C. — LES CRÉDITS AUX CONSOMMATEURS
L'expansion peut amener plus directement encore la diminution du capital. Nous avons supposé qu’elle se manifestait sous forme de crédits aux producteurs. On peut admettre que, de nos jours, la plus grande partie des crédits leur parviennent tout d’abord. Mais si pour une raison quelconque, une partie de la monnaie supplémentaire vient directement aux mains des consommateurs, ses effets se feront immédiatement sentir, non seulement sous forme d’une épargne forcée pour les autres consommateurs, — mais aussi par une diminution rapide de la quantité du capital.
En effet, les prix des biens de consommation subiront alors une hausse immédiate, et des ressources seront attirées vers les stades postérieurs. Et comme, dans notre hypothèse, la monnaie supplémentaire est entièrement affectée aux dépenses de consommation, aucune épargne nouvelle n’aura libéré le capital nécessaire à l’industrie des biens de consommation en présence d’une demande accrue.
Selon Hayek (1), la transition des processus de production existants à des processus plus courts se fera plus difficilement que la transition inverse, que l’accumulation du capital ; ce qui explique, en particulier, la longueur de la période de dépression qui suit la crise. Il est certain qu’il est beaucoup plus facile de transformer des capitaux circulants en capitaux fixes que de procéder à l’opération inverse, qui nécessairement doit prendre un temps plus long. Et à la suite de la pénurie de capitaux libres, il existera nombre de capitaux fixes inutilisables.
Mais ce problème n’est pas le seul. Il faut aussi savoir si les facteurs de production et les biens intermédiaires des stades antérieurs sont en général plus spécifiques que ceux des stades inférieurs, et se prêtent moins facilement à une adaptation technique à la suite d’une augmentation relative de la productivité dans ces stades. Problème qui ne peut, nous semble-t-il, être résolu a priori, mais seulement à la suite d’une connaissance complète des conditions techniques dans les différentes branches de la production.
Quoi qu’il en soit (et quelles que soient les difficultés qui accompagnent la transition vers des procédés de production utilisant moins de capital, notamment sous forme de chômage), même si toutes les ressources sont finalement résorbées dans le nouvel équilibre, les industries de consommation se seront
(51) Op. cit. p. 92.
étendues. Une partie des ressources autrefois employées à produire des biens de consommation au moyen de périodes de production plus longues, seront employées directement à cette production, — d’autres dans des processus plus courts. Mais en définitive, la quantité du capital social aura diminué. La consommation présente est accrue aux dépens du capital. Il est évident que cette situation ne peut aboutir qu’à une diminution générale de la productivité de l’industrie, et à une diminution de la consommation future.