HI. — TRAITEMENT
Tous les malades, hospitalisés ou non, ont, dans l’ensemble, bénéficié du même traitement classique, à savoir : sérum de PETTIT ou, de préférence, sérum de convalescent, vitamine B' plus iodure de sodium en injections intraveineuses (pour les adultes seulement), acide folique, 7-globulines, surtout dans la deuxième moitié de l’épidémie, radiothérapie à doses anti-inflammatoires, après la période fébrile, balnéation chaude, massages et mobilisation précoce,
Il semble que, dans l’ensemble de cette thérapeutique, une fois les paralysies constituées, il fut particulièrement utile d’insister sur la physiothérapie : chaleur, mobilisation, bains. À condition de pouvoir commencer cette dernière le plus précocement possible, la radiothérapie anti-inflammatoire est utile pour raccourcir la période douloureuse du début. On insiste alors sur les bains chauds, suivis de mobilisation dans le bain.
Il n’a pas été administré d’antibiotiques aux malades hospitalisés. |
Certains médecins en ont donné à leurs malades traités à domicile, mais il ne semble pas qu’ils aient modifié l’allure de la maladie.
Il n’est pas permis de supposer que l’absence de séquelles observée chez quelques malades soit due à un traitement anti-infectieux polyvalent, mais plutôt à l’action du sérum de convalescent administré précocement et également au caractère essentiellement polymorphe et capricieux de la maladie de HEINE-MÉDIN.
Nous pouvons cependant remarquer que les formes avec paralysie faciale et atteinte des muscles de la nuque ont remarquablement guéri, tandis que les formes paralytiques graves des membres comportent de lourdes séquelles.
ÉTUDE ÉPIDÉMIOLOGIQUE
L'analyse des différents cas observés ne permet pas de retenir d’hypothèse valable pour expliquer la transmission de la maladie.
Les analyses des eaux de puits pratiquées systématiquement ont montré une forte pollution (forte présence de colibacilles surtout), mais certains malades utilisaient de l’eau de la ville où ils résidaient, eau exempte de toute pollution.
La recherche des virus de la poliomyélite n’a malheureusement pas pu être faite pour les eaux de puits, et c’est simplement d’une recherche bactériologique qu'il s’agit.
La notion de bain de rivière précédant l'infection n’est retrouvée que dans un seul cas.
La seule hypothèse valable est la transmission interhumaine. :
I ne faut pas oublier que la maladie s’est surtout manifestée dans la Chalosse qui touche les Basses-Pyrénées, où une épidémie était en cours — que de nombreux enfants revenalent de colonies de vacances situées dans ce département — que les déplacements d’un département à l’autre, favorisés par les marchés, sont beaucoup plus fréquents vers le Sud.
Il semble que la transmission se soit faite d’un département à l’autre, par l'intermédiaire de cas sporadiques, car les principaux foyers des Basses-Pyrénées se sont manifestés surtout dans le Sud de ce département (Navy, en particulier, siège de colonies de vacances), alors que quel-
ques cas seulement ont été relevés dans les régions en bordure de la Chalosse, mais ce sont ces cas cependant qui se manifestèrent les premiers.
L’épidémie des Basses-Pyrénées s’est développée du mois de mai 1953 au mois de septembre de la même année, mais on note peu de formes paralytiques graves des membres, 2 formes mortelles seulement pour 75 cas
environ.
Parmi les facteurs favorisants ou occasionnels de la maladie, on n’a pu relever une seule fois une amygdalectomie, trois fois des traumatismes ou exercices violents.
En résumé, l’épidémie semble s'être propagée des Basses-Pyrénées vers les Landes, à cause des mouvements de population à l’occasion des marchés.
Chez les enfants, on peut incriminer la fréquentation de
l’école, favorisant ie contact d’enfants sains avec des
enfants venant d’une région déjà contaminée. C’est le cas de neuf enfants fréquentant les classes pour la première fois. Ils habitaient en dehors de la Chalosse, seule infectée pendant l’été. Aucun d’eux n’avait quitté le domicile pendant les mois précédents. Mais ils avaient été en contact avec des écoliers qui revenaient de colonies de vacances ou de séjour hors de leur résidence habituelle.
I faut également signaler le cas d’un enfant de Castets avant présenté la même forme clinique qu’un de ses camarades de la même localité précédemment atteint, mais sans fréquenter la même classe et sans avoir de contacts directs avec lui.
Des inconnues persistent donc et persisteront encore
tant que des Instituts spécialisés n’enverront pas sur place
des équipes de chercheurs, mais nous nous heurtons là à des difficultés pour le moment insurmontables.
Dans l’état actuel de nos connaissances, «le mode de contamination reste toujours imprécisé, sauf quelques cas particuliers; la diffusion d’une infection qui se présente sous des formes très diverses, sans que leurs proportions
relatives puissent toujours être considérées comme constanties, nous échappe. Nous ignorons encore les causes occasionnelles qui déterminent chez certains des paralysies graves, chez d’autres une infection banale ou un simple port de germe. De plus, la filiation entre les cas sporadiques, le rôle des réservoirs de virus, des hôtes vecteurs et le déclenchement des foyers épidémiques sont totalement inconnus » (DEPARIS).
: sp