‹ L'épingle rose (volume 2)Chapitre 4 sur 10 · II S · texte numérisé non relu

II S

14 yËPINOLK ROSE

« Vëe at MriDge inilnintâ devait Décessairement attirer l'attention de nos savants.

€ Plusieurs membres de l'Académie de médecine ont fail demander i M"* X... la permissioo de l'eiaminer, mais elle à refasé d'j consentir, ne voulant pas fttre l'objet d'une description aeientiflque. t

•t Comprenant néanmoInB qne, dans une ville policée comme l'est Paris, on ne saoïait tolérer que pour des motifs graves le port du masque en dehors du temps de carnaval, elle a consenti à se laisser visiter par M. le docteur Verdon, attaché au service médical de la préfecture, et cet homme de l'art a constaté que la monstruosité n'était que trop réelle, «ans pouvoir toutefois en préciser la cause.

a On suppose que, pendant sa grossesse, ta mère de cette jeune perso|i2e aura été effrayée par un squelette.

<i Ge qui est certain, c'est que la femme à la lêle de mort est fort riche. Elle se propose, dit-on, do reconnaître un apport d'un million au courageux mari qui l'épousera.

B II est k espérer qu'elle rencontrera ce mari parmi ceux de nos jeunes gens qui n'étant pas des favoris de Plotus sauront faire, pour s'enrichir, un sacri flce méritoire.

" En attendant, M"" X...estenbntteà la curiosité âa jpnblic, qui n'ol>scrve pas toujours envers elle \cf lois de la bienséance.

n S'étant montrée dans divers théâtres où ellr

avàil eti Cependant ta précaution de oe paraître qu'en loge grillée, elle a été entourée à la sortie et elle à en beaucoup de peine à gagner son éqnî-

'- il faut espérer, ponr l'honneur de l'hospitalité françnise, que cet indécent empressement cessera bientôt.

«On aSsure même que M"*X... a pu assister, sans être trop prnssée par la Toule, à la dernière fête donnée au jardin Beaujon, et qu'encouragée par ce changement dans la conduite de la population parisienne, elle se propose de jouir successivement de tous les plaisirs que la cfipitale offre aux étrangers pendant l(t belle saison. »

— C'est tout? demanda Brassicourt, en voyant que son camarade remettait le journal sur la table.

— Ma foi I c'est bien assez. Une tête de mort 1 Bnr... ça me donne le frisson, rien que d'y penser, répondit le lisèur.

— Et vous avalez nal dit dédaigneusement Boulardot. II est inoui que, dans le siècle de lumières où nous vivons, un journal se permette de propager de pareilles erreurs.

J'écrirai demain au rédacteur en chef.

— Qu'appelez-vous propager des erreurs 7 s'écria nn garde national. Moi qui vous parle, je l'ai vue, hfemme à ta tête de mort... pas plus tard qu^la semaine dernière, aux Variétés... à preuve qu'on donnait l'Ours et le Pacha.

n I/ËPraOLB B08B

— C'est-Â-dira que tous avez tu ane femme masqnâe, mais vous n'avez pas vu sa figure.

Et tenez, voulez-vous que je vous dise, ajouta le weptiquo caporal, cette hUtoire-l& me fait l'effet d'être montée par la police.

— Boulardot a raison, appuya un autre milicien, ça pourrait bien être un coup de la bande à Tidocq.

Pour comprendre le sens de cette prodigieuse niaiserie, il faut savoir qu'en ce temps-là le peuple le plus intelligent de l'Europe mettait tout événement inexplicable ou suspect sur le compte de l'ancien forçat devenu chef du service de sûreté.

« Cest la banàe à Vidocq »> équivalait à pea près an « voilà pourquoi wtte fille est muette, n de Molière.

— Allons donc! s'écria Brassicoui-t, vous voyez la police partout,

— Je l'y vois parce qu'elle y est, répondit Boulardot, d'un ton sententieuz.

Vous n'avez donc pas entendu que ce prétendu phénomène a été visité par un médecin attaché à la préfecture?

— Le docteur Verdon. Je le connais, je lui ai fourni un harnais. C'est un bon. Il est l'ami de Manuel, et U soigne Benjamin Constant.

— Pour cacher son jeu. Un homme qui a des accointances avec la police ne peut pas être pur.

-^ Au fait, ça m'est égal. Mais si je n'étais pas marié, j'épouserais bien la tête de mort.

— Brasdcoort, vous m'affligez. Je savais que TOUS étiez crédule. Je ne savais pas que vous étiez sans principes.

— Mes principes ne vont pas jusqu'à mépriser un milliOD.

~ Monsieur, après vous le Constitutiotmel, dit un habitué qui venait de traverser la salle du café pour mettre la main sur son journal préféré.

Le milicien accoudé sur la feniile libérale dont il venait de lire tout haut un si intéressant extrait s'empressa de l'offrir, et l'amateur poli regagna sa place, nanti du papier qu'il convoitait.

Fabien n'y avait pas pris garde, à ce consommateur blotti dans un coin, mais, en le voyant de plus près, il le reconnut.

Les moindres détaUs de la dernière soirée oii il avait dit à Stella qu'il l'aimait étaient restés gravés dans sa mémoire, et il se souvint tout à coup d'avoir tu cet homme apparaître un instant au seuil du boudoir où il parlait d'amour i la belle Italienne.

n se souvint aussi que, tout récemment, dans l'allée des Veuves, le maître de l'Epingle lui avait appris que ce personnage était précisément l'espion qui s'était introduit chez la baronne et dont la visite avait eu pour conséquence l'abandon de l'hôtel de la rue de Monsieur et le départ de la rignora Négroni.

La rencontre était f&cheuse, et le vicomte ne

ÎS L'ÉPIKGLE ROSE

tenait pas du tout k rester dans un café où C0t agent secret lui faisait vis-à-vis.

Des Loquetières, — c'était bien lui qui se i-égalait au fond de la salle d'oa verre de punch et de la lecture du Constitutionnel, — des Loquetières, pourtant, ne s'occupait pas des gens qui étaient là, pas même du vicomte de B rouage.

Depuis qu'il avait vu Fabien agitant les dés dans le salon de M"" de Casanova, des Loquetières était persuadé que ce joueur enragé ne conspirait que pour la forme, et il jugeait inutile de l'espionner.

Il était entré au café de Poy, parce qu'il y venait, tous les soirs, écouter les libéraux bavards et notcf les propos dont ses chefs pouvaient tirer une Indication utile.

Des Loquetières travaillait toujours, même en buvant du punch.

Seulement, il ne s'aventurait jamais au café i£R(blin, où les ofUciers bonapartistes ne toléraient po^ longtemps les figures suspectes.

Ce soir-là, au surplus, il avait d'autres soucis en tête. II venait de faire son rapport au préfet sur I^ mort du caporal suisse, et il ruminait tout fin J>]ao pour découvi'ir le duelliste qui tuait ses adversaires d'un coup d'épée dans l'œil.

Les camarades du mort n'avaient pas parlé d^f militaires du 43°, et ils ne pouvaient pas désigaef Marcas, putEiju'il^ ne le conaaiesaieot pas.

GrîlTard n'avait g^rde de le trahir, mais le caiiaret était signalé, et des mesurée étaient prises pour que le meartrier fût arrêté fi'il osait s'y préseoter.

Ces mesures, l'ami du chevalier de Soiot-Béliar iiemait i les compléter par une enquête adroitement menée et il laissa partir Fabien sans songer un seul instant à le suivre.

Le vicomte, pressé de s'éloigner, remonta la è^erie Hontpensier pour gagner le n" 36, où il se proposait de finir sa aoiréa.

Cependant, il ne se sentait pas très-dispos* à teater la chance. Les sots tUscoure et la bizarre lecture qu'il venait d'entendre lui trottaient pu la cervdle.

11 pensait au couvent du Temple désigné avec on singulier à propos par Brasaicourt, et il se disait que nies conjectures de ce soldat-citoyen étaient juste*, c'était certainement un frère de l'Epingle qui avait tué Henri de Brouage.

De l'article da ConstituHoimtl, il n'avait retena qu'un nom^ celui du -docteur Yerdon, et un Mt, celui du masque porté par une jeune femme.

Quoiqu'il afficb&t des opinions royalistes, et qn'il ftit assez souvent employé par la Préfecture pour des opérations de médecine légale, le docteur Verdon était carbonaro, et faisait précisémant partie do la vente présidée pu- Fabien qui U pgpMÎiwit parfaitement.

eo L'ÉPINGLE ROBE

Quant à l'histoire du masqae, elle avait éveillé dans l'esprit surexcité de l'amoureux vicomte une vague préoccupation.

Assurément, il ne lui était pas venu l'idée de prétendre à la main de la femme à la tête de mort, mais il se disait avec tristesse que Stella Négrooi aurait peut-être pu rester à Paris masquée au lieu de s'exiler de l'autre côté de l'Atlantique.

Au plus fort de ses réflexions, comme il arrivait, la tête basse, devant l'entrée de la maison de jeu, il fut heurté par un promeneur venant du c6té des galeries de bois.

Il allait se fïcher, car il n'était pas de bonne humeur, lorsqu'il reconnut le colonel Fournès, celui qui, en s'asseyant à une table d'écarté, chez la baronne, avait mis des Loquetières en fuite.

— Je suis charme de vous rencontrer, lui dit cet officier aussi haut gradé dans la charbonnerie que dans l'ancienne armée, car j'ai à vous parler de choses qui vous intéresseront.

Donnez-moi le bras et remontons vers le boulevard.

Fabien tenait en haute estime le colonel Fournès, quoiqu'il ne partage&t pas ses idées impérialistes.

Il savait que le carbonarisme n'avait pas de soutien plus utile que ce brillant soldat, et qu'au jour de l'action il déciderait la victoire en entraînant l'armée.

LE UÂSQDB DE VULOUllS 8t

Foomès d'ailleurs, lui témoignait en toute occadon une très-vire sympathie, et il était &er de la mériter.

— Je ne demande pas mieux que de voua accompagner, colonel, dit 1« vicomte, mais je crois que nous ferons bien de ne pas suivre la galerie.

Je sors du café de Foy et j'y ai laissé un espion... celui qui s'est introduit chez M"' de Casanova, un soir.

.— Ah 1 ah I le des Loquetières. Vous avez raison. 11 vaut mieux qa'il ne nous rencontre pas ensemble, quoique depuis longtemps je vive de telle sorte qu'il a renoncé à m'épier. Mais la prudence n'est jamais de trop. Revenons vers te Thé&tre-FraD^ais. Nous gagnerons te boulevard par la rue de Richelieu. PoQveï-vous disposer de votre"soiréeî

— Je aérai ravi de la passer avec vous,

— Gela vaudra mieux que de la passer au jeu.

Vous y alliez, n'est-ce pas?

— Pourquoi le nierais-je 7 dit le vicomte en essayant de sourire.

— A la bonne heure. J'aime votre franchise et elle ne me surprend pas, car je sais tout ce que vous valez. Je vous approuve même jusqu'à un certain point de jouer. Pour détourner les soupçons qui planent sur nous tous, it faut que nous nous donnions l'air de gens qui ne s'occultent plus de politt^ que.

Aiut VOUS ne iauri«i croira à qael point m'a lervl

Cj.l:™b,GOOgIC

i/Apinqlb bobs

l'habitude qoe j'ai prise, depnis l'affaire de 1817,i]e passer la moUié de mon temps au calÉ de la B4.geoce.

katretoia, j'avais sans cesse des ageats à mes trousses. Maintenant, ils me laissent tranquilia, parce qu'ils se figorent que je me suis pas s i o n n é pour les échecs.

J'y suis devenu d'oae certaine forée, mais ce n'est pas Deschapellet, ni La Bourdonnais que je voudrais faire mat, e'est le roi Louis XYHi.

DonC( vous avez raina de fréquenter les jnaisoos de jeu, si c'est votre gotkl. On ne vous accusera pas de conspirer.

Voyez-vous, mon jeune ami, pour vous qui étas des nôtres, il n'y a qu'un âcueil à éviter, et cH écuoi^c'est...

— Quoi donc f

— L'amour, parbleu 1

Fabien ne s'attendait pas à cette déclaration ; il fit un mouvement que le colonel qui lui donnait le bras sentit très-bien.

— Est-ce que j'aurais deviné votre cbXé faible? reprit Foumès.

Oh I je ne vous demande pas vos secrets, ajoutat-il en voyant que le vicomte se taisait. Je sais d'ailleurs que, dans noe épreuve récente, vous avea donné des preiives d'une fermeté peu commune eo refusant d'écrire à votre raaitreue, alors que vou

LE MASQUB DB, TELOURB »

— j}poi! oq von» 8 dit?...

— Tout, mon cher. Vo<u ëteg véiîtablement an * homme, et je voudrais que tous les Irères d« l'f • pùgle eufteeat votre coarage. Mais j'ai bien Je droit ie vous crier : casae-cou 1 Les femmes ont perdu las plus nobles eotreprises et je ne connais peraonne qui puisse jurer de ae pas se laisser entraîner par elles.

De plus forts que vous ont sacrifia leur devoir i uQe passion insensée. Et je n'aurais pas besoin de chercher bien loin pour vous montrer un exemple du mal que peut faire une liaison avec une de ces iirèues qui charment les hommes et qui finissent par les noyer.

— J'avoue que je ne devine pas à qn^le sirène VODS faites allusion, murmura Fabien assez éq^i.

Son intinct d'amoureux l'avertissait qu'il allait être question de Stella.

— Mon cher, dit le colonel, je pourrais me citer, car, moi tout le premier, j'ai donné dans ce travers.

En 1815, après Waterloo, je m'ennuyais, comme vous pouvez le croire, de n'avoir plus de coups de sabre à donner. 11 fallait bien faire quelque chose. Nous autres de l'ancienne ai'mée, nous n'avions pas eu le temps de nous reconnaître. Nous commencions à peine à conspirer. Je m'avisai d'aimer, et d'aimer dans un monde où je croyais pouvoir placer moi> taur sans courir aucun risijue.

t\ V^mQLA R08B

Ehl bien, ce fut chez ma maîtresse que des Lo« queliëres m'arrêta en 1817.

— Elle vous avez avait trahi?

— Non. Elle m'adorait. Mais elle était femme.incapable par conséquent de retenir sa langue. Elle éprouva le besoin de raconter à une amie qu'elle jouait un rôle dans an complot pour ramener l'empereur. Celte amie avait un ami, aussi peu discret qu'elle. Bref... mais je ne sais pourquoi je m'amuse à vous raconter cette vieille histoire.

Passons à un exemple plus frappant et plus récent. £t d'abord, comprenez bien que je n'y ferais pas la moindre allusion, si vous n'étiez le plus intelligent, le plus dévoué, le plus sur des frères de VSpingle rose.

A tout autrR qu'à voua, je ne parleraie pas des faiblesses de notre chef.

— Que voulez-vous dire? balbutia Fabien, tout palpitant d'inquiétude et d'espérance.

— Je veux dire, répondit Fournès, que llernandez lui-même a cédé à un entraînement qui a failli compromettre une cause sacrée.

Ob! je lui pardonne. Il a fonde la cbarbonnerie en France. Quand nos amis, Dugied et Joubert, sont revenus de Naples rapportant les statuts de l'asso* dation, ils eussent été impuissants à l'implanter cbez nous, si le prince de Catanzaro n'eût mis à leur disposition son immense fortune.

Si nou» réussissons 6. entraîner l'armée, ce sera tat9t» & lui que uoutt te devroni, tir ou ne fuît rica

sans argent, et sans le trésor des carbonari italiens, nous ne parviendrions jamais à renverser le gouvernement des Bourbons.

Ce trésor est à nous maintenant, puisqu'il est déposé dans les caves de votre château de Brouage, et je compte qu'il en sortira prochainement, car le JODF de l'action est proche.

Mais enfin ce jour a été retardé par la faute du maître de YEpingU. La Négroni sa maîtresse, a éveillé les soupçons de la police... involontairement je le sais. C'est ce malheureux duel, où votre coueinasuccombé,quiamis sur pied tous les espions...

— A ce propos, interrompit Fabien, je dois vous aTertir que, tout à l'heure, au café de Foy, des gardes nationaux parlaient de cette affaire... ils accusaient sottement mon frère René d'avoir tué Henri, et peu s'en est fallu que je ne leur imposasse silence... heureusement, j'ai pu me contenir... Hais an des ineptes propos qu'ils tenaient m'a frappé... ils prétendaient que le combat avait eu lieu dans les bâtiments du vieux couvent du Temple... ,

— Où vous avez failli être fusillé, dit en souriant le colonel. Je ne sais si ce soldat citoyen a raison. Cette triste aventure est restée inexplicable pour moi... le fils de mon vieux camarade le général deBrouage ne s'occupait pas de nous... s'il est tombé sous l'épée d'un de nos frères, ce frère n'a pu agir que pour satisfaire une vengeance personnelle. Ot-, Votre cousin faisait depui? quelqua

toâip< UQ4 eauc ftuldu« k la Ké^ivaii

86 L'ËPINGLB BOBB

— Pensez-vous donc que le prince?...

— Je n'affirme rien, mais bien peu d'aCflliés savent que notre quartier-général est établi au Temple, et s'il m'était prouvé que le comte Henri a été frappé dans Je jardin du couvent, je serais très-porté à croire que Hernandez, 4mant de cette femme, s'est débarrassé d'un rival.

— ' Ce serait infâme I s'écria Fabien.

— Non, ce serait logique. Les gens violemment épris ont une morale à eux. Et ceci me ramène il l'exemple que je vous citais tout à l'heure.

Hernandez, amoureux fou de la Négroni, a songé avant tout à la sauver. Je dois lui rendre celte justice qu'il a su prendre des mesures promptes et vigoureuses pour réparer les fautes commises et pour parer au danger que courait l'association.

En quelques heures, l'h6tet de la rue de Monsieur a été évacué. Les deux femmes et les gens qui les servaient se sont évanouis comme des fantômes. Nul, depuis cette fajpeuse nuit, n'a entendu parler d'eux.

Les Italiens excellent dans l'exécution de ces tours de passe-passe.

Mais il n'en est pas moins vrai que, par suite de ce brusque changement de front, toute action est suspendue depuis deux mois.

Nous en sommes réduits à temporiser, alors qoe tout est prêt, alors que les troupes attendent le ùgaaX pour arborer le drapeau tricolore dans l'Ouest et dans l'Est. A U Rochelle, i âauuar, 4 Poitio»(

LB UAëQOB DB velours 87

k Naoey, 4 Strasbourg, & Colmw, à Belfort, aos frères de l'armée s'impatientent. Ils ânirout par ee lasMT, et Dous laisserons passer le moment d'affranohir notre paya. Pourquoi? Parce que notre chef a voulu mettre à l'abri sa loaitresse et la aourrice de aa mattrease.

— Biles Boot hors de danger maintenant ; ce n'est done pins à caose d'elles que le prince s'abstient d'agir.

— Hors de danger? qn'en savez-vons? La baronne est à Brouage, oh vous avez été chargé de Tinstidler. La hante vente a été informée que de ce c6té tout va bien. Voua correspondez avec la Casanova par nn intermédiaire sûr. C'est à merveille, quoique toute correspondance ait de graves inconvénients par le temps qui court, car les lettres tant soit peu suspectes passent toujours par le Cabinet noir.

Hais, laNégroni?

— Elle est en Amérique, soupira Fabien.

— C'est Hemandez qui voua a dit cela f

— Oui, dans une très-courte entrevue que j'ai eue avec lui depuis mon retour de Bronage.

— Il me l'a dit aussi, mais je doute qu'il dise la vérité.

— Quoi] s'écria le vicomte, vous supposez que Stella... que la signora Négroni... n'a pas quitté la France ?

— Je ne mm paa étonné qu'elle fût encore h Pa-

Fabien tressaillit encore, et si fort, que le colonel lui demanda :

— Qu'avez-voas donc?

— Rien... un mouvement de surprise... H&is je suis persuadé que vous vous trompez. Garder sa maîtresse près de lui, ce serait de la part de notre chef un acte de folie. Tous les habitués du salon de la baronne connaissent la signora Négrooi. Sa figure n'est pas de celles qu'on oublie. Bn supposant même qu'elle se cachât, le prince a dû être surveilléiOt s'il la voyait secrètement, les espions l'auraient su. Non... c'est impossible... elle n'est pas restée.

— Je souhaite qu'elle soit partie, dît froidement Foumès, mais je tiens à m'en assurer.

Fabien mourait d'envie de lui demander quels moyens il comptait employer pour cela, mais il eut peur de laisser échapper son secret, et il se tut.

La conversation avait mené les deux conspirateurs jusqu'au bout de la rue de Richelieu, sans que le plus jeune interrogeât le plus âgé pour savoir où il le conduisait.

Arrivé devant le palais du jeu dont la façade s'étendait jusqu'aux terraius sur lesquels on a b&ti plus tard la rue Neuve-Vivien ne, devant Frascati, le plus élégant tripot de l'époque, Foumès tourna à gauche et entraîna le vicomte vers la Mad^ leine.

Le bQuUvKt^ dei ttalitm, qu'on appelait Alon t»

LE UABQUB DE VBLOUHB 8»

boulevard de Qand, ne ressemblait guère à ce qu'il est aujourd'hui.

11 était moins peuplé et moins bruyant. Peut-être était-il plus gai, car les gens qui s'y promenaient à certaines heures appartenaient presque tous au même monde et n'y venaient que pour s'amnser.

Les restaurants à la mode n'y manquaient pas. Le café de Paris ne fut ouvert que le 15 juillet de l'année suivante, mais Tortoni, le café Hardy, remplacé vingt ans plus tard par la Maison-Dorée, et le café Riche, existaient depuis li^gtemps.

Les plaisants de 1821 disaient qu'il fallait être riche pour dîner au café Ilar.iy nt fiardi pour dtner au café Hiche.

Fabien commençaitàs'élonner que le colonel traversât avec lui des parages si fréquentés, mais il se souvint des théories que son maître en conspiration venait de lui exposer ; il se dit que la meilleure de toutes les ruses consistait peut-être à ne cacher ni ses actes, ni ses fréquentations, et il continua à le suivre docilement.

Fournès prit la rue de la Chaussée-d'Antin, qu'en sa qualité de bonapartiste, il persistait à appeler la rue du Mont-Blanc, de même qu'il disait rue de la Victoire, au lieu de : rue Gbantereine.

— Il est temps que je vous apprenne où je vous conduis, aouffla-t-it à son compagnon.

— Je vous avoue'que je suis curieux de le savoir, répondit le vicomte avec empressement.

go L'âPlNOLE hOSË

— Eh I bieq, aoyes satisfait. Nous alloas i Tivoli.

— Commentl au bal?

— Au bal, au spectacle et à une foule d'autres plaisirs. Ou donne ce soir une pantomime nouvelle : Les Epreuves de Gringalet dans Vile des Lanternes et son départ pour la tune.

— Mais, balbutia Fabien stupéfait, je ne suppose pas que vous veniez dans ce quartier pour voir jouer une farce de foire.

— UoD cher, les farces ont du bon. Elles distraient des tragédies. Et puis, il fait un temps superbe ce soir. Il y aura foule. Tivoli, le Hanelagh et Beaujon font fureur cette année, et les belles dames peuvent s'y montrer sans enfreindre les lois de la mode.

Je parierais que nous ferons sous les onibrages du jardin des rencontres inattendues.

— Comptez-vous, par hasard, y trouver la slgnora Négroni ?

— Je ne compte sur rien, mais je m'attends à tout.

— Et, ce hasard se présentait, que ferlezvous?

— Je ne sais pas ce que je ferais immédiatement. Gela dépendrait des circonstances de la rencontre. En tous cas, j'éviterais d'attirer l'attention sur noos et sur la danw.

Mais si j'acquérais ce soir la certitude qu'elle est encore à Paris, j'agirais dès demain.

— Vous agiriez?

— Oui, je signalerais à la haute vente la faiblesse inqualifiable du maître de VEpingle, je proposerais yu'on lui demojid&t compte de sa conduite et qu'on ot)ltgpàt sa maîtresse & quitter U Ffance d^ps les vingt-quatre heures.

— Il s'y opposerait, dit vivement le vicomte.

— La haute vente le forcerait & obéir. Elle ne reconnaît pas de cbef. Hernandez n'est que son délé* gué, quoiqu'elle lui ait confié temporairement le pouvoir exécutif.

Fabien n'insista point. Il était trop ému et il voulait réfléchir aux singulières ouvertures du colonel.

— Pourquoi me choisit-il pour confident? se disait-il. Serait-ce encore une épreuve? Ou bien eraint-il de se compromettre et vent-il me meltre «a avant à sa place 7

Ces pensées et bien d'autres encore t'absorbèrent jusqu'à ce qu'il fût arrivé avec son compagnon à la hauteur de l'hAtel du cardinal Fescb qui s'élevait alors au bout de la ci-<jevaat rue du Hont- Manc.

Là, ils n'étaient plus qu'à quelques pas de l'entrée du célèbre jardin, et des couples nombreux, les uns à pied, les autres ea fiacre ou en équipage, pas-

91 L'ËPINQLB ROSB

«aient, courant h la fête qui attirât ce soir-là tout Paris.

— Alors, nuu.4 ::c noua Béparerons pas i la porte? demanda le vicomte.

— Non, répondit Foomës, nous entrerons ensemble. Pins tard, je verrai s'il convient que vous me quittiez. U se poorrait que j'eusse à voua charger d'une mission.

Fabien pensait :

— Dieu veuille que cette mission consiste & suivre Stella et à luiparler !

Et il dit tout haut :

— Je suis à vos ordres, mais je crains fort qm noua ne fassions une promenade inutile. La signora Négroni, si elle est encore à Paris, ne sera pas assez folle pour se montrer à deux mille personnes.

— Se montrer, non certes, répliqua d'un certain ton le colonel. Mais ne parlons plus dé cela, je vous prie. Nous allons être pris dans la foule. Les mouches se glissent partout, et elles ont l'oreille fine. Un mot imprudemment lâché pourrait nous cobter cher.

Ainsi, mon jeune ami, à partir de ce moment, gouvernons -nous comme des gens qui viennent ici pour se diverlir.

Je me sens de force à rire aux parades de Gringa^ . let. T&chez de faire comme moi.

Le vicomte se tint pour averti et suivit Fonrnès, qui l'entraînait vers la grille du jardin cbehanté.

LE UASQUB OU VELOUBS &3

Le Tivoli de la RestaaraUun avait succédé, à un antre Tivoli, qui fut jadis le parc de Boutin, trésorier-général de la marine, guillotiné en 1793, un Tivoli où les incroyables venaient s'amuser sous le Directoire, à la barbe des terroristes.

Sous ses ombrages historiques, le premier consul donna un banquet à l'armée d'Italie, et le sable de ses allées avait été foule par Joséphine Beaubarnais, par M"' Tallien, par M"' Récamier. '

En 18Si, Tivoli n'était plus qu'un lieu de plaisir, mais de plaisir décent. Les femmes du meilleur monde y allaient encore, et H" la duchesse de Berry n'avait paa dédaigné de s'y montrer plusieurs fois avant que l'atroce Louvel eût fait d'elle une veuve.

On y donnait des représentations théâtrales et des feux d'artifice ; on y trouvait des jeux de toute espèce et on y dansdt.

Gela ne ressemblait pourtant ni aux FoUes-Bergèrea, ni à Mabile.

Les grisettes s'y trouvaient gênées, et le demimonde n'étant pas encore inventé, le vrai monde y avait ses coudées franches.

An lieu de paysages peints sur les murs et d'arbres en fer-blanc, on y voyait des bosquets séculaires et des pelouses semées de fleurs.

Seulement, l'éclairage laissait quelque peu à détàrer. Le gaz venait à peine de faire son apparition, et la lanterne vénitienne n'avait pas encore passé les Alpes.

On m était au simple lampion, mais on en tirait déjà bon parti.

Des guirlandes de verres de couleur conralent le long des allées, et des pots pleins de résine brOIaîeat à tous les carrefours, sans parler des qninquets a.U Inmés par centaines.

Ce qui caractérisait surtout Alors les fôtes d'été, c'est qu'on y avait de la place pour s'amuser.

Paris n'était pas encore Une ruche où les cellules s'entassent les unes sur les autres, le sol ne s'y débitait pas par tranches, à des prix insensés, on n'y vendait pas l'air plus cher que le pain ; on y respirait à l'aise et gratis.

Sur les terrains qu'occupait alors Tivoli, on a percé plus tard trois ou quatre rues, hâtî une grande église et une foule de maisons de rapport.

Si le pauvre Boutin, premier propriétaire, n'eût pas été dépossédé par la République une et indivisible, ses héritiers seraient aujourd'hui presque aussi riches que )a famille Rothschild.

Les entrepreneurs qui exploitaient le jardin en 1821 avaient utilisé avec intelligence l'immense espace dont ils disposaient.

Chez eux, on pouvait choisir ses divertissements .

Les élégants se promenaient sous une voûte d« verdure qui servait de plafond à une salle de danse bordée par des charmilles illuminées.

Là, ils rencontraient les belles dames, qui ine d^

daignaient pas d'accepter lear main pour an qaadrille, et ils faisaient la cour aux timides jeunes personnes amenées par lears mères.

Pins d'nn mariage a'est décidé sous ces ombrages. Nosalenles l'attesteraient bu besoin. Elles pourraient dire aussi que tes danseurs réglementaient leurs entrechats, et ne se permettaient ni poses inconvenantes, ni propos malséants.

Les choses se passaient comme dans un salon, et on n'était pas exposé à prendre un chevalier d'industrie pour un honnête homme ou une intrigante pour une grande dame, car on se connaissait, Paris n'étant pas encore devenu une immense auberge ou se succèdent sans cesse des voyageurs de toute catégoriel

Moins exclusifs et moins difficiles à contenter, les bourgeois venaient k Tivoli pour s'amuser de cent façons différentes, et on les régalait largement. Saltimbanques, hercules du Nord, acrobates, touhiois, billards, jeux d'adresse et de hasard, tous innocents, car on n'y gagnait que des macarons, rien ne manquait à ces fêtes qui leur étaient spécialement dédiées.

Mais la foule allait surtout au sorcier et aux montagnes russes.

La bonne aventure avait la vogue depuis que, sous la Terreur, M"* Lenormand, devineresse de profession, avait prédit à Joséphine Beauharnais que son premier mari mourrait sur l'échafaud et que son second la ferait impératrice.

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Od croyait beaucoup aux prédictions et les magiciens pullulaient.

Tivoli avait le sien, un adroit compère qui s'affublait tous les soirs d'un bonnet pointu, d'une robe constellée d'étoiles et d'une longue barbe pour dévoiler, moyennant une modique rétribution, les secrets de l'avenir aux commerçants philosophes et à leurs sensibles épouses.

Des dames plus haut placées ne dédaignaient pas de le consulter, et sa grotte — il prophétisait dans une grotte — était assiégée tous les soirs.

Quant aux montagnes russes, elles avaient été importées à Paris en 1814, par les soldats da czar.

Ce divertissement moscovite consistait à dégringoler du haut d'une éminence factice dans un chariot posé sur des rails, et il faisait toujours fureur quoiqu'il caus&t parfois dé terribles accidents.

Trois ans auparavant, le 30 juin 1818, au jardin Beanjon, un char s'étant renversé à la descente, le baron Dufresne, intendant militaire, et son cevea qui l'occupaient avaient été tués sur le coup.

Mais ce malheur n'avait corrigé personne, et les femmes surtout continuaient à ralToler de ce périlleux exercice qui leur procurait de douces émotions.

Ces fameuses montagnes s'élevaient non loin de l'entrée du jardin, sur le chemin que suivirent, après avoir franchi la grillei "Pablen de Brouage et le colonel Foumès.

lU s'y arrêtèrent un instant, car le colonel vonlait tont voir.

On faisait qaene pour se précipiter, et les chars passaient avec une rapidité foudroyante devant les qtectateurs ébahis.

Au bout de leur course vertigineuse les hardis voyageurs mettaient pied à terre et regagnaient par an détour les sommets escarpés d'oii Us aspiraient à descendre encore, car ils se contentaient rarement d'une seule chute.

11 faut dire que dans ces expéditions les amoureux avaient beau jeu. Les chariots, ne pouvant contenir que deux personnel, recevaient presque toujours des couples bien assortis.

Le cavalier soutenait sa belle qui poussait des cris de frayeur et se serrait peureusement contre lui.

Les papas et les mamans, n'osant pas se risquer, restaient sur les sommets. '

C'était charmant.

Précisément, lorsque Fournès et Fabien s'approchèrent du jeu, un jeune homme et une jeune femme descendaient de leur wagon, — le mot ne s'était pas encore acclimaté en France, mais on le troave dans les journaux du temps qui décrivent les montagnes russes,

— Voilà un garçon que je connais, dit le colonel. Vous l'avez vu autrefois chez la baronne.

— Il est des nôtres, n'est-ce pas? demanda F:>blen.

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93 L'IÎTINGLE nOKE

— Oui. C'csl un étudiant, nommé Marcas, délégué d'une des ventes de la rive gauche. 11 nous a rendu des services, et pourtant, je ne sais pourquoi, je me défle de lui. Sa figure ne me plaît pas.

— Mi à moi non plus. Mais la personne qu'il accompagne tjst admirablement belle.

— Encore un qui risque de se perdre par les femmes.

— Qui est-elle?

— Je n'en sais rien. Elle remonte la pente, appuyée sur le bras de son cavalier. 11 doit y avoir làhaut un père ou une mère. ,

— Un père, colonel, et un père de très-bonne apparence. Voyez. Il vient à la rencontre de sa fille.

— Sacrebicu 1 dit entre ses dents Fournès, c'csl cette vieille canaille de Saint-Hélier. Comment se fait-il que Marcas le fréquente?

— Saint-Hélier? interrogea Fabien.

— Oui; c'est le nom qu'il se donne. Vous prenez ce drôle en culottes courtes pour un voltigeur de l'armée de Condé. Vous vous trompez. Il n'est pas plus gentilhomme que moi, et quoique je ne sache pas au juste quel métier il fait, je suis sûr que ce métier est honteux, car le coquin est intimement lié avec des Loquctières, l'espion qui m'a arrêté jadis. Je les ai rencontrés vingt fois ensemble.

— Ils se sont peut-être donné rendez-vous ici, et, dans ce cas, nous ferions bien de quitter la place.

— Pas avant que j'aie suffisammenl examiné les allures de ce Marcas. 11 m'a tout l'air d'Être le galant attitré de la fille. S'il l'est, c'est un homme à supprimer, car il nous trahira pour lui plaire. Cette créature doit aider son père, et elle a des yeux auxquels on ne résiste pas quand on a vingl-deux ans.

Le colonel avait raison. Le chevalier, l'étudiant et la belle Octavie formaient en ce moment un trio qui valait qu'on l'observât.

Marcas, en rentrant chez lui, après le duel, y avait trouvé une lettre qui ne contenait que ces mots : " Venez ce soir à Tivoli, j'ai à vous parler, d

Ce billet laconique n'était pas signé, mais il connaissait l'écriture et il n'eut garde de désobéir à l'ordre qu'il recevait.

M"* de Saint-Hélier, escortée par son respectable père, l'attendait près de l'entrée, et le bon chevalier, qui suivait toujours les conseils de sa fille, avait fort bien accueilli son jeune secrétaire.

Les montagnes russes se trouvaient dans le voisinage, et Octavie s'était empressée d'y courir pour se ménager un entretien avec Marcas.

Ils en étaient à leur troisième descente et elle avait déjà eu le temps d'exiger de lui des excuses et des promesses.

Le tëtc-à-tëtc durait à peine quelques secondes, car le char qui les emportait roulait comme une avalanche, mais elle savait mettre le temps à pro- «t

I Congic -■

100 L'ÉPINGLE ItOSË

Et puis ils remontaient plus lentemeat pour rejoindre le chevalier qui les attendait perché sur la colline, et pendant cette ascension, ils pouvaient se dire bien des choses.

L'étudiant y mettait tant de feu, qu'il n'çperçnt ni le colonel, ni Fabien, quoiqu'il passât tout prêt d'eux, si près que Fabien saisit au vol ce ft'agment de dialogue :

— Savez-vouB pourquoi le marquis est venu chez moi? disait Octavie. Pour me signifier qu'il défendait à son neveu de m'épouser. Vous voyez bien que ce mariage ne se fera pas.

— Non, répondit Marcas, car je tuerais le neveu, et si je ne pouvais tuer l'oncle... ah I je voudrais exterminer toute cette race d'aristocrates... et je l'extercoinerai...

— Voua oubliez que le général a une fille. Antoinette de Brouage ne peut pas mourir d'un coup d'épée. Les femmes ne meurent que d'amour.

Le couple passa, et Fabien n'entendit pas la fin de cette édifiante conversation.

Le colonel n'en avait saisi que des bribes, le mot : amour, entre autres, mais il ne lui en fallait pas davantage pour le confirmer dans l'opinion qu'il venait d'émettre sur Marcas.

— Hein? dit-il à demi-voix. Avais-je raison de me défier de ce garçon I Amoureux de la fille d'un espion, il deviendra traître avant que le coq ait obaaté iioit fois. J'y vus mettre ordre. Demain,' la

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haute vente Bera prévenue. On se débarrassera de lui.

Il avait bonne envie d'ajoater : ,ue cela vont serve de leçon ; mais il s'abstint, cac U tenait le vicomte en toute autre estime que l'étadiant.

— Je ne prendrai pas sa défense, dit Fabien, que ces informations recueillies au passage avaient profondément troublé.

Il ne pouvait pas en douter. C'était de René que parlait ce Marcas, c'était René qu'il voulait tuer.

Et il. apprenait en même temps que René était épris de la fllle d'un homme taré, qu'il l'avait demandée en mariage, que son oncle avait dû intervenir.

Tout cela, il l'ignorait et il se reprochait' amèrement d'avoir tant tardé à voir son frèrfi,

— J'irai demain chez lui, pensait-il. Jene puis pas le laisser tomber dans un piège. Il faut absolument que je l'avertisse.

— Nous avons vu tout ce que nous avions à voir ici, lui dit le colonel. Continuons notre tournée. Ce jardin est ferlile en surprises. Il nous en réserve peut-être d'autres. >

Fabien suivit Fournès, qui l'entraînait sous les bosquets brillamment illuminés, mais il ne put s'empêcher de faire tout bas cette réflexion, que le soupçon était à l'ordre du jour parmi les frères de FEpingle rose. ■•

On l'avait soupçonné, lui, et soumis à une éprsava rjai Aurait pu lui coûter la viei

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