M. PHILIPPE CROZIER
OU LE « PaOTOGOLE »
L'image de M. Philippe Crozier s'associe à la vision des solennités qui, depuis dix ans en France, se sont accomplies. Elle en est inséparable. A Dunkerque, à Compiègne, à Reims, à Paris, sur le pont des cuirassés, dans les appartements du palais de FÉlysée, dans les allées du parc, dans la loge impériale et présidentielle, parmi les généraux et les soldats, sa silhouette nous est apparue. Et ce n'était pas une silhouette purement décorative, mais une silhouette agissante. On devinait que cet homme chamarré, aux formes élégamment athlétiques et coiflé de plumes, jouait un rôle essentiel dans la comédie, et qu'il en était, sinon l'acteur principal, du moins le metteui* en scène et, pour tout dire, l'ilme et le î^essort.
Régler les entrées et les sorties, veiller aux accessoires, assurer l'harmonie des gestes et des paroles, éviter les froissements, concilier les vanités, imprimer à la machine un mouvement si doux qu'aucun de ceux qu'elle porte ne s'y sente cahoté. Que d'affaires ! M, Philippe Crozier ne semblait pas le moins du monde écrasé par cet énorme labeur. U en subissait allègrement le poids ; il souriait, très à l'aise, l'œil aimable, le teint frais et vif, la moustache conquérante. On n'eût pas cru, à le voir, qu'il assumât des responsabilités si terribles.
Et j'éprouvais un violent désir de causer avec lui des choses du protocole. « Ce diplomate, pensais-je, est un philosophe ; il approche les grands de la terre. Il est dans le secret des intrigues qui se nouent autour d'eux. C'est un confident. C'est un témoin. Il connaît les coulisses de l'histoire. Il a l'occasion de mesurer, chaque jour, les petitesses humaines. Et sans doute y a-t-il un sérieux profit à retirer de son entretien. »
Je me dirigeai donc vers la maison qu'il habite, avenue d'Antin, à deux pas du président de la République. Et comme je ne voulais pas le déranger de trop bon matin, je fis un détour par les quais et m'amusai, selon ma coutume, à fouiller dans les boîtes des bouquinistes. J'y découvris" un ouvrage que je n'eusse pas songé à feuilleter à une autre heure, et qui éveilla mon attention. C'était VEtat de France^ publié chez Ribou en 1697. L'exemplaire était incomplet. U y man-