‹ L'envers de la gloire (volume 3)Chapitre 32 sur 37 · PAUL ET VIRGINIE · texte numérisé non relu

PAUL ET VIRGINIE

J'ai reçu dernièrement une communication assez étrange et dont je désire faire part à mes lecteurs. Elle excitera, je suppose, leur curiosité comme elle a piqué la mienne. Je la dois à un jeune clerc de notaire de mes amis. Ces messieurs sont mêlés, de par leur état, à beaucoup de petits mystères qu'il leur est interdit de divulguer. Mais en de certains cas, et quand l'honneur ou la fortune des tiers n'est pas en cause, ils peuvent s'affranchir du secret professionnel.

— Savez-vous, me dit-il, comment s'appelait, de son vrai nom, Virginie?

— Virginie?... De quelle Virginie voulez-vous parler ?

— Il n'en est qu'une seule qui compte en littérature : riiéroïnede Bernardin de Saint-Pierre.

— Ce personnage n'est-il pas imaginaire?

— Nullement... Virginie se nommait Mlle Caillou.

— Voilà, qui n'est guère poétique.

— Et quant à Paul...

— Vous avez aussi des « tuyaux » sur Paul ?

— - C'était un aimable gentilhomme, de figure sympathique et de brillant avenir, l'enseigne de vaisseau Longchamps de Montendre.

De tout temps, les officiers de marine ont su inspirer l'amour. M. Longchamps de Montendre fut un prédécesseur de M. Pierre Loti ; et ceci n'avait rien qui pût m'élonncr. Je connaissais mon clerc de notaire pour intelligent et sérieux. Cependant je souhaitais qu'il appuyât sa révélation de quelque preuve.

— La relation de cette aventure, reprit-il, est entre les mains d'un client de mon étude. Et s'il consent à s'en dessaisir... Je tâcherai de l'y décider... Aujourd'hui, ne m'en demandez pas davantage.

Le jeune clerc a réussi dans son ambassade. Il m'a apporté le document promis et m'en a conté l'histoire. C'est une double feuille in-quarto, nettement calligraphiée. Le filigrane et la pâte du papier, l'aspect de l'encre décolorée et jaunie, le caractère de l'écriture ne laissent aucun doute sur son âge. Elle renferme le récit de l'idylle si tristement dénouée de M. de Montendre et de Mlle Caillou.

Cette pièce a été trouvée dans la succession d'un très riche Mauricien qui, par ses libéralités posthumes, s'est acquis des titres à la gratitude de tous les Français...

J'ai promis de ne pas le désigner plus expressément... Il la tenait d'une arrière-grand'mère qui habitait l'Ile-de-France, dans la seconde moitié du dixhuitième siècle, au moment même où Bernardin de Saint-Pierre y accomplit un de ses voyages. Les événements qu'elle retrace s'étaient déroulés une dizaine d'années avant l'arrivée de l'écrivain, mais il ne pouvait pas les ignorer, car la société de Port-Louis s'en entretenait encore et en avait gardé le douloureux souvenir. Par qui cette narration fut-elle rédigée? Peut-être par l'aïeule du créole, ou plus vraisemblablement par quelque Français résidant là-bas, ou quelque marin de passage — par quelqu'un, en tout cas, à qui notre langue était familière. Elle porte la marque du temps ; elle est pleine de grâce et de sensibilité ; et certainement elle arracha des larmes à la bonne dame, qui la conserva avec piété et la légua à ses descendants.

La voici, intégralement transcrite et dûment collationnée :

Mlle Caillou, qui n'est connue que sous le nom de Virginie, passa très jeune à l'Isle de Bourbon oii elle avait des parents. Dans Tannée 1741, elle retourna en France avec M. de Belval, son oncle, qui avait été employé à l'Isle de France, en qualité d'ingénieur en chef; elle avait alors à

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j»(u pics (loii/j; iiiis, était bien fuito, jolie, mais surtout intéressante ])ar la sensibilité qui caractérisait toutes ses actions. On perfectionna son éducation en France. Son esprit et ses charmes se développaient, lorsque M. de Helval fut réintégré dans ses fonctions d'ingénieur et résolut de repasser dans ces isles. Il s'embarqua avec sa nièce sur le Saint- Gérand.

Une jeune personne aussi intéressante, aussi spirituelle que Virginie, ne peut être longtemps à bord d'un vaisseau, sans s'attirer les regards de tout ce qui l'environne. M. Longchamps de Montendre fut le premier à lui rendre hommage. C'était un jeune homme de vingt-six ans, enseigne de vaisseau, grand, bien fait, et d'un naturel doux et sensible ; il reconnut bientôt la vertu de Virginie, et lui jura un amour éternel. Leurs sentiments étaient réciproques. Fondés sur la vertu, ils devaient assurer leur bonheur. La conduite de Virginie dans une longue traversée ne démentit jamais l'opinion qu'en avait eue M. de Longchamps dès sa première entrevue. Il n'y a point d'épreuve comme le séjour d'un vaisseau. Tant de personnes peu faites l'une pour l'autre, embarquées ensemble sans s'être vues, contrariées par les éléments et se contrariant elles-mêmes, s'aigrissent et ne peuvent longtemps se contenir. Les aniinosités ajoutent à l'horreur d'une situation déjà trop cruelle parles privations qu'on éprouve dans un long voyage. Virginie était toujours la môme ; rien ne pouvait troubler la tranquillité de son âme.

Le Saint-Gcrand découvrit la terre le 18 août 1744. Ce moment ne peut être apprécié que par ceux qui, longtemps privés d'un objet cher, le retrouvent à la tin.

La joie, la négligence et la trop grande sécurité des ofliciers furent la cause du plus malheureux des événements. M. de la Marre conlia son vaisseau à ceux qui connaissaient cette côte mieux que lui. On diminua de voile

pour attendre le jour, mais le vent et la mer portaient à terre. Vers les deux heures du matin, M. de la Marre, trouvant qu'il était trop près de terre, ordonna de virer. Hélas! il était trop tard; à peine l'ordre donné, le bâtiment toucha et perdit son gouvernail. Les vagues battaient le travers du bâtiment et le portaient avec force contre les ressifs. Les mâts tombèrent, rien ne put résister à leur choc; ils enfonçaient le bâtiment, dont les bords cédaient à leur violence. M. de la Marre, après les prières usitées, embrassa son équipage et abandonna son bâtiment à la merci des flots.

M. de Longchamps était avec Mlle Caillou; et voyant que toutes les embarcations étaient brisées, résolut de gagner l'Isle-d'Ambre, éloignée d'une lieue, et lui jura qu'il reviendrait la chercher. Il arriva heureusement à terre. Ceci paraîtrait incroyable, si j'oubliais de dire que des hauts fonds et des ressifs lui offraient un repos, même en augmentant les périls. L'équipage suivit l'exemple de M. de Longchamps. La nuit rendait leur situation plus alTreuse ; la mer était couverte de débris. M. de la Marre, qui refusa constamment de se déshabiller, périt sur un radeau.

Virginie restait presque seule sur les débris. Jugez de l'horreur de cette affreuse position. L'image de la mort se présentait sous différentes formes, plus terribles les unes que les autres; elle se voyait entourée de morts et de mourants, noyés et tués par les débris qui flottaient autour d'elle. Il est cependant très vrai qu'on se familiarise avec l'idée de la mort, soit que la Providence, toujours compatissante, adoucisse dans ces moments affreux Thorreur de l'anéantissement, soit qu'elle rende l'homme indifférent pour une mort qu'il regarde comme le terme de ses souffrances.

M. de Longchamps chercha vainement des secours. Au

lever du soleil, il promène inutilement ses tristes regards sur une côte inhabitée; alors, (;t au comble du désespoir, il fixe enfin ses yeux sur cet afl'reux débris. Il voit ou son amour lui fait croire qu'il voit encore sur le pont son amante. En proie à tous les sentimens divers qui peuvent alors agiter une ame sensible, il fit taire le cri de la nature et n'écouta que l'amour ou l'amitié : il se jetta à la mer, il écarta avec un courage et une adresse incroyables tous les débris, et parvint en vue de Mlle Caillou. Sa présence l'anima, il fut bientôt à bord. Il employa en vain toutes les ressources de son imagination pour l'engager à se déshabiller : elle fut inexorable. Le tems ne permit pas de balancer, il respecta ses volontés et, se jettanlà la mer, la prit sur son dos, nagea pendant quelque tems ; mais accablé par le poids d'un objet si cher, il ne put résister au flux et au reflux d'une mer orageuse qui se déployait sur eux et, gêné par les jupes de son amante, il perdit ses forces. Dans ce fatal moment, leur premier mouvement fut de se prendre à bras-le-corps et, dans cette position, rendirent et... réciproquement leur tendre mais dernier soupir. La mer respecta leur amour et les porta sur le rivage, où on les trouva étroitement serrés dans les bras l'un de l'autre. Ils y furent enterrés, et il n'existe pas une pierre qui puisse transmettre à la postérité le souvenir de leur malheur.

Telle fut la fin de ce couple infortuné, victime de l'amour le plus généreux et de ces bienséances cruelles que Virginie, dans un âge plus mûr, aurait sans doute sacrifiées au devoir de se sauver la vie, et de la conserver à un amant qui s'est perdu pour elle.

Voilà l'épisode dont mon jeune ami le clerc de notaire voulut bien me confier la version originale. Il me parut fort touchant. Toutefois, en y regardant déplus

près, quelques objections me vinrent à l'esprit. D'abord le morceau est ultérieur à la publication de Paul et Virginie. Le prodigieux succès de ce roman, qui parut en 1788, et dont la gloire ne parvint qu'un peu plus tard dans les colonies lointaines, dut ébranler Timagination des gens de l'Ile-de-France et plaire à leur vanité. Un de ces indigènes n'avait-il pas inventé, après coup et de toutes pièces, la fable de M. Longchamps de Montendre et de Mlle Caillou? N'étions-nous pas en présence d'une supercherie, d'une grossière mystification?

— Il est aisé de s'en assurer, reprit le clerc, à qui j'exprimais mon inquiétude. Soumettez le cas aux généalogistes, dont c'est la spécialité de débrouiller ce genre de problèmes et de remonter dans le passé des familles. Ils vous diront si Mlle Caillou et M. Longchamps de Montendre ont encore aujourd'hui quelques parents chez qui vous puissiez vous renseigner.

Il me donna l'adresse d'un de ces messieurs, et j'y courus aussitôt.

Ce généalogiste se nomme M. Andriveau. Il est docteur en droit. Il occupe, rue du Cherche-Midi, un très vieil hôtel, qui m'impressionna par sa physionomie vénérable et m'inspira tout de suite du respect. Des armes sont sculptées dans la pierre, au-dessus du portail. L'herbe pousse entre les pavés de la cour. Des bornes usées, oii les roues des carrosses ont marqué leur empreinte, s'y élèvent, témoins muets et mélan-

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coliques de la fuite du temps. Dès qu'on a franchi le seuil, une fraîcheur vous saisit. Les voûtes sont hautes, les murs épais, l'escalier humide et vaste. M. le généalogiste m'a reçu dans un immense salon du premier étage, aux lambris richement ornés, aux frêles moulures. 11 était assis devant un meuble de Boule, fort élégant, mais qui disparaissait sous des monceaux de dossiers et de paperasses. J'entrai vivement en matière.

— J'ai des éclaircissements à vous demander, fis-je, sur Paul et Virgijiie.

Contrairement à ce que j'attendais, le visage de M. Andriveau ne trahit presque aucune surprise.

— Nous avons affaire, chaque jour, dit-il, à tant d'extravagants, que les questions les plus singulières ne nous peuvent émouvoir.

Je ne sus si je devais prendre cette remarque pour un compliment ou un avertissement à mon adresse. Mais M. Andrivcîau avait un air si aimable que je n'osai mettre en doute sa courtoisie. Ilpoursuivit ses explications et m'exposa en quoi consistait exactement son industrie.

— Nous possédons ici environ cent cinquante millions de fiches qui contiennent, méthodiquement classés et par ordre alphabétique, les noms et prénoms des individus qui naquirent à Paris et dans les principales villes de France, depuis 1G80 jusqu'à nos jours. De telle sorte que si quelque neveu croit avoir des droits à la succession d'un oncle d'Amérique ou de

Bretagne, si quelque notaire est à la recherche d'héritiers inconnus ou disparus, ils nous appellent à leur secours, nous leur ouvrons nos archives. Et ainsi nous contribuons à entretenir et à rétablir l'ordre normal et régulier des choses humaines...

Je rinterrompis.

— Mais alors, m'écriai-je, vous allez m'apprendre qui était cette demoiselle Caillou, si infortunée et si charmante...

Il m'entraîna, à sa suite, dans les appartements de rhôtel. Nous traversâmes une quinzaine de salles, bondées de cartons verts, qui se superposaient du sol au plafond et sur lesquels on discernait les lettres de Talphabet inscrites en majuscules. Il rapprocha une gigantesque échelle roulante d'une armoire de chêne et attira à lui un registre qui faillit le renverser en tombant. Ce livre se rapportait à une faible partie de la lettre G et correspondait aux trente premières années du dix-huitième siècle. Nous cherchâmes le nom de Caillou. 11 y figurait, hélas! trop abondamment. Cent cinquante ou deux cents Caillou étaient couchés à la file. Hippolyte Caillou... Ignace et Pierre Caillou — deux frères — Mlles Germaine, Sylvie, Thérèse, Colette Caillou... et bien d'autres !

— Quel était le prénom de votre jeune personne? reprit M. Andriveau. Est-ce Colette, Thérèse, Jeanne ou Sylvie?

Je restai déconfit. Je n'avais pas songé à cette difficulté. M. le généalogiste daigna compatir à ma peine.

— Tâchez de m'apporter ce renseignement en ce qui concerne Mlle Caillou et le même en ce qui regarde M. Longchamps de Montendre. Je vais, de mon côté, m'en enquérir.

11 ne me restait plus qu a lui offrir mes remerciements et mes excuses.

Je me suis plongé dans la poussière des bibliothèques. J'ai dévoré à peu près tout ce qui a été écrit sur Paul et Virginie et l'auteur de ce chef-d'œuvre. J'ai relu les trois études de Sainte-Beuve, celle de Prévost Paradol ; feuilleté la biographie de Bernardin de Saint-Pierre par A. Fleury, celle d'Aimé Martin et V Ile-de-France légendaire d'Henri de Rauville, où l'illustre romancier est vertement censuré à chaque page et convaincu d'ignorance, au moins en ce qui concerne la géographie de l'île. Enfin j'ai vu un extrait des Archives de Port-Louis où se trouve constaté le rapport d'un M. de Mallet, qui prétend être le frère de Virginie.

« Ma sœur, écrit-il, revenait de France en 1744 à bord du Saint-GéraUy lorsque le 23 décembre un coup de vent submergea le navire. Un des officiers de ce vaisseau était devenu éperdument amoureux d'elle pendant la traversée; il lui proposa de la sauver à condition qu'elle se déshabillerait, etc.. »

Cela nous fait une seconde Virginie et cela nous égare davantage. Mais le baron Mylius, qui gouvernait la colonie de 1821, rétablit la vérité. Il organisa une

enquête que nous devons accueillir avec confiance, car elle fut sérieusement ordonnée. Il interrogea les rares survivants du naufrage, coordonna leurs dépositions et établit un copieux travail, dont il est facile de résunnier les traits principaux.

Le Saint-Géran^ bâtiment de la Compagnie des Indes, du port de 600 tonneaux, avait quitté Lorient le 24 mars 1744, à destination de Flle-de-France. Il portaitàson bord, comme passagers, MM. Villarmois, Guinée, de Belval, ingénieur, Gresle, de Brenhan, Dromar de Saumur, Mlles Caillou et Mallet, et, comme officiers, M. de la Mare, commandant. Malles, premier lieutenant, Longchamps de Montendre, premier enseigne, Lair, deuxième enseigne et écrivain, et le chevalier Boette, enseigne surnuméraire. Après une traversée de cinq mois, il parvint, le 17 août, vers quatre heures de l'après-midi, en vue de l'île. Le ciel était magnifique et rien ne faisait présager la catastrophe. M de la Mare eut l'imprudence de confier la conduite du navire à ses jeunes lieutenants qui manœuvrèrent ^si mal que le Saini-Géran toucha et se coucha sur le flanc. A cet instant, les lourdes lames d'un violent raz de marée l'assaillirent et la situation devint critique. La yole fut chavirée sur le pont et se brisa ; la chaloupe et le canot furent défoncés. Un radeau qu'on mit à la mer s'enfonça avec les soixante malheureux qui y avaient pris place. La nuit s'écoula dans ces angoisses. M. de la Mare manda l'aumônier qui prononça un vœu à Notre-Dame d'Auray et entonna Y Ave Maris Stella et

le Salve lleijina. Les hoinines d'équipage, émus aux larmes, se jetèrent dans les bras les uns des autres. Edme Carrct, patron de la chaloupe, supplia le commandant d'enlever ses habits. Mais M. de la Mare s'y refusa, « objectant» qu'il ne conviendrait pas à la décence de sa condition d'arriver à terre tout nud et qu'il avait des papiers dans sa poche dont il ne devait pas se séparer. » M. de Longchampsde Montendre adressat-il la même prière à Mlle Caillou? On le présume. On l'aperçut qui embrassait les genoux de la jeune fille, l'implorait et s'efforçait de la dépouiller de ses vêtements en l'entraînant vers la mer, tandis que son camarade, M. de Péramont, tachait de sauver pareillement Mlle Mallet. M. de Montendre se précipita seul dans les flots, puis remonta et renouvela sa tentative. Ce fut la dernière scène que purent observer les survivants du Saint-Géran. Ce qu'il advint ensuite est le secret de l'Océan et de Dieu...

Ces détails, puisés à des sources authentiques et que M. de Ilauville a patiemment rassemblés, ne s'éloignent pas sensiblement de la relation dont j'ai donné ci-dessus le texte. On voit ce que Bernardin de Saint-Pierre en a retenu. Elle lui a fourni la catastrophe de son élégie ; afin de rendre le naufrage plus vraisemblable et plus émouvant, il l'a placé au mois de décembre, ce qui lui a permis de tracer une des plus belles descriptions de tempête qui soient dans notre langue. Tout le reste est inventé. Il a composé son livre avec les souvenirs qu'il avait conservés de l'Ile-

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de-France et les théories humanitaires qu'il tenait de son ami Jean-Jacques Rousseau...

Je n'ai toujours pas le prénom de Mlle Caillou ni celui de M. Longchamps de Montendre. M. Andriveau m'a écrit qu'il renonçait à les découvrir.

A la suite de cette tentative infructueuse, je demandai aux lecteurs du Temps de vouloir bien y suppléer et m'aider dans mes recherches, en me donnant, s'il était possible, quelques lumières sur le héros et l'héroïne du Saint-Géran. Je reçus de M. Victorien Sardou la lettre suivante :

Marly.

Mon cher Brisson,

Voici une brochure de Lemontey que je vous confie et qui ne vous donnera pas le petit nom de Mlle Caillou, — mais qui confirme par des rapports officiels les efforts de M. Longchamps de Montendre pour la sauver.

Le vrai nom de l'héroïne de Bernardin de Saint-Pierre n'est donc pas une révélation, puisque la brochure de Lemontey date de 1823. Ce qui est plus neuf, c'est la liaison amoureuse de M. de Montendre et de Mlle Caillou, et ça — c'est du roman, selon toute apparence.

Mille amitiés.

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