‹ L'épilepsie (volume 2)Chapitre 44 sur 112 · Raymond, Gazette hebdomadaire · texte numérisé non relu

Raymond, Gazette hebdomadaire

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coordonné, raisonné, comme celui de l'hystérique. L'épileptique va devant lui, renverse souvent sans but bien appréciable les objets qui se trouvent sur son passage; il a un air hébété, niais ou farouche; quand il est interpellé pendant sa fugue, le plus souvent il ne répond pas et, si on veut l'arrêter dans son chemin, il brise l'obstacle et continue sa route, comme cela arrive chez ma malade Anj... D'autres fois il répond au premier abord juste, mais bientôt prend une personne pour une autre et ne se rappelle plus ce qu'il vient de dire ou de faire il y a un instant, comme dans l'observation que j'ai publiée au congrès de Bordeaux. C'est dans ce cas un malade atteint de petit mal intellectuel présentant de l'automatisme ambulatoire. On a signalé des cas où le malade, marchant sans but, toujours devant lui, faisait des lieues et des lieues et tombait enfin épuisé, endormi, sur une route, dans un état d'épuisement et de délabrement très grand, n'ayant ni bu ni mangé pendant les vingt-quatre ou quarante-huit heures qu'a durée cette fugue inconsciente.

Un malade, dont M. Doutrebente a rapporté l'histoire au congrès de Bordeaux, 189o, a été trouvé mort ayant dans son porte-monnaie de l'argent et ne présentant rien dans son estomac à l'autopsie. Il est probable qu'il est mort de faim. La malade Anj..., dont je rapporte l'observation, est restée, dans une de ses fugues, trois jours sans boire ni manger.

Observation. — Épilepsie congénitale. Père alcoolique et hérédité psychique collatérale. Fugues inconscientes après les accès.

La nommée Anj... Virginie, âgée de trente et un ans, entre le 5 juin 1890 dans le service de M. Jules Voisin.

Antécédents héréditaires. — Père, soixante-dix ans (a eu sa fille à quarante-six ans), alcoolique. A eu des rapports avec sa femme en état d'ivresse et l'enfant est née dans ces conditions. Pas de syphilis.

Cinq sœurs dont une morte de jaunisse, la mère était morte de jaunisse à soixante et onze ans. Les sœurs ne sont pas nerveuses.

A un cousin germain qui est devenu fou à la suite de la fièvre typhoïde (se croyait l'Empereur Napoléon); mort après vingt, vingt-cinq ans, de folie.

Mère, douleur dans les jambes, courbée en deux. Son père était bien portant.

Grand'mère morte subitement (73 ans) ; a un neveu interné depuis l'âge de treize ans à Bicêtre, épileptique.

Grand-grand-père de la malade, marié deux fois; la première femme se suicide^ laisse trois filles qui se suicident aussi.

La grossesse a été normale, l'accouchement n'a pas été difficile, mais l'enfant était cyanosée, le cordon autour du cou. L'enfant est restée pendant plusieurs heures entre la vie et la mort. Jamais de convulsions jusqu'à trois ans, parlait à dix mois. Intelligente, beaucoup de mémoire. A trois ans quelques convulsions, jusqu'à l'âge de neuf ans.

Elle avait des convulsions pendant la nuit, jamais le jour, elle urinait au lit. De neuf ans à quatorze ans elle s'est très bien portée, même la nuit, pas d'incontinence.

A quatorze ans, elle a eu une violente frayeur, à la suite d'un incendie; c'est à cette époque qu'ont commencé les premières attaques. Depuis deux ans elle a des troubles mentaux à la suite de ses attaques.

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La malade n'a été réglée qu'à dix-huit ans.

Elle a eu trois frères et sœurs, l'un est mort en bas âge, les deux autres sont très forts et très bien portants.

Avant son entrée, cette malade a eu, chez ses parents, une fugue inconsciente. On la trouva à dix lieues de chez elle. Une autre fois elle fait une autre fugue, reste pendant trois jours sortie de chez elle, l'hiver, sans manger.

Décembre 1 895. — Cette malade, qui a reçu de l'instruction et qui devait être institutrice, baisse beaucoup iutellectuellement; elle est en démence actuellement. Elle présente des accès séparés et des accès en séries, elle est tout à fait hébétée, démente. On est obligé de la faire manger. Gela dure quatre à cinq jours. Quand elle est pour avoir ses accès elle est souvent méchante, elle regarde les infirmières d'un œil farouche et quelquefois se livre à des voies de fait sans rien dire.

Dans certains cas, quand elle vient d'avoir un seul accès, et son accès est souvent précédé d'un cri sourd, elle tourne de gauche à droite et tombe, puis aussitôt se relève et se met à courir pendant plus d'un quart d'heure devant elle, et renverse tout sur son passage. Ici, dans la cour, elle va jusqu'au bout, puis revient sur ses pas et fait sans cesse le même manège. Chez elle, un jour, elle s'échappa, courut devant elle et fut retrouvée à 10 lieues de distance dans une grange, toute nue, et on n'a jamais su ce qu'elle fit de ses vêtements. Dans notre service, la malade se met souvent toute nue à la suite d'un accès, mais jamais après avoir couru. Pendant sa course, cette malade ne profère aucun mot, elle a l'œil hagard et farouche et n'est arrêtée par rien. On a beau l'interpeller ou la retenir par son tablier, elle court toujours et arrache tout ce qui est un obstacle. Au bout d'un quart d'heure, vingt minutes de cette course, cette malade s'assoit et re-.inl >■ autour d'elle, cherchant à se rendre compte où elle est et revient à elle au bout de quelques minutes

sans se douter qu'elle vient d'effectuer une course rapide.

Au début de son séjour ici, elle essayait, dans sa course, de monter sur le mur et de sauter par-dessus la grille. Maintenant, elle ne fait plus ces tentatives. Elle court seulement au bout de la cour, puis revient sur ses pas.

Cette jeune fille est très dévote. Dans la journée, elle a sans cesse son chapelet à la main, mais comme elle abîmait toujours ses chapelets et qu'on ne lui en fournit plus, cette malade en fait avec la laine de ses bas. Elle défait le tricot et par des nœuds forme les grains de chapelet, chose que l'on ne peut empêcher qu'en exerçant sur elle une grande surveillance.

Jamais d'hallucinations visuelles.

Dans la journée, dans ses jours intercalaires, la malade est sur sa chaise avec un air mélancolique, essayant de faire du crochet, mais n'y arrivant plus.

25 mars 1895. — Aujourd'hui cette malade est prise d'un accès épileplique. Elle tombe, puis se relève tout d'un coup et se met à courir ou à marcher à grands pas d'un bout de la cour à l'autre. Arrivée au bout de ht cour, elle prend à terre une pierre et fait une croix sur le mur, puis repart en marmottant des mots inintelligibles. Arrivée à l'autre bout de la cour, elle fait le même manège; elle fait une croix sur le mur en saluant, puis repart avec force. Cet état dura une demi-heure. Rien n'a pu arrêter la malade, ni nos paroles, ni le léger obstacle que l'on mettait pour la retenir. Jamais elle ne répondit à nos paroles. Elle nous regarda d'un air farouche et fit des efforts pour se soustraire à nos étreintes. Au bout d'une demi-heure à peu près, la malade s'assit sur sa chaise, chercha autour d'elle, fit quelques signes de croix, prit sou chapelet en laine et resta dans l'attitude d'une personne hébétée, mais ne parla pas malgré les interpellations qu'on lui lit. A l'heure du repas, elle se leva et alla déjeuner. Interrogée à ce moment, elle ne se

rappelle nullement ce qu'elle fit. Cette attitude religieuse peut être expliquée par l'approche de la semaine sainte. La malade avait l'air de faire des stations devant un chemin de croix.

L'épileptique n'a aucun souvenir de sa fugue, et il n'est pas possible au médecin de réveiller cette scène ambulatoire par l'hypnotisme comme chez l'hystérique. L'épileptique, en effet, est très difficilement hypnotisante. Je dirai même qu'un épileptique vrai n'est pas hypnotisable. Je n'en ai jamais endormi. Je n'ai pu endormir que des hystéro-épileptiques à crises mixtes ou séparées.

Cette fugue chez l'épileptique peut se terminer par un accès convulsif, ou par un sommeil plus ou moins prolongé, ou par un état d'hébétude plus ou moins prolongé. Cette dernière modalité est la plus fréquente. Mais voyez, messieurs, combien cette fugue épileptique est différente de celle de l'hystérique. L'hystérique, dans son état de somnambulisme ou son état second, parait être à l'état normal. Il parle avec ses voisins; il prend des renseignements et exécute des actes délicats. Sa tenue est irréprochable et, aux heures des repas et du coucher, il rentre à son hôtel et fait ses recommandations. L'épileptique, au contraire, est brutal dans sa fugue. 11 va droit devant lui, renverse les obstacles et ne parle pas avec les personnes qui l'entourent et ne répond pas aux paroles qu'on lui adresse. Son air

farouche ou hébété attire l'attention. Il en est de même de sa tenue, de sa toilette; le plus souvent elle est en désordre. Jusqu'à ce moment le diagnostic différentiel est facile, mais lorsque l'épileptique atteint de petit mal intellectuel présente cet automatisme ambulatoire, le diagnostic est plus difficile et seul un médecin habitué aux études des maladies mentales pourra porter un jugement sur. Il s'apercevra que le malade au premier abord répond nettement aux questions qu'on lui pose, mais que bientôt il présente des lacunes de mémoire considérables. 11 oublie les faits récents et a des illu sions. Il prend une personne pour une autre. C'est ainsi que mon malade, dont l'observation est reproduite dans le mémoire du Congrès de médecine mentale de Bordeaux de 1895, ne se rappelait pas m'avoir vu la veille ni même être venu à l'hôpital me consulter. Il ne reconnaît ni les personnes, ni les choses, et certaines gens qu'il voyait pour la première fois étaient pour lui des habitants de son pays. Cette variété de fugue accompagnant le petit mal intellectuel est facilement confondue avec la fugue du paralytique général.

Observation. — Fugues épileptiques. Inconscience de son état. Petit mal intellectuel, apparence de raison. Perte du souvenir des faits récents pendant l'état de fugue. Confusion dans les idées avec hébétude par moments. Secousses et spasmes. Légère inégalité pupillaire. Pas d'aura, pas de tremblement de la langue. (Voir Congrès des médecins <du'iiistes et neurologiste*, Bordeaux, 1895.)

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Le nommé Aud..., Frédéric, trente et un ans, se présente ù ma consultation externe le 27 juin 1895. Son père et sa mère vivent encore et sont bien portants; l'un a quatre-vingttrois ans, l'autre soixante et onze ans. Pas de maladie nerveuse. Deux frères jouissent d'une bonne sanlé.

Cet homme a toujours été bien portant jusqu'au mois d'août 1894. Dans son enfance il n'eut aucune maladie. Il ne présenta jamais de convulsions. N'a jamais uriné au lit et jamais ne s'est mordu la langue.

Au mois d'août 1894, à la suite de contrariétés très vives, d'un procès, il dit avoir eu une insolation. Il tomba sans connaissance à dix heures du malin et ne s'est réveillé qu'à quatre heures de l'après-midi. Il ne présentait pas de lièvre. A la suite de cet accident il est resté un mois, parait-il, sans reconnaître personne et sans vouloir manger (on lui introduisait de force de la nourriture dans la bouche). Il avait une amnésie complète des faits les plus récents.

Depuis cette époque il a eu plusieurs absences et plusieurs fugues. Il partait sans savoir où il allait, et des personnes amies le ramenaient chez lui. Il ne se rappelait rien de ce qu'il avait fait pendant ces fugues. Il ne se rappelait que les faits antérieurs à ces fugues.

Le 20 juin dernier, le malade, qui habite Aix, en Savoie, arrive à Paris chez son frère et il ne sait comment cela s'est fait. 11 se rappelle seulement qu'à son arrivée à Paris, un voyageur complaisant, voyant son embarras, l'a conduit chez son frère dont il se rappelait l'adresse. Mais il ne sait comment il a effectué ce voyage et quel jour il est parti. Il ne sait pas ce qu'il fit pendant le trajet.

Depuis son arrivée à Paris, il n'a aucun souvenir de ce qui s'est passé. II ne sait pas ce qu'il a fait ce matin. 11 ne se rappelle pas être venu hier à l'hôpital et m'avoir vu.

11 a l'air inquiet et a l'idée fixe de rentrer à Aix pour revoir sa femme et ses enfants. Il a peur qu'on le garde à la

Salpêtrière. Il répond d'ailleurs sensément aux questions qu'on lui pose et qui ont rapport à des fails antérieurs à sa fugue, mais il ne peut donner de renseignements précis sur ce qu'il a fait depuis sa fugue. Il y a amnésie complète des faits récents.

Sensibilité diminuée ou plutôt retardée des deux côtés.

Pas de signe d'Argyl-Roberston.

Pupille droite un peu plus dilatée que la gauche.

Pas de tremblement de la langue et des lèvres.

Réflexes rotuliens normaux. Réflexe pharyngien conservé.

Champ visuel légèrement rétréci des deux côtés, diamètre

L'écriture est bonne, non tremblée.

Légères secousses musculaires dans les membres, coïncidant avec froncement des sourcils de temps en temps.

Le malade nous raconte qu'il a perdu un procès l'année dernière, qu'il a été accusé faussement par les habitants du pays, que ces habitants veulent sa ruine et que ce sont eux qui sont cause de sa maladie. Par moments il se les représente par l'imagination, il les voit même el souvent il a peur, et c'est pour se soustraire à eux qu'il est venu ici. Il se rappelle que souvent avant ses fugues, à Aix, il a eu ces mêmes peurs. Aussi, il ne veut plus habiter Aix. Ces hommes sont trop méchants, il serait capable de se venger.

Nous tachons d'endormir le malade par la fixité du regard ou par la compression des globules oculaires; nous n'y parvenons pas.

Le 1er juillet le malade revient nous voir. Il ne se rappelle pas nous avoir vu l'autre jour, il a l'air inquiet. Nous tâchons encore de l'endormir; nous n'y parvenons pas.

Traitement. — 6 grammes de bromure de potassium. Douches brisées. Internement dans une maison de santé, car cet homme a tout à fait l'aspect d'un malade atteint du petit mal intellectuel avec l'apparence de la santé.

Nous n'avons aucun renseignement sur ce malade depuis ce jour.

Dans les deux cas, il y a incohérence dans les actes, mais l'incohérence est encore plus prononcée chez le paralytique. Chez les deux malades, il peut y avoir de l'embarras de la parole et du tremblement de la langue. Mais, chez le paralytique, il y a de l'inégalité pupillahv. des idées niaises de satisfaction ou de richesse, idées que l'on ne retrouve pas généralement d'une manière aussi marquée chez les épileptiques. De plus, si ces troubles somatiques et si ces idées de richesse et de satisfaction existent chez l'épileplique, ils ne durent que quelques jours, quatre ou cinq jours, c'est-à-dire le temps du délire. Chez le paralytique, au contraire, tous ces symptômes persistent et progressent. Enfin, les commémoratifs vous apprennent que le paralytique avant sa fugue présentait de l'insomnie, de la céphalalgie et des modifications de caractère propres à la méningo-encéphalitr diffuse. Une fois la fugue finie, l'épileplique n'a aucun souvenir de cette fugue. Le paralytique en a un souvenir très peu net. Il ne sait pourquoi il l'a faite, mais il sait qu'il l'a exécutée. L'absence du souvenir est la caractéristique différentielle de ces deux fugues, mais nous ne pouvons savoir si ces malades ont la perte du souvenir au moment même où nous les observons. Ce n'est que plus tard que nous constatons le fait, et ce signe est d'une grande valeur.

M. Pitres, à ce même Congrès de Bordeaux, attira l'attention des médecins sur les fugues des dégénérés. Celte étude est des plus intéressantes, mais dans tous ces cas il y a conservation du souvenir. Je vous ai montré l'autre jour à la consultation, un petit malade qui présentait de temps en temps ce besoin impérieux de marcher, de vagabonder, mais ce petit malade conserve le souvenir de son voyage. Il est poussé à le faire, il ne peut s'empêcher de le faire, mais il sait parfaitement qu'il l'exécute. Je ne parle donc de ces faits que pour mémoire, et non pour établir une véritable comparaison.

Les épileptiques sont sujets à des folies passagères, transitoires.

Après un vertige, un accès et même dans un espace intercalaire, on voit brusquement le malade délirer et se livrer à des voies de fait. Fréquemment des individus sont arrêtés sur la voie publique pour s'être livré à des outrages envers les personnes, ou à (les attentats aux mœurs, exhibition des organes génitaux, par exemple. Ces personnes sont-elles toutes des épileptiques? Assurément non, mais il est bon de savoir que cela peut se produire pour que des médecins puissent éviter à des familles un dossier infamant. Nous ne devons pas voir partout des fous et des irresponsables, il est vrai, mais notre devoir, quand notre conviction est faite, est de défendre les intérêts du malade et de la société : du

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malade, en lui évitant un jugement infamant, de la société, en la mettant à l'abri des méfaits d'un malade qui devra être soigné et mis dans l'impossibilité de nuire. Quand l'accès de délire arrive subitement à la suite d'un vertige ou d'un accès, le diagnostic est facile si l'on peut bien décrire ce vertige et ces convulsions. Mais quand la folie ou un acte délictueux arrivent subitement, sans aura, sans vertiges, le diagnostic différentiel est très difficile . Ou nous avons affaire à un dégénéré, ou à un épileptique. La perte du souvenir des faits qui se sont écoulés pendant le délire est presque une certitude pour la nature épileptique de la folie ou du délit. Le dégénéré, en effet, se rappelle ce qu'il a fait. Il présente souvent en plus de l'obsession et de l'angoisse. Mais un dégénéré ou un homme bien portant peuvent simuler l'oubli des faits accomplis. Dans ce cas, le diagnostic ne pourra être porté qu'après un examen prolongé, souvent de plusieurs mois, et après s'être entouré de tous les antécédents et commémoratifs de l'inculpé.

On étudiera l'acte en lui même. On verra comment il a été exécuté. Quel est le motif qui a poussé a agir, et chaque fois que l'on trouvera réunis les caractères suivants : la soudaineté de l'acte, l'amnésie, l'imprévoyance morbide, la périodicité et l'uniformité de l'acte et des troubles de la pensée, vous pouvez conclure que le délinquant a agi sous l'influence d'un ictus épileptique.

La manie épileptique sera différenciée de la manie simple par les symptômes suivants : la manie épileptique succède généralement à un accès épileptique ou à un vertige et non à un état mélancolique comme la manie simple. Elle s'établit d'emblée, soudainement, tout d'un coup, sans prodromes dans les espaces intercalaires. Du premier coup, elle arrive à son summum et généralement elle disparaît brusquement. Un accès épileptique a pu lui donner naissance; un autre accès épileptique peut aussi la faire disparaître. Le maniaque épileptique est monotone dans son délire, il répète toujours les mêmes mots, les mêmes phrases. Un de ces malades a deux ou trois clichés à sa disposition et il nous les sert chaque fois. Quand on a assisté à un accès de manie d'un épileptique on peut, en l'entendant prononcer un mot ou une phrase, annoncer les autres mots ou les autres phrases qu'il prononcera. L'épileptique parle de faits qui se sont passés dans sa jeunesse. Il prend les objets et les personnes pour des objets ou des personnes qui existèrent alors! Ces illusions et cette fausse mémoire sont très caractéristiques. Enfin, l'épileptique, dans son délire, a l'apparence de la raison. Il répond avec justesse aux questions qu'on lui pose, puis se laisse aller à ses idées délirantes. Le maniaque ordinaire ne répond pas le plus souvent à vos questions ; vous ne pouvez fixer son attention. Son délire roule sur beaucoup de faits et d'idées. Il parle avec volubilité de

tout et fait des rimes et des assonances sans fin. Il présente l'aspect du vrai fou.

L'épileptique a souvent des hallucinations et il perd le souvenir de tout ce qu'il a dit et fait pendant sa période délirante. Le maniaque ordinaire n'a pas d'hallucinations et se rappelle généralement tout ce qu'il a fait et vu pendant sa période maladive.

La durée de la manie épileplique est bien plus courte que l'autre; elle est à répétition, et quand ses accès sont fréquents, la démence est fatale.

Dans la manie furieuse, le malade est très violent et très dangereux. Il a des hallucinations terrifiantes. Il voit du feu, des flammes, des assassins et il se débat contre des êtres imaginaires. Ses coups sont presque tous mortels et le malade s'acharne après sa victime. La multiplicité des coups mortels est un bon élément pour le diagnostic.

Cette manie furieuse peut être confondue avec le délire alcoolique. Dans les deux cas, les malades ont des hallucinations terrifiantes. Ils voient des assassins et tous deux se débattent contre des êtres imaginaires. L'alcoolique ne s'acharne pas comme L'épileptique après sa victime et l'oubli chez lui n'est pas complet comme chez l'épileptique. L'absence de remords et l'indifférence absolue sont aussi le fait de l'épileptique.

La simulation peut être un élément d'erreur de diagnostic. Beaucoup d'individus, des mendiants, des

vagabonds ou des militaires simulent l'épilepsie, soit pour exciter la pitié et la charité publique, soit pour se soustraire au service militaire. Des personnes prises en flagrant délit de vol ou des ivrognes accusés de coups et blessures et même de meurtre simulent l'épilepsie pour tâcher d'obtenir l'irresponsabilité. Le diagnostic différentiel est quelquefois très difficile et des médecins très exprimentés, Esquirol, entre autres, ont pu être trompés. En effet, l'interne d'Esquirol simula un jour une attaque devant lui, d'une manière si parfaite, que Esquirol s'écria : « Pauvre ami, quel malheur qu'il soit épileptique! » et aussitôt l'élève, en entendant cette phrase, se leva et prouva à son cher maître que l'on pouvait simuler une attaque convulsive.

La pâleur de la face est difficile à produire; mais comme celle-ci n'est pas constatée le plus souvent on comprend qu'elle passe inaperçue. L'insensibilité pupillaire et la dilatation pupillaire peuvent exister à l'état normal et, par le fait, n'être pas un signe pathognomonique, et puis il faut avouer que celui qui veut simuler l'épilepsie dans un intérêt très grand peut parfaitement, avant son attaque, prendre de la belladone et produire de la dilatation pupillaire que l'on mettra sur le compte de l'attaque si on ne pense pas à cette supercherie et si on n'examine pas les yeux plus tard.

L'écume à la bouche a été imitée par certains individus à l'aide de savon mis dans la bouche. Il suffit dans

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co cas de l'examiner avec soin pour se rendre compte de sa nature.

L'incontinence des matières fécales peut être volontaire et le stertor peut être imité sans beaucoup de difficulté. Ainsi donc, pour découvrir la supercherie, il faut beaucoup d'attention. Une menace lancée devant le fourbe, sans intention avouée, réussit quelquefois très bien pour faire découvrir la simulation. La menace du fer rouge, du fouet, a réussi dans plusieurs cas.

M. A. Voisin1 a cherché dans le tracé du pouls un signe irréfutable, un signe indépendant de la volonté, et a cru le trouver dans le tracé sphygmographique. Pour lui un pouls dicrote et arrondi après les accès serait la caractéristique de la convulsion épileptique, mais M. Féré a prouvé que tout individu qui fait agir ses muscles du bras, soit par un travail, une contracture quelconque, donne un tracé sphygmographique semblable. Nous ne pouvons donc nous appuyer sur ce signe pour faire notre diagnostic différentiel.

L'examen des urines, l'exagération de l'urée et de la phosphaturie, ainsi que l'hypotoxicité urinaire pendant les accès et l'hypertoxicité après les accès, me paraissent des signes plus certains pour découvrir toute supercherie.

Nous savons que l'épilepsiese présente sous beaucoup

1. A. Voisin. Dict. de médecine cl de chirurgie de Jaccoud, article Épilepsie.

de modalités. Nous venons de voir la simulation des accès convulsifs. Nous pouvons être appelés à constater la simulation des vertiges ou des troubles psychiques. Un individu au courant de la littérature médicale peut essayer Tune ou l'autre des modalités symptomatiques de l'épilepsie. Le vertige et l'absence sont souvent invoqués. Les voleurs des grands magasins mettent en avant ces symptômes. Nous avons vu que ces symptômes sont toujours accompagnés ou d'hébétude, ou d'incontinence urinaire, ou de morsure de langue et surtout d'oubli complet de tout ce qui s'est fait pendant ce vertige ou cette absence. C'est au médecin à rechercher s'il peut grouper ces signes autour du symptôme allégué par le simulateur. Un examen attentif, long et prolongé, est nécessaire dans ce cas, et un médecin ne devra jamais donner un certificat à un magistrat avant de s'être entouré de toutes ces précautions.

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