À. — LA CRISE ET LA PÉNURIE DE CAPITAUX
Mais cette demande est accrue d’une autre manière, du fait même de la hausse des prix ; car les entreprises découvrent, au fur et à mesure de cette hausse, qu’il leur faut davantage de crédits pour couvrir leurs dépenses. En même temps, la hausse atteint les industries de consommation. Pour pouvoir entrer en concurrence avec elles dans l’achat des biens capitaux et des facteurs de production qui leur sont nécessaires, les entreprises de biens de production doivent offrir des prix relativement encore plus élevés. De sorte que si elles désirent accroître leur capital, il
leur faut emprunter non seulement des quantités croissantes : mais le volume du crédit nécessaire doit croître à un taux croissant (4).
Il est évident qu'avant même que ce développement ait pris une grande extension, des considérations de liquidité bancaire provoqueront un arrêt de l’expansion du crédit, sous forme d’une hausse du taux de l'intérêt. Mais même si la politique du crédit suivie par les autorités monétaires était favorable à un approvisionnement continuel des entreprises en argent à bon marché, le mouvement déclenché aboutirait rapidement à une hausse incontrôlable des prix, aggravée des facteurs d'accélération de la vitesse de circulation qui surviennent au cours des phases avancée de l'inflation (#1).
Donc, tôt ou tard, le processus d’expansion doit prendre fin. Mais la cause de cette interruption n’est pas nécessairement d’ordre exclusivement monétaire ou bancaire (2). Les rajustements de la structure de la production modifiée par l’épargne forcée permettent d’en donner une autre explication.
Nous avons vu que la monnaie investie passe pro-
(40) Hayek, Capital and Industrial Fluctuations. Economica, Juin 1934.
(41) Robertson, Banking Policy and the Price Level, pp. 75-76.
(42) Comme le soutient notamment Hawtrey. Voir aussi l’analyse des théories « purement monétaires » du cycle économique, dans Haberler, Prospérité et Dépression, Société des Nations, 1937, pp. 23 ss. Selon Hawtrey, les obstacles à une expansion permanente sont exclusivement d’ordre institutionnel, comme les règles imposées aux Banques d’Emission par le système de l’étalon
gressivement aux mains des consommateurs, sous forme de salaires et de paiements de toutes sortes pour l’achat de biens capitaux intermédiaires. Au fur et à mesure de l’expansion, il se produira donc une concurrence accrue entre les entreprises des stades antérieurs et postérieurs au fur et à mesure qu’augmentera la demande des consommateurs. Or, on peut supposer que ceux des consommateurs qui ont subi une restriction forcée de leur pouvoir d’achat, utiliseront l’accroissement de leur revenu monétaire pour ramener leur consommation à son niveau antérieur : ils chercheront à rétablir la proportion qui existait avant l'expansion monétaire entre leur épargne et leurs dépenses de consommation. De sorte que la demande des biens de consommation subira une nouvelle impulsion (#).
Or, dans l'intervalle, la production des biens de consommation a diminué. Quel que soit le revenu monétaire des consommateurs, ils ne pourront jamais consommer plus de biens qu’il n’en existe effectivement. La proportion établie au début par l’expansion monétaire entre la demande globale des biens de production et celle des biens de consommation aura tendance à se renverser : les facteurs de pro-
or. Mais même en l’absence de toute règlementation de cette nature, il paraît évident que l’expansion du crédit pourrait aller rapidement assez loin pour annihiler complètement la valeur de la monnaie.
(43) C’est ce phénomène qui constitue, nous semble-t-il, l’élément central de la théorie de Hayek. V. Prices and Production, p. 89.
lo
duction les moins spécifiques seront attirés par l’écart des prix vers les stades postérieurs.
Cette situation équivaut à un retour vers des méthodes de production moins capitalistiques, vers des processus plus courts. La base du triangle de la production s’élargira, et sera donc plus large encore qu’à l’origine, — le total des dépenses effectuées dans les industries de consommation étant plus considérable. Sa hauteur diminuera, exprimant une réduction de la quantité des biens intermédiaires en voie d’achè- *ement. Il y aura diminution du capital.
La demande accrue des consommateurs représente en réalité une :nsuffisance du capital libre. Car les investissements mis en train au moment de l’expansion monétaire ne peuvent être menés à terme que si dans l’intervalle les entreprises ont continuellement alimentées en capital disponible (“). Pour les entreprises, ce renouvellement se présente sous forme de crédits en monnaie. Elles doivent compter, lorsqu’elles commencent un investissement, sur un courant de crédit durable au taux de l'intérêt existant.
En termes de biens réels, ceci veut dire que la proportion entre la consommation et la production doit être telle que pendant toute la période d’attente, les entreprises qui produisent des biens intermédiaires pourront compter sur une quantité suffisante de res-
sources distrailes des industries de consommation. Si
(44) V. pl. haut, p. 99.