CHAPITRE II
AURA PROCURSIVE
L'aura procursive est une variété d’aura motrice qu'on rencontre fréquemment dans l’épilepsie. La course marque le début de l’accès, tient la place d'une aura quelconque et l’accès se déroule ensuite avec la série ordinaire de ses symptômes.
Cette aura consiste, tantôt en une course qui ressemble à celle de lépilepsie procursive simple: le malade part subitement pour s'arrêter de la même façon à une distance variable et tomber aussitôt. Tantôt la procursion commence par une marche qui s'accélère de plus en plus et se termine par une course plus rapide.
D’autres fois, le phénomène procursif se manifeste par des mouvements saltatoires. L’épileptique abandonne brusquement son siège et bondit plusieurs fois sur place, ou bien encore sa course est constituée par une série de sauts désordonnés. Enfin, l'accès peut
se composer de mouvements rotatoires; le malade
se roule à terre ou tourne sur fui-même dans l'axe du COTPS.
Par les nombreux cas que nous avons vus dans le service de M. le Docteur Voisin, nous avons remarqué que l'aura procursive était très fréquente chez les malades qui présentaient des Signes de déchéance physique ou intellectuelle. Ce Sont ceux qui sont épileptiques depuis leur enfance, qui sont idiots ou imbéciles, qui présentent des malformations du crâne, de la miCrOcéphalie surtout, qui en sont le plus souvent atteints.
Presque toujours, l'aura procursive s'installe d’emblée, c'est-à-dire qu'elle se montre dès le premier accès d'épilepsie du malade. Cependant, il ne faut pas généraliser, car on la voit survenir aussi à la suite de veriiges procursifs, et remplacer une aura quelconque.
Fandis que, dans certaines formes d'épilepsie, les accès surviennent avec une régularité très parfaite, par exemple aux époques menstruelles, l'accès avec aura procursive est extrêmement irrégulier. Chez quelques malades, nous le voyons coïncider avec les règles, mais le plus Souvent, il survient inopinément.
En généra!, la crise qui suit l'aura procursive est extrêmement violente. Elle se déroule avec les caracières ordinaires des accès normaux, bien que le cri fase souvent défaut. Lorsque la crise survient la nuit, elle se passe à péu près de la même façon que le jour; l'épileptique roule à bas de son lit et se met À courir.
Cependant, Mairet dit le contraire; un de ses malades étant couché se laisse glisser de son lit et roule
Sur Jui-même, ensuite commence sa crise. À la vérité,
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il faut envisager cette tendance à changer de place et les mouvements du corps, comme l’équivalent d’une aura procursive, car il n’est pas douteux que la position du malade, son état de veille ou de sommeil, puissent avoir une influence sur son impulsion procursive.
Nous alfons maintenant exposer dans les observations qui vont suivre quelques exemples d’auras frocursives,
Observation VIII (BOURNEVILLE)
Jean François, 39 ans, Bicêtre. Intelligence rudimentaire; caractère emporté, entre en apprentissage à 17 ans et se met à boire de l’absinthe; premier accès à cette époque. On n’aurait noté des vertiges et des secousses que depuis l’âge de 20 ans.
L'accès est précédé d’une sorte de fatigue, le malade éprouve le besoin de courir; il lui est arrivé de descendre cinq étages avant de tomber. Pas de cris. Périodes tonique et elonique. Coma.
Pas de troubles intellectuels consécutifs.
Observation IX
Ad, 21 ans (à son entrée). À trois ans, apparaît le premier accès convulsif. Un jour, se promenant avec sa mère, il lâcha subitement Ja main de cette dernière et se précipita en avant comme sil eut voulu courir et tomba convulsé. Pendant plusieurs années, à chaque crise, il courait en hurlant; couché, il se levait. À son entrée, il avait encore ces courses en avant; on ignore à quelle époque, elles ont disparu. Dans ces dernières années, il poussait des cris violents, se tordait, devenait de toutes
des couleurs, écumait peu.
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Observation X
Jouv.…, célibataire, âgé de 38 ans. C’est une femme forte, vigoureuse, dont les traits grossiers et durs, inspirent la terreur. C'est le type parfait de l’idiot impulsif. La tête est asymétrique, la région occipitale peu développée. Le front est bas, étroit; la ligne d'implantation des cheveux empiète sur toute la région frontale.
Les arcades sourcilières sont à peine marquées, les apophyses
-malaires peu développées, les apophyses mastoïdes légèrement saillantes. Les oreilles sont assez régulières; les lobules sont léoœèrement adhérents. Le nez, dont la base est assez bien implantée, présente à sa partie moyenne, une sorte d’effondrement, dû, probablement, à une fracture des os du nez, causée par une chute, la dentition est régulière. L'état mental est à mettre en parallèle avec l’état physique. Jouv.… n'offre pas la moindre lueur d’intelligence.
La malade n’a jamais eu de vertiges, les accès sont peu fréquents, au nombre de cinq ou six par mois, il n’offrent aucune relation avec la menstruation. L'accès n’est jamais précédé de prodromes; sans donner aueun avertissement, la malade assise, se lève et se met à courir à travers la salle. Après 20 à 30 secondes de course, sans pousser un eri, Jouv.…. tombe en avant, rarement en arrière et perd connaissance La phase tonique s’ensuit, présentant le type fléchisseur, c’est-à-dire une exagération de flexion des différents segments qui la force à se ramasser en boule. Cette période de 60 à 70 secondes de durée est suivie d’une phase clonique courte, généralisée. Arrive ensuite la troisième
période pendant laquelle la malade éeume et urine.
Notons à propos de cette dernière malade, que nous
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avons là un cas type d’épilepsie avec aura procursive, pure de tout autre symptôme surajouté. La déchéance physique et intellectuelle sy trouve à son plus haut point; — si nous voulions allonger la série de nos observations, nous citerions encore sept ou huit autre cas repcontrés chez M. le Docteur Voisin dans son service
de la Salpôtrière.