B. —. LE PROBLÈME DE LA RECONSTITUTION DU CAPITAL
Avant même que la pénurie de capitaux libres ait rendu nécessaire l’abandon de certains investissements, un autre facteur contribue, pendant toute la durée de l’expansion, à la consommation du capital : il s’agit des erreurs de calcul commises dans l’évaluation comptable des différents éléments d’actif de l’entreprise. Nous avons indiqué brièvement plus haut les difficultés du problème du maintien de la valeur du capital. S’il n’est tenu compte que de sa valeur monétaire, une des principales conditions de cette conservation fera défaut.
Or, en période de hausse des prix, il arrive géné-
ralement que les provisions faites pour la reconstitution du capital ne soient pas suffisantes (#). Pour qu’elles le soient, il faut que la valeur des immobilisations figurant au bilan soit calculée en fonction du coût de remplacement, en tenant compte des prix actuels d’achat des différents éléments d’actif (#). Les provisions constituées pour l’amortissement doivent donc être augmentées au fur et à mesure de la hausse des prix. Sinon, à la fin de la période prévue pour un amortissement complet du capital, on trouvera qu’une partie seulement a été réellement effectuée, et que le capital réel de l’entreprise a donc diminué dans une proportion correspondante (5%). Une partie des recettes accrues par la hausse a été traitée comme un bénéfice net. Si les profits que la hausse fait ainsi apparaître figurent comme tels au bilan, mais sont ensuite réinvestis dans une proportion suffisante, l'erreur comptable n’aura pas pour effet de diminuer le capital ; on s’apercevra seulement un jour que celui-ci n’a pas augmenté comme on s’y attendait. Mais dans la mesure où ces profits sont
(48) V. l’analyse détaillée de ce phénomène dans les entreprises françaises depuis vingt ans, donnée par M. Pierre Diéterlen, Revue d'Economie Politique. Janv.-Fév. 1939, pp. 396 cc. À titre d'exemple, « la capitalisation « boursière des meilleures entreprises de ciment était « de 30 francs 1928 par tonne de capacité de produc- « lion, alors que la valeur de remplacement était à la « même époque de 300 francs par tonne. »
(49) Et non en tenant seulement compte, comme semble l’indiquer M. Diéterlen, de la valeur-or de la monnaie : car les prix-or peuvent également subir des fluctuations.
(50) V. I. Fisher, Théorie de l’Intérét, p. 43.
consommés, des éléments du capital sont alors traités comme des revenus. Il y a consommation de capital.
En outre, cet accroissement des dépenses de consommation s'ajoute à ceux que nous avons précédemment observés, et contribue à précipiter le moment où la pénurie de capitaux se fera sentir. Il agit donc à la fois comme une cause directe de la dilapidation du capital des entreprises existantes, et comme un des facteurs qui s’opposent à la formation complète des investissements neufs.