‹ L'envers d'une sainte, comédie en trois actesChapitre 57 sur 66 · ACTE TROISIÈME S · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME S

cela... Le caprice n'entre pour rien dans mon affection. J'ai pour moi l'autorité de papa... Vous qui n'aviez avec lui qu'un cœur et qu'une âme, allezvous le désavouer?

JULIE, palpitante d'émotion.

Ah! Christine, je crains d'avoir mal compris. Voulez-vous dire que votre père a jamais parlé de moi?

CHRISTINE

Oui, d'une manière qui m'obligeai ta devenir votre amie.

JEANNE

Prends garde, mon enfant, réfléchis avant de commettre une imprudence. Ne ferais-tu pas mieux de nr'apprendre d'abord de quoi il s'agit?... Ii y a bien des choses que tu ignores... Laisse-moi décider...

JULIE

Non, à nous deux... Par pitié, Jeanne, permettezle lui... j'en serai reconnaissante.

CHRISTINE

S'il y avait du danger à dire ce que je sais, on m'aurait recommandé le silence, tandis qu'on m'a laissée libre... Et vraiment, au point où en sont les choses, je me reproche d'avoir été si discrète. Presqu'à la fin de sa maladie, quand on n'avait déjà plus d'espoir, un malin que j'étais seule à veillei' papa, il m'a tout d'un coup appelée, et comme je me penchais sur le lit, il m'a serrée dans ses bras, de tout ce qui lui restait de forces... et il m'a dit : « Christine, je vais te faire une recommandation que tu n'oublieras pas... Tu sais qu'une de tes cousines, Julie Renaudin, est religieuse au Sacré-Creur

86 L'tNVERS D UNE SAINTE

de Vannes... Elle a eu à se plaindre de moi et je le regrette profondément... Je meurs en pensant beaucoup à elle... Si jamais tu crois la consoler en le lui disant, fais-le... Pourtant je t'engage à t'en assurer d'abord. Cela lui rappellerait des souvenirs pénibles qui ne l'occupent probablement guère. En tout cas, je veux que tu cherches les occasions de lui témoigner une très grande amitié. Tu comprends, c'est une espèce de réparation dont je te charge... Sois comme sa fille... Je ne pense pas que tu aies occasion de la rencontrer avant ton mariage, mais après, arrange-toi pour aller la voir et ôtre très bonne... Je compte sur toi, ma petite!» Il m'a encore serrée dans ses bras avec une espèce de rage, comme pour faire entrer dans mon cœur ce qui mourait dans le sien... (Julie écoutait haletanie Jes yeux lixes, les poings crispés. A la fin du récit, elle tombe à cjenoux, la figure cachée, secouée par de longs sanglots. Christine cherche à la relever.) Julie !... Dans quel état vous êtes!... Ne voulez-vous pas me regarder?... Faut-il me repentir d'avoir parlé ?...

JULIE, toujours à genoux, le front baissé, les mains jointes, humblement tendues vers Christine.

Ah ! non, mille fois non!... Si seulement vous m'aviez avertie plus tôt!... Je n'aurais pas à me traîner à vos pieds, h ceux de votre mère, je n'aurais pas à lever les bras vers Henri qui est au ciel, pour demander pardon h tous trois, humblement pardon, de mon hypocrisie... Ah! l'indigne créature que je suis!... Et cependant, faites-lui encore l'aumùne d'une parole de miséricorde!. . Christine, répétezle, votre père n'est donc pas mort en me maudissant?...

CHRISTINE, surprise et un peu effrayée, s'est rejctée en arrière pendant la supplication de Julie.

l'nuvcz-vous croire, Julie!... J'ai rapporté fidèle-

Page 1