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CHAPITRE VIII

Les lésions anatomiques sont multiples et variées et malgré les recherches actives des neuro-pathologistes, nous ne connaissons pas encore la lésion intime de l’épilepsie. Pour nous la lésion existe dans la cellule nerveuse; mais quelle est au juste cette lésion? Quelle est sa localisation dans le cerveau? Quoi qu’il en soit, je vais passer en revue avec vous, les lésions que l’on trouve aux autopsies.

La moitié des épileptiques succombent à des maladies intercurrentes, l’autre moitié à l’état de mal. Pour une année, je relève dans mon service sept morts en état de mal ou dans une attaque, trois de pneumonie, quatre de tuberculose pulmonaire et un d’érysipèle à la suite de fractures multiples et compliquées.

Nous avons dit que les épileptiques sont tous des héréditaires directs et des héréditaires par transforma-

tion des maladies nerveuses et mentales, et des maladies de nutrition; des dégénérés en un mot. Aussi trouvons-nous à l’autopsie des lésions du système osseux, des déformations du crâne et de la face, du rachis, etc. Ces déformations se traduisent par de l’asymétrie des étages de la base du crâne, par des déviations des apophyses, par des rétrécissements de certaines fosses et des élargissements de certaines autres, par le rétrécissement du trou occipital qui, pour Solbrig *, jouerait un très grand rôle dans les phénomènes asphyxiques de l’épilepsie. Indépendamment de ces vices de conformation, nous trouvons des lésions traumatiques du crâne, des fractures, des enfoncements, des consolidations vicieuses, des tumeurs du crâne et des méninges.

L’encéphale est souvent le siège de lésions. D’abord nous trouvons des variétés énormes dans Je volume et le poids du cerveau. Tantôt on constate de la microcéphalie, tantôt de la mégalocéphalie. 11 v a quelquefois une grande inégalité de poids entre les deux cerveaux; mais ce n’est pas la règle. Le plus souvent, il n’y a que quelques grammes de différence. Les circonvolutions présentent rarement des anomalies. Elles sont le plus souvent simples, peu développées, comme chez les idiots.

La glande pituitaire est généralement dure et plus grosse que chez les autres sujets. Quel rôle joue celle

1. Solbrig, Du rétrécissement du canal vertébral chez les aliénés épileptiques. Uapport de Foville à la Société médico-psych., 1868.

glande dans l’économie et dans l’épilepsie en particulier? Peut-elle avoir une influence sur la composition du sang et sur sa circulation dans le cerveau? C’est à étudier. L’aspect particulier de cette glande a attiré mon attention depuis plusieurs années et les travaux sur la glande thyroïde m’ont fait penser que peut-être la pituitaire pourrait avoir de l’importance dans l’évolution de l’épilepsie.

En examinant les circonvolutions, on trouve généralement les circonvolutions ascendantes bien développées, larges, un peu saillantes. La corne d’Ammon, dans presque les deux tiers des cas, est indurée, et cette induration porte tantôt d’un côté, tantôt des deux côtés. L’induration bilatérale est la plus fréquente.

Dans la moitié des cas les olives sont indurées. La circonvolution marginale est également indurée dans le cinquième des cas. Duguet1 a signalé des indurations du cervelet et Mairet 2 a voulu rattacher l’épilepsie procursive à ces dernières lésions.

Enfin la méningo-encéphalite lente a été signalée par Bourneville 3 et Wuillamier, et moi-même j’en ai vu de beaux cas à l’hospice de Bicêtre et à la Salpêtrière.

La sclérose hypertrophique signalée par Barthez et

1. Trois faits de sclérose du cervelet observés chez des épileptiques, Bull. Société anat., 1805.

2. Mairet, De l'Épilepsie procursive. Revue de médecine, 1 8 S 0 .

3. Bourneville, Comptes rendus de Bicêtre et Archives de Neurologie,

t. III.

Rilliet, et bien décrite dans ces derniers temps par Bourneville et Brissaud1, peut exister chez les épileptiques. J’en ai eu un très beau cas dans mon service. L’enfant qui en était atteinte était une idiote turbulente épileptique et qui a été enlevée par la scarlatine. Les noyaux scléreux hypertrophiques siégeaient sur la convexité du cerveau, au niveau des circonvolutions, et étaient disséminés çà et là; quelques-uns avaient le volume d’une noisette ou d’une amande; les autres étaient gros comme des petits pois. Leur siège était dans la substance grise et il n’y avait aucune adhérence avec la pie-mère. Indépendamment de cette sclérose hypertrophique, on peut trouver des plaques indurées sans saillie, disséminées et coïncidant le plus souvent avec l’induration de la corne d’Ammon et des olives. Enfin nous trouvons toutes les lésions que nous avons décrites dans l’hémiplégie spasmodique infantile; des plaques jaunes plus ou moins étendues, des kystes avec atrophie celluleuse, de la porencéphalie et de la sclérose lobaire. Toutes ces lésions ne sont pas pathognomoniques de l'épilepsie.

M. Chaslin2, qui a étudié avec grand soin les cerveaux d’épileptiques, pense que la sclérose névroglique est la cause de l’épilepsie. Il a rencontré cette sclérose sur cinq cerveaux qu'il examina dans le service de M. Féré,

1. Bourneville et Brissaud, Archives de Neurolor/ie, t. I, 1880.

2. Chaslin, Soie sur l'anal, path. de l'Épilepsie dite essentielle. C. R. Société biol., 1880, et Journal des Connaissances médicales, 1889.

et un de ces cerveaux sur cinq ne présentait pas de sclérose à l'œil nu. Cette particularité a d’autant plus de valeur pour la démonstration de son hypothèse. Pour lui l’induration de certaines circonvolutions, de la corne d’Ammon, en particulier, et des olives, est le signe extérieur de la prolifération cachée de la névroglie. « Quand il n’y a pas de lésion macroscopique on retrouve « pourtant le même processus fondamental névroglique « pathologique. » Cet excès de production du tissu de soutènement lui paraît devoir être attribué à une lésion de développement ou d’évolution à cause du rôle important joué par l’hérédité dans l’épilepsie, et vu l’absence, dans ses cas , de signe d’inflammation bien nette. •« L’épilepsie essentielle, quand il n’y a pas de lésion « apparente, est due à la prolifération de la névroglie. « Dans la majorité des cas où il y a une lésion appa- « rente, c’est encore la prolifération névroglique qui est « la cause de l’épilepsie. »

MM. Marinesco et Sérieux 1 insistent sur la distinction à faire entre les lésions secondaires consécutives aux différents paroxysmes, de l’attaque épileptique, et les altérations épileptogènes primitives, capables d expliquer à la fois l’altération permanente des centres nerveux et celle qui détermine les paroxysmes.

Les lésions vasculaires trouvées par eux sont de

1. Marinesco et Sérieux, Pathogénie de l'épilepsie, 1S95. Ext. des mémoires de l’Académie de médecine de Belgique.

J. Voisin.

deux ordres : les unes à caractère plus ou moins récent, secondaires au processus épileptogène, consistent en dilatations d’espaces périvasculaires, où l’on trouve des corps granuleux; les autres, chroniques, ne sont qu’une hypertrophie de la paroi des vaisseaux. Enfin il est des cas où l'on constate de la porose cérébrale telle que Birrorero et Golgi l’ont décrite.

Les lésions interstitielles, avec les précédentes, sont les plus fréquentes : la névroglie est hyperpiasiée ; MM. Marinesco et Sérieux insistent sur quelques cas où l’on voit des faisceaux compacts, denses, de fibrilles névrogliques venir se mettre en rapport avec la paroi des vaisseaux; mais ils ne considèrent pas comme suffisamment démontrée la sclérose névroglique pure de M. Chas lin.

Parmi les lésions des fibres nerveuses, les méthodes récentes ont permis aux auteurs d’étudier, outre une dégénérescence plus ou moins intense delà myéline, une disparition partielle des libres tangentielles de l'écorce, comme on en a décrit dans la paralysie générale.

Les recherches les plus délicates concernent les cellules nerveuses; de ce côté les lésions sont assez variables; tantôt il y a atrophie du corps de la cellule, qui est plus petite sans prolongements; tantôt, quoique rarement, il y a infiltration des cellules par des leucocytes; tantôt, enfin, il y a diminution de la richesse du protoplasma en granules que l’on voit en nombre consi-

dérable à l’état normal, et qui paraissent jouer dans la vie cellulaire un rôle des plus importants. C’est à cette dernière modification que ces auteurs sont le plus disposés à attribuer le caractère spécifique.

Indépendamment de ces lésions microscopiques nous trouvons des lésions diverses, soit des vaisseaux, soit des méninges. Chez les vieillards atteints d’épilepsie, il n’est pas rare de voir des artérites des vaisseaux de la base. On a trouvé des thromboses des sinus, quelquefois des foyers de ramollissements. Chez des sujets syphilitiques épileptiques, on rencontre aussi des artérites syphilitiques, des tumeurs osseuses et de la pachyméningite gommeuse circonscrite.

Enfin on doit signaler, dans les cas de mort par état de mal épileptique, une congestion intense du cerveau et des méninges et même, dans quelques cas, un certain degré de méningo-encéphalite, car sur douze observations de mort par état de mal, je constate trois fois des adhérences des méninges à la substance grise et surtout au niveau des circonvolutions ascendantes et occipitales. La décortication dans ces cas était Irès difficile. On enlevait par places de la substance grise en soulevant la méninge. Cet aspect rappelle celui de la paralysie générale à son début, car l’épaississement de la méninge était presque nul. Mais je dois faire remarquer que la localisation de ces adhérences est au niveau des circonvolutions rolandiques et sphéno-temporales, tandis que,

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dans la paralysie générale, ces adhérences sont au niveau des circonvolutions frontales.

Indépendamment de cetle congestion du cerveau, on trouve à la suite de l’état de mal, une congestion intense de tous les viscères : cœur, foie, poumons, reins, etc. Les os du crâne aussi sont gorgés de sang et on trouve souvent des ecchymoses très étendues au-dessus et au-

dessous de l’aponévrose épicranienne. Les sinus, les veines sont remplis d’un sang noir, épais et une véritable suffusion sanguine peut exister à la surface du cerveau.

Je dois signaler, avant de terminer ce chapitre, les lésions consécutives aux accès épileptiques et au traitement : cicatrices de la peau et en particulier de la face, brûlures, fractures, luxations, éruptions bromiques, etc. La connaissance de ces lésions peut être d’une grande utilité dans une expertise médico-légale.

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