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A. PROBLÈMES PARTICULIERS POSÉS PAR UNE ÉCONOMIE INTERNATIONALE

Ce qui a été exposé jusqu’à présent revient à dire que la loi des débouchés de J. B. Say ne s’appliquerait effectivement que si la monnaie n’avait aucune influence perturbatrice : même dans une économie monétaire tout se passerait comme si les produits s’échangeaient contre les produits, mais seulement à condition que le débit monétaire restât invariable; ceci suppose notamment que la quantité de monnaie ne s’accroisse pas parallèlement à la production de manière à stabiliser ou même à faire monter les prix.

Ce raisonnement s’applique sans difficultés à une économie « fermée », sans relations avec d’autres marchés, — dans le cas le plus simple, à l’économie mondiale. Mais si l’on considère des économies « ouvertes », — des fractions du marché mondial — il

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est inévitable que le débit monétaire de chacune d'elles subisse des variations. Allons plus loin : ces variations sont indispensables au rétablissement de l'équilibre économique de chacune des économies considérées. Mais il ne faut pas en conclure que l’élasticité du débit monétaire en général est une condition de l’équilibre, avant d’avoir examiné quelles sont précisément les raisons qui permettent d’expliquer les variations locales : celles-ci devront évidemment se produire à la suite des transactions en biens réels de l’économie locale considérée avec le reste du monde. Car en l’absence de ces variations locales, ce serait alors, dans de nombreux cas, le débit monétaire mondial qui varierait.

Ce phénomène deviendra plus clair en précisant les particularités des transactions internationales. Comme on l’a récemment fait observer (1), l’élément principal qui pose, dans la théorie des échanges internationaux, un problème distinct de ceux de la théorie générale de l’échange, est l’existence de différentes devises nationales et de différents systèmes monétaires nationaux. Les autres éléments qui servent d’ordinaire à isoler la théorie du commerce international (en dehors des caractéristiques spécifiquement politiques, telles que les restrictions commerciales et sociales de toutes sortes), — en particulier l’absence de mobilité des facteurs de production — ne sont pas des caractéristiques exclusives de la division des marchés

(1) L. C. Robbins, L’Economie planifiée et l’ordre international, Paris 1938, pp. 238 ss.

en fractions nationales; ils existent même dans un territoire libre de toute entrave intérieure juridicopolitique à la circulation des biens et des personnes, et à ce titre, la théorie du commerce international (et en particulier l’application de la loi des coûts comparés) n’est qu’un développement de la théorie du commerce interrégional (2). Il n’existe entre les deux qu’une différence de degré.

Mais lorsqu'il devient nécessaire, pour régler une transaction internationale, de se procurer une devise étrangère, au lieu de n’utiliser qu’une monnaie nationale unique, il s’agit alors véritablement d’un phénomène économique nouveau. Une monnaie nationale à force libératoire légale n’est liquide qu’à l’intérieur des limites où s’exerce la souveraineté nationale ; pour régler définitivement une dette à l'étranger, il faut se procurer une monnaie liquide à l’intérieur du pays créditeur. Même dans une économie fermée, ou, si l’on préfère, dans une économie dotée d’une monnaie homogène, les transactions économiques sont déjà indirectes : les produits s’échangent contre de la monnaie avant de s’échanger contre des produits. Mais avec l’apparition de plusieurs espèces de monnaies, toute transaction internationale est par nature doublement indirecte : avant d’acheter un produit étranger, il faut d’abord échanger la monnaie nationale contre une monnaie étrangère.

Il ne saurait s’agir de reprendre ici toute la théorie des paiements internationaux. Mais il peut être inté-

(2) V. B. Ohlin, /nterregional and international Trade,

ressant d'appliquer nos conclusions précédentes aux mouvements monétaires qui sont fonction de la position internationale d’une économie donnée ; en particulier d’étudier dans quelles conditions les différentes transactions internationales provoquent des phénomènes internes d’épargne forcée. On peut, d’autre part, se demander quels sont les effets internationaux d’une expansion monétaire locale, et s’il existe des phénomènes d’épargne forcée internationale.

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