‹ L'epee de mon pere comedievaudeville en un acteChapitre 10 sur 21 · SCENE VIII · texte numérisé non relu

SCENE VIII

M-GERVAL'T, HENRI/,u, 's GUSTAVE.

lt'*"‘^CEBVAUT, à eUe m^me. Ce myètère. .

que j avais renfermé là, il faut donc que je le leur révélé ; je u’eli aurai jamais la force.

ItENRI, redescendant la scène, après avait reconduit tes autres personnages. Ce M. Tlioniassin est admirable... il a deviné le plus cher déniés vœux... il y cousent. {/Ippelunt et criant de toute sa force. ) Gustave ! Gustave . mon ami, mou frère ! arrive donc.

GUSTAVE, rentrant par la gauche. Me voilà... Qu'y a-t-il? que me veux-tu ?

UENiii. Ce qu'il y a? la no,ivelle la plus incroyable , la plus inimaginable ; apprends, mon ami, que je suis comte... et toi aussi... nous sommes tous comtes. . . et puis, il {laraït que notre père, un général., est-ce que je sais, moi !

GUSTAVE. Au moins, tu m'expliqueras.

HENRI. Très-volontiers.... c’est-à-dire quand je saurai... car, pour le moment , je suis dans la plus profonde obscurité.

M"" GEiiVAUT, à part. Allons, il le faut:

(Se plu font entre eux.) Mes enfaus, j’ai un grand secret à vous coiiBer,

GUSTAVE. Unsecret.. celte émotion., ce trouble, ., nia mère... c’est donc quelque cliose de bien terrible ?

^ H""' GERVAUT. Ce secret, c’est mon bien, tome ma vie... aussi, avec quel soin j’ai veillé pour que rien ne vint me trahir... ni une démarche, ni un mot impnideut... jugez combien j’ai souffert pour renfermer en moi cette vérité qui eberebait à s’en échapper; pour étouffer cette voix qui me criait incessamment aux oreilles...

mais tu n es pas la mère de tous les deux.

TOUS DEUX. O ciel!

^ HENRI. Est— il possible?., l’un de nous n’est pas votre 61 s !

GUSTAVE. Ab I c’est à genoux que nons devons vous entendre.

HENRI. Et celui qui n’est ici qu'un etranger ne se relèvera qu’après avoir remercié sa bienfaitrice.

M"* GERVAUT. Voyons, ne m’ôtez pas mon courage, j’en ai déjà si peu. Relevezvous! relevez-vous! (lÛle se laisse tomber sur un fauteuil tpie Gustave lui présente; les deux jeunes gens sont debout autour décile, Henri à sa gauche, et Gustave à sa droite.) Ce nom de Gervaut n’est point le mien.

Votre père appartenait à une famille noble i on le nommait le comte de Servüres.

L1 UACAtlIf TflÉATKAl..

HEfihf, O Custüife, Comte... qu*est-ce que je disais ?

M”“ GERVACT , coftiinuani. Possesseur d’une fortune considérable... plein de valeur, d’un mérite militaire distingué, il était déjà , au moinent de la révolution, parvenu aux premiers grades de Tannée. A cette époque , il se vit proscrire coiiiine tous ceux de sa classe , non pour ses actes personnels,^ mais parce que le hasard de la naissance Tavait placé parmi les suspects.

Déjà même , des rigueurs menaçaient sa léte... il fallut fuir, quitter son château où il avait cru trouver un refuge.

GUSTAVE. Je comprends... il émigra.

^ H** üERVAL'T. Tous SCS amis sVtaienl reunis pour Ty engager. Accepter Thospitalité de l’étranger, la payer peut-être du sang de ses compatriotes... il ne le voulut ]ias.

CISTAUT.

Aia : Je suis suidai, j’en jute sur l’honneur.

Mais U (fiait alors un noble nsilr,

Et tous lu tente on tiouTail un abri

Où Ton avait le corur bien plus tranquille

UI’ftTATB.

Ab! je le aens, j^aurais fail coiumc lui.

«"• GBATACT.

Même air.

n combattit, reçut mainte blessure,

Et sa noblesse , >1 la cacluit ainsi

Sous la gloire de sa roture.

iisrrai, vivement.

Mau, à moo tour, j*aurais fait comme lui.

ENSEMBLE

Toca X>BCX.

Oui, l'au et Tautre auraient fait comme lui.

M”“ GERVAUT. Déjà inêiiie, liî mlTrage de ses camarades Tarait élevé au grade <le général, car à Tarmée, il y avait égalejiislice pour tous, mais en France c'était bien différent... moi, la femme d’un soldat, je fus en butte aux plus odieuses persécuiions, menacée de toutes parts. . . ce fut alors que je reçus une lettre du mon mari <|ui m’ordonnait de le rejoindre. 11 savait que près de lui, je n’aurais rien à craindre ; mais comment partir? J'avais un enfant iiouveau-né... l’exposer aux fatigues, aux dangers d’un long voyage, c’était impossible.

Mous avions un fermier sur lequel nous devions compter, et qui habitait assez loin de nous, dans une ferme isolée; je lui remis Teiifant, en lui recommandant de Tclever comme son propre fils qui était du même ige que le mien : surtout, j'insistai pour qu’il demeurât tout-à-fait inconnu, pour que son nom fût caebé à tout le monde. . . je croyais par là le soustraire aux recherebes de nos persécuteurs... Je partis alors.

■ENM. El votre absence fut longue ?

■-* GERVADT. Je fus entraînée par U marche de Tannée ; enfin, laase do ne paa recevoir de nouvelles, je revins en Champagne où étaient nos propriétés... Mais hélas I quel malheur était arrivé... quelques mois après mon départ, l’ennemi avait envahi la France... notre château était détruit... et le village qu’habitait le fermier à qui j’avais confié mon fils avait été brûlé, rasé de fond en comble. . . lui , il avait pris les armes... il était parti...

mort, disait-on... et ime femme qu’il n’avait pas mise dans le secret me remit deux enfans. . deux enfans ! et je cbeixhais mon fils... moi... et rien ne put m'aider à le retrouver, pas même un nom. Pour mieux remplir ma volonté , on avait jugé à proposde changer le sien... et Ton me dit setlement que l’un d’eux s’appelait Gustave, l’autre, Henri..

BENRi. Je comprends tout maintenRnt..

et quel fut votre désespoir.

M— GERVAUT, te levant, et descendant la scène avec eux. Oui ; j’avais toujours les yeux fixés sur ces deux enfans , pour voir si quelque sympathie ne se révélerait pas toui-à-coup; mais rien, rien!., ohl c’était une horrible torture... mon cœur de mère était jaloux des soins et de la tendresse que je donnais au fils d’une étrangère. (Changeant de tan.) Heureusement que peu à peu je me mis à vous aimer tous deux, à vouf confondre dans le même amour maternel., il le fallait bien ; d’ailleurs, ne lu’appeliexvous pas tous deux du nom de mère? Je ne fus pas assez forte pour y résister... et mon cœur fut partage... Ditcs-moi celui de vous qui seul est mon fils... aiirait-il le droit de m'en vouloir?

HENRI et Gl'STAVE , avec expression. Ma mère!

CBKVAUT.

ài> : direlva

Oui , par vrtut deux j’ai vu tarir la source De CCI regrets qui causaient tua douleur,

(iar , pauvre reiiiiuc, hélas ! et sans ressource. J'avais besoin rie renaître au boiibeur;

Le ciel est juste et sa haute sagesse ,

Au lieu d'uv fils que le sort m enlevait.

M'en rendit lieux... afin que nia vieillewe Pât retrouver l'appui qui lui luauquait.

Oui , j'en ai deux . afin que ma vieillesse Retrouve un jour l'appui qui lui roantpsail

HENRI. Elle général?

GUSTAVE. Quand il revint auprès de vous ?. .

M-* GERVAUT. II ne revint pas... et une lettre cachetée de noir m’apprit qu’il était mort... sur un champ de bataille.

HENRI, avec douleur. Mort !

GiiSTAVE. Alt ! j’ai le droit de le pleu-

t’ÉpiE OK

itr du inoint, si je n’ai paj celui de l'appeler mon père.

HENDI. Ët jamais aucune reclierche ne put vous faire découvrir lequel de nous deux?..

M" GBBVAUT. Jamais.

BEüRl. Mous sommes donc (oujoum frères... toujours vos enfaus.

GUSTAVE. Tu as raison , Henri.

M" GEKVAUT. C’cst que vous ne coinprenex pas pourquoi je vont dcvai.i cette cruelle révélation... quelqu'un est ici, qui a connu le général... qui sait qu'il n'avait qu'un fils...

GUSTAVE. U ciel! '

HENRI. Le voisin, mon ancien ennemi, i présent mon ami iiitiiiie! Rassurex-rous, ma mère... Ali! il croit que le général n'avait qu'un fils.... eli bien! c'est à nous à lui persuader que ses souvenirs l'ont trompe.

GUSTAVE. Oui, en continuant de nous aimer, comme nous avons fait jusqu’à ce jour, de toute notre ame

HENRI. Et nous verrons s'il osera nous .

soutenir encore que nous ne soinines pas frères... ce sera un combat à mort que nous livrerons à sa mémoire... Oli! nous

en sortirons vicUuieux moi , je suis

sûrd'avancedu succès... et loi, frère?

GUSTAVE. Et moi aussi.

■mai et orsTATa.

Aia de I}oche. (Liaiaoa» <laiigereuic».)

Jorofu

Qiie aoaa le tromperons !

Jurons!

Totijours, toujours mon frcie ,

Tous deux dans les bras d'nuc mère,

D'y ▼oir clair, nous k dcHetons.

II peut venir : oui, nous jurons Que de lui nous Irtonipfaerons.

■■■* caavsuT.

ENSEMBLE

Jurons

Que nous le tromperons.

Jutons

Tous deux près (Tune mère ;

A ses yeux caches ce niystà v,

D’y voir clair noua le défierons, etc.

TnOMASSIN , enant dans ta roulhse. Me voilà, me voilà , madame la comtesse, monsieur le comte.

M”* GEBVAVT. Ah ! c'est lui!

HENRI. Attention!..

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