LE BON CONSEIL
Une fauvette à tête noire ne vole pas plus vite d^une branche à une autre que la petite Eveline, cœur instable et personne sémillante, ne se jeta de la porte du boudoir sur la chaise longue de son amie Bérengère; mais, pas une minute, elle n'y resta couchée! Elle bondit, courut de la fenêtre à la chemine'e, ébouriffa devant la glace les frisettes de son front, dérangea les bibelots de l'étagère, fit tourner les aiguilles de la pendule de saxe, s'assit sur un pouff, le renversa d'un coup de talon, puis, en passant devant la table où Bérengère achevait de déjeuner, saisit de deux
doigts vifs comme un bec d'hirondelle envolée, un bouquet de cerises qu'elle se mit à mordre de ses fines dents pointues, tout en sautant à cloche-pied d'un mur à l'autre de la chambre !
Cependant, Bérengère ne paraissait pas étonne'e le moins du monde de ces façons d'agir. C'était une chose connue de tous, avérée, admise, que la petite Eveline ne pouvait jamais tenir en place. Sa réputation, à ce point de vue, ne laissait rien à désirer. On savait que les sauterelles sont promptes, qu'un duvet sous un coup de vent n'a pas l'habitude de rester immobile, qu'un diable enfermé dans une boîte en sort dès que le couvercle est levé, que l'électricité, de Paris à New-York, ne s'attarde guère à considérer les merveilles de la flore océane, que les balles de revolver ne manquent pas de précipitation et que les bouchons de Champagne sautent au plafond plus vite qu'un éclat de rire ; mais on savait plus certainement encore qu'Eveline