VAGABONDAGE EPILEPTIQUE
L’impulsion ambulatoire comitiale se rencontre si fréquemment, qu’on pourrait se demander si l’épilepsie ne crée pas un état d’esprit spécial incitant le malade # voyager, à se déplacer continuellement en dehors de toute considération sociale ou économique.
C’est pourquoi dans les différentes causes de vagabondage, il serait nécessaire de déterminer la part qui revient à chaque névrose. Or la chose n’est pas facile, ‘car les vagabonds se ressemblent par plus d’un caractère et le syndrôme épileptique se trouve associé chez le même individu aux types les plus divers.
Mais d’abord comment définir le vagabondage? « Le vagabondage, dit Particle 270 du Code pénal, est l’état des individus qui n’ont ni domicile certain, ni moyen de subsistance, et qui n’exercent habituellement au-
cune profession. »
ARRONE:
Il est évident qu'une telle définition ne répond en aucune manière aux observations cliniques et qu’une étude psychiatrique ne doit pas reposer sur des considérations sociales où juridiques.
A notre avis, le vagabondage se définit de lui-même Cans le cas particulier de l’épilepsie, si nous le comparons à la fugue: ici, l’acte morbide est accidentel et transitoire; là, il est durable sinon permanent.
Dans les deux cas, nous avons les mêmes symptômes: déplacements, marches, fuites, courses, voyages, etc. Chez le ( fugueur », ils s’observent à l’état aigu, pour ainsi dire; chez le vagabond, ils sont à l’état chronique. Dans la fugue, nous remarquons des accès, qui se reproduisent à des intervalles de temps plus ou Inoins espacés; nous n'avons rien de tout cela dans le vagabondage: le vagabond est un ( procursif en état de mal », il fait ( fugue sur fugue » et sa mémoire le plus souvent n’en conserve aucun souvenir.
Cependant le vagabondage possède un caractère propre, que les auteurs ne semblent pas lui contester : c’est d’être parfaitement conscient, ainsi qu’on peut en juger par l'observation suivante:
Observation XIX (résuinée) (in thèse de Tissié, Bor:leaux 1886 87)
B... (Paul-Henri), entré aux Asiles de la Force, le 13 novembre 1885, service du D’ Rolland.
Pas d’antécédents héréditaires.
À l’âge de 2 ans et demi, le malade a eu de violentes convulsions avec perte de connaissance. À 17 ans, crise violente surve-
nue à la suite d’une contrariété. D’autres crises suivirent cette
NE
première, presque toutes causées par des contrariétés, ou après un travail de bureau prolongé.
Le début de chaque crise est signalé par des battements exagérés du cœur; quelques secondes après, perte subite de connaissance et chute en arrière. Convulsions toniques. Pendant la crise le sens de louïe seul n’est pas complètement aboli, mais il n’y à pas perception bien nette des sons. Ces convulsions sont suivies de coma, durant un quart d'heure environ. — Au réveil, le malade à une minute ou deux d’égarement. Douleur précordiale persistant pendant quelques heures. Fatigue générale, maux de tête.
Un jour, après une crise, 1] disparut de son domicile et par- -courut pendant plusieurs jours les rues de Lyon en se livrant à une foule d’excentricités qui attirèrent sur lui l’attention de la police. Impossible de donner l'adresse de ses parents. Reconnu par un sapeur-pompier, il fut réclamé par sa famille; maïs son état d’excitation continuant toujours, il fut interné pendant un mois à l’asile d’aliénés du Rhône, à Brou. Au bout d’un mois, il revient complètement à lui, est tout étonné de ne pas être dans sa famille, encore plus étonné d’être dans l’asile. Il n’a aucune conscience de ce qui s’est passé depuis sa crise. Il rentre chez lui, a plusieurs crises, assez espacées cependant. Dans l’intervalle de deux accès, il quitte furtivement la maison paternelle, part pour Paris depuis Lyon et s’y reud à pied; là il végète pendant quelque temps, essaie de gagner sa vie. Rentre ensuite chez ses parents à qui il avait demandé avec instance de le rapatrier.
Etat actuel: — B... a l’air d’un jeune homme distingué. $e trouve enchanté d’être dans un asile où il a le ferme espoir de guérir. Il essaie, pendant quelques jours, de se livrer à des tra-
vaux de vannerie; pen à peu, son ardeur au travail s’'évanouit,
Nov
puis il passe ses journées à ne rien faire. Il essaie de se livrer à des travaux manuels peu pénibles, puis après deux jours il les abandonne complètement, Voyant qu’il est incapable de se livrer d'une facon suivie à un travail sérieux, on le laisse complètement libre de ses actions.
Le 20 décembre 1885, il paraît douloureusement impressionné par la mort d’un pensionnaire; il n’a pas de crise, mais a des malaises, des battements de cœur, puis il reprend son train de vie ordinaire. Voyant qu’il n’a pas de crises, il pense à retourner à Lyon auprès de ses parents. Il s’en ouvre à ceux-ci qui l’engagent à rester encore quelque temps à l’asile. Il consent à rester quelques mois; puis, ce temps écoulé, il écrit à sa sœur une longue lettre, dans un style exalté et tout à fait mystique, et il prie, il supplie qu’on le laisse rentrer dans sa famille. Cette lettre reste sans réponse. Alors il devient sombre, peu communicatif et, le 21 février, à T h. et demie du soir, il s’évade de l'asile en emportant des vêtements de rechange à peu près neufs. Toutes les recherches dans le but de le retrouver sont inutiles.
Il se dirige à pied sur Bordeaux, passe deux jours dans cette ville, puis repart et prend la route de Paris, toujours à pied, car il n'avait que quelques francs. Cette somme une fois dépensée, il vend ses habits de rechange. IL va ensuite à Angoulême, à Tours, à Orléans où il arrive dans la plus grande détresse et d’où il écrit au directeur de l'asile une lettre de repentir. La direction de l’asile décide de le reprendre et charge une personne amie, d'Orléans, de le rapatrier par chemin de fer. B... rentre à Vasile; grandes protestations de repentir. Quelque temps après, un pensionnaire avec qui il était lié est sur le point de quitter l'asile et de rentrer dans sa famille. Les idées de départ envahis-
sent de nouveau le cerveau de B.. Nouvelles lettres à sa famille,