‹ L'Épargne Forcée MonétaireChapitre 46 sur 56 · A. — CAS D’UNE MONNAIE HOMOGÈNE · texte numérisé non relu

A. — CAS D’UNE MONNAIE HOMOGÈNE

Considérons d’abord le cas le plus simple, celui d’une monnaie parfaitement homogène, c’est-à-dire

(o) Car, bien que ces derniers soient le plus souvent l'effet de mouvements de capitaux, ce qui est prêté et emprunté est généralement une devise étrangère, avec laquelle l’emprunteur achète l’or. Les réserves d’or des banques américaines, par exemple, « représentent » pour une grande partie des capitaux étrangers placés à court terme; mais les prêteurs étrangers sont, non pas créanciers directs des lingots d’or, mais détenteurs de dépôts en dollars convertibles.

ie

teïle que la devise nationale de chaque pays puisse être directement utilisée à des paiements dans tous tous les autres pays : tel serait le cas d’une monnaie universellement liquide, par exemple d’un système de circulations monétaires nationales purement métalliques (6).

En pareil cas, les mouvements internationaux de monnaie et la variation de la quantité de la monnaie dans chaque pays dépendent des mouvements des transactions internationales. Supposons qu’entre deux pays dont les transactions commerciales sont en parfait équilibre, c’est-à-dire où les exportations sont exactement égales aux importations, il se produise une modification dans le courant des échanges ; autrement dit, qu’une personne qui jusque-là dépensait une certaine somme en marchandises de A, dépense cette somme en B ; peu importe, à cet égard, que l’auteur de la modification initiale soit un habitant de À ou de B : dans les deux cas, les balances des paiements des deux pays seront affectées de la même manière au point de vue monétaire : il y aura excès des paiements de À vers B ; le déficit de la balance commerciale de A correspondra à la diminution relative de ses exportations vers B (7) ; les

(6) V. Hayek, Monetary Nationalism and International Stability, Londres, 1937, pp. 8 et 20 ss.

(7) Soit, par exemple, deux pays À et B dont les exportations et importations mutuelles sont respectivement de 100; notre hypothèse se réalisera, soit qu’un habitant de A importe de B pour une valeur de 10 (p. ex.) ce qu’il achetait précédemment en A : les exportations de

importateurs de À ne trouveront plus sur le marché des changes assez de devises B offertes par les importateurs de B ; le solde devra donc être réglé par un mouvement d’or de À vers B.

On sait que les forces du marché seront aussitôt mises à l’œuvre pour rétablir l’équilibre, et que le mouvement international de la monnaie ne continuera pas aussi longtemps que persistera cette modification initiale de la demande internationale ; le mouvement monélaire engendrera une modification compensatrice qui rétablira l’équilibre, et finira ainsi par s’éteindre de lui-même.

Ce résultat pourra être obtenu de deux manières : ou bien, à la suite de la diminution des revenus dans le pays À, qui a subi la diminution de la demande, les achats de À en B diminueront (inversement, à la suite de l’augmentation des revenus en B, les achats de B en À augmenteront) (8), ou bien l’augmentation du débit monétaire en B amènera une hausse des prix favorable à l’accroissement des exportations de À vers B (et vice-versa). Mais, comme on l’a fait observer, « la durée de fonctionnement de ce méca- « nisme de ré-équilibre dépendra du nombre de chaï- « nons dans la chaîne qui aboutit finalement d’un « pays à l’autre, — et de la mesure dans laquelle à

B vers À passeront de 10 à 110, les exportations de A vers B restant inchangées ; soit qu’un habitant de B achète désormais en B ce qu’il importait de A : les exportations de À vers B tombent à 90, les exportations de B restant inchangées.

(8) V. Aftalion, l’'Equilibre dans les Relations Economiques Internationales, Paris 1937.

« chacun de ces points, les variations de revenus con- < duiront d’abord à une variation des encaisses liqui- « des, avant de se faire pleinement sentir en dépen- « ses réelles. Dans l'intervalle, la monnaie continuera < de passer de A vers B » (?). Autrement dit, selon que la variation des revenus dans B conduira immédiatement à une dépense en importations venues de A au lieu d’être dépensés directement en B (et d'y amener une hausse des prix) ou à un accroissement des encaisses liquides, le flot monétaire de A vers B sera plus ou moins considérable.

Mais de toute manière cette expansion monétaire ne doit pas avoir, en elle-même, d’effets perturbateurs, car, d’une part, elle n’affecte pas, comme le laisserait entendre une interprétation rudimentairement quantitativiste de ce mécanisme, le niveau général des prix du pays considéré, mais seulement les prix de ceux des produits sur lesquels se fera sentir la demande de ceux des revenus accrus à la suite de ce flot monétaire (et vice-versa) ; et, de ce fait même, ces variations de revenus monétaires correspondent à des variations dans les conditions de la demande réelle. Les effets ne diffèreront donc pas des variations ordinaires des encaisses monétaires individuelles à l’intérieur d’un même pays, à la suite des variations des transactions réelles ; s’appliquant à un pays entier vis-à-vis du reste du monde, ces effets seront comparables aux variations de la de-

(9) Hayek, Op. cit. p. 21.

MANTOUX 1e

mande d’une région à l’autre ou même d’une industrie à l’autre à l’intérieur d’un même pays.

Un accroissement (ou une diminution) du débit monétaire survenant dans ces conditions ne doit donc pas être considéré comme une inflation (ou une déflation) au sens où nous l’avons entendu jusqu’à présent, et n’amènera, par lui-même, aucune des modifications de la structure de la production que nous avons étudiées. Dans ces conditions, la répartition du débit monétaire international entre les différents pays sera déterminée par le même mécanisme que celui qui répartit la monnaie entre les différentes régions d’un même pays, ou même entre les différents individus d’une même région. L’équilibre sera dès lors réalisé lorsque la portion relative de la « quantité » de monnaie dans chaque pays sera proportionnelle, non pas exactement à sa part relative du revenu mondial réel (1), mais à cette part, compte tenu des « préférences de liquidité » des habitants de chaque pays, c’est-à-dire de la part du revenu conservé sous forme monétaire. Les variations du débit monétaire qui pourront alors se produire seront dues aux mêmes causes que celles qui affectent le niveau des encaisses individuelles, et non à la position internationale du pays.

En particulier, il sera normal qu’à la suite d’une diminution relative de la demande des produits d’un pays, le débit monétaire y diminue. Toute interven-

(10) Robbins, op. cit., p. 246.

tion des autorités monétaires pour mettre obstacle à cette diminution aurait le même effet que celles que nous avons observées plus haut, à l’occasion d’une expansion « stabilisatrice >» des prix en période de progrès économique : une telle « compensation » locale augmenterait le débit monétaire mondial. Les variations nationales du débit monétaire, consécutives aux transactions internationales commerciales, ne sont donc pas des variations absolues, mais des variations relatives, qui correspondent à des variations dans la répartition locale du revenu réel mondial.

Page 1