‹ L'Épilepsie dans l'œuvre de DostoïevskyChapitre 11 sur 25 · SAR N A · texte numérisé non relu

SAR N A

Dostoïevsky nous le présente vivant dans un milieu de nihilistes agissants, sans nous éclairer beaucoup sur son passé. Nous savons seulement qu'il a vécu assez longtemps à l'étranger, qu'il était membre de sociétés secrètes et qu'il était en Amérique le compagnon d’un autre personnage du roman, Chatoff.

De retour en Russie, tout en continuant à fréquenter les révolutionnaires, il ne prend pas activement part à leurs complots. Il semble s'être désintéressé peu à peu du mouvement qui vise à changer l’ordre social pour s’occuper presque exclusivement de philosophie.

Nous ne le voyons pas en état de crise, mais un passage du livre rappelle à ce sujet certaines pages de l’Idiot. Décrivant l’état dans lequel il se trouve parfois, il répète mot par mot les phrases qui peignent l’aura du prince Muichkine.

Son interlocuteur ne s'y trompe pas :

« Kiriloff, éprouvez-vous cela souvent ?

— Une fois tous les trois jours, une fois par semaine.

— Vous n'êtes pas épileptique ?

— Non.

— Alors vous le deviendrez. Prenez garde, Kiriloff, j'ai entendu dire que c’est précisément ainsi que cela commence, Un homme sujet à cette maladie m'a fait la description détaillée de la sensation qui précède l’accès, et en vous écoutant, je croyais l’entendre. Lui aussi m'a parlé des cinq secondes, et m'a dit qu'il était impossible de supporter plus longtemps cet état. Rappelez-vous la cruche de Mahomet : pendant qu’elle se vidait, le prophète chevauchait dans le paradis. La cruche, ce sont les

LA Me”

cinq secondes, le paradis, e’est votre harmonie, et Mahomet était épileptique.

Prenez garde de le devenir aussi, Kiriloff... »

Quelques minutes avant de se tuer, Kiriloff semble être en état second : fixe, debout contre un mur, inconscient de ce qui se passe autour de lui, avec une expression de frayeur, tableau qui correspond assez bien au paroxysme psychique à forme dépressive. Le phénomène isolé serait difficilement ramené à sa véritable cause : il n’est nullement symptômatique de l’épilepsie, mais fait partie des

syndromes psychologiques d’origine cœnesthésique. Le Caractère.

Nous trouvons chez Kiriloff une face nouvelle du caractère épileptique. Outre des insomnies persistantes, des angoisses renouvelées, il est attiré par l’idée de suicide qu'il extériorise à chaque entretien. Il n’y à pas à proprement parler idée obsédante comme chez le psychasthénique qu'un mot suffit à mettre dans un état pathologique, ou comme chez le neurasthénique dont il ne présente pas les symptômes d’épuisement nerveux. Nous allons voir comment cette idée a fini par s'emparer de lui.

Cabanès (1) écrit : « C’est surtout chez Kiriloff que Dostoïevsky à montré l'idée de Dieu spécifique de l’épilepsie, sur laquelle les médecins aliénistes allemands ont insisté (Gottnomenklatur) ». En effet, la question reli-

gieuse, ou plutôt l'existence de Dieu préoccupe Kiriloff

(1) Cabanès : Epilepsie et génie : Dostoïevsky. Revue Mondiale, 1°" août 1922,

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