LES DEUX HOUPPES
— Aïe ! dit Colette.
— Aïe! dit Lila.
Car, par la fenêtre qu'avait ouverte la poussée d'un grand vent, les deux houppes à poudre de riz s'étaient envole'es en l'air matinal, au moment même où les deux amies, dans un boudoir voisin du boudoir demandaient à la pâleur aile'e des veloutines l'effacement des rougeurs nocturnes. Et les deux houppes s'élevèrent, si légères, pareilles à deux petites colombes ébouriffées; et, de nuée en nue'e, puis d'e'toile en étoile, voici qu'elles arrivèrent, montant toujours, justement dans un coin du paradis, où
deux belles petites anges étaient occupées à se vêtir pour leurs noces avec deux élus les plus beaux qui fussent dans le ciel.
— Aïe ! dit l'une des mariées.
— Aïe! dit l'autre. ,
Car, entre'es par la croise'e aux vitres d'azur et d'aurore, les deux houppes à poudre de riz s'étaient — par suite d'une aimable habitude — approche'es d'elles-mêmes des frais visages qui recevraient tout à l'heure le baiser nuptial. Et les paradisiaques épousées jugèrent excellent le parfum des poudres de riz mondaines. Je le crois bien ! de la veloutine que Lila et Colette avaient achetée chez le bon fabricant! Mais les mariés, le soir, ne furent pas de l'avis des mariées. Ils se souvenaient peut-être, ces élus, des maquillages terrestres, en de redoutables boudoirs ! Quoi qu'il en soit, ils se fâchèrent-, et, sur l'ordre de leurs époux, les obéissantes anges jetèrent par la croisée d'azur
et d'étoiles les deux houppes à poudre de riz, qui descendirent lentement à travers l'air nocturne, comme deux colombes blesse'es.
— Aïe ! dit Colette.
— Aïe! dit Lila.
Car, par la fenêtre qu'on avait ouverte à la tiédeur de la nuit d'été', les houppes étaient entrées dans la chambre voisine des deux boudoirs, et, d'elles-mêmes, elles e'taient revenues poser leur baiser léger sur les bouches, sur les joues qui leur étaient familières. Et comme, d'avoir aide' un instant à de paradisiaques épousailles, le duvet de cygne •avait conservé un exquis arôme de vierge céleste, Lila et Colette se jugèrent très heureuses du retour de leurs houppes, en aimèrent la senteur fine. Mais un compagnon qu'elles avaient accepté cette nuit-là par défiance des voleurs, ne fut point de leur avis. Il trouva tout à fait médiocre et fade le parfum descendu du ciel, et il déchira les deux
houppes, avec l'air de plumer des colombes ébouriffe'es. Car il y a des personnes qui n'aiment pas Todeur du paradis ni le parfum des anges.