CHAPITRE VI
Le diagnostic de l'épilepsie est quelquefois extrêmement difficile. Cela se comprend puisque l'épilepsie n'est pas une entité morbide, mais un syndrome, et que le plus souvent le médecin n'assiste pas à un accès épileptique et que les renseignements que l'on lui donne sont ou incomplets ou complètement erronés. Mais, règle générale, quand un médecin est consulté pour un cas insolite de manifestation nerveuse ou psychique, il doit penser à l'épilepsie. Il doit passer en revue tout l'ensemble des symptômes moteurs, sensilifs, sensoriels ou hallucinatoires et psychiques qui constitue le syndrome épileptique que nous avons décrit. Il se rappellera que l'épilepsie est surtout une maladie de l'enfance et de l'adolescence; que beaucoup de convulsions de l'enfance ne sont que des manifestations épileptique s ou hystériques; que ces manifestations peuvent exister pendant
les trois ou quatre premières années, disparaître alors et reparaître ensuite à la deuxième enfance ou à l'adolescence.
Enfin n'oublions pas, messieurs, que l'épilepsie passe souvent inaperçue; qu'elle est une maladie à manifestations surtout nocturnes et que, si ses accès ne s'accompagnent pas d'évacuations alvines, elle peut être tout à fait méconnue du malade et de l'entourage.
Cependant, si vous êtes consulté pour un enfant qui présente, à des époques régulières, tous les mois ou toutes les trois semaines, par exemple le matin à son lever, de la lassitude, de l'hébétude, de l'état gastrique, de la nonchalance ou de l'inattention dans son travail à l'école, ou encore un besoin irrésistible de sommeil, ou une excitation insolite, un besoin de frapper, de crier, de mordre, etc., méfiez-vous; pensez à l'épilepsie nocturne. Examinez avec soin ses paupières et sa langue et peut-être y trouverez-vous des signes irréfutables de son accès, je veux parler de pétéchies sousconjonctivales et de morsures de langue. Examinez aussi son oreiller, vous le trouverez peut-être mouillé par une bave sanguinolente.
De même, pour un adulte, si vous êtes consulté pour ses bizarreries de caractère se renouvelant à des intervalles plus ou moins éloignés, pour ses excentricités en paroles ou en actes, ou pour sa mauvaise tenue ou son dévergondage passager et intermittent, ou encore pour
scs colères non motivées; pensez encore à i'épilepsie. Ces malades sont atteints de cette forme d'épilepsie à laquelle Morel a donné le nom d'épilepsie larvée ou plutôt d'épilepsie méconnue. Trousseau a été mis sur la voie du diagnostic d'épilepsie par une luxation de l'épaule à répétitions qu'un malade se faisait la nuit.
Quand nous assistons aux accès, soit complets, soit incomplets, le diagnostic est encore difficile dans certains cas.
Le diagnostic le plus difficile est celui de l'hystérie^ dans sa période épileptoïde, surtout si elle n'est pas accompagnée des autres périodes.
L'accès épileptique se compose de trois périodes comme l'attaque hystérique : la période tonique, la période clonique et la période de stertor. La période tonique est à peu près semblable dans les deux cas. La période clonique, dans la grande attaque d'hystérie, est caractéristique, elle constitue le clownisme et quand elle existe il ne peut y avoir aucun doute sur la nature de l'affection. On a dit que pour distinguer la période épileptoïde de l'hystérie de I'épilepsie il fallait rechercher si la malade ouvrait la bouche, clignait des paupières et présentait les sensations d'une boule remontant de l'estomac à la gorge. Ces signes peuvent exister dans les deux cas et ne peuvent seuls servir au diagnostic différentiel. Il faut donc s'appuyer sur d'autres signes pour porter son diagnostic. La pâleur
de la face et le cri initial, quand on peut les constater, sont d'ungrand secours pour élucider le problème. L'épileptique pâlit, jette un cri et tombe sans connaissance. L'hystérique, au contraire, ne pâlit généralement pas, jette plusieurs cris successifs en tombant et peut bien ne pas perdre connaissance. La chute de l'épileptique est presque toujours du même côté, ou en avant, ou en arrière, et détermine le plus souvent des traumatismes horribles. L'hystérique ne se fait presque jamais de mal en tombant. Il choisit sa place pour tomber.
La période clonique est très peu étendue dans l'épilepsie et pendant cette période le malade fait entendre de petits bruits par la bouche, de petites expirations forcées avec rejet d'un peu de salive. La face qui était turgescente et très violette dans la première période se décongestionne un peu pour tout à fait pâlir au moment où le stertor se produit et où les grandes inspirations apparaissent avec aspirations bruyantes et salivation abondante.
Dans cette seconde période l'hystérique a de grands mouvements de tous les membres, il présente des projections du bassin en avant, fait des arcs de cercle plus ou moins étendus et, après ce clownisme d'une durée plus ou moins longue et d'une intensité plus ou moins intense, la phase des attitudes passionnelles arrive le plus souvent. Si cette phase hallucinatoire ne se produit pas, le malade dort d'un léger sommeil, puis revient à
lui en ne présentant pas cet air ahuri, hébété, qu'offre l'épileptique.
Quand ces deux dernières périodes existent, le diagnostic est donc facile; mais quand elles font défaut et que la période épileptoïde seule existe, le diagnostic, comme vous le voyez, messieurs, est des plus difficiles. Pour arriver à un diagnostic certain vous examinerez le malade dans la période intercalaire. Vous verrez s'il présente des stigmates, de l'hémi-anesthésie, des troubles des sens, de l'ovarie, du rétrécissement du champ visuel, de la dyschromatopsie, de la surdité, de l'amnésie, etc. Quand cette période épileptoïde se renouvelle en série et quand les attaques sont subintrantes, le diagnostic est encore très difficile. Rien dans la manifestation des symptômes convulsifs ne nous mettra sur la voie du diagnostic. La marche de la température seule nous guidera dans cet état de mal convulsif. La température arrivera promptement à 40° et même dépassera ce degré dans l'épilepsie, tandis que dans l'hystérie elle ne dépassera pas 39°. La malade sur laquelle Legrand du Saulle, Ballet et Crépin ont attiré l'attention, présentait des mouvements des muscles abdominaux, des paupières et de la bouche (ouverture de la bouche), et une température peu élevée.
Cette élévation de température pourrait bien n'être pas un signe différentiel, puisque, d'après Barié, il existe une fièvre hystérique qui peut arriver à 40°; mais celte
élévation de température est l'exception, et puis, d'un autre côté, après un état de mal hystérique vous ne verrez jamais l'intelligence aussi ébranlée qu'après un état de mal épileptique. Dans ce dernier cas, l'intelligence et la mémoire sont toujours profondément touchées et il n'est pas rare de voir des phénomènes do paralysie ou d'inhibition exister à la suite de ces états de mal. Le sang-, dans ces cas, est toujours malade; il est noirâtre, poisseux, comme dans les maladies infectieuses, et les urines sont hypotoxiques. La mort est souvent la terminaison finale de cette manifestation épileptique. MM. Gilles de la Tourelte et Catheliueau ont examiné les urines chez les épileptiques et les hystériques et sont arrivés au résultat suivant : il y a interversion des phosphates chez les hystériques à la suite des attaques, c'est-à-dire que le rapport des phosphates alcalins aux phosphates terreux, au lieu d'être de 1 à 3, est de 3 à 1. Cette inversion serait d'un grand secours pour le diagnostic si rien ne pouvait contre-balancer ce rapport, mais malheureusement l'alimentation végétale ou l'administration médicamenteuse peut le faire changer. Je crois vous l'avoir démontré par les expériences que j'ai faites avec mes internes \ Ce qui caractérise surtout la crise épileptique c'est la phosphaturie, la peptonurie et l'hypotoxicité urinaire. L'hyperloxi-
1. Voir Jules Voisin et Oliviero, Société de biolor/ie, loc<> cil .
cité urinaire survient après la crise. L'albuminurie post-paroxvstique pourrait aussi, dans certains cas, être d'une grande utilité pour le diagnostic.
Certains malades ont des crises hy s téro-épilep tiques, c'est-à-dire des crises dans lesquelles on reconnaît les symptômes de l'épilepsie et ceux de l'hystérie combinés. Tantôt les crises sont mixtes, comme dans le cas précédent; tantôt les crises sont distinctes, c'est-à-dire que le malade, dans ses séries d'attaques, présente tantôt la forme pure épileptique et tantôt la forme hystérique. En vous parlant des symptômes j'ai attiré votre attention sur ces cas et je vous ai dit que chaque fois que l'épilepsie prend le dessus la déchéance intellectuelle est fatale.
Ces attaques hystéro-épileptiques à crises combinées ou distinctes sont souvent très difficiles à diagnostiquer au point de vue de leur nature étiologique. Ce ne sera que par une élude suiviedu malade que l'on arrivera à se faire une idée exacte de l'affection. Mais rappelons que l'hystéro-épilepsie à crises combinées n'est qu'une manifestation de la grande liyslérie (hysteria major) et que l'hvstéro-épilepsie à crises distinctes ou séparées est l'association de deux névroses évoluant ensemble et pouvant à un moment donné se substituer l'une à l'autre.; La nommée Dém... est un beau cas de cette dualité morbide où l'épilepsie a pris le dessus et s'est substituée presque complètement à l'hystérie. Celte
malade autrefois présentait les symptômes de la grande hystérie et je ne pensais avoir affaire qu'à une véritable hystérique lorsque, il y a trois ans, je m'aperçus que cette femme n'avait presque plus de manifestations hystériques, mais au contraire des symptômes vrais d'épilepsie. Son intelligence, qui était active, est devenue paresseuse et maintenant même elle présente une vraie déchéance intellectuelle, se rapprochant de la démence. Elle ne peut plus travailler à l'atelier. Elle ne sait plus lire et écrire, et elle ne sait plus faire de petits travaux «à l'aiguille. Le plus souvent elle est malpropre et gâteuse. Cette déchéance intellectuelle est la preuve infaillible de la nature épileptique de sa maladie. Cette observation montre combien le diagnostic chez les hvstéro-épileptiques doit être réservé. La marche seule de la maladie nous a fait faire le diagnostic, et cela après plusieurs années de traitement.
Observation. — Hystéro -épilepsie à crises mixtes et séparées. Prédominance de l'épilepsie dans les derniers temps et disparition des attaques hystériques, démence consécutive.
La nommée Dém..., âgé de dix-huit ans, entrée le 17 janvier 1883 à la Salpètrière.
Père mort phtisique.
Mère nerveuse, irritable, souffrant de névralgies.
Deux sœurs et un frère bien portants.
Réglée à douze ans.
A quatorze ans, émotion à la vue d'un homme blessé sur un brancard, et peu de temps après, cette malade ayant eu peur de rats dans une cave, eut une attaque consécutive.
D'après les renseignements que l'on nous donne, cette malade aurait des attaques d'hystéro-épilepsie, d'épilepsie et des vertiges.
Attaque d'épilepsie. — Chute brusque, sans être prévenue, pâlit, pas de cri. Visage devient vultueux. La bouche présente de l'écume. Mouvements tétaniques des quatre membres. Ronflement. Résolution. Stertor. Incontinence d'urine. Sommeil de un quart d'heure. Pas de trouble intellectuel consécutif.
Attaque d'hystéro-épilepsie. — Étouffement, points douloureux à gauche sous le sein. Hallucinations de la vue (lumières), voit un homme qui la menace d'un couteau. — Ëtourdissement, les objets tournent. — La malade dit : « J'étouffe, je vais être malade », et immédiatement l'attaque commence. — La malade tombe, crie pendant tout le temps de l'attaque, se roule à terre, se met parfois en demi-cercle, dans une position excessivement forcée et quelquefois les membres restent contractures.
Vertiges. — La malade est immobile, les yeux fixes, pendant quelques secondes, n'en est pas prévenue et revient à elle naturellement.
Etat actuel.
Analgésie. La malade n'a que la sensation du contact, surtout à droite.
Pas de points hystérogènes.
A la pression de l'ovaire gauche, sensation de quelque chose qui remonte à l'épigastre.
Les muqueuses sont sensibles. Réflexes conservé^.
Quand on applique des pièces d'or, d'argent ou de billon sur la main, elle ne fait aucune différence.
Caractère insupportahle, ne cède pas, entêtement, colère; taquine avant l'hystérie, sombre avant l'épilepsie. Elle est querelleuse.
1 6 juillet 1886. — La malade eut hier une attaque de
grande hystérie. Cette attaque est caractérisée par des cris répétés, une courte phase tonique, une phase clonique prolongée, la malade fait tantôt des arcs de cercle et a des mouvements libidineux du bassin; tantôt, elle tourne de gauche à droite plusieurs fois de suite., et à la fin présente une attitude passionnelle.
Ce matin, elle présente de l'analgésie à droite sur toute la moitié du corps; la muqueuse conjonctivale et nasale de ce côté est insensible à la douleur et au tact, mais elle a la sensibilité du froid. Du côté opposé, elle sent un pin.
Hémianesthésie croisée. Le champ visuel est : œil gauche 75, œil droit 65.
Pour les odeurs, elle sent davantage à gauche.
Pas de dyschromatopsie.
L'ouïe existe, mais moins fine à droite.
Insensibilité du fond de la gorge.
Le goût est conservé.
Douleur à l'ovaire gauche et à la région mammaire du même côté; si on presse sur la région ovarien ne, sentiment d'oppression et de boule.
La malade nous dit que lorsqu'elle est puni- être malade, elle sent généralement sa boule et lorsqu'elle crie, c'est qu'elle a frayeur d'un individu qui La poursuit avec un couteau.
La compression de l'ovaire ne fait pas cesser l'attaque.
6' août. — Même état général.
Présente en plus, au niveau des apophyses épineuses dorsales, à partir de la septième jusqu'à la dixième, une hyperesthésie.
8 décembre. — A eu ce malin une attaque d'hystérie. Est tombée tout d'un coup, puis a jeté des cris, en ayant les bras étendus et les poings fermés, les yeux convulsés à gauche et la bouche déviée du même côté. En même temps la malade tourne de gauche à droite, plusieurs fois de suite
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s'arrête sur le dos, projette le bassin en avant, puis tourne les yeux du côté opposé et alors la malade tourne de droite à gauche, mais dans ce cas la bouche est toujours déviée du côté gauche. Les pupilles sont très dilatées. La compression des globes oculaires a arrêté au bout de quelques minutes (deux minutes i l'attaque. La respiration se modifie d'abord, puis les cris et les mouvements s'arrêtent.
Après une compression des globes oculaires de quelques minutes, la cessation de la compression a amené de nouveau l'attaque dans les mêmes conditions. Elle fut supprimée de nouveau par la compression des globes oculaires.
La malade a peur; elle voit un homme avec un couteau, qui la menace, ou une bête noire qui veut la dévorer.
La malade nous dit qu'elle ne voit l'homme la menacer du couteau que dans l'attaque d'hystérie et elle fait très bien la différence des deux accidents.
Klle a toujours plus d'hystérie que d'épilepsie. Toutes les crises sont plus fréquentes vers l'époque des règles.
10 janvier 1 887. — Dans une séance d'hypnotisme on a obtenu le premier degré de Bernheim, on lui dit qu'elle ne verra plus l'homme avec son couteau et n'aura plus d'attaque.
L'hypnotisme a été continué, elle a cessé de voir l'homme avec son couteau.
j février. — Hier la malade a eu plusieurs attaques d'hystérie. Dans les attaques le pouce est fléchi sous les autres doigts, après l'attaque il ne reste plus d'obtusion de l'intelligence.
Aujourd'hui, on tente de l'hypnotiser, elle résiste, disant qu'elle est encore malade.
Au bout de quelques secondes, le regard devient fixe, puis elle a une attaque d'hystérie.
Durant cette attaque la compression des globes oculaires ne semble rien produire.
La compression de l'ovaire gauche parait, au contraire, hâter la fin de l'attaque.
Mai. — Depuis quelque temps les attaques d'épilepsie sont plus fréquentes.
20 mai. — On commence aujourd'hui le sirop bromure.
Une cuillerée après chaque principal repas.
12 novembre. — Céphalalgie après une attaque d'épilepsie dans la nuit. La malade prend trois paquets d'antipyrine, à sept heures, à huit heures, à neuf heures du matin. A trois heures la céphalalgie avait disparu.
Après le second paquet, elle a eu deux attaques d'hystérie.
23 novembre. — Le matin, céphalalgie, agitation très grande après une attaque.
24 novembre. — La céphalalgie a disparu hier à l'administration du troisième paquet.
13 murs l 888. — Cette malade se plaint d'avoir très fréquemment, depuis un mois à peu près, une douleur ovarienne gauche avec sensation de boule remontant jusqu'au-dessous du sein. Elle éprouve en plus très fréquemment en ce moment des vertiges. Tout d'un coup un voile lui passe devant les yeux, sa vue s'obscurcit et des étincelles lui apparaissent dans les yeux. Elle cesse tout travail, mais ne tombe pas et en même temps urine sous elle quelquefois. Cela lui dure une minute à peu près; puis reprend son travail sans mal de tête.
1 0 juillet I 888. — La malade prend son bromure et ses douches. Môme état. Attaques d'hystérie modifiées par la compression des globes oculaires et la suggestion. Les accès d'épilepsie deviennent de plus en plus fréquents et ne sont pas modifiés par la suggestion et la compression des globes oculaires.
L'accès épileptique est caractérisé par pâleur du visage, cri, chute, raideur des quatre membres, pouce en dedans, écume, stertor et incontinence. Le sommeil est prolongé
J. Voisin. 10
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après cet accès, dure une heure à peu près et à son réveil la malade est hébétée. Son travail est très irrégulier. A l'atelier on s'aperçoit que son intelligence faiblit beaucoup.
/ 89 1 . — Cette malade devient de plus en plusépileptique. Elle a rarement des attaques d'hystérie.
Son intelligence baisse. Ne peut plus travailler à l'atelier; on la renvoie. Se tient malpropre.
i 895. — Devient tout à fait démente sans troubles somatiques. Elle reste continuellement dans les cours, ne travaille plus. Est malpropre. On est obligé de la débarbouiller, la peigner, ne s'habille plus seule. Mange seule mais n'est plus soignée comme autrefois.
Les accès épileptiques varient de G à 9 par mois et les vertiges de 3 à 6 par mois.
Pas d'attaques d'hystérie-; son caractère est encore celui d'une hystérique. Elle vient auprès de nous en se frottant comme une chatte, mais elle n'a plus de conversation intelligente.
Elle ne peut nous renseigner exactement sur les troubles de la sensibilité que nous constatons, ses réponses ne sont pas nettes. Il paraît y avoir de l'obtusion de la sensibilité, mais c'est surtout l'intelligence qui est affaiblie.
Observation. — Hystéro-épilepsie cà crises distinctes et à crises combinées. Aura frigida. Impulsion au suicide. Prédominance de l'épilepsie. Affaiblissement intellectuel et démence.
La nommée Diet..., âgée de vingt-neuf ans, est entrée à la Salpêtrière en novembre 1887. Antécédents héréditaires : Mère goitreuse. Un frère de cette mère buvait beaucoup, un autre est à Bicètre; un oncle serait aussi épileptique.
Le père, âgé de soixante-quatre ans, est très bien portant. Les autres enfants, deux filles et un garçon, sont parfaitement bien portants.
A l'âge de dix-huit ans, cette jeune fille vit une femme tomber sans connaissance, et le jour même, elle avait sa première attaque. Elle fut élevée dans un couvent jusqu'à vingt ans.
A la suite de ses attaques, elle a quelquefois du délire et jette par la fenêtre des objets ou des animaux. D'autres fois elle perd connaissance pendant quelques minutes et lâche les objets qu'elle tient dans les mains; à la suite de ces vertiges, elle mâchonne ces objets, les frotte, etc.
Quand l'attaque est subite, elle perd complètement connaissance, avec incontinence d'urine ou de matières fécales, elle ronfle, mais n'écume pas.
Elle n'a pas de céphalalgie à la suite. Les attaques sont plus fortes au moment des règles; elles sont surtout causées par la musique et les ebants, particulièrement les chants d'église.
Avant ses accès, elle éprouve souvent froid dans tous les membres, elle tremble pendant plusieurs heures, elle est oppressée en même temps et a des idées tristes; elle voudrait mourir et en même temps, elle dit souvent : Bonjour, et avec ses lèvres fait semblant d'embrasser.
Mars I S88. — État actuel. Tète petite.
Asymétrie faciale par diminution du côté gauche.
Racine du nez très large, yeux écartés.
Voûte palatine ogivale.
Dents gâtées.
Tremblement des membres supérieurs.
Hémianalgésie gauche.
Idées de suicide.
Un point mammaire gauche.
Velléités d'onanisme.
Mai. — Hyperesthésie des membres inférieurs des deux côtés.
La pression des points ovariens provoque un tremblement prononcé et la parole saccadée spasmodique.
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19 mars 1889. — La malade est au lit; elle se plaint du froid.
Nous pressons un point hystérogène, mammaire gauche, qui provoque une oppression assez vive; le point ovarique du même côté est très douloureux. En pressant plus fort le point mammaire gauche, nous provoquons une ébauche d'attaque, demi-cercle, cris, qui se termine en divagations, (Mis et paroles incohérentes. « Jésus mortuus est; emportemoi, je vais mourir; mon père, pardonne-moi, je meurs, je l'aime, j'ai ma poudre du couvent (pour ne plus aimer les hommes); Jésus, 6 Jésus, sauve-moi, emporte-moi », avec contraction légère de la main gauche, spasme du diaphragme et des respirateurs qui lui donne une parole saccadée.
On arrête à peu près cet état en pressant le même point qui l'a provoqué, mais la malade reste énervée et troublée avec de légers spasmes respiratoires.
4 décembre. — N'urine jamais sous elle, dans aucune de ses crises.
Pas de rétlexe pharyngien.
La parole est entrecoupée et elle fait continuellement le signe d'embrasser.
Janvier 1 896. — Depuis deux ans, celte malade n'a plus d'attaques d'hystérie; elle ne présente que de l'épilepsie et du trouble mental qui dure plus d'un mois après certains accès.
Son intelligence baisse beaucoup; elle n'est plus travailleuse et ne parle presque plus.
Elle se promène dans la cour de long en large sans mot d i re .
Quand elle vient d'avoir un accès d'épilepsie caractérisé par une chute brusque, des convulsions toniques, cloniques, sti-rtor et incontinence, elle reste plusieurs heures tout à fait hébétée, dans la torpeur, ou bien elle esl excitée et veut mourir et se frappe la poitrine.
Elle ne présente plus de points hystérogènes ni de manifestations hystériques.
Elle ne sait plus travailler à l'aiguille; elle ne peut plus faire qu'un peu de crochet et encore n'est-elle capable de le faire que deux ou trois jours par mois, tant les accès sont fréquents et surtout tant son trouble mental est profond.
Dans ces moments-là, elle est gâteuse et malpropre. Quand on lui demande son nom, elle vous le dit, mais ne peut répondre à aucune question qui demande un peu de réflexion. Donc, torpeur et défaut d'idéation.
Au bout de plusieurs jours, elle revient un peu à elle et fait son lit, sa chambre, mais elle serait incapable de réparer sa robe.
Embarras gastrique presque continuel. Pas de troubles somatiques.
Nous venons de voir de beaux exemples d'hystéroépilepsie à crises combinées el à crises distinctes. Le diagnostic de ces différentes formes n'est généralement pas difficile, mais vous devez retenir de ces exemples que certains cas d'hystéro-épilepsie qui paraissaient être des cas d'hystéria major, peuvent se terminer par l'épilepsie pure. C'est là un mode de terminaison des plus graves auquel vous devez penser et qui doit faire réserver votre pronostic.
La véritable difficulté dans le diagnostic de l'hystérie d'avec l'épilepsie, réside donc dans la distinction de la phase épileptoïde de l'hystérie, surtout quand cette période convulsive existe seule. En effet, cette période convulsive tonique est presque entièrement semblable
à la période tonique de l'épilepsie : mêmes contorsions du cou, de la face et des membres. Le pouce peut être en dedans dans les deux cas et les mêmes symptômes précurseurs peuvent exister. En effet la sensation de boule remontant de la gorge au cou n'est pas spéciale à l'hystérie. Je vous ai indiqué, clans le chapitre Symptomatologie la fréquence de ces sensations. Mais, comme je vous l'ai dit plus haut dans l'hystérie, vous n'ayez pas la pâleur de la face, le cri initial et toujours la perte complète de connaissance.
Les accès épileptiformes de la paralysie générale au début de l'affection sont pris le plus souvent pour des accès épileptiqucs. Les trois périodes de l'accès présentent le même aspect et peuvent être suivies de la même hébétude et des mêmes phénomènes paralytiques passagers, mais généralement il n'y a pas de cri initial dans la paralysie générale et on ne constate pas cette pâleur de la face si caractéristique de l'épilepsie. D'un autre côté le paralytique présente pendant longtemps, avant ses accès, de la céphalalgie et de l'insomnie et souvent de l'embarras de la parole, de l'inégalité pupillaire ou du myosis et encore de l'absence de réflexe patellaire. De plus la paralysie générale est une affection de l'âge adulte et non de l'enfance, elle survient de trente à quarante-cinq ans. Il est très rare de la voir apparaître avant cette époque, quoique cependant il existe quelques faits dans la science qui démontrent que la
paralysie générale peut débuter vers quinze ou seize ans. La petite malade que nous avons vue l'autre jour à la consultation en est un exemple. Elle a dix-huit ans et est malade déjà depuis plusieurs années. La déchéance intellectuelle existe aussi chez le paralytique général comme chez l'épileptique, mais elle est plus active et sa marche est progressive. Elle ne procède pas par bonds aussi rapprochés comme chez l'épileptique. Ou. bien la démence est simple et existe d'emblée, ou bien elle s'accompagne d'idées de richesse et de grandeur et de satisfaction. Quelquefois elle revêt la forme hypocondriaque.
Nous avons vu que certains épileptiques, après leur accès, ont des troubles de la parole, de l'inégalité pupillaire et des idées de grandeur et de satisfaction. Mais chez l'épileptique ces symptômes somatiques et intellectuels sont passagers ; ils ne persistent que quelques jours après les accès, puis disparaissent pour reparaître après de nouvelles séries. Quand les séries sont rapprochées, ces signes persistent et s'accompagnent de phénomènes spasmodiques ; nous assistons alors à cette forme d'épilepsie paralytique spasmodique dont j'ai rapporté plusieurs exemples1. La marche de cette paralysie est plus lente que celle de la paralysie générale et elle débute chez des sujets plus jeunes. Enfin cette