‹ L'envers de la gloire (volume 3)Chapitre 2 sur 37 · LE ROMAN D UN ROMAN : « LES MISEIUBLES » O · texte numérisé non relu

LE ROMAN D UN ROMAN : « LES MISEIUBLES » O

Guernesey, accompagne d'une épître où il avait versé sa vénération pour le proscrit.

— Je reçus sa réponse par le retour du courrier. Je Tai précieusement conservée. La voici.

Il me tend un feuillet bleu, que la plume d'oie d'Hugo a couvert d'une large et ferme écriture. Et, sous sa dictée, j'en transcris le contenu :

Hauteville house (Guernesey), 18 janvier 1857.

Vos lettres, monsieur, sontd'im noble esprit et me donnent hdte de lire votre livre. J'ai tardé à vous répondre, ce que vous me pardonneriez aisément, si vous voyiez de quels travaux et de quelles affaires de tout genre je suis, à la lettre, accablé. Je vous lirai avec bonheur. Nous avons une religion intellectuelle commune. Vous avez la généreuse ambition d'être un des porte-flambeaux du progrès. En relisant vos deux lettres, empreintes de tant d'élévation, je sens que vous en êtes digne. Prenez donc rang, monsieur, en tête de la phalange des esprits en marche. Je vous tends la. main.

Victor Hugo.

Vous concevez l'enivrement de M. Lacroix qui était traité de « porte-flambeau » par le plus grand poète de l'univers. Il résolut de justifier l'opinion avantageuse qu'on avait de lui. Il entreprit, sur le conseil d'Edgar Quinet, d'éditer les œuvres de Marnix de Sainte- A Idegonde et acquit, dans ce but, un matériel d'imprimerie, affectant à cet achat son patrimoine qui se montait à une soixantaine de mille francs. Cependant, il avait toujours les regards fixés sur le rocher

de granit, où le prophète exilé rendait ses oracles. 11 tendait Toreille aux brises de l'Océan. Elles lui apprirent un matin que Victor Hugo venait d'achever un livre, ayant pour titre les Misérables. M. Lacroix, qui venait de s'associer avec son compatriote Verboekhoven, jura dans son for intérieur : « Les Misérables seront à moi ! »

Il dépêche à l'auteur une missive, encore plus lyrique que la première ; il se déclare prêt à accepter ses conditions quelles qu'elles soient; il souscrit à toutes ses exigences. « On ne marchande point avec le génie, » ajoute-t-il. Il croit savoir que Victor Hugo a passé par Bruxelles, à l'hôtel de la Poste. Il s'y précipite. Mais Victor Hugo l'a quitté; il n'y rencontre que son fils Charles qui accepte obligeamment déjouer, au profit des deux jeunes associés, le rôle d'intermédiaire ou d'ambassadeur. En effet, le courrier de Guernesey leur apporte ce court billet :

V> septembre 1861.

Messieurs,

J'écris aujourd'hui même à mon fils et je le charge de vous donner tous les éclaircissements que vous voulez bien désirer. Je veux répondre de la façon la plus précise à votre ouverture honorable et franche...

La lettre à laquelle Victor Hugo faisait allusion était moins laconique. M. Lacroix en a conservé la copie de la main de Charles Hugo. Elle renferme sur les Mi-

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