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En 1797, Caïillan nous rapporte une observation
assez longue où il parle de course suivie de chute.
Observation III
« Un citoyen âgé de 65 ans, ne marchait pas, il courait, ayant J’air d’un homme qu’on poursuit et qu’on force à courir. Sa démarche était égale, quoique précipitée, élevant ses jambes altermativement d’une manière assez uniforme. Ce mouvement sin= gulier, qu’il est impossible de bien caractériser, se prolongea durant tout l’intervalle qui existe entre 3 ou 4 arbres de la plantation de Tourny. Ce citoyen arrêta enfin sa course, mais dans ce moment il tomba au pied d’un arbre; il n’en résulta d'autre blessure qu’une légère excoriation à la joue droite. Deux spectateurs l’aidèrent sur-le-champ à se relever et à se traîner vers un des sièges de cette promenade. Je m’approchai de lui, et lorsqu'il eut repris ses sens, je lui fis plusieurs questions auxquelles il me répondit avec beaucoup de netteté et de jugement. Il m’apprit qu’il n’avait éprouvé la première invasion de cette maladie, sur un grand chemin, que quelque temps après avoir été guéri de douleurs rhumatismales, qu’il en avait déjà ressenti des accès, que dans le moment de l'invasion, il éprouvait une violente démangeaison de prendre sa course, qu’il ne pouvait jamais retenir cette ardeur, et qu’une chute terminait toujours cet accès. IL demeura un quart d'heure assis, un eitoyen l’aida ensuite à se conduire chez lui, je le suivis jusqu’au bout de la rue Sainte-Catherine; il s’arrêtait de temps en temps pour s’ap puyer contre la muraille; le désir de précipiter ses pas, ne l’aiguillonna point une seconde fois, car il pouvait à peine se traîner
vers 8a demeure ».
re À PEU
I] s’agit encore ici d’épilepsie à forme procursive, mais l’auteur ne nous dit pas si la chute était où non suivie de convulsions, ce qui nous aurait indiqué si nous étions en présence d’un accès procursif Où si nous n'avions qu’une aura procursive.
Au commencement du XIX° siècle, Hufeland et Lau, ont rapporté des cas qui se rapprochent de l'épilepsie procursive, mais dont la nature toutefois reste douteuse, les malades ayant présenté les phénomènes choréiques. On trouve dans les ( Archives générales de Médecine (1) » de 1825, un travail intéressant d’Itard qui renferme un grand nombre d'observations. Une surtout mérite notre attention, nous y reviendrons du reste à la fin de ce travail, car il s'agit de course sans perte de connaissance avec sensation de fatigue consécutive, sueur et secrétion abondante d’u-
rine.
Observation IV « Un homme de 50 ans était en voyage et venait de quitter sa chaise de poste pour faire quelques minutes d'exercice à pied, quand tout à coup, il sentit que le mouvement de ses jambes s’accélérait malgré sa volonté et que ce mouvement rapide qu: lentraînait droit devant lui, l’écartait de la direction du chemin qui faisait un détour à cet endroit et se trouvait d’un côté bordé de
précipices. La terreur que lui causait un mouvement aussi ex-
(1) Mémorres sur quelques fonctions involonlaires des appareils de la locomotion, de la préhension et de la voix. (Are. gén.
de Médecine 1825, tome VIII.
entire
traordinaire et le danger visible qui ajoutaient les localités, le frappaient vivement; 1l voyait bien, ainsi qu’il le racontait luimême fort plaisamment, qu’il courait à sa perte; mais poussé par une force supérieure à sa volonté, il ne pouvait s'arrêter, ni se détourner, n1i se jeter par terre ainsi qu'il en eut successivement l’idée. Heureusement qu'après avoir franchi diagonalement la partie tournante du chemin, à quelques pouces du précipice, il se trouvait, en suivant toujours la même direction, courir parallèlement à la route, ce qu'il aurait pu faire sans danger pendant plusieurs minutes. Mais presqu'aussitôt l’accès, après avoir duré à peu près dix minutes en tout, se termina sans autre circonstance notable qu'un grand sentiment de faiblesse, une sueur générale et une secrétion abondante d'urine. Quelques heures plus tard, il n’éprouvait plus le moindre ressentiment.
Deux nouveaux aceès, peu de temps après, à un intervalle de quelques semaines, lui survinrent dans les promenades publiques; 1l resta malgré l’usage des sangsues, des bains de gélatine, de ventouses sèches le long de l’épine dorsale, de la valériane en poudre, dans le même état, conservant toutes ses forces et ses
facultés mentales ».
A la même époque, à propos des € Haladies de la protubérance », Serres nous à parlé de deux hommes qui, au moment de l'attaque, ( poussaient des cris, courent devant eur comme pour éviter un grand danser et tombaient au bout de 100 pas environ ».
Quelques années plus tard, en 1834, Semmola décrivait à Naples dans un mémoire intitulé « Sopra duc mallatie non ancora descritta », des accès procursifs
chez un jeune homme de 26 ans « qui se mettait à cou-
ro
xx en ligne droite, devant lui, avec une rapidité étonnante, ne se détournant ni à droite, ni à gauche et ne se laissant arrêter par aucun obstacle ».
Vers 1847, Bérard et Romberg signalent également “es cas de procursion comitiale; ils peuvent faire des autepsies et nous montrent l'intérêt que ces malades présentent au point de vue anatomo-pathologique.
Enfin, à une époque plus rapprochée de nous (1873) se place l’observation de Trousseau, publiée dans la « Clinique médicale de l'Hôtel-Dieu », où l’accès procursif se trouve dépeint de la façon la plus nette. Voici
cette observation :
Observation V
« Il s’agit d’un architecte de Paris, qui, épileptique depuis Rat, ne craint pas de monter sur les échafaudages les plus élevés des maisons en construction. Il n’ignore point cependant que ses accès se sont déclarés souvent alors qu’il marchait ainsi sur des planches étroites, situées à une assez grande hauteur. Jamais il ne lui est arrivé d'accident. Au moment de la cerise, on le voit courir précipitamment sur les échafaudages, prononçcant ou plutôt criant son nom d’une voix haute et brève. Un quart de minute après, il reprend son travail, se remet à parler à ses ouvriers, à leur donner ses ordres. Mais si on ne le Jui disait, il n'aurait aucune idée de l’acte singulier auquel il vient de se
livrer ».
Dès lors, l'épilepsie procursive devient d’observation courante; Hammond en relate deux cas dans son
« Traité des Maladies nerveuses » et Nothnagel dans
un article sur l'épilepsie, fait remarquer que « queiquefois les convulsions manquent entièrement et sont remplacées par des mouvements ambulatoires et des COUrSeS, », Cependant dans son ouvrage sur l'épilepsie, Delasiauve n’en parle même pas et Gowers se contente de dire : «Dans quelques cas rares, le début d’un accès est précédé de quelques actions automatiques, comme de courir ».
Axenfeld et Huchard ne sont guère plus explicites: & On appelle aura motrice, l’impulsion aveugle au mouvement que présentent quelques épileptiques au moment où leur accès est sur le point de débuter, on les voit s'élancer en avant ou reculer, ou tourner en rond avant de tomber convulsés ».
Le professeur Mairet, de Montpellier, signale aussi d’intéressantes observations, mais jusqu’en 1888, personne n'a cherché à faire une étude d'ensemble de la question. C’est à MM. Bourneville et Bricon que revient le mérite d’avoir étudié et classé cette variété d'épiepsie. Après avoir cité la plupart des observations connues, ils citent des cas qui leur sont personnels, établissent des divisions et insistent sur l’anatomie pathologique.
Quoi qu'il en soit, les auteurs n’ont rapporté jusqu'ici que de courts accès procursifs qui Sans conteste, Sont les équivalents physiques d’une crise convulsive, mais aucun d'eux, à part Nothnagel peut-être, qui parle de « mouvements ambulatoires », ne s’est hasardé à relater une course de plusieurs heures comme de natu-
re épileptique.
Il faut arriver à Charcot pour entendre parier 4» « Fugues comitiales ». Le célèbre neurologiste de la Salpêtrière fonde principalement son diagnostic sur l’amélioration de son malade par le traitement bromuré et il rattache à l’épilepsie nombre d’amnésies traumatiques observées jusqu’à lui.
A partir de ce moment, chaque année voit naître de nouvelles observations d’automatisme comitial ambulätoire, nous en devons d’intéressantes à Legrand du Saulle, à MM. Chantemesse et Widal.
Enfin M. le Professeur Raymond, dans une de ses \( Leçons du Mardi », le 21 janvier 1895, fait une remarquable analyse d’un cas particulier où il conclut à la coexistence de l’épilepsie et de l’hystérie.
Dès lors, la fugue épileptique passe dans le domaine classique et M. le Docteur Voisin nous la décrit dans son traité « De l’Epilepsie » en 1897.
Il nous reste à analyser le caractère de ces malades, MM. les Professeurs Gilbert-Ballet, Brissaud, Joffroy nous en montrent la versatilité; puis M. Pierre Janet étudie chez eux les variations du champ de la conscience et, dans l” («Encéphale » 1907, M. Henri Claude nous signale un cas de fugue épileptique consciente.
À signaler encore un ouvrage tout récent (1) de MM. Joffroy et Dupouy. La question des Fugues y est traitée d’une façon générale, mais nous n’avons pu nous en inspirer utilement, notre travail étant sous
presse.
(1) « Fugues et Vagabondage ». Alcan. Paris 1909.