LE
nouveaux refus de la part de celle-ci. Exaspéré, il profite d’un moment où il était seul et non surveillé pour mettre le feu à un tas de paille qui se trouve à proximité d’une grange à bestiaux, dun grenier à fourrage et des dortoirs de l’asile. L’alerte est aussitôt donnée, et B., impassible, dit en voyant éteindre le feu: « C’est moi qui ai fait le coup; je recommencerai, n’accusez personne. » Il espérait probablement être renvoyé après cet acte; il
l’a été, en effet, mais dans un asile d’aliénés où il est actuelle-
ment...
Nous sommes donc là, le fait est certain, en présence d’un épileptique conscient de ses actes; nous retrouvons chez lui presque tous les symptômes physiques que nous avons observés chez nos procursifs, et le caractère comitial de son vagabondage ne saurait être discuté.
Et si nous voulons étendre notre manière de voir à la majeure partie des vagabonds, et en particulier, aux paranoïaques ambulatoires, combien peut-on leur trouver de caractères communs au vagabond épileptique, et pourtant, qui oserait affirmer qu'ils n’agissent pas en parfaite conscience?
Sans doute, leur état psychopathique fonctionnel traduit chez eux une déviation particulière des fonctions intellectuelles les plus élevées et n'implique comme chez l'épileptique ni une désorganisation générale, ni une décadence profonde, mais ces fous moraux, tri-
mardeurs, mendiants se refusant à tout travail régulier, sont des impulsifs violents, capables des haïnes
Jes plus tenaces et ne reculant ‘devant aucun acte cri-
minel. — L'émileptique comme le paranoïaque plus ou moins tarés dans leur hérédité, légataires universels du vice et de la misère, parcourent tous les pays, « heureux de respirer le grand air sur de longues routes, ne regrettant jamais la ville qu'ils viennent de quitter, n’éprouvant jamais de fatigue, ne se plaignant jamais de leur sort. » Dès lors, pourquoi tous les deux dans leur dignité, ne pourraient-ils pas raisonner, fiers,
dédaigneux comme le Chemineau de Richepin :
(1) « … J'ai your premier principe De m’aller promener, libre, le nez au vent, Quand il m'en prend envie, et ça me prend souvent. — J'ai pour second principe, et n’en veux pas démordre D'envoyer promener quand on me donne un ordre. — Autrement dit je suis un Mauvais garnement, Roulant en vagabond la grand'route, et l’aimant, Travaillant pour manger, tout juste, et qui préfère
Quand c'est son goût, ne rien manger, mais ne rien faire. »
(1) Le Chemineau. Acte I, scène VI. J. RIcHEPIN.