‹ L'Épargne Forcée MonétaireChapitre 47 sur 56 · B. — CAS DE SYSTÈMES NATIONAUX HÉTÉROGÈNES · texte numérisé non relu

B. — CAS DE SYSTÈMES NATIONAUX HÉTÉROGÈNES

La « compensation » locale des mouvements monétaires à laquelle nous venons de faire allusion ne serait réalisable, avec le système homogène que nous avons envisagé, que s'il était possible de faire varier à volonté, selon la politique monétaire adoptée, la quantité totale de la monnaie métallique en circulation. Nous verrons plus loin quels peuvent être les effets de cette variation. Mais, avec les systèmes monétaires nationaux généralement en usage, elle pourra devenir une conséquence automatique des échanges commerciaux internationaux.

Nous avons vu, en effet, que les systèmes monétaires modernes reposent sur une variété d’instruments liquides. Dans ces conditions, un excès de paiements entre deux pays ne donnera pas lieu à un transfert équivalent de monnaie internationale, mais seulement

Mo e

à un transfert partiel, le mécanisme de l’équilibre étant assuré par la contraction et l’expansion du volume des instruments monétaires qui repose sur la base liquide, seule affectée directement par les mouvements internationaux. Si les banques d'émission de chaque pays sont assujetties aux règles de l’étalon d’or, elles verront diminuer leur réserve à la suite d’un excès de demande de devises étrangères ; en l'absence d’une politique délibérément contraire, elles diminueront proportionnellement le volume de leurs crédits ; en même temps que la base liquide du système national, la totalité du débit monétaire se contractera, — et inversement dans le pays qui bénéficie d’une balance de paiements favorable.

Les conséquences de ce mécanisme, à la différence du précédent, se feront sentir de la manière suivante : savoir, que les individus atteints par une contraction ou une expansion du débit monétaire ne seront pas nécessairement les mêmes que ceux qui auraient vu leur revenu monétaire varier à la suite d’une variation dans la répartition internationale d’une monnaie homogène ; la diminution des revenus, au lieu de suivre directement la trace de la diminution de la demande du produit qui a provoqué le déséquilibre international, se répercutera à travers le système bancaire : elle affectera donc normalement, non pas les industries qui ont subi (directement ou indirectement) les effets de cette variation, mais d’autres industries, selon la nature des crédits diminués ou non renouve-

lés par les banques à la suite de la variation de leurs liquidité, — et inversement.

L'effet de ce mouvement de crédit se fera donc sentir sur le marché des capitaux ; dans le pays qui bénéficie d’une expansion, les crédits alloués par les banques augmenteront dans la mesure où cette expansion atteint d’autres individus, d’autres branches de Pactivité économique que celles qui auraient vu leurs revenus varier à la suite de la modification du courant international de la demande ; celle-ci équivaut donc à une création additionnelle de monnaie dans le pays considéré, et vice-versa, entraînant tous les effets de l’épargne forcée sur l’accumulation du capital (1).

Le système de l’étalon-or avait cependant été conçu, en particulier par les auteurs de sa chartetype (celle de la Banque d’Angleterre, en 1844), pour fonctionner, à l’intérieur de chaque pays et dans les relations internationales, de la même manière qu’une circulation métallique pure, de sorte que la quantité totale de la monnaie dans chaque pays dût varier

(11) L'interprétation de Hayek, à laquelle nous nous sommes constamment référés, est sensiblement différente sur ce dernier point : selon lui (op. cit. p. 30) c’est parce que les effets compensatoires de la modification du courant international de la demande continuent, indépendamment de l’effet bancaire, que les forces tendant à rétablir l’équilibre des paiements se feront sentir, alors que l’équilibre a déjà été rétabli par l’action des banques: de sorte qu’un mouvement en sens inverse se fera aussitôt sentir dans leur liquidité et dans le volume de leurs crédits. Mais, nous semble-t-il, puisque précisément le mécanisme bancaire a pour effet de réduire le mouvement international d’or, on ne voit pas pourquoi les effets directs observés dans le cas d’une monnaie homogène se produiraient additionellement.

conformément aux variations de sa part du revenu réel mondial. Mais l’élasticité spontanée d’un système de monnaies de différentes liquidités a pour effet de rendre ces variations moins étroitement dépendantes de celles des réserves liquides, et donc du débit mo-

pétaire mondial.

Il semble donc que, même en observant les traditionnelles « règles du jeu » de l’étalon d’or international, les variations de cette sorte doivent conduire à des perturbations monétaires dans la structure du capital. Mais il va de soi que de tels effets ne peuvent être que renforcés lorsque ces règles ne sont pas observées ; en particulier, lorsque des mesures seront prises pour < compenser » sur le marché national les effets monétaires des courants d'échanges internationaux. Les procédés employés couramment à cet effet depuis une quinzaine d’années, ont été, d’abord, en Angleterre, la politique des opérations d’ « openmarket », puis celle des fonds d’égalisation des changes, toutes deux, du reste, essentiellement analogues ; elles consistent, pour la Banque d’émission, lorsque le marché monétaire est menacé d’un resserrement de crédit par des sorties d’or, à « compenser » ces mouvements en réapprovisionnant les banques en encaisses liquides par l’achat de titres (Bons du Trésor ou autres). De cette manière, les autorités monétaires cherchent à éviter les mouvements violents du taux de l’escompte qui suivraient des variations de l’encaisse métallique nationale. De sorte qu’une sortie

d’or peut même amener, en fin de compte, au lieu d’une déflation de crédit, une expansion positive.

IL est difficile d’apprécier, d’une manière générale, l'opportunité de cette politique, qui peut avoir cerlains avantages, surtout lorsque les fluctuations que lon veut compenser sont elles-mêmes provisoires, — notamment lorsqu'il s’agit de mouvements de capitaux à très court terme. Mais lorsque les mouvements monétaires sont dus à des variations durables du courant des transactions internationales et du revenu réel national relativement au reste du monde, il est évident que cette compensation monétaire ne fera que substituer aux conditions nouvelles de l'offre et de la demande internationales une offre additionnelle de monnaie ; celle-ci, non seulement ne pourra que retarder le rajustement définitif de la position économique internationale du pays, mais en perpétuant les conditions du déséquilibre, amènera, tôt ou tard, des perturbations monétaires en sens inverse, avec les conséquences que nous avons soulignées en étudiant les fluctuations du capital.

Page 1