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L ALTRUISME ET LA MORALE SOCIALE IO

Naturellement, Comte, qui, contrairement à J. Stuart Mill et même à Herbert Spencer, nie la valeur de toute méthode introspective dans la psychologie unie à ses conditions physiologiques et phrénologiques, ne s’arrête pas à commenter comme un La Rochefoucauld le fait psychique de Tamour de soi ni à faire des distinctions, comme Vauvenargues ou Jean-Jacques Rousseau, sur les manifestations variables de l’égoïsme primitif. Il est, pour ce savant, essentiellement et nécessairement lié aux conditions biologiques des individus.

Nous partons ici de la vie organique. La sociologie explique, d’après Comte, l’ascendant spontané des sentiments personnels relatifs à « l’instinct conservateur )). Mais il s’empresse d’ajouter qu’elle concilie directement cette inévitable suprématie avec l’existence continue des affections bienveillantes. Préoccupé surtout, à cette dernière époque de sa vie, de remplacer la religion catholique par la religion positiviste dont il veut être après tant d’efforts intellectuels une espèce de pape, Comte remarque que la théorie catholique représentait cette tendance constante à l’altruisme comme étrangère à notre constitution et seulement inspirée par une grâce surhumaine.

Auguste Comte a donc bien compris ou senti les obstacles que peut soulever tout épicurisme ou utilitarisme. Comment pouvons-nous passer de ce moi nécessité par les conditions mêmes de la vie à Tamour des autres ? Et il dit que le ®grand problème consiste à investir

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artificiellement la sociabilité de la prépondérance que possède naturellement la personnalité. Chez Helvetius et Bentham, c'étaient l’éducateur et le législateur qui, par l’utilisation bien comprise de nos passions, se chargeaient de nous faire passer des sentiments égoïstes au dévouement et à l’amour d’autrui. Mill a recours à l’association des idées : grâce à elle, nous aimerons la vertu pour elle-même après avoir recherché Tutilité dans ce que la société appelle le bien, et Spencer corroborera cette conception de nos habitudes utiles par celle des habitudes utiles de la race. Je ne manquerai pas d’y revenir, puisque ce sera une nouvelle forme scientifique et philosophique de l'épicurisme utilitaire. D’après Auguste Comte, la solution du problème repose sur un autre principe biologique qui est, pour reprendre ses propres expressions, le développement des fonctions et des organes par l’exercice habituel et la tendance à s’atrophier par l’inaction prolongée.

Or, si nous voulons envisager les nécessités de notre existence sociale, nous verrons, observe Comte, que nécessairement, elles provoquent « l’essor continu des instincts sympathiques tout en comprenant, ajoutet-il, celui des penchants personnels dont la libre activité empêcherait bientôt tous les contacts mutuels » .

La morale positiviste, suivant les formules mêmes de Comte, représente donc le bonheur humain, tant privé que public, comme consistant surtout dans

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le plus grand essor possible des affections bienveillantes.

Ainsi, et il convient d'insister sur ce point, Comte est obligé, comme Hume, d'ajouter à son phénoménisme et au naturalisme la valeur et la puissance d’un sentiment. Bienveillance, sociabilité, altruisme, peu importe. Il est vrai que lui-même a montré, dans l'ordre nécessaire des choses, le principe de la conservation incapable de se suffire à lui-même. Mais le pauvre savant avait senti dans sa propre expérience le besoin d'une expansion sentimentale. L'intelligence scientifique, ou faculté d'analyse, combinée avec l'expérience des faits, ne pouvait sans doute pas lui dicter les règles de sa morale et encore moins les commandements de la religion nouvelle.

Du reste, reprenant le principe des premiers utilitaires, il a compris que « l'art moral » a comme but d'augmenter des influences favorables et de diminuer leurs antagonistes, et il fait appela « une sage intervention systématique », à la fois privée et publique. Ce n'est pas Auguste Comte qui niera les bienfaits de la législation .

Comment se réalise cette prépondérance de la sociabilité sur la personnalité ? Car je continue à employer les termes d'Auguste Comte. On sait que, d'après lui, l’homme sort de sa personnalité primitive par les affections de famille et qu'il s’élève ainsi vers la sociabilité finale. A son tour, Herbert Spencer développera ce grand thème sociologique.

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Laissons de côté les considérations connues sur Taflection filiale et fraternelle, puis sur Taffection conjugale et la paternité qui nous unit à l’avenir comme nous Tavons été au passé, pour insister sur la constante préoccupation qu’a le nouveau Messie de montrer la supériorité de sa conception où tout se rattache à l’amour sur celle de la philosophie catholique. Seule, sa morale est capable d’enseigner l’accomplissement habituel des devoirs sociaux; elle ne fait jamais appel aux avantages personnels. Elle embellit le plus simple précepte hygiénique « par le sentiment qui l’impose à chacun pour se rendre mieux apte à servir les autres ». Succédant à la sociologie, cette morale religieuse habitue l’homme à se subordonner à l’humanité jusque dans ses moindres actes. C’est ainsi que le savant philosophe s’interdisait peu à peu les distractions, réduisait ses menus non seulement à cause de sa pauvreté, mais encore en pensant aux malheureux qui meurent de faim. Il adoptait sa pauvre domestique. Il éprouvait profondément le sentiment attendri de la fraternité universelle qui lui semblait incompatible avec la morale métaphysico-théologique et résultant de la morale positive, régénération normale de la morale personnelle, seule conforme aux lois générales de notre nature individuelle ou collective.

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La célèbre formule redoutable et consacrée de Taine, un autre philosophe austère du déterminisme phénoméniste, mais qui était aussi un grand psychologue, (( La vertu et le vice sont des produits naturels, comme le sucre et le vitriol », me paraît avoir son importance pour illustrer les thèses essentielles de Tépicurisme scientifique.

Quel a été l’immense efibrt de Taine, sinon de constituer, avec les ressources de sa large érudition fortement systématisée, un ensemble de sciences morales, depuis celle de l’esprit jusqu’à la critique historique, littéraire et artistique en les étayant sur les méthodes des sciences physiques, chimiques et naturelles ?

Déjà l’éthique apparaissait à Helvetius comme une physique des mœurs. Or, le savant ne doit-il pas rester impassible devant le déterminisme des phénomènes auxquels se rattachent les faits intellectuels et moraux, comme tous les autres ?

Avec Taine aussi, nous passons des sentiments égoïstes aux sentiments altruistes conformes aux intérêts de la société. Comment ? En raison d’une généralisation analogue à celle qui nous permet de passer constamment, et d’une façon croissante, des jugements individuels, particuliers, intéressés, aux jugements universels, généraux, désintéressés.

Les conceptions morales de Littré, qui n’était ni un poète, ni un artiste, mais un grand savant positif,

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bien que son positivisme se passât de toute dévotion rituelle, retiendront également notre attention.

Ce très grave et très laborieux encyclopédiste laïque dont Taspect était celui d’un prêtre, sans la souriante onctuosité de Renan, professait, ainsi que les épicuriens et les utilitaristes, que le mal est dans Tignorance et Terreur. Donc, à quoi bon s’indigner? Il faut savoir et remédier scientifiquement à ce qui est nuisible. La morale pratique et politique peut-elle a voir, d’ailleurs, un autre objet?

Littré, comme son maître Comte, fait dériver la morale des sentiments égoïstes et altruistes. Comme le chef du positivisme, il se méfie de la méthode d’introspection et bannit le subjectivisme de la science. Il conçoit donc les phénomènes moraux à travers les phénomènes organiques qui sont à leur origine.

Pour expliquer les tendances fondamentales de tout être vivant, Littré qui fit de très fortes éludes médicales rappelle que la substance vivante s’entretient par la nutrition et se perpétue par la génération.

Nous voici revenus, cette fois, à la compréhension exacte, précise, des besoins nécessaires de ce moi donné, dont on a tort de faire un monstre a priori, et dont Hobbes avait déjà souligné la vitalité.

La substance vivante a donc des besoins et de toute nécessité, elle périt s’ils ne sont pas satisfaits. Il faut qu’elle se conserve et pour cela qu’elle se nourrisse. C’est l’interprétation normale de Tégoïsme, parce que c’est la volonté même de la nature.

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Avant Helvetius et d’Holbach, avant Saint-Lambert et Volney, le- médecin La Mettrie avait parlé de cet égoïsme naturel chezrhomme-machine, chezrhommeplante.

La substance vivante, qui s’entretient parla nutrition, se perpétue par la génération. Elle doit subsister non pas seulement en tant qu’individu, mais en tant qu’espèce. D*où un second instinct inhérent à notre organisme et sur lequel Littré insiste volontiers avant le cruel métaphysicien Schopenhauer et le très systématique psychiatre de Vienne, le Docteur Freud.

D’après Littré, l’origine de l’égoïsme est dans ce besoin fondamental de la nutrition, comme l’origine physiologique de l’altruisme est dans le besoin de génération. N’oublions pas qu’Epicure n’avaît pas négligé non plus la théorie des plaisirs du ventre. Quant à ceux de la deuxième catégorie, comment nier leur importance considérable, leur énorme influence sur notre conduite, sur l’évolution de nos idées et de nos sentiments personnels ? Helvetius et Stendhal, avant Fourier, ont montré que l’amour et les passions diverses qui naissent de l’amour sont des moteurs puissants dans la vie morale et sociale.

Tous les psychologues du roman réaliste et tous nos dramaturges se sont appliqués à glorifier ou à dénigrer les frénésies de la chair, les cris du cœur, leurs illuminations et leurs ardentes apothéoses, magnifiées par les grands artistes du romantisme et de la décadence

Albert Kbim. — L’Épicurisme.

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Littré, qui n’avait guère que la passion du vrai et consacrait la majeure partie de ses nuits à des travaux d’une complexe érudition et aux Dioiionnaire$t les ramenait donc, en physiologiste, en médecin, à Tins^ tinct sexuel.

Ah! certes, il ne s'élève guère aux Magnificat du rêve et de l’idée dans les élans passionnés du coaur, ce brave savant qui a le souci d'expliquer!... Est-ce de sa faute, d'ailleurs, si ces conditions de la nutrition et de la sexualité, fondements de notre égoïsme et de notre altruisme, sont imposés aux êtres vivants?

Ainsi notre organisme a besoin d'être nourri et d'engendrer. La vie d'expansion, sous ses formes variées, comme le besoin d'aimer, se ramène, en dernière analyse, suivant Littré, à cet instinct fondamental de reproduction.

Nos viscères et notre cérébralité sont naturellement disposés pour cette loi générale de la sexualité qui impose la nécessité d'aimer, l'union entre hommes et femmes. De là à affirmer que toutes les formes de l'amour et même que toute aorte d'inclinations et de passions se réduisent à la sexualité, il n'y a qu'un pas à faire.

C'est avec un© acerbe volupté que Sehopanhauer, en ricanant, ramenait l’amour le plus délicat, le plus raffiné» les plus magnifiques, les plus lyriques exaltations de la tendresse à cette sexualité que le génie de l’espèce, l'obscure volonté de vivre ordonne à toutes les créatures.

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Le théoricien doctrinaire de la psychanalyse, qui a suivi jadis les cours du D’' Charcot sur l'hystérie et ceux du D’’ Bernheim, de Nancy, sur la suggestion et la psychothérapie, a certainement constaté que beaucoup de névroses proviennent de rinstinct déformé de la génération.

Il est difficile, en eûet, de nier le rôle de la sexualité dans un certain nombre de manies sadiques. Avide sans doute de constituer un freudisme à la mode, généralisant les observations à la manière de bien des Doctors germaniques, le D" Freud ne craint pas de voir la sexualité non seulement à travers tous les pbénonomènes pathologiques, mais partout. Rien n’échappe a son investigation sexuelle ; Tappétit universel du sexe lui apparaît flagrant non seulement dans certaines louches amitiés puériles, mais jusque dans le geste de l'enfant qui tette sa mère.

L’erreur, sans doute, est de ramener l’instinct de conservation à l’instinct de reproduction, ce qui eit manifestement faux. Je ne conteste pas le rôle de la sexualité dans certains actes normaux et à l’origine de beaucoup d’états exceptionnels, mais comment nier que beaucoup d’hommes, soit par tempérament, soit par éducation, s'éloignent volontiers des plaisirs de Yénus pour satisfaire leur sensualité dans la dégustation des viandes garnies et des liqueurs, et s’écartent sans peine du délire de toute morbide luxure ou même de l’ivresse d’aimer et d'être aimé pour quelque pur

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havane ou quelque verre de bourgogne d’un cru rare ! Il y a cent façons d’être un pourceau d'Epicure. Chacun a ses appétits, ses plaisirs, même si tous dépendent originairement d’un instinct général et primordial de conservation.

Mais de quelle façon, d'après Littré, ces besoins de nutrition et de génération peuvent-ils devenir des besoins moraux ?

Le besoin de nutrition entraîne celui d'exercer les facultés intellectuelles ; le besoin d'engendrer, de produire produit la sociabilité. La vie morale est constituée par ces deux ordres de besoins et de sentiments qui entrent en lutte ; la biologie, à elle seule, nous enseigne que Taltruisme répond à des fonctions plus compliquées, donc à un degré supérieur d’évolution.

Se conserver et s'accroître ! Nous allons ainsi des tendances primitives, élémentaires, à la sympathie, à la bienveillance et même, comme chez Comte, à l’universelle fraternité. Nous passons de l’animalité à une existence vraiment humaine où intervient aussi rintelligence, car, s’éloignant ici, dans une certaine mesure des utilitaires, Littré conçoit l'idée du devoir et de la justice comme des inclinations intellectuelles et qui se ramènent à des éléments logiques, comme l’idée d’identité, d'égalité.

D^ailleurs, les facultés égoïstes et les facultés altruistes ont un même siège dans le cerveau, ainsi

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que les facultés intellectuelles. Par conséquent, il y a un rapport étroit entre le développement de Tégoïsme et celui des deux autres groupes, et Tinverse, grâce à la connection des cellules, est vrai aussi.

En examinant cette théorie, en lui opposant les conceptions de Guyau dont il a très dignement honoré la mémoire et celles d’Herbert Spencer, Fouillée n’a pas eu de peine à démontrer déjà que la sympathie de l’être animé pour les êtres de son espèce ne paraît pas dépendre de la sexualité. La possession sexuelle entraîne, dit-il, un esprit d’exclusion ; citant Touvrage d’Espinas sur les Sociétés Animales, il observe que rinstinct social est chez les bêtes en opposition avec l’instinct domestique. Littré étend évidemment ce terme de sexualité au-delà de ses limites.

Revenons donc aux termes généraux de nutrition et de génération, la génération étant uniquement la reproduction d’une cellule par une autre, une répétition, un prolongement. Maintenant, de ce que l’altruisme, ramené comme l’égoïsme à ses éléments physiologiques, est ultérieur et plus complexe, est-ce assez pour nous convaincre de suivre plutôt la tendance vers autrui ?

Cette tendance est nécessaire, nous a dit Spencer, qui, sur ce point, complète par des vues plus générales les théories physiologiques de Littré.

L'altruisme moral va s’expliquer ainsi par l’altruisme physique.

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La nature nous montre, en effet, un altruisme, inconscient, soit, mais réel, chaque fois qu’il y a une dépense de vie individuelle pour accroître la vie chez les autres individus.

Généralement, les infüsoîres brisent leurs corps en parties minuscules dont chacune va êtrelegerm'e d’un autre être.

Chez certains animaux supérieurs, les parents abandonnent une partie de leur substance pour constituer celle de leurs petits. En certains cas, ils meurent aussitôt après avoir donné la vie.

Voilà donc bien, comme le rappelle Fouillée, un « sacrifice inconscient » . N’y a-t-il pas aussi un sacrifice matériel dans Tacte de procréation, dans l’allaitement qui doit permettre à l’enfant de subsister, etc...?

Nous revenons donc à Tinstinct de la génération qui s’ajoute à celui de la conservation pour expliquer l’origine naturelle et nécessaire de toutes nos actions, suivant les adeptes de Darwin et de Spencer.

Née du positivisme de Comte comme des larges et fertiles hypothèses de Lamarck et de Darwin, la philosophie évolutionniste de Spencer nous apporte précisément l’une des formes les plus savantes et les plus intéressantes de Tépicurisme transformé en utilitarisme et de plus en plus adapté à nos besoins comme à nos devoirs sociaux.

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On â souvent montré la valeur de cette vaste systématisation de nos connaissances, de cette nouvelle cosmogonie qui, partie de la nébuleuse de Laplace, grâce à l’évolution de la matière passant de rhomogèhe à rhétérogène et à la transformation des espèces, aux influences ancestrales, aux lois de la sélection et de Tadaptation, ainsi qu'aux influences ethniques, conduit à une philosophie de synthèse et de conciliation que les Anglais, sans renier leur génie national, peuvent opposer avec fierté aux conceptions les plus grandioses.

Il ne faut pas oublier non plus que tout en accordant à rétude des phénomènes la part qu’elle doit avoir dans une doctrine moderne. Spencer ne supprime pas TAbsalu et l’inconnaissable. Son agnosticisme final a pu être admis à la fois par les traditionnalistes et les modernistes.

Rappelons surtout ici, néanmoins, dans ce vaste labeur d’un savants! honnête et si désintéressé, dans ce système énorme et dépourvu de tout vain dogmatisme autoritaire, les belles pages, sans doute les moins connues de cette œuvre colossale, où Spencer se fait le champion des vérités essentielles enseignées par la nature et la vie et lutte avec autant de vigueur que de probité contre les préjugés, contre les superstitions dont il montre, d’ailleurs^ les origines et le développement pour mieux les dénoncer et assurer le triomphe de la saine civilisation.

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L'évolutionniste et darwiniste Spencer est, malgré certaines divergences d’opinions, un positiviste et un utilitaire en éthique ; sa cosmologie aboutit à une morale dite i< évolutionniste » qui ne se sépare guère, non plus, chez lui, de la pédagogie, de la politique et de la sociologie. L'idée du bonheur, du bonheur personnel et universel avec l'idée du plaisir et de l'utilité, est encore et toujours à la base d'une telle doctrine. Bien plus, Tutile, c'est-à-dire la fin à laquelle chacun aspire nécessairement, va devenir une nécessité, naturelle, une obligation physique qui entraîne, par la force même de la nature, l'individu à son bien particulier, puis à celui de tous.

Le naturalisme de Darwin a rendu au concept épicurien de l’amour de soi et du bonheur, à la pensée de Hobbes, de La Rochefoucauld et de leurs continuateurs toute sa réelle valeur scientifique, philosophique et « morale » en opposition aux principes supra-naturels, aux commandements des modernes théologiens de la moralité. L'amour de soi qui doit nous guider vers le bonheur est une vérité aussi évidente pour les darwiniens que celle de la persistance de la force. Quels que soient les effets de l'un et de l’autre dans le monde physique et moral, il faut les reconnaître à la source même de toutes les manifestations les plus diverses et les plus opposées.

Que la morale évolutionniste soit d’abord un épicurisme, une philosophie du bonheur, de nombreux

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