‹ L'envers des feuillesChapitre 5 sur 18 · COLETTE ENSOLEILLÉE · texte numérisé non relu

COLETTE ENSOLEILLÉE

Colette se laissa tomber dans un fauteuil, d'où bouffèrent et palpitèrent, comme beaucoup de plumes secouées, tous les blancs et légers dessous, dentelles et batistes, de sa toilette d'été.

— Ah ! ma Lila ! je n'en puis plus ! dit-elle. Lila s'écria :

— Peste !

— Comment?

— Peste! re'pe'ta Lila.

— Qu'entends-tu par cette parole, je te prie ?

— Bon ! vas-tu te fâcher ? Depuis quelque temps, tu te rends, en vérité, d'une humeur aussi maussade que possible. J'entends qu'il a fallu d'étranges fatigues pour réduire en l'état que tu proclames une personne qui,

avec l'apparence de n'avoir pas plus de force qu'une tourterelle, a toujours su être égale aux plus rudes travaux; et n'ai-je point sujet d'admirer celui de nos amis, — mais non, un inconnu peut-être ! — dont les exigences sans trêve multipliées t'ont fait connaître enfin rimpossibilité, pour un temps du moins, de t'exposer à de nouvelles lassitudes?

Colette répliqua avec sévérité :

— Vous m'obligerez, Lila, en vous abstenant de tels propos. Vous ne pouvez ignorer la réputation vraiment fâcheuse que nous a faite par le monde la légèreté de vos discours ; il n'est que temps de vous montrer plus réservée, si vous voulez que nous ne soyons pas tout à fait dépossédées de l'estime publique, si précieuse aux personnes qui, comme nous, ont reçu une éducation austère. Il convient de laisser des illusions aux gens! ne fût-ce que pour le plaisir de les en désabuser en d'aimables circonstances. Au surplus, votre «peste !» ne sait ce qu'il dit. Si je me

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