‹ L'Épargne Forcée MonétaireChapitre 40 sur 56 · EE V7 LE · texte numérisé non relu

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de l’échelle mobile), et conduirait rapidement à un processus d'inflation cumulative. Toutefois, dans la mesure où il ne s'agirait que de chômage limité à certaines industries, on peut admettre qu’une expansion modérée et contrôlée pourrait réussir à augmenter le volume de l’emploi, et, en augmentant immédiatement la production dans ces industries, parvenir à maintenir l’équilibre sans qu'il y ait à craindre un renversement ultérieur de la demande, par suite d’insuffisance de la production des biens de consommation par rapport au volume accru des revenus monétaires.

Lorsqu'il existe un reliquat oisif de biens-capitaux inutilisés, on ne doit pas conclure à l’existence d’une marge immédiatement utilisable; car si la main d’œuvre est répartie dans le reste de l’industrie de telle sorte que sa productivité marginale dans chaque branche est proportionnelle au coût marginal, tout déplacement de la répartition existante, — en particulier toute ‘affectation à .des biens-capitaux jusqu’alors inutilisés — amènerait une diminution de la production globale, même si elle avait pour effet d'augmenter le rendement de certaines branches d'in. austries ainsi rendues à l’activité.

En particulier, si ces branches en chômage ne peuvent être remises en train qu’à la suite d’une baisse du taux monétaire de l’intérêt, l'expansion monétaire pourra bien produire, en ce qui les concerne, les effets désirés; mais l’existence de biens-capitaux oi-

sifs ne suffira pas, même en pareil cas, à éviter les

effets du mécanisme d’épargne forcée : car ces bienscapitaux ne sont oisifs que parce qu’il font partie d’investissements abandonnés, et comme nous l’avons vu, c’est par suite d'insuffisance de capital libre qu’a eu lieu cet abandon. Ce capital libre ne pourra dès lors être obtenu que par une expansion cumulative; car la remise en train d’investissements arrêtés ne saurait augmenter immédiatement la production de manière suffisante pour éviter la hausse des prix. Et c’est, nous semble-t-il, sur l’augmentation immédiate de la quantité des biens produits que comptent les partisans de l’expansion monétaire comme remède au chômage, pour neutraliser ses effets sur les prix (F).

Enfin s’il s’agit de chômage généralisé dans les stades antérieurs de la production à la suite d’une insuffisance de capital libre, il semble que la remise en train par une nouvelle expansion ne puisse être que provisoire. L'essentiel, nous l’avons vu, est le rétablissement d’un équilibre entre la production des différentes branches de l’industrie correspondant à la distribution de la demande effective. Une expansion de crédit pourra n’avoir d’autre effet, tant que cette condition ne sera pas réalisée, que de se répartir en encaisses liquides accrues, sans réussir à s’employer aussitôt en investissements productifs; et c’est précisément ce qui se produit pendant la période de dépression du cycle, au cours de laquelle on voit

(57) V. Durbin, Op. cit. p. 152 ss. Bresciani-Turroni, The theory of saving, Economica, mai 1936, pp. 172 ss.

le taux de l'intérêt tomber à des niveaux très bas, et les réserves liquides des banques prendre des proportions croissantes sans provoquer une demande de la part des entreprises. Si le taux monétaire de l'intérêt est cependant suffisamment réduit pour provoquer cette demande à partir d’un certain moment, même l'existence de ressources inutilisées n’empéchera pas que les investissements entrepris sur cette base puissent se révéler « erronés » au sens indiqué plus haut, lorsque la hausse future du taux de l’intérêt révélera l’insuffisance de leur productivité immédiate eu égard aux conditions de la demande.

Nous reconnaîtrons volontiers, cependant, que les effets de l’expansion dans le cas de chômage ne sont encore connus que de manière très imparfaite; et ce, malgré le redoublement d'intérêt que cet aspect du problème a provoqué depuis plusieurs années. La principale difficulté, nous semble-t-il, vient de la définition exacte du « chômage », particulièrement lorsqu’elle s'applique, non au salarié, mais à l’outillage matériel ; car dans ce cas, comme dans le précédent, il faudrait considérer comme équivalent à un chômage véritable toute utilisation inférieure à la productivité optima de cet outillage (5). De toute manière, le problème ne peut être résolu qu’à la condition de distinguer l’emploi effectif de toutes les ressources, sans égard à leur productivité optima, de la

(58) V. J. Robinson, Disguised Unemployment, Economic Journal 1936, pp. 225 ss.

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distribution optima de ces ressources et de la rentabilité durable des investissements entrepris.

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