez d'Henri, car cela montre à quel point vous me savez détachée du passé.

JEANNE

Quand je disais que vous êtes bonne I

JULIE

Vous avez été heureuse ?

JEANNE

Très heureuse».. Du moins, pendant longtemps,.*

2( L'tNVEJRS d'l'NE SAINTE

EL ensuite, il n'y a ou que de bien légers nuages... Et nous étions si- coniplctement unis!... Encore maintenant, il n'a pas cessé d être présent autour de moi... A chaque instant, si je lève les yeux, il me semble que je vais Tapercevoir... En ouvrant la porte de son bureau, mes yeux vont tout de suite à la place où il s'asseyait... Je l'y verrais... Ah je n'aurais pas du tout peur! Mais il faudrait un miracle... Quelquefois la nuit, je me réveille en sursaut croyant qu'on a frappé à la porte...

JULIE

Tout cela est dans rimagination.

JEANNE

Qui sait?... Vous admettez, cependant, que les ftmes restent en relation d'une vie à l'autre... Moi, je le crois fermement.

Je suppose que les morts s'intéressent à nous, qui jiensons à eux... Ainsi, votre union n'a pas été troublée un seul jour?

JEANNE

Presque pas... Un pea, cependant, et si vous saviez par qui!... C'est une confidence étrange îi faire... justement h vous... Mais n'est-ce pas donner la plus belle marque d'estime qui soit en mon pouvoir, que de vous traiter en personne supérieure à nos passions... en femme qui n'a jamais connu Henri.

JULIE

C'est cela !... je vous le demande en cvhce... Les années de cloître ont complètement nivelé mon ftmc...

ACTH: PftEMlREt 2o

.EANNE.

Je voiTs avouerai donc qu'à un certain moment, voire image est venue se placer entre Henri et moi... C'était vers l'époque de la première communion de Christine.. . Mon mari n'était plus le même. . . Il songeait à vous, j'en ai eu la preuve...

JULIE, simulant l'incrcdulité.

Je ne crois guère aux affections qui ressuscitent.

JEANNE

Moi, non plus, parce qu'une véritable affection ne somljle jamais éteinte... Jugez si j'étais inquiète... La Iroideur d'Henri s'accentuait de jour en jour... Tout de suite, j'ai soupçonné qu'il pensait encore à vous... Mais ce n'était pas une certitude, car je le savais très contrarié de n'avoir pas de fils, et depuis mon... accident, il m'était impossible d'espérer une nouvelle grossesse.

Mon ouvrage!

JEANNE

Allez, c'est bien oublié... Rien qu'à ma façon d'en parler, il ne peut y avoir de doute.

JULIE

Puis-je oublier, moi, devant les conséquences?...

JEANNE

Soyez sans scrupule... S'il y avait des conséquences, vous m'avez servi à les effacer...

JULIE

Ah?

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