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B. — INFLATION D'OR

Si, au lieu d’être due à un accroissement de la circulation d’une devise nationale, l’expansion se fait avec de la monnaie internationale, ses effets affecteront nécessairement les relations du pays où se produit l'expansion avec le reste du monde, au bénéfice de ce pays.

La mise en circulation locale de l’or nouvellement extrait, provoquera rapidement une hausse considé-

(20) Une dévaluation qui amènerait directement une sous-évaluation de la devise nationale aurait évidemment les mêmes résultats. Les prétendus avantages procurés par celte opération au commerce extérieur, s'ils sont parfois acquis au commerce d’ exportation, le sont ainsi au détriment de l’ensemble de l’économie nationale.

rable des prix dans le pays même et produira dans ce pays tous les effets d’une expansion monétaire ordinaire ; mais au point de vue des rapports entre ce pays et le reste du monde, les effets seront, semblet-il, inverses de ceux que nous venons d’observer dans les phases initiales d’une inflation nationale. Dans le cas présent, en effet, la hausse des prix nationaux équivaut à un avilissement local de l’or ; ce dernier ne tardera donc pas à être exporté et à étendre peu à peu la hausse au monde entier (2). Mais

(21) Une des meilleures analyses de la répartition internationale de métaux précieux est celle de Turgot, dans ses Observations sur le Mémoire de M. de Saint-Péravy « Chaque année, la masse de l’or et de l’argent circulant dans l'univers s’accroit par le travail continuel des mines. L'argent que les mines donnent se répand d’abord dans l'Etat où les mines sont situées. Il faut ou qu’il reste dans la circulation, ou qu’il y soit mis en réserve par les entreprises, ou qu’il en sorte pour être échangé contre des denrées. L’argent mis en réserve dans le fait ne tarde pas à rentrer bientôt dans la circulation; et il est dans la nature des choses que l’argent des mines sorte de chez les peuples propriétaires des mines pour s’échanger contre des denrées étrangères : car s’il restait dans le pays, les denrées augmenteraient si prodigieusement de prix et l’argent s’avilirait si fort que d’une part les mines cesseraient de présenter un profit suffisant aux entrepreneurs pour balancer les frais de l'exploitation, et la production nationale, manquant de valeur, cesserait bientôt; et que, de l’autre part, la différence de prix entre les denrées étrangères et les denrées du pays serait bientôt si forte que malgré toutes les prohibitions du gouvernement, l’intérêt de chaque citoyen consommateur se réunirait avec celui des vendeurs étrangers pour forcer toutes les barrières que les préjugés de l’administration voudraient opposer à la sortie de l’argent. |

L'argent que les Etats propriétaires des mines tirent du sein de la terre s’introduit par le solde en argent de la balance du commerce dans les Etats qui vendent leurs denrées aux propriétaires des mines. Il faut rai-

avant que cette hausse ait été uniformément répartie, et que le prix mondial de l’or ait atteint sa nouvelle position d’équilibre, le pays producteur et exportateur d’or aura importé des biens et services réels à des prix relativement bas, et sans que le reste du monde ait reçu d’autre contre-partie qu’un accroissement de la quantité de monnaie internationale accompagné d’une hausse des prix. « L'Europe fit une mau- « vaise affaire lorsque les nouvelles mines d’Améri- « que, d'Australie et d'Afrique du Sud engendrèrent « un immense boom dans ces pays. Elle exporta « des bateaux et des rails, des articles métallurgiques « et textiles, des meubles et des machines, en échange « d’or dont elle n’avait guère besoin, car elle avait

sonner de cet argent, introduit par le commerce dans PEtat commerçant comme celui qui a été tiré immédiatement des mines dans l’Etat possesseur des mines. L’argent, devenu commun, enchérit les denrées : bientôt elles ne peuvent être données au même prix à la nation qui solde en argent, et les nations où l’argent est plus rare obtiennent la préférence. La nation qui avait acquis la surabondance de l’argent est elle-même obligée de tirer une partie de ce qu’elle consomme des nations plus pauvres en argent. Ainsi l'argent se répand peu à peu dans toutes les nations. Dans l’espèce d’échelle que forment ces Etats plus ou moins riches en argent, ceux dont la situation est la plus heureuse, la plus près de l’état de pleine prospérité, sont ceux où l’abondance et la valeur de l’argent sont dans le degré mitoyen où les porterait l’équilibre parfait si l’argent pouvait à la longue se trouver universellement répandu sur toute la terre à proportion de la somme des productions annuelles de chaque canton. Le cours naturel que le commerce donne à l’argent tend à ce niveau universel ; mais il est impossible qu’il y arrive jamais tant que les mines ne seront

as épuisées… (Turgot, Œuvres, édit. Daire, t. I, pp. 428-430).

« déjà tout ce qui était nécessaire à ses transactions « monétaires. » (2)

Il se produit donc un phénomène d’épargne forcée internationale, au sens le plus complet, qui n’a été que rarement souligné, croyons-nous, dans l’analyse des mouvements internationaux de l’or. L’accroissement de la production de la monnaie métallique doit produire, sur le marché mondial, des effets analogues aux effets internes d’une expansion fiduciaire nationale, — avec cette différence que les frais d’exploitation d’une mine d’or sont très sensiblement supérieurs à ceux d’une planche à billets. D’autre part, bien entendu, cette expansion est nécessairement limitée : elle pourra provoquer de la même manière une accumulation de capital réel, mais on doit s’attendre à ce que celle-ci s’accompagne du déséquilibre de la production entraîné par l’épargne forcée.

(22) Mises, The Theory of Money and Credit, p. 210.

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