RASE
L'examen des types précédents a été monotone: c’est qu’à côté de divers éléments personnels dissemblables les points communs sont nombreux. |
C’est d’abord l’aura qu’il faut retenir : alors que chez la plupart des malades rencontrés -elle est sensorielle ou motrice, consistant soit dans une sensation particulière localisée en un point du corps, ou dans un ensemble de mouvements toujours le même, deux sur quatre des épileptiques de Dostoïevsky présentent au début de la crise un hyperfonctionnement mental identique à ce qu'il éprouvait. Rien ne permet de dire que l’auteur ait eu connaissance par l'observation d’autres malades des symptômes plus communs annonciateurs de l'accès.
Il faut noter aussi que l’on ne trouve qu’une description d’équivalent (Kiriloff) et c'est encore un argument pour soutenir que Dostoïevsky a surtout tenu compte de la forme de sa propre maladie dans ses descriptions.
Ceci ne l’a pas empêché de retenir avec une clairvoyance étonnante les détails des scènes dont il fut témoin. La confusion est facile entre un équivalent psycho-moteur et les impulsions d’un dégénéré. Il est fort probable que le romancier assista à une scène analogue à celle qui est reproduite dans les « Possédés » où Stavroguine se livre à des manifestations bizarres.
« Devenu officier, on signalait chez lui des excentricités sAUVATES ANSE »
« Pierre Parlovitch Gaganoff avait contracté l’innocente habitude de dire à tous propos, d’un ton de colère : «Non, on ne me mène pas par le bout du nez ». Un jour, au club il Fui arriva de répéter sa phrase favorite. Au
même instant Stravoguine s’approcha du vieillard, le
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saisit par le nez, et le tirant avec force l’obligea à faire ainsi deux ou trois pas de suite. Il n'avait aucune raison d'en vouloir à M. Gaganoff.….
Les témoins racontèrent plus tard qu'au cours de l'incident la physionomie du jeune homme était rêveuse comme s'il avait perdu l'esprit. Sur le moment on ne remarqua pas l'attitude de Stravoguine : il comprenait très bien l’acte qu'il venait de commettre, et loin d’en éprouver aucune confusion, il souriait avec une gaieté maligne. Rien en lui n'indiquait le moindre repentir... »
D'autres scènes du même genre se succèdent, que Dostoïevsky se garde bien d'attribuer à l’épilepsie. Malgré la ressemblance qu’elles ont avec des équivalents : scandale chez Lipoutine, nouvel incident lorsque le gouverneur Ivan Osipovitch demande à Stravoguine de lui expliquer son étrange conduite ; enfin tout s'explique lorsque le lendemain, enfermé dans une cellule, le jeune homme est en proie à une excitation violente.
« Cet événement fut une révélation. Les trois médecins de notre ville émirent l’avis que les facultés mentales du malade étaient peut-être altérées depuis trois jours déjà, et que durant ce laps de temps ses actes, tout en offrant l’apparence de l’intentionnalité et même de la ruse, avaient pu être accomplis en dehors de la volonté et du jugement ».
Ce Stravoguine est un être manifestement anormal, mais éparses dans l’œuvre s’agitent maintes créatures dont la constitution sans être pathologique arrive à la fronière du déséquilibre.
La plupart des sujets de la « Maison des morts » peu-
vent ainsi se ramener à un type commun d'impulsivité.
sr