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A. — NATURE DU MOUVEMENT INTERNATIONAL

Un mouvement international de capitaux ne produit pas, en ce qui concerne les parties à la transaction, d'effets différents de ceux d’un mouvement interne. Le problème le plus intéressant est de savoir

comment ce mouvement affecte la balance des paiements du pays tout entier, et sous quelle forme s’effectue le transfert de pays à pays.

Par exportation de capital, il faut entendre, selon nous, l’achat d'éléments d’actif libellés en une devise étrangère, susceptibles de fournir un revenu permanent et comportant un remboursement ultérieur du principal. Dans un pays qui n’a sur l’étranger ni créance ni dette qui ne soit proprement commerciale, — autrement dit, qui n’a jusqu'alors ni importé ni exporté de capital, — une exportation nette de capital ne peut évidemment s'effectuer que par une exportation nette équivalente de marchandises, de services, ou de monnaie internationale (d’or). Si je me rends acquéreur de titres industriels américains, ou de dépôts en dollars dans une banque américaine, cela signifie que le vendeur des dollars que je viens ainsi de me procurer aura acheté mes francs : mais jusque-là il n’y a aucune exportation nette de capital ; les devises de chaque pays ont simplement changé de mains. Les francs que j'ai vendus ne peuvent être exportés, — sinon pour être thésaurisés, — puisqu’ils ne peuvent par définition être dépensés qu’en France. Aussi longtemps qu’ils ne seront pas dépensés, à ma créance en dollars correspondra une créance équivalente en francs (et ceci même dans le cas de thésaurisation effectuée matériellement en dehors du territoire national). Il y a deux mouvements de capital en sens inverse. Le mouvement net de capital, — seul à considérer pour juger de la position interna-

tionale du pays — sera réalisé lorsque ces francs auront été dépensés en France : à l’exportation de capital correspondra donc une exportation exactement équivalente en biens, en services ou en or.

Le cas le plus simple de ce genre de transactions est celui où l’acquéreur de devises étrangères les dépense directement dans le pays prêteur : par exemple, une compagnie de chemins de fer en Amérique du Sud lancera un emprunt en France et achètera aux industries françaises des rails, des machines, etc. avec le produit de l’emprunt. Mais même si le mécanisme du transfert n’est pas aussi direct, l’exportation nette de capital se traduira pour le pays considéré, quoiqu'il arrive, par un excédent de la balance des revenus et de l’or, — par une exportation équivalente de biens réels ou de monnaie métallique, et pour le pays emprunteur, par une importation équivalente. Le mécanisme sera, dans ce cas, triangulaire; l’emprunteur peut n’avoir besoin d’aucune des marchandises produites par le pays prêteur, où il n’a emprunté que parce que les conditions du marché des capitaux y étaient plus favorables qu'ailleurs ; il peut même n’avoir besoin d’aucun produit étranger : de toute manière, ce seront les conditions auxquelles il obtiendra l’emprunt, et non les dépenses qu’il compte en faire, qui lui dicteront le choix de sa négociation.

Mais l'effet sur les balances commerciales des pays prêteur et emprunteur reste néanmoins le même. Si l’entreprise argentine qui a emprunté des francs a

besoin de dollars ou d’une autre monnaie, ces francs passeront au vendeur de cette nouvelle monnaie ; aussi longtemps qu’ils resteront sans emploi, la réalisation de la créance qu’ils représentent sur le marché français sera reculée ; il n’y aura de mouvement net de capital que lorsque ces francs seront dépensés, et donc provoqueront une exportation de biens réels ou d’or hors de France (#).

Il est donc superflu, selon nous, de chercher à savoir comment un pays appelé à faire un paiement unilatéral créera préalablement, pour se procurer les devises étrangères nécessaires, un excédent de sa balance des comptes. Bien que la marchandise ne suive pas toujours directement le capital, toute exportation de capital crée un transfert immédiat de pouvoir d'achat aux mains des emprunteurs étrangers et, par là même, une demande étrangère sur le marché national (t).

La balance des transactions au comptant subira donc les variations suivantes à la suite d’un mouvement international de capital : la balance d’un pays prêteur sera d’abord excédentaire ; au fur et à mesure que les sorties de capitaux se ralentiront et seront compensées par des versements d'intérêts elle tendra à se renverser, et elle se renversera lorsque ces versements excéderont l’exportation nette de capitaux ; un courant de plus en plus considérable d’im-

(12) V. Iversen, Aspects of International Capital Movements, Copenhague 1934, p. 91.

(13) J. Rueff, Mr. Keynes’ Views of the Transfer Probiem, Economic Journal, 1929, p. 388.

portations apparaîtra au cours de la période de rapatriement du capital placé à l’étranger. Et inversement pour le pays débiteur.

On voit donc que si un mouvement net de capital se traduit toujours par un déséquilibre équivalent de la balance des revenus et de la monnaie internationale, ce solde ne permet pas par lui-même de savoir s’il s’agit d’un pays créancier au stade de l’exportation de ses capitaux, ou d’un pays débiteur au stade du remboursement (et vice-versa). D’autre part, comme les paiements unilatéraux comportent en même temps que les exportations et les importations de capitaux, les exportations et les importations d'intérêts, il peut arriver (par exemple) qu’un pays dont {a balance des revenus soit déficitaire ait en même temps exporté du capital, si la somme des revenus tirés de ses capitaux placés à l’étranger est supérieure à ce déficit : l’excès aura donc été réinvesti à l'etranger au lieu d’avoir été dépensé sur place et transformée en importations.

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