‹ L'Épargne Forcée MonétaireChapitre 50 sur 56 · B. — COMMENT S'EFFECTUE LE TRANSFERT · texte numérisé non relu

B. — COMMENT S'EFFECTUE LE TRANSFERT

Le problème le plus important n’est donc pas, nous semble-t-il, de savoir si l’ajustement de la balance des revenus permettra d’effectuer facilement le transfert, puisque cet ajustement en est une conséquence automatique, mais bien de savoir sous quelle forme et par quel mécanisme le transfert s’effectuera : en

or ou en marchandises? Et en quelle catégorie de marchandises ?

Comme nous l’avons dit, au point de vue individuel du prêteur et de l’emprunteur dans chaque pays, le mouvement international de capital ne diffère pas d’un mouvement interne. Ce que l’emprunteur obtient, c’est du capital libre (#) et non nécessairement des biens-capitaux achetables dans le pays prêteur ; en ce qui le concerne, l’opération a produit ses effets lorsqu'il a obtenu le pouvoir d’achat sur le marché où il désire le dépenser. Mais l’intérêt principal du mouvement de capital au point de vue des deux pays considérés est évidemment d'amener des facteurs de production et des biens-capitaux des pays riches en capitaux vers le pays emprunteur.

Or l'effet sera fort différent selon que le transfert s’effectue en or ou en biens réels. Nous ne pouvons examiner ici en détail à quelles conditions le mouvement se fera en l’une ou l’autre catégorie (15) ; indiquons seulement que ces conditions seront évidemment celles des prix comparés de l’or ou des marchandises, et des différentes marchandises entre elles, selon le rapport des élasticités de leurs demandes res-

(14) Iversen, op. cit., p. 24.

(15) Ce problème a été soumis à un nouvel examen dans un grand nombre d'ouvrages récents. Citons, outre ceux d’Aftalion et d’Iversen, mentionnés plus haut, KR. Nurkse, Internationale Kapitalbewegungen, Vienne 1935; G. Haberler, International Trade, (Trad.) Londres, 1936; P. Barrett Whale, International Trade, Londres, 1935; J. Viner, Studies in the Theory of International Trade, New-York, 1937.

pectives ; le titulaire définitif des devises nationales du pays prêteur les dépensera de la manière la plus avantageuse ; en particulier, il se produira des mouvements d’or aussi longtemps que la pression de la demande de devises étrangères amènera le cours du change au niveau du point de sortie. D’autre part, les marchandises exportées ne seront pas nécessairement des biens-capitaux, mais tout bien dont l’importation dans le pays emprunteur y libérera des forces productives de manière avantageuse ; par exemple, l'importation pourra se faire uniquement en biens de consommation, les facteurs occupés jusquelà dans le pays emprunteur à produire ces biens étant ainsi libérés, et pouvant servir à fabriquer des bienscapitaux (15).

Si le transfert se fait en biens réels, il se produira donc un enrichissement du pays emprunteur au moyen des épargnes du pays prêteur : tout se passe comme si le second prêtait des marchandises au premier. Mais dans la mesure où ce transfert n’a d’autre effet que d’augmenter la quantité de monnaie liquide dans le pays emprunteur, il n’y aura aucun mouvement de capital réel entre les deux pays. Sans doute, le titulaire individuel de l’emprunt aura obtenu le capital libre qu’il désire ; mais il l’aura obtenu au moyen d'une expansion interne dans le pays emprunteur, c’est-à-dire par un phénomène d’épargne forcée. Le mouvement d’or aura servi à provoquer immédia-

(16) Haberler, Op. cit., p. 140.

tement un transfert de biens, non entre les deux pays, mais entre différentes catégories sociales du pays emprunteur, sans lui apporter aucune richesse réelle de l’extérieur. Au lieu d’importer des machines véritables, il aura importé des « machines à inflation ». (17)

Or il est évident que l’intérêt principal d’un mouvement international de capitaux est de permettre au pays emprunteur, — sinon à l’emprunteur individuel lui-même, — d’obtenir de l’étranger des biens et des services réels, et non pas seulement un supplément de liquidité favorable à une expansion interne (18). En fait, la plus grande partie des mouvements de capitaux se font en marchandises, parce que la hausse des prix provoquée par l’expansion dans le pays emprunteur ne tarde pas (en l’absence de restrictions au commerce international) à y attirer les envois des exportateurs étrangers. Et s’il ne s’agissait que de procéder à une expansion interne, il serait inutile de se procurer préalablement de l’or à l’étranger : les moyens fiduciaires à la disposition des systèmes bancaires modernes étant suffisants, et une expansion interne couverte ou non par de l’or

(17) L'effet est bien entendu identique lorsque l'or n’est pas matériellement importé dans le pays emprunteur, si, par exemple, les banques de ce pays considèrent que des devises étrangères constituent une base liquide suffisante pour servir à un expansion de crédit interne. C’est notamment ce qui se passe dans le cas du Gold Exchange Standard.

(18) E. Mireaux, par exemple, dans les Miracles du Crédit (pp. 230 ss.), ne voit que ce seul effel financier dans les mouvements internationaux de capitaux.

ayant les mêmes effets internes sur la structure de la production. Il s’agit alors d’un mouvement de monpaie, et non d’un mouvement de capital réel.

La forme monétaire des mouvements de capitaux est particulièrement apparente lorsqu'il s’agit de mouvements à très court terme ; mais comme ceux-ci ont de plus en plus pour motif la conservation de la valeur du capital et la recherche de la sécurité plutôt que celle du gain offert par la différence des taux d'intérêt, ces masses monétaires ne sont pas intégralement investies par les banques des pays où elles vont chercher refuge. Ainsi l’or accumulé dans les banques américaines depuis plusieurs années, à la suite de dépôts à très court terme ou à vue, n’a pas augmenté proportionnellement le débit monétaire de ce pays (il a été « stérilisé »). On conçoit à cet égard l'utilité d’une politique de « compensation » des mouvements d’or, en l’absence de laquelle pourraient se produire des fluctuations monétaires violentes, et sans rapport avec la part nationale du revenu réel mondial.

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