IV. — Troubles mentaux
1° Hébétude et torpeur intellectuelle. — Les crises épileptiques sont toujours suivies d'un trouble intellectuel plus ou moins persistant et d’intensité variable suivant les sujets. On peut ici observer tous les degrés, toutes les nuances d’une gamme chromatique, depuis la simple hébétude jusqu'à la folie épileptique.
Au moindre degré correspond une hébétude passagère. L’épileptique vient d’avoir sa crise, il se réveille, sort de la période de stertor. Ses mouvements, sa parole, l’expression de sa physionomie, tout indique clairement l’état de trouble qui frappe encore son intelligence. Ses gestes ne paraissent appropriés à aucun acte conscient : il a l’air de chercher autour de lui et agit machinalement : son regard est vague, empreint d’une hébétude complète; telle une personne qui se
SYMPTOMATOLOGIE
réveille cherche d’un air stupide à se remettre au courant du milieu où elle se trouve.
Cet état peut être de durée très courte. En quelques minutes, ou en un quart d’heure, tout est fini : le malade reprend ses occupations sans avoir souvenir de ce qui s’est passé pendant son accès et souvent, dans les quelques minutes qui ont suivi ou précédé son accès, il ressent seulement une fatigue plus ou moins grande. Quand il y a amnésie rétrograde, c’est qu’un vertige a précédé l’accès convulsif. Lorsque la crise survient la nuit, les malades ne sont pas réveillés par l'approche de l’accès, même lorsqu’ils ont habituellement une aura précursive; ils passent du stertor au sommeil normal et ce n’est que le matin au réveil qu’ils peuvent avoir conscience de leur accès nocturne soit par la vue de leur lit souillé d’excréments et d’urine, soit par cette lassitude spéciale qui persiste parfois assez longtemps, soit par la gêne que la morsure de la langue leur procure, soit encore par l’apparition de petites ecchymoses sous-conjonctivales, ou enfin par une impossibilité du travail intellectuel et un mal de tète plus ou moins fort.
S’il n’y a aucune évacuation alvinc il n’est pas rare que ces accès nocturnes passent complètement inaperçus. Les exemples sont nombreux d’épileptiques qui ont eu des crises nocturnes pendant plusieurs années sans se douter même de leur maladie. Ces malades s’étonnent seulement d’être moins aptes au travail et
d’avoir des oublis qui les forcent souvent à abandonner leur profession.
Cette hébétude consécutive aux accès peut être de très courte durée et suivie d’excitation. Les malades peuvent être loquaces comme dans les cas signalés par M. Féré b Mais ce n’est pas la règle générale, et la loquacité post-paroxystique ne s’observe pas fatalement.
Quelques malades ont après leurs accès de véritables impulsions qui portent les unes à frapper, les autres à marcher, ou à courir, à parler ou à chanter, etc.
L’observation suivante offre un bel exemple de ces diverses modalités.
Observation. — Lavril..., quarante six ans. Épileptique.
Antécédents héréditaires. — Grand’rnère avait des attaques épileptiques. Grand-père hydropique. Père bien portant. Mère très nerveuse, a des attaques d’épilepsie depuis 1889; a eu des frayeurs pendant la grossesse. Accouchement normal.
Antécédents 'personnels. — Conçue pendant l’ivresse du père, cette malade n’eut rien jusqu’à six mois. A ce moment, convulsions. A été réglée à treize ans. A cette époque, elle allait en classe et avait des vertiges et des attaques épileptiques avec incontinence d’urine. Avait une excellente mémoire qui s’est affaiblie progressivement.
Étal actuel. — Accès assez fréquents d’épilepsie, qui sont annoncés par une sensation de frémissement dans les organes génitaux ; après ses accès, quelquefois môme après un vertige, elle se met à courir, faisant plusieurs fois le tour de la