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d'hui presque tout son mystère. Les caractères de la crise épileptique sont bien connus.
Le symptôme initial est l'aura, variable d’un individu à l’autre mais toujours identique chez le même sujet.
Les auras psychiques, les seules rapportées par Dos-
toïevsky ) peuvent se séparer en :
sensorielles : elles consistent en hallucinations ou illusions diverses ;
émolionnelles : état mélancolique, ou exaltation psychique pouvant aller jusqu'à l'excitation maniaque ;
intellectuelles, ordinairement constituées par une représentation mentale rappelant le souvenir
d’une personne ou d'un fait.
Huglhlings Jackson a insisté sur une forme particulière d’aura intellectuelle, qui consiste en une réminiscence brusque et fugitive de quelque événement de l’existence, et qui s'accompagne d’un état de rêve pouvant précéder pendant longtemps les attaques convulsives.
Il existe parfois une représentation rapide et générale des événements de la vie passée analogue à ce qui se produit parfois chez les mourants.
Echewerria cite un épileptique imbécile qui, la veille de l'attaque montrait une lucidité remarquable et une intelligence qui s'évanouissait après le paroxysme.
Meredith Clymer a signalé les éclairs d’exaspération des fonctions intellectuelles précédant l'attaque.
De ces phénomènes il faut rapprocher l’exaltation momentanée des phénomènes affectifs. Nous verrons plus loin quelle aura était particulière à Dostoïevsky.
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La suite de l'accès : cri, chute, convulsions toniques et cloniques est trop connue pour que nous insistions.
Après l'accès, le sujet est engourdi, hébété, plongé dans un état crépusculaire qui dure de quelques minutes à quelques heures. Parfois, on constate de la confusion ou du délire.
Mais lorsqu'on examine un épileptique, on ne se borne pas à enregistrer ses antécédents et à noter ses crises. On sait qu'avec les accès existent d’autres troubles utiles à mettre en lumière. Ce sont d'abord les équivalents :
Vertiges, lacunes dans l’unité de conscience, fugues, amnésies lacunaires ;
Ces mêmes obnubilations avec spasmes musculaires partiels et balbutiement de mots incohérents. — Courses, — les tics sont à rapprocher ;
Altérations de l'intelligence, accompagnées d'actes impulsifs, atomatiques, somnambuliformes.
Des peurs subites, des paroxysmes de sueur, des accès de somnolence.
Ces équivalents intellectuels peuvent se rencontrer chez des sujets qui ane jouissent d’un bon psychisme ou ne présentent que des manifestations minimes.
En dehors des équivalents, on note chez les épileptiques divers troubles du caractère :
Apathie habituelle avec réactions impulsives passagères, colères violentes ; humeur inégale, l’affectivité est mal réglée.
La conduite et Îles idées manquent de suite ; plus rarement on trouve une ténacité extrême.
Le trouble le plus constant est l’affaiblissement de la
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mémoire ; le ralentissement des associations d'idées est aussi fréquent.
L'égoïsme domine, mais parfois on trouve des accès de bienveillance pendant lesquels l’épileptique se fait l'avocat ému des infortunes de ses compagnons.
Souvent se manifeste une religiosité morbide.
Quelle que soit la forme des impulsions instinctives, lorsqu'elles sont continues, elles s’accompagnent d'une anxiété pénible. Cet état cesse avec la décharge, souvent suivie d’une sensation de bien-être.
Des peurs morbides précèdent, ou suivent les accès.
Tous ces troubles aboutissent soit à la dégénérescence épileptique psychique étudiée par Samt, soit au suicide.
Les symptômes de dégénérescence sont constitués surtout par :
Une altération intellectuelle profonde : la fonction est parfois affaiblie jusqu'à l’idiotie ;
Des défaillances de la mémoire ;
Une irritabilité excessive ;
Des délires de persécution avec hallucinations terrifiantes, accès d'angoisse, actes impulsifs, ou au contraire le refuge dans la religion, en général conditionné par la conscience du triste état dans lequel se trouve le malade.
Inutile d'ajouter que l’on ne trouve que quelques symptômes réunis chez le même individu qui peut présenter tour à tour plusieurs formes différentes de la maladie.
Les documents que l’on possède sur la vie de Dostoïevsky fournissent sur son caractère et sur ses crises
des données importantes et précises.
Les crises. — Elles survenaient parfois à l’improviste.
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D'autres fois, il en avait le pressentiment un jour ou deux d'avance. Il était alors en proie à un certain état d’anxiété. L'’aura est bien caractéristique : elle consiste en une exaspération des fonctions intellectuelles qui semblent pourtant fonctionner à vide. Nous en possédons la description qu'il en fit à Strakhoff, que celui-ci rapporte dans ses souvenirs : « Ses crises étaient précédées d’une extase enthousiaste. Il ressentait une sensation d’euphorie, d'optimisme, une impulsion à se sacrifier. Pendant ces instants, il éprouvait une impression de bonheur qui n'exisie pas dans l’état ordinaire et dont on ne peut se faire aucune idée. Pour quelques secondes de cette félicité, on peut donner deux années de sa vie, même sa vie entière ».
Ensuite c'était le cri, la chute, les convulsions.
Après quelques minutes, il reprenait connaissance dans un état crépusculaire dont il a laissé la description. I déclarait que «la crise le brise moralement et physiquement » que « l’épilepsie lui fait perdre du temps et trouble sa disposition d'esprit ». — « Après chaque crise, je ne puis remettre mes idées d’aplomb avant quatre jours ». — « Ressentir et s’avouer clairement cet ébranlement des nerfs et du cerveau est une insupportable torture » (1). Il écrit encore ailleurs : « L’abattement où ils me plongent (les accès) est caractérisé par ceci : je me sens un grand coupable, il me semble qu'une faute inconnue, une action criminelle pèse sur ma conscience. »
Après ces troubles momentanés de l'intelligence, exa-
minons les altérations plus durables.
(1) Correspondance. Lettres des 12 déc. 1858, 8 nov. 1865, 20 octobre 1867.