ACTE TROISIEME
fille... Vous connaissez l'enfer qu'elle se prépare : Sauvez-la !
JULIE, avec emportement. •
A supposer qu'elle soit h sauver, et que je le puisse, pourquoi est-ce vous qui m'en priez!... Vo.us !
JEANNE
Moi que vous n'avez jamais cessé de haïr, cela n'est que trop évident... Pour vous, je serai toujours celle qui a volé le cœur d'Henri... Hélas, combien alors j'étais loin de savoir que j'acceptais le bien d'une autre... Je croyais que quand on aime, c'est pour toujours!... Et quand même j'aurais été une méchante rivale, n'êtes-vous pas assez vengée?... Me tuer presque, me condamner à des années d'angoisse auprès du berceau de ma fille, compromettre mon bonheur par l'impossibilité où j'étais de donner un fils à Henri, n'est-ce pas suffisant?... Dieu lui-même vous est venu en aide, en m'arrachant autant de larmes que mes yeux pouvaient en verser... Ne suis-je pas veuve?... Que vous faut-il encore?... M'enlever ma fille... Ah non, c'est trop. Souvenez-vous, Julie, après que vous m'avez eu poussée dans le ravin, quand on m'a rapportée mourante sur mon lit, ma première parole a été pour vous demander... J'accouchais... On croyait que je ne passerais pas la nuit... Vous êtes venue, hautaine, le coeur pleia de révolte, bien près d'être provoquante... Ai-je hésité au milieu de mes souffrances à vous tendre la main? Pourtant vous m'ôtiez une vie qui s'annonçait si belle ! C'était de toute mon âme que je vous pardonnais, car je me croyais sur le point de paraître devant Dieu... Et puis, la lumière était faite, je savais que vous aviez espéré être la femme d'Henri, et je vous
^0 L*KNVKRS d'une SAINTE
plaignais sincèrement. Vous l'avez compris... Vous avez été touchée... Ah n'essayez pas de nier! Vous étiez venue parce qu'il le fallait; plus dj^sposée à m'acheverqu'à compatir, et vous m'avez dit adieu, résolue à un sacrifice d'autant plus admirable que m i mort pouvait le jour même rendre à Henri sa liberlé. Depuis, que s'e>t-il passé en vous ? Pourquoi cette haine mexplicable ? Julie, vous qui croyez en Dieu, comment avez-vous pu communier si souvent avec un pareil ressentiment dans le cœur?
JULIE
Ma conscience était pure, mon renoncement sincère. . Je ne vous détestais plus... Vous m'aviez désarmée à force de générosité...
Eh bien, alors ?
JEANNE
JULIE
' Mon unique consolation, le seul charme de ma triste vie, était de penser qu'Henri gardait de moi un touchant souvenir. C'était mon illusion dernière... une faiblesse inguérissable, le péché auquel on ne renonce pas... J'espérais qu'Henri regrettait parfois un cœur si dévoué!... Et s'il y avait faute à entretenir un pareil sentiment dans une âme de religieuse, je n'osais ouvrir les yeux, tant elle était douce ! Je rapportais ici ce bien modeste rêve... Je le berçais avec un redoublement de passion... J'en attendais le couronnement de ma longue pénitence... Il me semblait certain qu'Henri n'était pas mort sans avoir chargé quelqu'une île mes parentes d'un message de paix pour son inconsolable amie... J'accourais au devant de ce mot qui devait renouer à travers la tombe notre lien