‹ L'Épilepsie LarvéeChapitre 5 sur 25 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Troubles moteurs de l'épilepsie larvée.

$ 4. — Paralysies.

On observe souvent chez les épileptiques, dans les parties du corps qui ont été agitées par la convulsion, une paralysie transitoire. Le fait n’est pas d'observation récente. Andry et Thouret (1780), après Saultan (1779), dans l'histoire de la Société Royale de Médecine, signalent les premiers ces troubles de la sensibilité et du mouvement. Comme pour Bravais (1827), leur intensité varie de la faiblesse imperceptible à la paralysie absolue. Todd (1841), appelle hémiplégie épileptique ce que Bravais avait nommé - épilepsie hémiplégique. Il change le terme, mais n’approfondit pas l'étude de ces phénomènes. Delasiauve et Reynolds dans leurs traités ne s’étendent point sur « des troubles rares » que Jaksonn (1872), décrit avec précision.Dutil (1885), a consacré aux paralysies post-épileptoïdes un long travail qui semble être le dernier mot écrit sur cette question.

Tous ces auteurs ont étudié la paralysie survenant chez un épileptique après sa convulsion. Ils ont décrit son existence éphémère, son innocuité relative. Aucun d'eux avant Pitres (1883) ne l’a envisagée comme la manifestation isolée, unique du mal comitial.On a observé des malades qui,

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sans jamais avoir eu d'accès convulsifs, présentaient des paralysies subites limitées à un membre, à un groupe de muscles. Le malade en pleine santé, souvent sans prodromes avant-coureurs, quelquefois après une crampe, après une contraction fibrillaire qui traversait un muscle, était rendu impotent. La durée de l’accès variait de quelques minutes à une heure.Leur apparition devenaitpériodique, leur intensité restait la même; quant à leur fréquence elle semblait augmenter. Puis progressivement, lentement, l’élément convulsif entrait en scène, la paralysie n’avait été qu'une courte étape du mal comitial, qui ne tardait pas à se manifester nettement, par la grande ou la petite attaque.

Osservarion de À. Prrres (1).

M.T..., professeur de musique, 36 ans. Syphilis ancienne mal soignée, pas d'accidents extérieurs. Marié, père de quatre enfants, dont trois vivants.

Jusqu'en 1880 sa santé est bonne. En 1882 douleurs rhumatismales : en 1884 il est sujet à des céphalalgies s’exaspérant le soir mais persistant toute la journée. En janvier 1885 après son déjeuner il veut se lever, quand tout à coup il s'aperçoit qu'il ne peut quitter son fauteuil. Il chancelle sur ses jambes, et s'accroche au fauteuil pour ne point tomber. Sans douleur préalable, sans convulsion, sans étourdissement, ses membres inférieurs étaient devenus inertes. Les membres supérieurs avaient conservé leur force. Il n’y avait ni déviation de la face ni troubles de la parole. L'intelligence était intacte. La paralysie dans dix minutes s’atténue peu à peu et les forces reviennent. Après son dîner le malade fait une promenade comme si rien ne s'était passé.

Le 3 février survient une nouvelle attaque de paralysie transitoire,

(1) Prrres, De quelques équivalents cliniques de l’épilepsie partielle. Revue de médecine, 1888.

qui ala même durée que la première. Mêmes symptômes, auxquels vient se Joindre le vertige sans perte de connaissance.

Le 25 février vers dix heures du matin, il a une nouvelle attaque de paralysie : mais cette fois avec vertige, perte de connaissance, et convulsions. Le lendemain les membres ont repris leur agilité, une céphalée intense subsiste. Pourtant pas de tuméfaction du périoste péricrânien, pas de gommes, ni d’éruption spécifiques.

Ogservariox de A. Fournier (1).

M... Syphilis cérébrale, 15 accès d'hémiplégie dans deux mois. Soudainement le malade ressent une faiblesse considérable dans le membre droit, faiblesse qui dégénère bientôt en une impuissance absolue. À ce moment, il est complètement paralysé des membres droits auxquels il ne peut, en dépit de ses efforts réitérés, imprimer le plus léger mouvement. Simultanément, il perd la parole mais il conserve la connaissance, sauf en quelques accès où il se sent comme étourdi, abasourdi et mal conscient de ce qui se passe devant lui. Après vingt, trente minutes les symptômes s’atténuent et disparaissent. Les membres reprennent la liberté de leurs mouvements, la parole se rétablit, tout vestige de la crise a disparu.

Le malade de Pitres est frappé subitement, au milieu de ses occupations, de paralysies passagères et réitérées : sans doute la syphilis explique suffisamment ses troubles moteurs.Ils ne sont point dus à une lésion destructive de l’encéphale, mais bien à une irritabilité excessive des cellules grises de l'écorce, produite par la décharge épileptique. Ces symptômes fugaces, bénins, périodiques résultent donc d’une modification dynamique des centres moteurs. Cantonnée d’abord dans les circonvolutions frontale et pariétale ascendantes, la décharge épileptique laisse durant

(1) FourNIER, Syphilis cérébrale, 1879.

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