‹ L'épingle rose (volume 2)Chapitre 5 sur 10 · L- i....,Googlc · texte numérisé non relu

L- i....,Googlc

lot L'dPiNaLE août

Hafntwi^t, on sonpçonout l'Muilust, aoB bous motifs assurément, mais, de plus, le temble colonel ne feiMit pas un mystère des desBsiiu qu'il nourrissBtt Roiitrs le obef tuprâms, su cas où es chel aurait en U iaiMeese de d* pas éloi^er sa. maitresM.

De là à ceadtuoner Stella il n'y avait qa'ua pas.

Le carbonarisme écrasait sans pitié tous ceux qui lui faisaient obstacle et même tous ceux qui le gênaient.

Pour ]a première fois depuis qu'il s'était jeté dans la conspiration," l'enthousiaste vicomte mesurait toute la portée des engagements qu'il avait contractés, et il se prenait presque à regretter de s'être lié jusqu'à accepter l'obligation de sacrifier au besoin son amour à sa foi politique.

Et puis, il éprouvait une vague inquiétude. Il avait le pressentiment qu'il touchait à une catastrophe, ou du moins à ime crise.

Les demi- confidences du colonel lui semblaient étranges. Que venait-il chercher à Tivoli? Elspérait- U sérieusement y rencontrer Stella?

Quoi qu'il en fût, Fabien jugea inutile et dangerenx de l'interroger ; inutile, parce que Fournès n'aur^t pas répondu ; dangereux, parce qu'une question imprudente pouvait tomber dans l'oreille d'un passant mftUntanUoDné,

Ils nrrJYCùçnl à la f9,t\.K la plue fréquentée <lu jw-

dÎD, cdle où se trouvaient les jeux, la salle de dause et le tbéÂtre.

La foule augmentait, et il devenait difficile d'avaaeer. Fouroès paraissait se diriger veis ou but coiuia de lui, et le vicoinl« «e laissait conduire.

Tout à coup, au détour d'une allée, sous des flols de lumière versée par des ife chargés de lampions, Fabien se trouva face i face avec son frère.

La rencontre était des plus inattendues, mais il la considéra comme providentielle, car elle b&tait l'entrevue ({u'il voulait avoir dès le lendemain avec René et elle supprimait les préliminaires d'un quasiraccommodement.

Fabien courut à son aîné qui ne le voyait pas, car il marchait la tête basse, absorbé dans ses pensées, et il lui prit les deux mains.

— Enfin, je te trouve, dit-U d'an ton qui coupait court à toute explication pénible.

— Tu me cherchais donc ? répondit le comte avec un sourire un peu triste.

Ces mots contenaient un reproche, mais sa figure s'éclaira auesil6t, et Fabien vit tout de suite que la glace était rompue.

Le frère de l'Epingle se rappela à temps que son BupërieUT hiérarchique était là.

— Colonel, dit-il, je vous présente mon frère. Bené, monsieur le colonel Foumès.

Le comte aal«a assez froidement et le colonel parut contrarié.

Cepçndwt il fat polit car il a'emiircssn d9 4ii«

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— J'ai été le camarade et l'ami du général de Brouage, et bien que nous ne servions plus sous le même drapeau, il n'a pas craint de prendre ma défense, alors qu'on m'accusait de vouloir renverser le gouvernement. Je n'oublierai jamais le service qu'il m'a rendu en cette occasion, car je lui dois d'être libre et d'avoir renoncé à la politique.

Fabien comprit que cette espèce de profeBsion de foi avait pour but de faire croire à René que le colonel Fournès s'était lié par reconnaissance avec un des neveux du marquis.

Mais Fournès ne s'en tint pas là.

— Mon cher, reprit-il en a'adressant au vicomte, je vous laisse avec monsieur votre frère. Peut-être ne l'avez-vous pas vu depuis longtemps. Vous devez avoir beaucoup de cboses à lui dire. Deux mots seulement, si vous le voulez bien, et je prendrai congé de vous.

Puis, tirant Fabien à l'écart:

— 11 faut que nous nous séparions. Votre frère pourrait s'étonner que je me misse en tiers dans votre conversation. Tâchez seulement qu'elle ne se prolonge pas trop, car j'ai des raisons de croire que vous rencontrerez ici, ce soir, une femme masquée.

Si vous la voyez, suivez-la, t&chez de lui parler^ en un mot, employez tous les moyens . que votre esprit vous sucrera pour savoir si cette femme est la Né|roiil.

LE MASQUE DB VEL0UB8 lOS

Je vons charge de cette mission, ne poavant pu et ne voulant pas la remplir moi-même.

Je vous prie de venir demain, & quatre heures, au café de la Régence, me raconter ce que toob snrez fait cette nuit.

Et sans laisser à 'son jeune ami le temps de lui répondre, le colonel s'éloigna, après avoir conrt(û> sèment salué René.

Fabien resta abasourdi. Stella à Paris, Stella venant masquée à Tivoli, c'était plus de bonheur qu'il n'en rêvait.*

Ë'histoire de la femme à la tête de mort lui revint aussitôt à l'eaprit, et il aperçut en une seconde une fouIe-de perspectives nouvelles.

Pour le tirer de la rêverie où l'avait jeté la déclaration du colonel, il fallut que son frère passât son bras aous le sien et lui dit doucement :

— Je te revois. Tout est oublié. Mais pourquoi ne m'as-tu pas donné signe de vie depuis des mob?

— Je suis impardonnable, c'est vrai. Et pourtant je suis sAr que tu m'as déjà pardonné. Que veux-tu I Je menais une existence qui cadrait si peu avec la tienne. Je ne m'appartenalB pas.

— A qui donc appartenais-tu ? demanda René. A □ne femme, sans doute?

— Et si cela était, me le reprocheraÎB-ta?

~ Dieu m'en garde. Moi aussi, j'ai aimé...

— Et tn aines encore, je le saia.

lOG L'EPINGLE RUSE

— Comment le sais-tu 7 demanda vivement ie jeune comte.

— Peu importe, répondit Fabien qui hésitait à apprendra à son Sràce ce qu'il venait de voir et d'entendre aux Montagnes Russes. Et je sais aus^ tout ce que tu as eu à souiTrir à causo da ta mort de ce p4uvre Henii.

— Oui, murmura Hené, j'ai cruellement soufl'ert. Ta présence m'aurait fait du bien. Si tu étais venu, je t'aurais confié mes peines, tu m'aurais dit lei tiennes. Unis, nous aurions été forts contre le malheur.

— Tu es donc malheureux, frère ? demanda Fabien avec émotion.

— J'ai eu ce matin avec notre oncle une scène terrible. Il m'a presque chassé...

— Parce que tu veux épouser malgré lui M"* de Saint-Hélier.'

— Qui t'a dit...

— Je l'ai appris, il y a dix minutes à peine. Elle est ici.

— Octavie 1 tu l'as vue ! tu la connais I

— Oui, toujours depuis dix minutes. Elle est admirablement belle.

Quand on veut provoquer les confldences d'un «moureux, on n'a qu'à fiiire l'éloge de la femme qu'il aime.

— Ah 1 tu me comprends, toi ! s'écria René, il t'a suffi de la vmr pour confesser qu'elle eet adorable. Que serait-ce si tu avais Mitaiidw m vois, si ses

yeni l'avaient regardé f Mon oncle ne la eonnatt pas, lui...

— Tu te trompes. Il est aile chez elle aojonrd'linl. 11 y est allé pour lui sigaifier qu'il te défendait de l'éponser.

— Quoil il a osé...

— GsIa ne devrait pas t'étooner, toi qui n'ai pas cesBè de le voir. Ne prétend-il pss gouverner despotiquement tous ceux qui dépendent de lui f

— Jea'envenx plu» dépendre. Ecoute, Fabien, lu es mon frère, looa seul ami. Je vais tout te dire. J'aime éperdùment M"' de Saiot-Hélier, elle m'aime. Nous avons échangé un serment que nous tiendrons. Je soupçonnais que mon oncle ferait cette démarche brutale. J'ai couru chez elle et j'ai appris que son père l'avait conduite à Tivoli. J'y suis venu parce que je 3uia résolu à en finir ce soir môme. Tu vas me dire où elle est. Je vais la rejoindre. Nous allons parler à M. de Saint-Hélier. 11 adore sa fille et il ne voudra pas la désespérer en refusant de consentir k notre mariage.

Ne me dis pas que c'est me brouiller irrévocablement avec mon oncle. Tu ne m'apprendrais rien, et mon parti est pris.

D'un mot, Fabien pouvait me%c à néant toutes les espérances et tous les projeté de son frère, mais ce mot cruel il hésitait à le prononcer.

11 sentait que s'il lui rapportait ce qu'Octavie disùt à Marcas en descendant de la montagne lliisse, il allait Ini briser le cœur.

108 L'ÉPraOLB ROBB

— Qoe m'importe qoe mon onde me mandisse I reprit René. Je serai sans appni, je serai panvre, mais OctftTÎe sers ma femme, et tn ne me reUreras pas ton amitié.

— Pauvre, dis-tu? La fille de M. de Sùnt-Hélier n'a donc pas de fortune ?

— Je n'en sais rien. Je ne venz pas le savoir. Ce que je venx, c'est vivre du peu qui me reste en le partageant avec elle. Et, puisque ce sujet se présente, pardonne-moi de l'aborder. 11 n'a jamais été question d'argent entre nous, et il m'est pénible de t'en parler, mais la nécessité m'y force.

Je ne puis plus conserver ma part ds notre terre de Brouage. Si tn étais riche, je te sapplieraia de l'acheter pour qu'elle ne sorte pas de notre famille ; malheureusement, tu n'es pas en état de la payer. Il faut donc que je me résigne & la vendre à des étrangers.

— Ce sera très-difficile, balbutia Fabien qael'exécntion de ce projet aurait mis dans le plus grand embarras.

— Je le crois, dit René ; les b&Uments sont délabrés, la terre est hypothéquée, mais je suis décidé à faire des sacriQcea sur le prix. Peut-être aussi se trouvera-t-il à Rochefort, a Saintes on & la Rochelle, quelque bourgeois enrichi qui se laissera séduire par la tentation de posséder les ruines d'un châteaa féodal.

Du reste, pour découvrir ce phénix des acquéreurs

I£ MASQUE D8 TELODBS IW

etpour accélérer la conclusioQ de raffaire, je vais parlir moUméme pour Brouage.

— Parlir pour Brouage I répéta Fabien avec angoôsse. Tu n'y songea pas.

— J'y songe si bien que je auïa décidé i me mettre en rente aussitAt que j'aurai obtenu le consentement du dbevalier de Saint-H^lier, c'est-à-dire sous très peu de jours.

René ne se doutait pas de l'effet que cette déclaration allait produire sur son frère.

S'il allait à la Ferme, tout était perdu pour les carbooari. Que dirait-il en y trouvant la baronne qu'il n'était pas homme ù prendre pour une paysanne ? Et que deviendrait le trésor caché dans les ruines de cd'ch&teau qu'il parlait de vendre au premier venu ? ^

Fabien aurait passé pour un traître. Il ne pouvait pas se résigner à cette honte, ni permettre que le secret de ses frêres fût livré.

En une seconde, sa résolution fut prise.

— Je vais lui raconter tout ce que Je sais sur cette créature, et sur ce Saint-Hélier, pensa-t-il rapidement. C'est lui qui m'y force. It souffrira, mais on souffre aussi quand on vous coupe un bras gangrené et on bénit le chirurgien après l'amputation.

Et, regardant René en face, il lui dit :

— Écoute-moi, mon frère, et arme-toi de conrage: Tu ne partiras pas.car tu n'épouâeras pas, tu ne peux pas épouser une femme qui te trompe indignement.

Il 7

\\^ L'ÙPIKGLE ItOSB

i^ comte p41>t> et il allait se récrier quand arriva à son oreille le son d'une voix qu'il n'entendait ja- Q^a sans tressaillir.

11 sviivait lentement avec Fabien une large allée, et ^9 couples piarchant dans le méine sens qu'eux, le» dépassaient à chaque instant.

La voix était celle d'Octavie, qui se li&tait, appuyée sur le bras de Marcas, et qui disait à son père, euDoIÛd d'aller si vite ;

— Voua n'avei donc pas compris ce que ces gêna répétaient autour de nous? La femme à la tête de mort se dirige en ce moment vers la grotte du sorcier. Nous n'avons pas un instant à perdre si nous votttons ta voir.

Le chevalier, sa fille et l'étudiant passèrent sans prendre garde aux deux frères. Mais René les vit fort bien,' et lâchant brusquement le bras de Fabien, il-s'élança pour les rejoindre. A dix pas en avant, l'allée faisait un coude. Ils avaient disparu derrièie la charmille, René qui coufait après eux disparut aussi, et, troublé par les derniers mots prononcés par M"* de Saint-Hélior, l'amoureux de Stella ne songea point à le poursuivre.

— : Ha parlent d'elle, pensait Fabien, La femme masquée que m'annonçait le colonel, c'est la femme à la tête de mort dont ces stupides bourgeois lisaient l'histoire au café de Foy... et le colonel croit que la femme masquée est Stella Négroni...

Son émotion était si vive qu'il fut obligé de a'ap*

p^tw eealn vm aAn et d'«tt«dr« qas It langfraidiwraTtat.

Il avait déjà oublié le danger qui menaçait lu fràcw àê Vtpmffla, u Beaé persùtùt d»iw Mm projet 4« pwlir pour Sronage.

Il ne pensait plua qu'à &ML|«. 11 4e diuU :

— Si C'e4 ellâ, que vient-elle bin ici ! CoMBlt«r ce prétendu sorcier? Non... c'eat absurde... fit p^urlaiit elle est Napoiilaiae... ell^ s les faibie^ea ^uperstitieuBes de BOB paya... nem'a-t-eUe pas padé souvent de la jeUataraf:. lanuit où je l'ai vue pour la ^epière fois, ne m'a-t-elle pas dit que cet espion était ^'f(((ïtore?,.. que l'œil de ce coquin devait porter malheur à ceux qu'il regardait?,., ne m'a-t-clle pas raconté aussi que dans les Abruzzes une paysanne lu^ avait prédit que son mari mourrait de mort violente?

Et ce masque... c'estHemandezqiiilè lui aura imposé... Ah! si elle m'aimait, elle ne m'aurait pas laissé ignorer qu'elle restait à Paris.

Mais le vicomte était un homme de décision et d'action. Il se remit vite et il se demanda ce qu'il fallait faire pour mettre fin à l'incertitude qui le torturait.

Le procéiU le pbn simple consistait à te transporter rapidement sur le chemin 4ue la mystérieuee inconnue devait suivre.

Fabien n'était p*s un haUtué de Tivoli, mais il y était venu quelqueiois, et il savait à peu près oii se trouvait la grotte du sorcier.

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D M dirigea de ce c6té-là, tout en réfléchissant an moyen qa'îl allait employer pour éclaircir ses dontes.

Il lui était facile de se placer de façon à voir pas- ■er la femme masqnée, et très-difficile an contraire de l'aborder sans préambules.

Il craignait d'ailleurs de rencontrer Octavie et son cortège, auqnel René avait dû se joindre.

La présence de son frère t'aurait gêné pour exécuter les manœuvres délicates qu'il méditait.

Il ne se souciait pas non plus de retrouver le colo* nel Foumës, auxiliaire précieux pour un conspirateur, surveillant incommode pour un amoureux.

Aussi, quoique marchant à grands pas, n'avançait-il pas sans précaution. Il regardait à droite, à gauche, voire même en arrière pour s'assurer que personne ne le suivait, et il n'apercevait aucune des figures qu'il redoutait.

En revanche, il constata avec une très-vive satisfaction que l'apparition du phénomène masqué n'attirait pas autant de monde que M"* de Saint-Hélier le prétendait.

La foule semblait se porter de préférence vers la partie du jardin où se trouvait le théâtre.

Octavie s'était-elle trompée, et la femme à la tête de mort avait-elle renoncé & consulter . l'oracle pour aller se mêler aux spectateurs de la pantomime ?

Fabieo le crut d'abord, mais bientôt il vit monter vers le ciel des fusées que saluaient d'immenses acclamalions, et il comprit que le public, attiré par le morceau capital du la pièce, oubliait tout pour ne pas manquer le départ de Gringalet s'envolant vers la lune.

C'était le cas ou jamais de tourner le dos à cetta grande attraction, et le vicomte prit da côté opposé;

L'intelligente admintstratioa qui organisait ces fêtes champêtres avait installé son sorcier dans le coin le plus sombre du parc, et, pour mieux l'achalander, elle avait fait des frais de mise en scène assez considérables.

La grotte artificielle était conBtruite avec de vrais rochers, couverts de vraie mousse et tout enguirlandés de lierre.

Elle était profonde et divisée en compartimenta, comme un labyrinthe.

Celui qu'occupait le devin était situé tout au fond de l'antre et assez pauvrement garni d'une chaise de paille pour ceux qui venaient chercher des consultations et d'un fauteuil de bois pour celui qui les donnait.

Seulement le magicien restait dans une demi-obscurité, et la lumière d'une lampe suspendue & la voûte tombait en plein sur ses pratiques.

Il pouvait les voir tout à son aise,, étudier leurs Eatons, leurs physionomies, et régler ses prédictions en conséquence, tandis qu'elles n'apercevaient de lui que sa barbe, ses yeux et sa baguette.

M» L'ÉPINGLB R09B

Ce sombre réduit âtalt une iSBoe pst éerriêre, une porte dont le sorcier avait la clé, tjui ne servait <\n'& lui et qu'il pouvait fermer en dedans.

Il entrait et il sortait par là sans avoir de contact avec le public qui, pour arriver à la cavcfne, étadt obligé de suivre un chemin long, étroit et bordé de tristes cyprès, m plus ni moins qu'une allie de cimetière.

Les visiteurs, après avoir interrogé l'oracle, étaient obligés pour s'en aller de revenir sur leurs pas. Comme le sentier n'était pas large, et aussi pour donner an voyage une couleur plus biystérieuse, à l'entrée de l'avenue funèbre se dressait tiHfc barrière gardée par un faux nègre, un drôle leiot au noir de fumée et bizarrement accoutié.

Ce surveillant avait ordre de ne laisafefr pasSer qu'une oo deux personnes à la fois et d'Avertir l'encbanteur en tirant un fil de fer qui correspondait à une sonnette placée dans la grotte.

Grâce & cette précaution, le successeur deHoitriidamus ne craignait pas d'être surpris ftimatlt Sa pipe entre deux prophéties.

C'était une distraction à- laquelle il se livrait vilontiers et qui aurait pa lui foire perdre un petl de son prestige.

Fabien ne conntùssalt pas ces détails intimés, Uais il eut t6t fait d'examiner la conSguratton extérieure de la grotte.

L'éclairage, adroitement ménagé, nllltimintllt pas aussi briltunment qoe le rate do jàrtHd I*

LE MASQUE DE VBr.0UR8 115

masse rocheuse et les chemins qni y condais&îenf. Cependant, l'avenue était garnie d'un nombre suffisant de lampions, et la porte de derrière, l'entrée des artistes ou plutât de l'artiste, était signftlée de loin par un quinquet.

Fabien commença par suivre en dehors l'avenue de cyprès allant de. la barrière à la frotte, des cyprès tellement serrés les uns contre les aat es qu'ils formaient une haie infranchissable. ,

C'était tout au plus si, de place en place, on trouvait un interstice assez large pour y passer la tête et voir venir de loin les consultants.

Fabien, ayant avisé un de ces joints, allongea le cou et regarda vers la barrière.

La foule s'était écoulée ; personne n'était là pour l'observer.

Le bruit et le mouvement s'étaient concentrés à. l'antre Lout du parc où le feu d'artilice faisait merveilles.

Cependant une mmeur plus rapprochée arrivait aux oreilles du vicomte, et quelque chose lui disait que cette rumeur accompagnail la femme masquée.

Et bientôt, il crut apercevoir dans lé lointain une forme blanche plantée en face d'une forme noire, en d'autres termes une femme parlementant avec le nègre.

ËQ même temps, mais du c6té opposé, dii c6té de la grotte, tintait le coup de sonnette d'aVertlsselaent.

ItS L'fiPINGLB ROSE

PiÙB ta femme se détacha d'un groupe qui l'en' tourait et s'avança lentemeut dans l'allée.

Elle était seule, et, drapée dans une ample mante, la lete couverte de longs voiles blancs, elle avait l'air d'un fantâme.

Portait-elle un masque? De si loin, U était difScUe à Fabien de s'en assurer.

Il attendait.le cœur palpitant d'espérance et d'angoisse, et il se demandait ce qu'il allait faire.

Allait-il laisser passer devant lui cette étrange inconnue et se borner à t&cber de la reconnaître à sa taille et & sa démarche ? Où bien allait-il l'appeler bmsqoement par son nom pourvoir si elle s'arrêterait?

L'expérience eût été décisive. Interpellée au moment où elle devait le moins s'y attendre, Stella, si c'étiùt elle, n'aurait certainement pas assez desangfraid pour feindre de ne pas entendre, et elle ne manquerait pas de se trahir par un mouvement, par on cri.

Mais alors la scène serait devenue embarrassante, et presque ridicule.

Comment s'expliquer à travers un rideau de cyprès, alors surtout qu'aux deux bouts de l'allée des yeux très-clairvoyants regardaient et surveillaient, les yeux du sorcier blotti dans son aofre et les yeux des badauds attroupés devant la barrière.

Stella se serait peut-être évanouie de frayeur.

Et, d'autre part) comment la rejoiudre et l'abor-

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der après la consaltation, alors qu'elle serait entoorée par la foule qui l'attendait à ta sortie?

Les Saint-HéUer et René s'y trouvaient probablement, dans cette foule, et leur présence était une difficulté de plus.

Toutes ces réflesions, Fabien les fit en quelques secondes, et il désespérait presque de profiter de l'occasion, lorsqu'il lui vint une idée bizarre.

L'avenue ëtait très-longue, la femme en blanc marchait à petits pas; on aurait juré qu'elle hésitait. IL devait s'écouler encore quelques minutes avant qu'elle arriv&t à l'entrée de la caverne du sorcier.

Le vicomte quitta vivement son poste d'observation et ?e mit à courir & toutes jambes vei's les rochen artificiels qui abritaient le débitant de prédictions.

11 fit le tour de la masse rocaillease, et il s'en vint hearter & la porte des coulisses de ce thé&tre souterrain.

Par habitude, U frappa trois coups espacés d'une certaine façon; eu sa qualité de conspirateur, il s'était accoutumé à se conformer aux rites de la f ranc-maç on n erie .

L'appel fut compris. La porte s'ouvrit immédiatement, le magicien apparut sur le setùl et dit' à voix basse :

— Entrez vite.

Fabien avait beaucoup de choses à lui expliquer et il avait préparé d'avance ses arguments, mais il

ItS L'ËPINOLE ItOSB

comprit que la négociatioD se traiterait plus commodément dans !a grotte, eL il entra.

Le magicien ferma aussilAt la porte et l'assujettit en dedans par an verrou.

— Il n'est que temps, murmura-t-il en commençant h se débarrasser de ses oripeaui. Si vous aviez tardé seulement trois minutes de plus, la farce était manquëe. La femme au masque est au bout de l'allée, mais elle ne se presse pas. Vuus serez costumé avant qu'elle arrive. Seulement, dépôcheivous.

Fabien tombait de son haut. II venait précisément proposer au sorcier de lui céder pour quelques iilslaots sa défroque et sa place ; il craignait que le marcband de prophéties ne se fit prier pour accepter cet arrangement, et voîfà qu'au contraire il trouvait un bomme tout prêt à faire ce qu'il désirait, un bomme qui allait au-devant de ses intentions.

Le vicomte pensa qu'il fallait tout d'abord achever, en payant bien, de le mettre dans ses intérêts.

— Voua avez deviné ce que je voulais, dit-il. Vous me rendez un grand service, un service que je vais récompenser largement.

En même temps, il mettait la main dans sa poche pour y prendre sa bourse.

— Vous savez bien, dit le sorcier, que le prix est convenu. Je ne m'en dédis pas, quoique ça ne soit pas payé assez cher, vu que je risque de perdre mon

LB MA8QÛB DE VBL0DB8 119

Tofr qtie j'ai pris un remplaçant pour de l' argent. Us m'enverraient dire !â bonne aventure atllenrs que chez eux. Mais je m'ai qu'une parole. Donnes-moi mes cent fWkncs, et ptuseï ma houppelatiâe.

Fabien ne chercha point à comprendre et ne se fit pas prier pour financer.

II tira cinq lûuis et lea glissa dans la main du soi^ cier qui les reçut avec un plaisir peu dissimulé et qui t'aida aussitôt à endosser une manière de robe de chambre écarlate,à coifTer un bonnet pointu tout constellé d'étoiles, à cacher son visage sous une longue barbe noire.

Le vicomte se laissa faire sans mot dire. Il était un peu honteux de recourir à cette mascarade, mais il n'apercevait pas d'autre moyen d'en veniràsesflns.

— Maintenant, lui dit le Mathieu Lsnsberg de Tivoli, vous voiià dans ma peau, et si vous avez soin de ne pas vous avancer trop sous la lampe, ta dame croira qu'elle a affaire è. moi. Le reste vous regarde. Si vous avez envie de lui tirer le» cartes, vous avez là tout ce qu'il faat ; les tarots dn grand jeu sont sur la table.

Hoi, je file. Je vais botre un litre chez le marchand de vins de la rue Saint-Lazare, et je serai ici dans une demi-heure. C'est tout ce que je peux vous donner de temps, et ça doit vous suffire. En une demi-heure, on peut dire bien des choses à sa bonne amie. Mon nègre de Batignolles est prévenu. 11 ne laissera pas une prati<{ae passer la barrière Avant que je sUlle.

120 L'ÉPINGLB BOâE

PoDr qne tous sachiez que c'est moi, je frapperai trois coups quand je reviendraL

Poussez le verrou dès que je serai sorti et n'ouvrez qu'an ugnal. On ne sait pas ce qui peut arriver. U y a des maris qui se méfient et qui sont malins. Je connais çà.

L£-deBsu8, bourgeois, à bientôt et bonne chance I

Et le sorcier, redevenu un simple citoyen d'assez piètre mine, se glissa hors de sa grotte, et referma la porte derrière Jui.

Le rusé compère n'en était pas h son coup d'essai, n acceptait très-volontiers, moyennant une honnête rétribution, de faire les commissions des amoureux et de prédire aux dames et aux demoiselles un avenir de bonheur que les gâtants se chargeaient de réaliser. Quelquefois même, il poussait la comptai- ' aance jusqu'à céder son rftle à un amant désireux de se ménager un téte-à-téte. Seulement, c'était plus cher.

Fabien s'empressa de verrouiller la porte pour se mettre à l'abri d'une invasion indiscrète et s'établit dans le fauteuil du magicien.

De ce poste, il voyait jusqu'au bout de l'allée, et il aperçut, à vingt pas tout au plus de l'entrée de la grotte, la femme qu'il attendait avec une anxiété inexprimable.

A ce moment, une pensée lui traversa l'esprit.

— Qui donc, se demanda-l-il, qui donc a pris avec le sorcier les arrangements dont je profite par suite d'un quiproquo? Si la femme masquée est

m MASQUE DB VELOURS 121

Stella Negroni, un seul homme a pu faire cela et cet bomme, c'est son amant, c'est Hernandez.

Et si c'est Hernandez, se dit Fabien, il va venir... il me troavera ici jouant le rOle de ce sorcier.

Puis, se ravlBanl, il pensa :

— Non, ce n'est pas lui. Hernandez n'aurait pas besoin, poor rencontrer Stella, de Ini donner rendez-vous dans la grotte du magicien de Tivoli.

Hais qui est-ce? Ehl parbleu, tout simplement quelque drôle ambitieux qui aura lu dans les journaux l'histoire de la femme à la tête de mort, et qui a imaginé ce moyen de lui parler dans l'espoir de se faire agréer comme mari et de toucher le million promis.

Rassuré par ce raisonnement, le vicomte ne songea plus qu'à se préparer à l'entrevue qui allait mettre an à de poignantes incertitudes.

L'inconnue s'avau^^t lentement, an milieu de l'allée de cyprès.

Elle ne voyait pas Fabien assis sous la voûte sombre, mais Fabien la voyait très-bien quoique l'éclairage de l'avenue ne fût pas très-brillant.

EUle était entièrement vêtue de blanc et elle portait nne sorte de froc en soie, une mante, à large collet et i capuchon, qui cachait ea taUleetqoi couvrait sa tête.

Sous ce costume, il étùt impossible de retrouver la moindre trace de Stella Negroni.

Cette longue figure esaemblait de loin à un reve-

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nant, et de près à une victime cloîtrée, comme on disait au comiDeDccment de la KévolatioD, à une nonne échappée d'un l'n-pace.

Le cœur de Fabien battit pins fort quand 11 r«connut qu'elle avait un masque.

C'était bien la femme mystérieuse que le colonel Fournës lui avait annoncée, celle dont tout Paris s'occupait et sur laquelle les journaux publiaient des récits aussi étranges qu'invraisemblables.

Restait k savoir si cette femme était Stella.

Plus elle s'approchait, plus le vicomte en doutait, et il commençait à se demander quelle conduite il allait tenir, s'il se trouvait en tète-à-tAte avec on» étrangère venant demander une consultation au sorcier.

Il ne se sentait pas d'humeur à jouer la comédie en répondant par des oracles de fantaisie aux questions ridicules d'une chercheuse de maris.

Et cependant il ne pouvait guère se dispenser de subir celte coiTée.

11 se promit du moins de l'abréger en parlant le moins qu'il pourrait et en refusant de ccmsulter les cartes, au risque de compromettre à tout jamais lA réputation du magicien de Tivoli.

La femme en blanc était arrivée à l'entrée de la grotte, et elle hésitait visiblement à y pénétrbr.

L'aspect de cet antre n'avait rien d'engageuit. La lumière de U lampe suspeodae à la voûte n'éclùrait gaèrfl qae la chaiw placée Ik poor servir de aié^ nnx 09MullanU.

LB HÂSQCB DE VELODRS tU

A peiné voyaii-qn scintiller dans l'onibre tM étoiles eo papier doré qui codstellaient la robs et la bonnet du sorcier.

Cet appareil, dédié aux botirgeoises sensibles, Ëtùt si habilement disposé pour les effrayer, qu'elles se risquaient rarement à venir seUles.

Mais sans doute l'inconnue était brave; cat après s'fitre arrêtée quelques secondes anr le sebil, elle s'avança d'un pas ferme et vint jnsque sous la lampe.

• L&, elle ^'arrêta et ses yeux qui brillaient par les trous de son masque cherchèrent le magicietl.

Fabien, lui, la. regardât avec nné attention émue.'

Elle ét^t de la même tatlle que Stella et elle (a rappelait par son attitude, tatii le masque couvrait entièrement son visage, et le capuchon cachait tes cheveux.

Il attendit qu'elle parlât.

Elle aussi attendait et semblait s'étonner que ce ùlence se prolonge&t, ce silence qu'elle ne voulait pas rompre la première.

Enfin, elle se décida.

— Me voici, dit-elle tout bas.

— Stella I s'écria Fabien qui reconnat aussitôt cette voix adorée.

Et, oubliant les recommandations du sorcier, il se leva, fit deux pas eo avant et se troava «» pleine lumière.

Su mëmQ t«tnps, cédant & ua mouvement qui fti(

lU UËPINGLE ROSE

plaa fort qae sa volonté, il jeta loin de lui sod bonnet et sa robe, il arracha sa fausse barbe, et, débarrassé de cet attirail ridicule, il se montra tel que ntalienae t'avait toujours vu, jeune, ardent et beau.

Ce fut un coup de foudre,

— Lail murmura-t'elle. ,

Elle voulut fuir, mais elle chancela et Fabien s'avança fort à propos pour la soutenir.

Elle chercha à ae dérober à son étreinte. La force lui manqua. Ses mains retombèrent inertes, ses yeux se fermèrent. Elle perdit connaissance et elle s'affaissa dans les bras du vicomte qui l'emporta et qui la fit asseoir sur le fauteuil du sorcier.

Il aurait voulu se jeter à ses pieds, mais l'évanouissement était sérieux et la situation des plus critiques.

Fabien ne pensa qu'à y remédier et, comme il s'agissait avant tout de donner de l'air à Stella, il chercha à lui enlever son masque ; par malheur, ce masque n'était pas un simple loup comme on en porte dans les bals en temps de carnaval.

C'était une véritable cuirasse de velours noir, emprisonnant le visage depuis la naissance des cheveux jusqu'au-dessous du menton, percée de trous qui permettaient à la jeune femme de voir et de respirer, et solidement attachée par des cordons noués derrière la tête.

Ces cordons, M. de Brouage n'avait rien pour les couper. Il ne voulait pas les arracher de peur de

LE MASQUE OB TBLODRS ISS

blesser la jeune femme. II essaya de soulever le masque par le bas, et il y aurait peut-être réussi, mais les efforts qu'il fit tirèrent l'Italienne de sou éTanooissemeot.

Elle se redressa, et elle essaya de se lever, St elle n'y parvint pas, elle put du moins repousser Fabien et loi dire :

— Laissez-moi I Votre conduite est indigne.

— Qn'ai-je donc fait? demanda-t-il.

— Vous m'avez écrit au nom d'un autre poor m' attirer ici.

— Hoi I comment vous aurais-je écrit 7 Comment auraïs-Je deviné que vous étiez à Paris? On m'avait dit que vous aviez quitté la France. Je voua croyais perdue pour moi.

La jeune femme était tout i fait revenue & elle.Son premier mouvement fut de porter les mains à son visage pour s'assurer que le masque y était encore.

— Ainsi, reprit-elle d'une voix altérée, ce n'est pas vous qui m'avez fait parvenir hier un billet où il y avait ces mots : a Venez demain soir à Tivoli, un pen avant dix heures, et entrez seule dans la grotte du sorcier. Vous y trouverez quelqu'un que vous n'avez pas vu depuis deux mois et... »

Stella bésita un instant avant d'achever, mais elle ajouta :

— s Et qui vous aime. >

— Vous le croyez donc que je vous aime, puisque vous avez supposé que cette lettre était de moi, s'écria Fabien.

IJB L'ÉPINGLE IlOSE

— Si J'avais supposé cela, je ne serais pas venne, dit vivement Stella. C'est en vous voyant ici que j'ai eu cette pensée.

— Mais vous espériez rencontrer celui qui vûus a écrit. Et celui-là ne vous offense pas en vous parlant de son amour.

— Non, car je lui ai donné le droit de ni'en parler.

— Oui, je sais que vous lui appartenez. Mais vous n'avez pas pu croire qu'il a écrit ce billet, l) l'antait sisué, s'il était de lui, et il ne vous dirait pas qu'il est élalgné de vous depuis deux mois, car vous ne l'avez pas quitté depuis votre disparir tioD.

— Qu'en savez-vons?

— Quoi I ii aurait cessé de vous voir 1

— Depuis la fatale nuit où un espion s'est introduit dans la maison que j'habitais avec Francesca, j'ai vécu seule, dit tristement la jeune femme.

Je ne me plains pas et je n'accuse personne. Noua étions tous signalés. On nous cherchait. Pour sauver les frères de l'Epingle, 11 fallait que je disparusse. J'avais à choisir entre l'exil et le parti que j'ai pris... peut-être eussé-je mieux fait de m'exiler.

— Oui,puisque celui auquelvons avez tout sacrifié vdiis délûsse. C'est lai sans doute qui vous a suggéré l'idée de vous masquer, et de répandre dans Paris une fable... i laquelle aucun homme eensé as

LE HâSQUS DE THLOUfiS 127

croira... il jouo sane eempule votre lUierté, votre vio peut-être. .. «ir ie joar où 1« mensonge seroil découvert... le jour où vous aeriee recoanue, nos ennemis ne vous feraient pat grkw... voue eeriet jetée en prison.. L

— Personne ne me reconnaîtra jamaie, dit Bleila d'une voix sourde.

— Ne vous tlattei pas da cette espérance. La police ne se confeatera pas des affirmationa d'un médecin qui peut, d'un jour h l'autre, lui devenir suspect, puisqu'elle peut apprendre qu'il est des noires.

ëi par mirsele, ce docteur Verdon n'eut pas été chargé d'exaoïiner votre visage, vous étieï perdue.

Et vous prétendez que l'homme qui voue a exposée à ce danger vous aime ?

— Je vous ai dit que je n'avais rien à craindre. Stella Negi-oni, la Stella qud vous avez connue n'existe plus.

Je puis impunément montrer ma figure à ceux qui me soupçonneraient d'être cette Stella. lU verraient une créature bideuie et ils seraient obligés de convenir qua je suis bien la femme à la tête de mort.

— Que voulez-vous dire?

— J'étais lasse d'être belle, j'ai cessé de l'être. 11 y a une eau qui brûle, qui corrode... elle m'a servi à pjiéantir eette beauté funeste.

-^ N&B... e'wt iiDpoi«ble.,.vea8 n'avas pas ùom-

m L'ÉPINGLE BOSB

mis ce crime, car c'est un crime que de détrnire l'œuvre de Dieu...Toa8Tonlez me tromper, parce que vous me huseez... parce que vous cherchez A vous débarrasser de mou amour qui vous obsède.

— Je TOUS jure sur mon salut étemel que je voos dis la vérité.

— Ah 1 s'écria Fabiea, je vous crois maiotenant. Et je mesure toute la profondeur de la scélératesse de votre amant. C'est lui qui vous a conseilla de vous défigurer, qui vous y a forcée peaU être...

— Non, il a tout fait au contraire pour me détourner de ce projet. C'est moi qui ai voulu mourir an monde. ■■ - "

— Et il a accepté cet horrible sacrifice 1 Et sa main n'a pas arrêté la vôtre I Je le reconnais bien là ce fanatique ambitieux, ce sectaire égoïste qui broierait l'humamtë tout entière pour atteindre son but. Et quel but I Si du moins il rêvait d'affraDChir les peuples. Mais qod, il veut soulever la France et l'Europe pour établir le gouvernement constitutionnel dans le royaume de Naptes 1

Noble dessein, ajouta le vicomte avec amertume, et qui vaut bien qu'on immole une femme I

— Vous servez tous les deux la même cause, murmura l'Italienne.

— > La même cause 1 non. Je combats pour la liberté, mais mon cœur, ma vie vous appartiennent. J'ai souffert par vous, je suis prêt à souffrir encor«. Lui, il s'est servi de vous comme d'un instrument.

LE MASQUE DE VELOUnS 1!9

Il a fait de vous une riclime de son orgueil. Il n'avait pins le loisir de vous aimer, il a résolu d'empêcher qu'un autre vous aimât. Il a fait comme ces despotes orientaux qui exigent eu mourant que leurs esclaves périssent sur un bûcher.

— Non... non... cela n'est pas... vous le calomniez...

— Je le calomnie 1 Vous oubliez que, depuis le iour où vous avez été assez folle pour assassiner voire beauté, il a cessé devons voir. ..vous venez de le dire vous-même.

— Parce qu'il ne pouvait pas me voir sans risquer de nous perdre tous les deux.

— El vous croyez encore à sou amouF.„ an amour qui calcule...

— Il a des devoirs envers ses frères...

— Des devoirs I vous parlez de devoirs 1 moi aussi j'w des devoirs et je n'y ai jamais failli... mais je ne serais pas assez lâche pour abandonner une femme que j'adore, et qui a eu la générosité de te sacrifier pour moi.

— Si je savais qu'il m'eût abandonnée, murmura Stella, je me vengerais.

— Vengez-vous donc alors, car je vous jure que cet homme ne pense plus à vous.

— S'il ne pensait plus à moi, il ne m'aurait pas appelée ce soir.

— Appelée! avec quelles précautions, grand Dieu I il n'a pas même osé signer sa lettre. Et, de peor de se compromettre, il vous assigne une en*

130 L'ÉPtNGLK ItO&B

treviie dans un jardin public, U vous oblige à vous montrer k une foule imbécile, il vous met h la merci d'un hasard.

Et quand tous brave* tout pour lai obéir, il ne vifiot pas.

— ]1 viciKlni. i'al devancA l'heura qu'il m'avait fixée.

— Non, il ne viendra pae. Il a réfléchi sans doute, il s'est dit qu'il courrait trop âé risques. Et demain, ce soir peut-être, vous reeevrei nne autre lettre où il vous signifiera, par écrit, ce que, sans doute, il avait projeté de vous dire ici. Il vous commandera de partir, de renoncer ù Paris, où il supporte impatiemment votre présAnce. Il a déjà répandu le bntlt que vous étiez en Amérique.

Stella tressaillit et baissa la léte. Fabien eomprit qu'elle commençât à douter de Hernandez, et il reprit avee feu :

— Il faut qu'il ne vous ait jamau aimée.

— C'est parce qu'il m'a aimée, qa'il redoute de me revoir sous cet horrible masque.

— Ce masque I tout & l'heure, j'ai essayé de l'arracher. Que n'y ai-je réussi? En reprenant connaissance, vous Efk'auriez trouvé à vos pieds... car, moi, je vous aime pour vous-mime... et non pas pour votre beauté... Voua doutez I Hcttez-moi à l'épreuve.

Troublée et toacbée par cette déclaration, Stella Negroni »e taisait, et Fabien allait insister, lorsque, du dehors, on frappa U-ois coupa, à la porte

LE HABQUB ttB V8L0UI1S

(le ta grotte, trois coups discret* et cependant trèsdistincts.

— Qu'est-ce que cela ? demanda la jeune femme en se levant brusquement. Qui frappe ainsi?

— G'esl sans doute ie sorcier, dit Fabien en affectant de rester calme.En m'introduisant ici, il m'a déclaré qu'il ne pouvait pas m'y laisser plus d'une demi-heure.

— Vous étiez donc d'accord avec lui?

— Non. J'avais lu dans les journaux l'histoire de la femme à la télé de mort. On disait qu'elle devait se montrer à Tivoli. Vous étiez sans cesse présente à ma pensée. Un pressentiment m'a averti que je vous rencontrerais dans ce jardin. Je suis venu, l'ai aperçu de loin une femme masquée qui se dirigeait vers la grotte. C'est alors que j'ai eu l'idée de prendre la place du sorcier.

— Ainsi, vous n'avez pas usé de supercherie... vous ne saviez pas qu'un auti« ...

— Je vous jure que ja dis la vérité.

— Je vous crois et je voua pardonne, dit Stella d'une voix éroue. Et maintenant, adieu ! Oubliezmoi, je vous en supplie.

— Vous oublier I Vous me défendez donc de vous , revoir?

I — Vons revoir, ce serait nous perdre tous et... On irappa de nouveau à la porte et cette fois un I peu phis fort.

— Adieu! répéta l'Italienne. 11 ne faut pas que '^Pl homme me trouve ici.

132 L'ÉPINQI^ BOâE

— Je vais lui parler, s'écria Fabien. En le payani, j'obUendrai .qu'il s'éloigne.

Les coups recommencèrent, si précipités et si violents qu'ils ébranlaient la porte.

Le vicomte s'étonnait que le sorcier os&t henrter ainsi, et il lui vînt à l'esprit que celui qui g'attnonçait de la sorte devait avoir de mauvais desseins.

Stella pensait de même, car elle mil un doigt sur ses lèvres pour lui recommander le silence et elle se dirigea vers l'entrée de la grotte.

Il allait encore essayer de la retenir, mais elle lui tendit une main qu'il couvrit de baisers.

I) vit dans ce mouvement spontané plus qu'une récompense, il y vit une promesse, et, comprenant le danger qu'il y aurait à prolonger une situation si critique, il laissa partir l'Italienne.

Elle s'éloigna à grands pas, en suivant l'étroite allée qui aboutissait à la barrière gardée par un nègre d'occasion. *

On frappait toujours avec acharnement.

Fabien était très décidé à ouvrir, mais il voulait d'abord laisser à Stella le temps de disparaître, et il se contenta de se rapprocher de la porte pour être prêt k faire face à l'ennemi, au cas où cet ennemi entrerait par efTraction.

Enfin, quand il n'aperçut plus au bout de l'avenue la robe blanche de la femme masquée, il tira le verrou, et an lieu d'attendre que le visiteur poussûl la porte, il t'ouvrit lui-même, se précipita dehors el la referma vivement.

Cj.l:™biGOOglC

Cette manœuvre préméditée avait pour bot d'empêcher qu'un intrus pénétrât dans la grotte et se mit à courir après Slelia par le chemin le pins conrt.

Et la précaution était sage, car, en s'élançant, M. de Brouage se heurta contre un homme qui le saisit aa collet.

Il le repoussa avec colère et une rixe allait peutêtre D'engager, lorsqu'à la lueur du quinquet accroché aux rochers arUSciels, il reconnut le maître de V Epingle rose.

A vrai dire, il s'attendaitunpenà cette rencontre, et ce fut pour la forme qu'il fit montre d'un profond élODuement.

Plus vive et plus sincère fut la surprise qu'éprouva le prince de Catanzaro en se trouvant face à face avec Fabien.

Et peu s'en fallut que cette surprise ne ftt place à un accès de fureur, car, depuis qu'il Ci'appait sans succès à la porte du sorcier, Orso avait en tout le temps de s'exaspérer.

Il avait entendu une voix de femme qu'il avait cru reconnaître et une voix d'homme qu'il avait prise pour celle du magicien.

L'apparition du vicomte de Brouage était bien faite pour l'irriter, et il ne se contint qu'à demi.

— Je ne m'attendais pas à vous trouver ici. monùenr, dit-il d'un air hautain.

— Pas plus que je ne m'attendais à vous y voir, répliqua Fabien sans baisser le ton.

134 L'I>[>;NGLE ItOSB

— Pourquoi y étes-vons venn ? reprit sèchoment Orso.

— Est-ce le chef de notre asBOCiaUon qui interroge en ce moment un affilié ou le prince de Catanzaro qui demande un renaeignement aa vicomte de Brouâge?

— C'est le chef qtd vons interroge.

— En ce cas, mon devoir est de lui répondre. Et je commeuce par lui rappeler qu'il m'a recommandé tout l'écemment de mener une vie de plaisirs et d'oisiveté en attendant le jour de l'action. Je viens htivoli, comme je vais au Ranelagh, au thé&tre et au jeu.

— Pas d'équivoque,jevou3prie. Je vous demande ce que vous faisiez dans cette grotte, et pourquoi vous avez tant tardé à m'onvrir.

— Je ne pouvais pas deviner que c'était vous qui frappiez.

— Jureriez-vous que vous m'auriez ouvert plus vite, si vous aviez su que c'était moi ?

Fabien se tut. Il lui répugnait de mentir.

— Fort bien. J'avais donc mison de croire que vous vous cachiez et que vous redoutiez particulièrement de me rencontrer. Voua n'étiez pas seul?

— Non, répondit hardiment le vicomte. Une femme était avec moi, et je ne reconnais à personne le droit d'exiger qup je lui dise qui était cette femme.

— Je ne vous demande pas son nom. Je le sais.

LB UASi^UE DE VSLOURS 135

Fabien tressaillit à cette froide réponse, mais il ne se déconcerta point et il reprit sans hésiter :

— Alors, que voulez-vous de plus?

— Je venx savoir si cette rencontre était préméditée.

— Elle ne l'était pas. Le hasard à tout Fait.

— Ce n'est pas le hasard qui vbils à coiiiliul & prendre la place de ce charlatan.

M. deBrdiiage se tenait àquatreprflir Hé pSs éclater, cat- li avait parfaitemeht dublîé la hiérdrbbie du carbonarisme, et il ne voyait pins dans la personne du malti^ de VEpingk qu'un rivdl, utl obstacle à son bonheur.

Il se souvint pourtant t,ue Stella dépendit du prince, et il prit sur lui de la Justifier.

— Je n'^ aneun motif pour déguiser lu vérité, dit-U.

Voici ce qui s'est passé, fout à l'heure en traversant le jardin, j'ai entendu dire que la femme masquée dont tont Paris s'occupe était à Tivoli et qu'elle se dirigeait vers la grotte du sorcier.

L'envie m'est venue de savoir qui elle était et j'ai pensé que cet homme consentirait, pour de l'argent, A me lÙBser jouer son r6Ie. Je ne me trompais pa« ; il n'a fait aucune difficulté et même J'ai cru m'apefcevoir qu'il s'attendait à une proposition de ee genre.

11 est possible, je l'ai pensé depuis, qu'il m'ait pris pour un autre.

. Cçttç de,rmère phrase où éclatait la francbiK d« Fabien &t impression sur le prince.

= b, G.oogic

13ft L'ÉPINGLE B08B

— Ed effet, dit-il d'an ton moias sec, il Tons a pris pour qneiqa'ao qu'il attendait, et voas avez volontairement profité de l'errenr.

— J'en conviens.

— Vouj avez revëta le costume du sorcier, la femme masqoée est venue... vous l'avez recon< nue...

— An premier mot qu'elle a prononcé.

— Et vous vons Êtes fait connaître à elle ?

— A l'instant rnSme. Il me déplaisait de joner une comédie ridicule. J'ai jeté loin de moi les oripeaux qui me couvraient et je me suis montré.

Toutes ces réponses furent faites d'un ton ferme et sans aucun embarras.

Fabien avait repria son sang-froid. 11 suivait une voie droite et ii était décidé à la suivre jusqu'au bout.

Le prince était plus ému que Ini, mais il était résolu & en finir avec les ambigoîtés de la situation.

— Monsieur, reprit-il, je vons sais gré de ne me rien cacher, je ne vous fais pas l'injure de douter de votre sincérité et je sois certain que vous allez répondre loyalement à la seule question qae je veuille encore vous adresser.

Avez-vons vu le visage de la signora Negroniî

~- Non, répondit simplement le vicomte ; mais

je sais pourquoi elle est forcée de porter un mas-

LE lUSQUE DB YELOUHS 137

Orso sontit fort bien le reproche contenu dans ces pru'oles; il ne jugea pas à propos de le relever.

— Eh! bien, dit-il sans g'émoavoir, c'est à moi maintenant de vous donner quelques explications qae vous ne me demandez pas, je le sais, mais que

. je TOUS prie d'enteadre.

Lorsque la signora Negroni et M"* de Casanova ont dû quitter l'hôtel qu'elles habitaient pour échappe/ aux espions, je voulais les faire sortir de France. Si j'ai changé de résolution, c'est que, d'une part, U" de Casanova pouvait nous être fort utile h Brouage, et que, d'autre part, la signora Negroni s'est absolument refusée à partir.

Et, comme j'insistais pour l'y décider, elle a poussé l'exaltation jusqu'à se défigurer pour que personne ne pfit la reconnaître.

— C'est donc vrai I murmura douloureasemeid Fabien.

— Alors, reprit le prince sans répondre à cette exclamation, le courage m'a manqué pour lui imposer un exil qu'elle redoutait plus que la mort.

J'ai permis qu'elle restât à Paris et j'ai fait en sorte qu'elle y pût rester sans courir aucun danger. La police croit être parfaitement édifiée sur son compte, et la foule qui, les premiers jours, s'attroupait sur son passage, commence à s'occuper beaucoup moins d'elle.

Mais pour que la signora Negroiii puisse continuer à mener impunément la vie que je lui ai faite, il

.faut qa'aucun de ceux qui fréquentaient ftatrefoissa maison ne mette les piedfl chez elle.

Moi-même, j'ai dû me résigner à cesser absolntaenl de la voir, et ù J'ai eédë ce soir au désir d'avoir une eotrevue avec elle dans la gratte de ee sonder, c'est nne faiblesse que je me reproche, car tUt a bu de regrettables conséquences et elle aniait pu w ■voir da désastreuses.

C'est vous dire, monsienr, que la Bi^ora Hegroni TMiait ce soir ici pour me rencontrer.

Vous le EavleB déjA, mats je tiens & vous monti'er tjue Je suie frane avec vous eomme vous l'avez été hveQ moi.

Et maintenant j'attends de vous un engagôtneiit.

— Lequel?

— ]e vous demande de me promettre que vous Mè chercherez pas à revoir la signora Negronî.

— Pourquoi chercherais-je à la revoir?

— Parce que vous l'aimez, dit Orso en regardant le vicomte en face.

— Moil... qui vous a dit?...

— Qui î Elle-même. Vous l'îdmez ou plut6t vous croyez l'aimer, car c'est sa beauté que vous aimez, çt sa beauté a disparu.

Fabien allait protester d'un geste, mais il se contint, et il réussit même & dominer en partie son ^motion.

>* Celte promMse, reprit Oreo, je pourrîùs l'exiger,

LE MÂBQDB OB VELOURS tSS

Je pourrais vous rappeler qae vous avCE juré de Di'obéir en tout ce qui touche aux intérêts de notre cause, et que vous compromettriez gravement ces intérêts en persistant à vous occuper d'une femme qui, pour vous, ne doit plus exister.

J'aime mieux m'adresser & votre raison et ansst faire appel à vos sentiments d'honneur.

Tous connûssez lés liens qui m'unissent à la stgnora Negroni. Je ne vous reproche pas de les avoir oubliés, mais j'espère qu'à l'avenir vous vous en souviendrez.

Et maintenant, j'attends de vons une réponse catégorique.

Fabien, mis en demeure d'une façon si conrtoiseï était fort perplexe, car il lui répugnait étrangement de prêter un serment qu'il ne voulait pas tenir.

Et il comprenait fort bien qu'un refus de promettra équivalait à une déclaratioo de guerre.

Or, entre lui et le prince de Catanzaro, la partie n'était pas égale, non qu'il redout&t son autorité, mais parce qu'il craignait que ce seigneur jaloux ne flt partir Stella et ne l'expédi&t, pour tout de bon cette fois, au-delà des mers.

Fabien l'avait retrouvée cette divine Stella, et il comptait bien ne plus perdre sa trace, car rien n'était moins difficile que de trouver l'hAlel habita parla femme à la tête (femorf, laquelle jouissait déjà dam Paria et à plus forte raison dans eon i^uoiUer

d'nae ImnwH noton^t^,

ItO UËPINGLE ROBB

Pour se tirer de ce pas di^cile, il cberch&it donc un faux-fuyant qu'il ne trouvait point.

Le hasard vint à son aide bous la forme du sorcier qui se montra tout à coup, revenant d'une excursion dans les cabarets du voisinage et se dirigeant vers la petite porte de sa grotte.

— Cet homme, s'U nous aperçoit, va nous demander des explications qu'il est tout & fait inutile de lui donner, dit tout bas le vicomte. Eloignons- Dons sans lui laisser le temps de nous aborder.

Le prince sentit la justesse de cette observation et quitta la place.

Il conduisit Fabien dans nne allée où il comptait reprendre l'entretieD, mfùs la pantomime venait de finir, et la foule qui s'y était portée, se répandait de nouveau dans le parc.

Aux premiers pas que firent les deux rivaux sous les charmilles, ils se trouvèrent presque oes à nés avec le chevalier de Saint-Hélier et sa société.

— Diable 1 dit Fabien, voici mon frère et des personnes que je ne puis pas me dispenser d'aborder. Mieux vaut, je crois, qu'ils ne vous voient pas.

Le prince s'arrêta court : et, avant de disparaître derrière un massif, il jeta à M. de Brouage cette phrase énergique et concise ;

— Happelei-vouB que l'aimer, c'est courir à la mort.

Le chevalier de Saînt-Hélier, quoiqu'il se dit geatilhomine, était régulier dans ses habitudes comme on nmple bourgeois.

Ses matinées se passaient à dormir, car il se levait tard, peut-être parce qu'il ne se couchait pas de bonne heure.

A midi précis, il déjeunait, totijoars en tite^tête avec son unique héritière, t'iacoinparable Octavie.

C'était le seul moment de la journée où le père et la Qlle pussent échanger des confidences, car le reste du temps ils ne se voyaient guère.

Après son déjeuner, le bon chevalier passait dons son cabinet, où il trouvait son secrétaire, le jeuue Harcas. Après lui avoir taillé de la besogne, une be- EOgae facile qui consistait surtout & écrire des lettres d'invitation, il s'habillait et il sortait invariableoient vers quatre heures.

142 L'ÉPINGLE IlOSE

Oii allait il? Ses domesliques eux-mêmes n'en savaient rien, car il ne possédait point d'équipage, et en quittant son hAtel, il s'acheminait toujours à pied vers le boulevard.

i Les boutiquiers du quartier le voyaient passer, toujours alerte et propret, bien chaussé, bien coiffé, un ample parapluie sous le bras.

Ils supposaient qu'il allait faire des visites ou prendre l'air, et ils ne songeaient guère à le suivre.

A sept beures, M. de Saint-Hélier rentrait et trouvait le dîner servi; un diner confectionné par une excellente cuisinière, car il était gourmand.

A ce repas du soir, venaient s'asseoir un ou deux Convives, de vieux amis du temps de l'émigration, des Loquctlèteâ entr'autres, qui était dans la maison du chevalier sur le pied d'tine étroite iutttbité.

Oïl sortait d^ table à neUf heures et on passait au salon, à moins que le chevalier ne fût convié avec sa flll'e & quelque soirée, ce qui arrivait dû reste très-i-àreinenl, oli que la saison ne permit une promenade dans les jardins publics.

Ad salon, se réunissaient presque tous les soirs des artistes et deà littérateurs, car M. de Saint- Hélier se piquait dé ne recevoir que des gens aimables.

On feisàit de là tnuUqiie, oii récitait des vers, on lisait des h>mïins bii des tragédies ; on dansait même quelquefois, et là ÏBté se prolongeait assez aoUVent ]as)]n*& délit oii trois heUres dû hiatin.

VBI^URS U>

Oaand le dernier invîté était part), le nialtre delà maisOD souhaitait ie bonsoir & sa fille et rentrait dans son appartement particulier, d'où il ne sortait qu'à midi moioa un quart.

Il résultait de ces arrangements intérieurs que M"* ' Uctavie jouissait d'une liberté àpeu près absolne.

Son père ne lui demandait jamais compte de l'eteptol de son temps.

Il faut dire qu'il avait en sa sagesse une entière confiance et ^ne cette confiaiice était bien placée.

Privée dès son enfance des soins et des conseils d'une mère, Octavie avait appris de très-bonne henro à se gonvemer et'elle menait sa barque avec beaucoup de prudence et de discernement.

De plus, elle poussait la discrétion jasqa'à s'abstenir de questionner l'autenr de ses jours sur sa véritable sitnation de fortune et sur les occupations auxquelles îl se livrait au dehors.

Elle ne s'était jamais préoccupée de ce qu'il faisait entre trois et onze heures du matin, qnoiqu'elle eût de fortes raisons de croire qu'i! ne passait pas ses nuits et ses matinées dans son lit.

Du reste, ils s'entendaient à demi-mot et ils n'avaient pas besoin de se communiquer leurs impressions et leurs projets, attendu qu'ils poursuivaient tous les deux le même but par des moyens différents.

C'est ainsi que le chevalier ne s'était point ému de voir sa chère Hlle encourager d'abord les assi-

tiooglc

144 L'ÉP]NGLB

duités du comte de Bronage^^us retoarner l'artillerie de ses beaux yeux contre l'oncle de René.

C'eet ainsi encore qu'il n'avait point trouvé maavais qu'elle ne se montr&t pas trop sévère pour ■Marcas.

r Le bonhomme savait que la vertu d'Octavie ne courait aucun risque, cette vertu étant un capitd que cette intelligente personne tenait beaucoup & conserver.

Au fond, M. de Saint-Hélier ne s'illusionnait pas outre mesure sur les chances qu'elle avait de faire un beau mariage, et pour l'élablîr avantageusement, il comptait surtout sur lui-même.

Le grand point, à son appréciation, c'était de lui constituer une grosse dot, et il y travaillait depuis six ans, sans avoir encore pu y parvenir.

Mais il se disait aussi que rien n'était impossible à une jeune fille douée d'une éclatante beauté, d'un esprit vif et judicieux, d'une force de volonté peu commune.

Dans sa longue carrière, il avait vu plus d'une fois des créatures très inférieures k Octavie épouser des grands seigneurs et des financiers archi-millionnaires.

Il s'en rapportait donc à elle, sans cesser pour cela de travailler de son côté, et il la laissait manœuvrer à sa fanttùsie les pions de son échiquier galant.

Seulement, depuis quelques jours, il ne comprenait plus rien au jeu que jouait sa fiUe.

LE M^^pB PB VBLOimS 149

EHe lui avait déclaré nettement qae Marcas était un garçon à mettre à la porte et qu'elle ne voulût plus du comte de Brouage.

Elle ne s'était pas gênée pour lui dire qu'elle aspirait À devenir pairesse et marquise, en séduisant l'ex-colonel du 9* dragon».

Et maintenant, elle ne parlait plus du général ; elle courait les montagnes russes avec Harcas, et elle ne décourageait nullement René deBrouage, qui avait passé toute une soirée avec elle et son père BOUS les frais ombrages de Tivoli, au grand désespoir de l'étudiant.

Octavie était même allée jusqu'à présenter & H. de Saint-Hélier le vicomte Fabien, rencontré non loin de la grotte du sorcier.

11 est vrai qu'elle ne s'était pas prêtée au désir dn comte René, qui voulait demander, séance tenante, sa main à son père.

Elle avait représenté k cet amoureux trop pressé qu'il devait, avant d'en venir à cette démarche décisive, régler ses affaires de famille, et notamment sortir de l'indivisioD où il vivait avec son frère, attendu que le chevalier, étant un homme positif, exigerait que son gendre eût une fortune indépendante.

René avait cédé aux raisons qu'elle lui donnait, et, en les lui donnant, elle ne s'était pas inquiétée de savoir si Marcas, qui rôdait autour d'eus, écoutait leur conversation.

Les choses en étaient là, et, depuis quelques jonrs,

m VÈPumisi

M. de SaîntHéller n'enlendéil {iluB pàfler de rien, .orsqu'uUe tlljit, àyânl t-eçu dans son Èalon de H place Royale une assemblée d'élite, ce respectable personnage bb rëtif-a dâiis sa chambt'e, après avoir déposé suivant si coutume, un B&i&ef (Dalerod stir le front blanc d'Octavie.

Trois heures sonnaient à l'antique péiidiile qui ofnait Ba cheminée. Pour ilii Tiéllldrd, il était bleii temps de se mettte au lit.

Le chevalier venait de lîfé à àes Invités une Iràgédîe nouvelle d'urt àiltéut loyaliste, M. ftfély-JaDin, que les libéraux avaient sifflée à l'Odéori, et sa diction leà avait charmés.

Mais si, après avoir pris congé de Iiit, ces amateurs éclairés avaient pu voir à travers les thiirs, iU auraient joui d'un curieux spectacle.

Leur bote, au lieU de procéder à sa toilette de nuit, s'habillait pour sortir. Il échange* son bel habit bleu fco^itre iihô lévite de couleur sombre, ses fins escarpins contre des bottes à revers. Il endossa pat dessus ce costume un ample carrick à huit oii dix collets et il se coiffa d'un bolivar monumental.

Ainsi accoutré, et affublé, par surcroît de précaution, d'une perruque noire, le chevalier était mécon-

îl sortit doucement de sa chambre à coucher, là Ifefitit à clé, mit la clé dans sa poche et suivit un long couloir qui traversait tout l'hôtel et qui aboti- Ûiêéii à un escalier dérobé.

Cj.l:™b,GOOgIC

LB MABWB DS TBLOURS 117

ABgg]

Èa &9tit itfl tei ëMStior, «ne porte nirétedotiinit Btt là Ke d^ TOSnffillffit fMt lefei, t>Bt eone^eatj dt( l'éblrék dfllcléllé ^r 1& ^tdeè ïto^slflt

H. flë Satflt-Heiidt dfttiU prendra âouveottae ebeliU dëtdSrflg, «Sf t« porte tatirâait ttoUelftant Btir £68 gonds, et la serrure fonctionnait sans bniit.

Vnê Ma dHtfS là fus, H sé (Dit ft tirarcherd'un fias é^l et Bdr, coinine an hoMEtie qidiAiltpdI-fidtemeiit 09 II va.

n fràf «)^ le ^liitrrier cifi RenA de Broo^ bvalt fiiK aaghôt'e iiflé {bdUsase reheontre, pbla te quartier

Saint-Martin, puis le quartier Êaint-Denls, Jusqu'à ce qlill irritât dftttl les parages éei Halles.

dâ dllâH-il ainsi) fiieii flH qàl l'eût deiilnô. Les rfttve passante ({lit lé renconfraietit le prenaient pour UQ professear uau&âl où pear ua pauvre diable de MëdMIfli Ot>ligé de fiite A pied Beà visites de nuit.

Il k'eh anêt troUi&SSf fit parfois gtotninelant contre la bise printanièrS i)ul iitl ËfiOfflait au nez.

— A flîdfi agë, c'est iot, dlsAit^il entre ses dents, (Tëâf blell dbi- dé Sourir les ruêS au lieu dé dormir dftËk SK bon lit. Et pas moyeii de sortir ni de rentrer en fiacre. Mes bons voisins du Marais sauraient biSflfOt que je eedoucho dé tl-tiis à se^it.

Encore, s'il n'y avait que les deux voyages ; j'ai dâ boiideâ jalnbës. Mais â'ablmer la vue à déctiifTrer des écritures, voilà lé diable.

Chlëtlde métier Et dire qlie je le fais depuis 1814

ttS L'ÉPINOLS ROSE

et qae je n'en snia pas plus riche. De beaux appointemeDta, une belle retraite en perapecUve, mais pas le moindre capital. Ponr en gagner nn, il ne me faudrait qu'une bonne chance, et elle ne s'est pas encore présentée... elle ne se présentera peut-dtre jamais.

Au moins, des Loquetières a eu quelquefois des aubaines. 11 a déjà sa pelote, pas bien grosse encore, mais elle grossira. Il me disait hier qae, s'il réussissait à faire pincer les chefs des carbonari ou seulement l'assassin du comte Henri, il toucherait une prime superbe.

Si Octavie avait du bon. sens, elle l'épouserait au lieu de rêver les grandeurs. Oui, mais impossible de lui faire entendre raison. Si je la dotais d'un demi' million, elle m'ëcouterait davantage.

Enfin, à force de chercher, je le trouverai peutêtre, ce bienheureux de mi- million.

Ce monologue avait conduit M. de Saint-Bélier à la pointe Sainte-Eustache.

Il prit la rue CoquilUëre, puis la rue du Coq- Héron, et après quelques détours, évidemment prémédités, il s'arrêta devant une petite porte percée au' milieu d'un pignon qui n'avait pas d'autre ouverture.

La ruelle était déserte et le logis semblait inhabité.

Le chevalier regarda autour de lui, et s'étant &»sure que personne n'était à portée de le voir, il tira de son gousset une clef, ouvrit l'buia mystérieux,

LE Masque de velours tiu

entra dans un corridor à peine éclairé par un quinquet fumeux et s'y engagea, après avoir soigneu- Bement refermé la porte sur lui.

Au bout de l'allée, il trouva un escalier qui aboutissait à un autre couloir obscur. Au fond de ce couloir, une cloison barrait le passage, mais un des panneaux de celte cloison était mobile, et le bonbomoie savait comment il fallait s'y prendre pour le faire jouer.

Il pressa un ressort, le panneau lui livra passage et, par cette étroite ouverture, il se glissa dans un local d'un aspect bizarre.

C'était une grande pièce carrée, tapissée de papier vert, et complètement dépourvue de fenêtres. Elle recevait l'air, mais non le jour, par deux soupiraux garnis extérieurement de hottes en bois.

Elle communiquait cependant par un guichet à claire-Toie avec une autre salle qui devait être occupée, cai' il en sortait des bruits de papiers froissés.

Le mobilier était des plus simples.

11 se composait d'une immense table, d'un secrétaire à cylindre et d'un grand fauteuil en cuir.

Sur la table trois lampes allumées; deux autres sur le secrétaire ouvert.

Evidemment, M. de Saint-Hélier était attendu et ses subalternes avaient tout préparé pour qu'il put remplir les fonctions qui l'appelaient en ce lieu.

Ils avaient disposé devant la place où il devait

L'ËPINGLB mSB

8'Ksseoir du papier <Je ronn^t administratif, m^ ei^crier,des plumes, une sébile pleine c]e sable, de^ Cftni&, des grattoirs : l'outillQge habitue) d'un burean, et, de plg; quelques ustensiles inusités : des couteaux à iaipe très-Qnç et d'iine forme BÏngulièrfi, des timbres, des pots-à-coUe, et ipèine lUie bouilloire posée sur un réchaud.

Jamais pareil^ objets ne figiirèrgat doos le c^iqet d'un secrétaire général ou d'un chef de divifiop, ^t comme les employés des mïDJst^rea ne se mettent pas à la besogne ^vantle leverdu ^olefl, il é^ait ptoif que les attributions dévolues à cet exceUef|t cli&valier avùent un caractère tout spécial.

Il paraissait être là comme clies lui. A peina eptté, il K débarrassa de soa cairick et de son dupes» trombion, les accroctia i des patères, pas» pardessus sa lévite des manchet de luatrine, et alla donner un coup d'oeil au guichet.

Au delà de ce grillage, trc4s hommes deboqt astour d'an guéridon, se livraient à une manipalaticHi précipitée.

— Avançons-nous 7 leur demanda If. de Satnt- Hélier.

— Nous attendons l'arrivée, répondit un de ceq travailleurs nocturnes. Le départ d'hier soir est classé. M- le chevalier trouvera les retardées sur la grande table. Elles sont rangées par catégories.

La liste des stjrno^ nouveaux est sur son secrétaire.

LE UASQLTB DE VELOURS Ut

Satisfait sans doute du zèle de ses subordonpée, le père de la belle Octavie poussa un volet qui mait le guichet et se dirigea vers son bureau.

— Ces lampes m'aveuglent, murmura-t-il ; je finirai par me brûler les yeux à leur éclairage diabolique.

Et dire, ajouta-t-il en ricanant, que les libéraux appellent cette cage illuminée le cabinet noir l

M' de Saint-Hélier avait dit le mot*

Cet étrange bureau sans portes et sans fenêtres, qui ne s'ouvrait que la utiit, pour un petit nombie d'initiés, c'était le Cabinet noir.

Et ce nom, on n'avait alors qu'à le pronoçce^ pour q^e cbacun as mit à parler bas, comme ai le secret de la conversation commencée eût couru le risque, d'être violé comme le secret des lettres.

C'est que la police des correspondances était cent fois plus redoutable que l'autre, celle qui n'espionnait que tes actes.

An Cabinet noir, on espionnait la pensée et nul n'était assuré d'écbapper à cette inquisition qui ne respectait pas plus les épanchements intimes que les confidences politiques.

En 1821, personne ne doutait qu'il fonctionnât, et cependant personne n'aurait pu prouver qu'il existait, tant tes précautions étaient habilement prises pour le cacher.

L'însUtutiuD datait de loin, et on l'avait perfectionnée avec le temps.

Inventé, dit-on, éi Hambourg, oU il eerrait aux

magistrats de cette ville Libre & surveiller les opérations coannerciales de leurs concitoyeus, le Cabinet noir fut introduit en France sous Louis XIV,

Sous Louis XV, il prit une importance énorme, car il servit à amuser le roi qui s'ennuyait. On récoltait chaque jour, dans les lettres des particuliers, nne provision d'anecdotes scandaleuses dont on régalait le monarque blasé,

Louis XVI voulut l'abolir et n'y parvint pas complètement ; l'Assemblée naUonale de 1789 décréta sa suppression, mais un peu plus tard le comité de Salut public s'empressa de le rétablir.

Sous l'Empire, il fonctionna sansrel&che, et après la chute de Napoléon, il n'y eut de changé que les victimes de ce système.

An temps de l'usurpateur, on décachetait les lettres des royalistes. Le gouvernement de la Restauration fit, par représailles, décacheter les lettres des partisans de l'usurpateur.

On se tromperait grandement d'ailleurs si on s'imagindt que l'administration des Postes prenait une part directe à ces vilaines opérations.

Quelqnes-nns de ses employés y coopéraient inconsciemment, c'est-à-dire que, par ordre supérieur et sous des prétextes plus ou moins plausibles, certaines lettres étaient mises de cAté à l'arrivée et au départ.

Mais l'odieuse mission de violer le secret des correspondances était exclusivement confiée & quelques agents étrangers an service.

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LB HABQUB DE VELOURS ISS

Encore ces agents ne faisaient-ils que préparer le travail qui était fait par an seul homme, un directeur responsable.

Ce personnage se glissait la nuit comme un voleur dans un réduit secret, où ses subalternes avaient préalablement déposé les lettres signalées.

11 trouvait là tous les instruments nécessaires à l'exercice de sa vile profession : des lames fines pour fendre les plis des enveloppes, de la gomme pour prendre les empreintes des cachets, des fers rongis au feu pour fondre la cire, de la vapeur d'eau bouillante pour amollir les simples pains à cacheter.

La besogne était ffdte méthodiquement etpromptemenl.

Les noms des destinataires à surveiller et le facsimilé des écritures suspectes étaient envoyés chaque jour aux employés chargés du tri.

Les lettres soustraites étaient remises aux hommes du Cabinet noir déguisés en facteurs.

Ces coquins les emportaient dans leur antre, oii ils les classaient, pour faciliter la besogne de leur chef, lequel les ouvrait lui-même, prenait copie des plus importantes, extrayait des autres les passages que le gouvernement avait intérêt à connaître, les refermait si adroitement qu'on ne pouvait pas se douter qu'elles eussent été lues, et finalement les renvoyait aux bureaux réguliers qui ne s'apercevaient de rien et les faisaient parvenir à leur pdfesse.

IH I/âPINaLB SOBH

Vingt-quatre b«ureB ifi retard au départ pour la province, cinq ou sixheurt« ^e retardàladUtribution dans Paris, et c'était toat.

On conçoit qae pour qpérer avec tant de célérité et tant de sûreté, Û fallut un directeur pourvu de qualités excepttonnelles-

liU moindre de celles qu'on exigeait de lui était une discrétion à toute épreuve.

Les secrets de l'Etat, la vie et l'honneur des citoyens étaient à la merci de cet exécuteur des basses œuvres gouveroemeatales.

Il devait être intégre et intelligent, d'une intégrité à toute épreuve et d'une intelligence supérieure, car l'exactitude de ses rftppQfts ne pouvait pas être contrôlée puisque personne ne surveillait ses opérations.

Fauché, duc d'Otrante, qui réorganisa le Cabinet noir sous le Consulat, Fouché, régicide converti, disait pour caractériser les devoirs d'un bon chef de cette honteuse institution : « Il n'est parfait que si, ayant lu dans une lettre décachetée par lui que sa femme le trompe et que son âls conspire, il est de force à dénoncer son fils et à taire bonne mine & sa femme. »

Cette définition était à peu près le pendant de celle qu'on attribue à M. de Talleyrand, lequel prétendait, dit-on, o qu'un parfait diplomate doit être toujours en mesure de recevoir un coup de pied par derrière sans que sa figure trahisse une émotion - quelconque. »

Mais Foucbâ n'avait pas trouvé ce pbénix deB espions.

La RépabU<]ue ayant tout désorganisé, y compris la police et les services qui s'y rattachaient, s'était contentée d'employer, faute de mieux, des drôles sans conscience et sans vergogne, qui continuèrent & fonctionner jusqu'à la chute de l'Empire.

L'ancien régime avait fait de la direction du Ca- Unet noir une charge héréditaire.

De même que, depuis 1685, le-s Sanson étalant bourreaux, de même, depuis le ministère de Louvois, les ancêtres de la belle Octavie exerçaient de père en fils leur occulte et terrible profession.

Ils n'étaient pas chevaliers et ils ne s'appelaient pas Saint-Hélier. Ils appartenaient à une vieille famille de la bourgeoisie parisienne — une famille qui n'est pas encore éteinte à l'époque où nous vivons — el ils avaient une situation, non pas honorable assurément, mais très lucrative.

Largement payés, assurés de toucher jusqu'à la fin de leur vie une grosse pension, protégés par la discrétion absolue des ministres qu'ils servaient, ces Saint-Hélier, avant la Révolution, faisaient, comme ou disait alors, état d'honnêtes gens, et ils avaient ouverture dans le monde.

Ils épousaient des filles de marchanda ou de sousfermiers, d'innocentes créatures qu'ils ne mettaient pas dans la conridence du triste métier qu'ils faleaient, et qui leur donnaient des gansons dont l'alnû

tSS L'ËPINGLB ROSE

était destiné à recueillir dans l'héritage paternel la direction du Cabinet noir.

L'ami de des Loquetiëres était le dernier de cette race.

En 1789, il avait vÎDg;t-ciaq ans, et il secondait déjà son père, lorsque l'Assemblée nationale supprima l'emploi auquel il devait suncéder.

Elle ne supprima point le bourreau, et Sanson continua à fonctionner, mais Saïnt-Hélier n'ayant plus rien & faire, émigra, ni plus ni moins qu'un vrai gentilhomme.

Après avoir erré plusieurs années sur les bords du Rhin, eu Italie et en Autriche, il avait fini par se fixer en Angleterre, où il s'était Tait l'agent secret du comte de Provence.

Ce prince, quand il devint le roi Louis XVIIl.n'oablia pas le chevalier et le réintégra, dès 1814, dans la charge que la Révolution lui avait enlevée.

Saint-Hélier, plus chevalier que jamais^ ramenait avec lui sa fille Octavie, née de son mariage avec une Vénitienne.

Il était veuf depuis plus de dix ans et, comme il ne paraissait pas disposé à se remarier, la direction du Cabinet noir devait, à défaut d'hériliers mMes, passer après lui dans une autre famille.

Saint-Hélier savait cela et se serait résigné facilement & cette éventualité si l'avenir d'Octavieeùt été assuré.

Malheureusement, à l'étranger il avait vécu dans

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LE MASQUE DE VELOUnS 1»

la gêne et, depuis qu'il ëlait rentré en Fra;icc, il n'avait eu ni le temps, ni la possibilité de faire des économies.

11 touchait des émolumeols considérables, mais il était obligé de vivre sur un assez grand pied.

D'où il résultait que la dot de M"* de Saint-Hélier ne consistait qu'en espérances.

C'était là le grand chagrin et le principal souci du bon chevalier qui aimait tendrement sa progéniture, quoiqu'il ne fût pas tendre de son naturel.

Il ne se passait guère d'année sans que les découvertes qu'il faisait dans les correspondances envoyassent au bagne ou à l'écbafaud quelques douzaines de pauvres diables assez mal avisés pour conspirer et pouf écrire qu'ils conspiraient.

De ces gens-là, U ne se souciait pas plus que des goujons qu'il péchait à la ligne lorsque la politique lui laissait quelques loisirs.

Mais il aurait donné de bon cœur son existence ponr sa fille anique, pour cette merveilleuse Oclavie dont il s'enorgueillissait d'être le père.

On ne pouvait pas dire que la belle aux cheveux d'or fût son portrait, car elle tenait surtout ds.«i mère, une patricienne de Venise que la misère avait réduite à épouser an gentilhomme de très-mauvais aloi.

MfÙB elle lui ressemblait beaucoup par l'esprit et par le caractère.

H se tentait revivre en elle, et ne pouvant lui té-<

158 L'ÉPINGLE ROSfe

guer son lucratif emploi, il aurait voulu du moim lui trouver un mari riche.

Or, il savait parfaitement que la beauté ne Buffit pas toujours pour attirer les Épouseurs, et il craignait qu'Octavie, en dépit de ses attraits, ne finit par coiifer Sainte-Catherine.

Aussi rëvait-il de lui procurer une fortune pardqi moyens plus ou moins licites.

11 y en avait un qui s'offrait, pour ainfi dire, aa directeur du Cabinet noir.

Bien des secrets passaient sous ses yeux quand il décachetait les lettres, et parmi ces secrets il pouvait s'en trouver qu'il lui aemt facile d'exploiter à son profit.

C'eût été manquer gravement à son devoir profesBloonel, mais sa conscience n'était pas très chargée de scrupules et d'ailleurs, à ses yeux, le but justifiait le procédii.

L'occasion ne s'était pas encore présentée, le temps s'écoulait, et Octavie, engagée dans des intrigues fort embrouillées, avait grand besoin de se tirer d'embarras par un bon et soUde mariage.

Le bon chevalier était donc d'assez méchante humeur quand, cette nuit-là, il prit possession de son fauteuil directorial.

Les lettres que son employé appelait : les retardées, étaient rangées sur la table à portée de sa main.

11 y m avait d'obloogues et de carrées, de graades

et de petites, écrites sur du papier gris, blaoc ou jauo&tre, mms toutes fermées et marquées du timbre de l'administration des postes.

C'était le produit du triage opéré, la veille au Boir, avant le départ des malles.

H- de Baiot-Hélier expédiùt d'abord celte portion de sa besogne qui devait être achevée i l'heure où on lui apportait les lettres arrivées par le courrier du matin.

Devant lui, sur son secrétaire, w dressait une pancarte portant la liste des n'gnalés, c'estri-dire des gens dont la correspondance devait passer par saa

Cette liste était dressée par de hauts personnages, revue, corrigée et augmentée fréquemment, suivant les besoins de la politique.

Le chevalier n'avait pas le droit de rayer des noms, mais il était autorisé à ajouter ceux qu'on avait omis et qu'il jugeait suspects.

Précisément, depuis quelques jours, l'idée luiétait venue do porter sur la liste certaines personnes qu'il tenait à étudier pour sa satisfaction particulière.

11 y avait inscrit, entre autres, son secrétaire Harcas, et le prétendant à la main de sa fille, Hené de Brouage.

— Voyons, murmura-t-il, en s'asseyant ; peut-être serai-je plus heureux cette fois, mais jusqu'à pré- Bi;nt les souris ne se prennent guère à ma souricière.

Et il se mita feuilleter d'un doigt agile les lettres couchées les unes sur les autres.

Tout en les égrenant, il grommelait :

— C'est toujours la même choBe. Des députée de l'opposition, dea colonels à demi-solde... tous gens trop fins pour se laisser écrire des lettres compromettantes... C'est comme cet Espagnol qu'ils oat soupçonné... ce Hernandez... j'ai lu trente fois sa correspondance... rien que des comptes envoyés par Boa intendant de Madrid... et on laisse de c6té les vrais conspirateurs... Décidément la liste des si'^naf^s est faite par des imbéciles. Il faudra qne j'avertisse des Loquetières pour qu'il avise le préfet et le directeur général...

Mais j'enrage quaad je pense que je vais être obligé d'examiner toutes ces niaiseries. Si du moins j'avais pour me distraire une épttre amusante...

Ah I ah ! en voici une adressée à mon secrétaire... que dis-je une ? il y en a bien trois... si je ne suis pas renseigné cette nuit sur son compte, je ne le serai jamais... voyons la première.

Elle était close avec un vulgaire pain à cacheter que le chevalier eut t6t fait d'amollir eu l'exposant & la vapeur d'eau.

« Mon jeune ami, commença-t-il à lire, vous m'obligeriçz beaucoup de me fendre la çl^ que h yoK>

LB HASQDB DB VBLOUBS ISI

ai prêtée, il y a deux mois, le soir du banquet doDoé par les F,*, de la loge VAmilié.'

■ N'ayant pas eu le plaisir de tous rencontrer depuis cette époque, je n'ai pas eu l'occasion de vous la demander, mais, en ayant besoin, je viens vous prier de me la rapporter le plus tôt possible.

• Agrées, mes salutations fraternelles.

«BOUUBDDT,

■ DrogDMte, csporftl à U 3> compsenie, du 4* bataillon de

la S* légion, rue Aamaire, 79. a

— Trois points au-dessous de la signature, dit le chevalier ; ce Boulardot est franc-maçon et Harcas aussi. Voilà une découverte qui n'est pas bien importante, et si les deux autres lettres ne m'en apprennent pas davantage, Je ne serai pas mieux renseigné que je ne l'étais hier.

Cependant, reprit le chevalier en se parlant &lairnSme, cette lettre est bisaiTe.

Quelle est cette clé que ce droguiste a prêtée à mon secrétaire qui depuis deux mois a oublié de la rendre?

Si j'étaû des Loquetières, je b&lirais là dessus tonl un échafaudage de suppositioas et j'éclairciraîs l'afffùre.

Hais je ne suis pas des Loquetières et il m'est fort indifférent qne Harcas emprunte le passe-partont d'un caporal de la garde nationale.

Voyons l'autre épltre.

163 L'ÉPINGLE ItOSB

Celie-U n!était paB mieux femée qoe la premîftre et elle ne fut pas plus difUcUe h ouvrir.

— BoQ I ■'écria Salnt-UéUer. Encore des signes cabalialiqueB : L. U- D. ë- L. C. Qu'est-ce que ceia peut bien vouloir di(«7

11 ne Bavait' pas que cob Icttrea signifiaient : la main droite tur le cœur, et que les afflli^B de \'£pingle se croyùent obligés de commencer par cette phrase leurs discours et leurs lettres.

■ Cher frère, lut le chevalier, ne pouvant aller vous voir pour d«s motifs que vous devinez, je tiens à vous écrire que nos amis fiicheron et Lefèvre vont beaucoup mieux. Avant buil jours, ils seront sur pied.

B BicheroD, c'est le petit Normand, vous 14' vez.

M Les écrevisaea n'ont pas parlé, car aucun des nAtres n'a été inquiété.

» Mais je ne m'y fie pas, et je recommande la prudence à tous nos amis, en commençant par vous, qui êtes le plus exposé.

» En attendant que je puisse me procurer le plaisir de vous serrer la main, je vous salue frat«raellement.B

— Et c'est signé d'une initiale, un B., conclut H. de Saint-Hélier.

De plus en plus mystérieux... des noms inconnus... des mots énigmatiquee... les Acrevisiei... des

exbortationp À ^ prudence-. • QécidémeDt, je crojs que monsieur (non secrélsire conspira... et je ferûs bien de comrnuniquer ^ (non ami des poquclières we copie de cette belle correspond^pçe.

Passons 9 ta triîisjème missive.

Elle no ressemblait pas d|i tout aux deux autrei- Ecrite eijr dq papïtjr Irès-flo. elle était pliée avec ai-t et fermée avec de la cire "bleue. On devinait tout de suite qu'elle avait été écrite par )ine feinme.

M. de Saint'Ifêlier prit un couteau rougi au feu et le pa^sa délica(.ero^i}f sur le eacM qui fondit aussitôt.

— C'est singplicr, murmura-t-il eo regardant l'adresse avant de déplier le papier, il me semble que je connais cette écriture-là.

Puis, dès qu'il eut jeté les yeux sur le contenu de la lettre, il s'écria :

— Ahl mon Dieul mais je ne me trompe pas...

C'est d'elle... c'est d'Octavie... que peutrelle écrire à ce drôle ?

Et il se mit à lire rapidement le bUlet qui était tourné comme suit ;

«Pourquoi m'obli^z-vous à vous expliquer ce que vous auriez deviné ai voi)9 m'aimiex comme vous prétendez m'aimer? Il fut un temps où vous étiez plus intelligent, «4ns doute p^rce que vous étiez plus épfis. Au mois de mare, un {Datin, j'iixpriraai devant voifs pu guubait. Le soir pâme, l'événement que jesovUudtois s'accocopUt. Dp tela !^»ard»

lfi\ UËPIN'OLB R06B

n'arrivent pas deux fois. J'aurai beaa dire que je hais aae femme, que cette femme aime éperdùment un homme, et que si cet homme venait è. mourir, elle mourrait de chagrin : cela ne servirait à rien. Ne m'interro^z donc pas, et surtout changez d'attitude et de langage vis-à-vis des gens qu'il me platt de recevoir. Vous me connaissez. Vous savez que je veux être obéie. Et puis, retenez bien ceci : quand on a du cœur, ou ne s'agite pas pour évincer un rival, on lui cherche querelle et on le tue.

s II n'y a que les vainqueurs qui me plaisent. Revenez donc vainqueur ou ne revenez jamais.

• J'ai prévenu mon père que vous aviez besoin d'un congé de huit jours pour aller voir votre famille. 11 consent à voua l'accorder et, jL votre retour, il ne vous demandera pas si vous êtes allé dans le midi ou dans l'ouest. »

C'était tout. Il n'y avait pas de signature, mais le chevalier ne pouvait pas s'y tromper, car il connaissait le style de sa fille.

La lettre lui tomba des mains.

— C'est inouï, murmura-t-il. Elle est donc foUe I Se compromettre ainsi avec ce polisson languedocien! Je n'y comprends rien. Est-ce que par hasard elle conspirerait avec lui? Non, c'est impossible. Mais quel dessein pourauit-elle ? Ce rival de Harcas, c'est le comte René de Brouage. Je conçois qu'elle ne veuille pas de lui, puisqu'il n'a ni fortune, ni avenir. Mais elle ne peut pas vouloir non plus de ce

c.i.™.,Googlc

ffléridional r&pé que j'ai commiB la sottise d'introduire chez moi. Et cette femme qu'elle souhaite de .Toir monrir de chagiiOiquiesl-ce? Jen'en sais rien, mais je sais que si Marcas fait un mauvais coup, un juge d'instruction paierait bien cher la lettre que je tiens là. Et Octavie n'a même pas pris la peine de déguiser son écriture I Henreusement que ce beau morceau m'est tombé entre les mains, et qu'il n'en sortira pas. Je le montrerai ce matin à celle qui en est l'auteur, et il faudra bien qu'elle m'explique...

Non, reprit M. de Saint-Hélier après une courte panse, elle ne m'expliquera riei) du tout. Je la connais... elle-est de mon sang... elle ne dit que ce qu'elle veut dire... Et si je supprime celte lettre, ce Marcas va se présenter chez moi comme de coutume,. . et je neveux pas qu'il y remette les pieds, car i] m'est très-suspect... Décidément, je ferai mieux de recourir à un autre moyen... 11 y en a un qui concilierait tout... ce serait de faire copier la lettre, de lui envoyer la copie et de garder l'original... le drôle partirait sans emporter dans sa poche une preuve contre Octavie... et d'ici à c& qu'il revienne, j'aurai le temps de la chapitrer...

Ayant ainsi conclu, le chef du Cabinet noir se lova, passa au guichet et remit la lettre à un de ses employés avec ordre de la transcrire immédiatement.

Puis il revînt à sa besogne, car 'ses heures étaient comptées et ses afTaires privées ne devaient pas l'empêcher de fùre celles de l'État.

IM L'iiPÎWOLB R 08B

C^en'dant, avant (l'attaquier las correspondailMl fioIi(i()ues, il voulut cK flnif Avec celles qut l'itiléreBsflieht, et 11 avisa, mbé ft part suivaht les inetraé' lions qu'il avait données, une lettre adresBée B M. le comte HeriB de Bmuags, rlie d'Artois, 93.

Pour Saint Hélié^, c'était 1« Cas ou jamais de péilBtïer les Betirets de ce gentilhomme qui aspirait 4 devenir sdn gettdM ei qui létiait ccrtainetnëjit ûné ^andé t>lfiCé dAîië lëâ préoccupations d'Octaviéi quoiqu'elle né fdt pflg trË^déairense de l'â^oasèr.

Lé <!acll6t lè^teAietlt 4l6ld livra 9 l'œil inveétlptéur du chevttlief uhe féiiïllé double de pâpief satind couverte de caractères flria et allongea.

A ptemîèfê Vue, U reCorîniit la main d'ufife [lébimé et il lut ces phrases qu'uliô Anglaise seule avait pu rédiger.

V Monsieur le comte,

s Ne prenei pas ëa mauvaise part une détuarcbe qui m'est inspirée par la tendre affection que jâ potte & mon élève bien-altnée. M"* Antoinette de Brouage, votre cousine, igtiore que je vous écris et elle Itie blSnierait sans doiite de voud informer de ce qui se passe. Elevée dans les idées dé Votre pays, elle h'adth^t pâï qu'il est des circonstances dans la vie oh les convenances sociales ne sont rien, oH lé âcélit dtilt parler, sons peine de grands malheurs.

B En Angleteri«, nous pensohs aatremetit, et je

LB HASqUS D& TfiLOURS Ifiî

ne crolrfiîB cat]{iabtë »! Je t^oils esehâb plââ longfenips ce que teâ cllè^é AHtoifaette n'ôsêrait jamâia yoâi dire.

» Det>ilis 16 trïBt« Jour oJl elle vtiUa U «U pdllr la dernière fois, elle est plongée ilSiiS le désespoir. Sa santé s'est altérée et Je cmltis «Jrï'elle ne ë'alléi^ plus ^àfemetit êâcore.

» YouB devez sôiiff^lr àiif&tit ({u'ellfe, puisque vous l'âjâies, je puis bien le dit* maintenant que Vous lui aves déclaré votre amour. Nous savons que le général a fort mat accueilli cette déclaraiîori, qu'une scène violenta a eil lieli entré voiis et lui, et qu'à la salle de cette Bcèné.vOusaV&BcrU devoir vous absteillr de reparaître A l'bAtel.

bII ne m'a|jpartient paSf tnotisieur le comte, dé jnger votre conduite. Si noOs étioiis sUr le libre sol de la Qraftde-Bretagne, je pourrais m'étonner de la résignation avec laquelle vous avez obéi à un ordre ihJDste. Mais je sais qu'eh ne cherchant pas à revoir volpè couune, (J«î est désormais votre fiancée, vous avez voulu prouver que votre amour pour elle se conciliait avec te respect dû à une jeune (lllc noble el pflfe.

" I! ifl'ési du fiooiris permis de protester contre les procédés de M. le marquis de Brouage votre oncle, qai semble ne tenii* aucun compte de la volonté de su fille et qui n'a pas craiiit de lui briser le cœur en lai anhoiiçaiit faussement que vous aimiez une autre femme et q(ic cette àutPe femme vous vouliez l'épouser.

Cj.l:™b,GOOgIC

16B L'ËPINOLB ROSB

» 11 espérait ainsi décider Antoinette à renoocer à vous, et peu s'en est fallu qu'elle ne crût aux accu* sations portées par son père. Elles l'avaient si cruellement atteinte que, pendant trois jonrs, elle a été entre la vie et la mort.

B Par 'bonheur j'étais là. Je ne l'ai pas quittée. Je ne )a quitterai jamais. Et j'ai pu ta rassurer en loi rappelant que peu d'instants avant cette déploretble scène, pendant que BOD père dormait, vous avez laissé échapper l'aveu de l'amour qu'elle voua inspire.

» Cet aveu, je l'ai entendu. Vous avez dit à Antoinette que vous veniez demander à votre oncle de consentir à votre mariage avec une jeune fille dont vous n'osiez pas prononcer le nom. Ce nom c'était, le sien. Elle l'a deviné sans peine et je lui ai juré qu'elle ne se trompait pas.

» Comment se serait-elle trompée ? Est-ce que depuis longtemps vos yeux ne parlaient pas quand votre bouche se taisait? Est-ce que si votre cœur eût appartenu à une étrangère, vous seriez venu confier ce secret à Antoinette?

» Le marquis de Brouage qui a imaginé cette fable n'a pas eu le courage de la soutenir. Après avoir dit bien haut que vous étiez-épris d'une indigne créature contre laquelle il allait prendre des mesures sévères, il a cess^ de parler d'elle. Il a même refusé sèchement de répondre aux questiiins que je lui sa adressées depuis à ce sujet. Son silence prouve bien que cette prétendue rivale de ma chère Antoinette n'a jamais exisié.

Cj.l:™b,GOOgIC

o Aussi, puis-je vous assarer, monsieur le comte, que H"* de Brouage ne croit pas k cette invenlion, qu'elle VOUE garde sa foi, qu'elle vous la gardera, quoi qu'on fasse pour la détourner de vous, et qu'elle compte sur vous comme vous pouvez compter sur elle.

» Ce que je prends sur mot de vous demander, c'est d'avoir pitié de ses souffrances el de faire en sorte qu'elle sache que vos sentiments pour elle n'ont pas changé.

» Son cœur s'alarme non pas de votre absence, car elle comprend que vous êtes tenu de ne pas enfreindre la défense barbare qui vous interdit l'accès de l'hâtel, mais de l'incertitude où elle vit depuis cette Fatale matinée.

B A sa place, moi j'auiais agi.

> Lorsque j'élaîs fiancée à Harry Fassitt, à la veille du jour où il devait m'épouser, il reçut l'ordre de partir pour les Indes orientales, avec le régiment où il servait en qualité d'enseigne, et il eût été forcé de s'embarquer sans me voir, si je n'étais allée seule àPlymoulh lui dire un adieu qui devait, hélas! être le dernier, car il fut emporté, à la fleur de son àgc, par une maladie de foie. Grâce à mon énergie, je pus du moins lui donner un chaste baiser avant son départ.

1' Mais pardonnez-moi de rappeler ici un souvenir qui m'est cher. Je n'ai pas conseillé à ma chère élève d'imiter mon audace, mais je viens vous sup- II 10

Cj.l:™b,GOOgIC

L'ÉPiNtlLB iûSË

plier de me répondre, de iii' écrire ùHe leU^Ô qiiô Je piiiase inonlmr à M''' de Sronàgë.

> En ni'assuriini que \6\xi ràiiîiez loigours et que vous êtes toujours rermémeDl résblii S. devenir son épilux, Touslùl rendrez la vie, car je vous Jure que s'il lui fallait renoncer à l'espoir de poi-tér voire nbtB, ëttë ëti molitïait.

6 J'dttendd Votre tépotî^â âvëi! ëdUlifltlcê ^t je sdU, riiblisiédr té bo&tê, vott^ vràiitient dèVonéo servante,

» BlIEXIBTB TOFTOR, ■ Des baroQB tiirion de Coibfidee-Lodge. i>

^Oufl s'écria M. ds Salnt-Hélier quand il eut terminé la lecture de ce sentimenMl plaidoyer, quel galimatiasl Et quelle extravagante que cette Anglaise! C'est l'inslitutrice de la fille du marquis. Il n'a pas eu la main heureuse en la choisissant. De quoi diable se mêle t-elle, et où a-t-elle pris que le comte est amoureux de sa chère élève? C'est de ma fille qu'il est amoureux, et c'est ma fille qu'il veut épouser, il est vrai qu'elle ne veut pas de lui. Mais l'insulaire a fait là un joli quiproquo.

Puis, tout à coup, ee frappant ie front, le bon chevalier murmura :

— Ahl mon Dieu, mais celte lettre m'explique l'autre, celle qu'Octavie écrit à Marcas. Je coiriprends tnàinlenant. La femme qui mourrait de chagrin, c'est M"° de Brouage. L'Anglaise le dit en propres termes. Mais quel intérêt peut avoir Octavie

LE MABOUB Dg yeiOURS 171

4 ce qu'elle jneare? yoilà eoçore que je m'y perd^. Il îaKL% ^solument que j'iùe ^yec elle anjpiiïd't)\iî même un entretien sérieux.

Quaift à cette lettre... ma foil je ne vois pas grand inqpnvénient à ce q;i'elle aille à son adreéa^.

Et Af. de Saint-HéÙ^r s'était déjà mis en devoir de la recacheter selon toutes les règles de l'art, Iqrsq^'iin des employés qui travaillaient dans la pièce contigufi h son bureau ^ntra, portant |ip p^quet de lettres.

— Voici Ips réiertféif du courrier de la proviqce, qui vient d'arriyeri dît-il. 11 y en a très-peu, et si H. le directeur veut les expédier ^vant dç finir les retardéet d'hier, elles pom'ront être comprises dans la première distribution du matin.

— C'est c^ que je vais faire, dit le chevalier. ' Toutes les fois qu'on le peut, il faut éviter de pHire

a la célérité du service.

Après avoir prononcé cette sentence fort sag^, il acbevfi de clore l'épitre de l'Anglaise, il la remit à son subalterne pour qu'il la rendit à la circulation, et il passa ^ l'inapection des copespopdaac^ p^oyinciales.

Celles-là r^D^r^^saient beEUicoqp moins, c^ c'était piire affaire de ;p^tief . II )es parcourut trèsvite, ayant h&te de rentrer chez lui pour réfléchif aox découvertes qu'il venait de faire. Cependant, i la dix-septième lettre qu'il lut, sa figure cbajiKe^ (^'expr^Bsion, et il dit entre ses dents :"

'— Oli t oh t voiÙ çfO) mérite d'être ex^mtoé a] ^R-

I7t L'ÉPINGLE B08B

tivement, car en Térîté je seriÙB presque tenté de croire que je tiens une occasion de faire fortune.

La lettre qui intéressait à ce point H. de Saint- Hélier était écrite sur du papier gris, d'un grain grossier, du papier comme celui qu'emploient encore aujourd'hui les paysans.

En ce temps-là, cela ne prouvait pas qu'elle eAt été rédigée dans une ferme, car les vélins satinés et glacés n'étaient pas encore inventés.

D'ailleurs, autrefois on était moins difficile, et les collectionneurs d'autographes savent que les plus grandes dames du xYUi* siècle écrivaient très-bien sur du papier qui servirait aujourd'hui à envelopper des chandelles.

Le chef du Cabinet noir ne s'arrêta donc pas à cette particularité, mais il se mit à examiner avec beaucoup de soin la configuration du pli.

L'usage des enveloppes n'était pas alors trèsrépandu et cette lettre était tout simplement pliée par les deux bouts, en forme de carré long.

Seulement, elle se composait d'une feuille simple portant extérieurement le timbre et l'adresse, et contenant une feuille double fermée, comme l'autre, avec UD pain k cacheter et couverte d'écriture sur trois pages.

La quatrième page avait été réservée pour y inscrire un nom.

D'où on pouvait, et le chevalier n'y manqua point, tirer cette conclusion, que la suscriptjon apparente

LE UABQUB DB TBLOURS ITS

n'indiquait paa l'adresse du véritable destinataire. Cette suscriptioB était ainsi conçue :

.4 monsieur Mortier, professeur, rue de VEperon, 28, à Paris.

Lu l'tMiille intérieure portait ces deux mots :

POUn FABIO,

Cela signifiait évidemment que le sienr Morlîer était chargé de remettre à un certain Fabio le message qu'on lui envoyait.

— C'est timbré de Bordeaux, murmura Saint- HéUer après avoir examiné la marque du bureau de poste, et du 33 mai. Nous sommes aujourd'hui, le 25. La Malle n'a pas eu de retard.

Timbré de Bordeaux, mais pas daté de Bordeaux, repril-il en dépliant le papier. Celui qui a écrit a mis eo tête de sa prose : dimanche, 20 mai, sans iadication de lieu, et sa lettre n'est partie que le 22.

Le pourquoi est & examiner, mais relisons d'abord la lettre. Elle vaut la peine qu'on l'étudie :

n Mon cher Fabio... »

— Qu'est-ce que c'est que ce Fabio? un nom de guerre probablement. C'est en Italie qu'on s'appelle Fabio et te sieur Morlier, l'intermédiaire, a un nom très-français,

t UoA cher BMo, j» n'ai pu regu ds vos amtvelles depuis la Sn du mois dernier, maia jq Bt m'ëtonne pu d« votrA siiencâ, ftMhsflt qiw les affaires sont en suspens et que vous n'avez probablement rien d'important à me mander.

» Je serais cependant fort aise de vous lire, car je ne sois pas sans inquiétude sur la santé de nos amis et sur la prospérité de notre entreprise, et puis j'ai beaucoup de loisir et vos lettres sont pour moi une grande distraction.

t Ce n'est pas cependant qde je m'ennuie trçp. Mes h6les font tout ce qu'ils peuvent po^r qie prqcnrer des occupations agréables, e( J9 «çooiipence à ' n'accoutumer à la vie qu'oa mèu^ ici, '

» Co qui me cbagrins le pins, Q'wt de pe ja^wis entendre parler d'une persoooe que vous (Hffînaiss^ ^m ^ qve je regrette cb^ue jour day^ptage. Si yom savez où elle est et pourquoi ell? Ae m'éu^( PAS. vpus ne comblerez de joie eq m^ l'appr^

Il Je passe aux choses sérieuses et je me hâte dg vous dire qu'i) n'est ^}-^W suryen)) de ^^cbçuï deppis ma dernière, eu date du 5 pisi.

u Les braves gens qui veillent sur notre capital font bonne garde et j'ai soin d'entretenir leur zèle.

u Juaqu'4 présent, tout va bi^n, mais je dois ypus dire qu'il serait bon d'informef- notre l^aflleur de fQnda que la situation ne peut pas s^ prolonger E#gs do graves inconvénients.

LB H4§UUB DE ySLOtlRS

I» Ma pcésessfl taJraU p^r §$citçr la curiosité des lubitaptH d'asQ sUlfl »«f^? j'&^prQfshée de opju, ci ja saifi que âéj4 d,e8 groppa f^t 4^ tenus.

Il ûo a reiEarqaé »i]S6Î qpe tu» amis oé(;Ugeùent beaucoup leurs occupations habituelles. Ou S6 demande eurtQut poiinigoi oq ift} le» rapcontre plus BOT les marcb^ des euvlrons.

» La raisoQ eu est bien simple. Ils ne peuvent pas s'éloigner. Leur responsabilité est trop graude, et ils ne soot pas trop de quatre pour se relayer à la tour.

» La mienne aussi est grande et il y a des'jours ok elle m'effraie, d'autant plus que, malgré toutes les sûretés que présente le Ueu qui nous s^rt de dép6t, il n*e8t po» à l'abri d'une surprise.

» Yoiu cooDfùliïBZ flÙiBU} que personne la situation du cllitwu eJL tes faeilités d'accès qu'il présente. 11 est à peu près impossible d'empêcher qu'oo y entra et fo^Kif 9)i'od le visite du haut en bas.

» Or, ces visites se sonjt multipliées depuis quelque temps.

» Noos ayons affaire à dçux aortes de curieur : des oisifs de la ville voisine, qui vienoeut là en partie de plajsir si qui se contentent de déjeuner fat la pUte-fgrffi« de fa tour; et des antiquaires aitiiim pax lei souvenirs qui se rattachent aux ruines.

■ Ces dvmem sont de tK#i}coup les pluç dangereux. Ils ne H bQcnent pasLcooiine les auli-es, i

116 L'ÉPINGLE ItOSE

admirer la vue doot oa jouit du haut du donjoa. Ils inspectent la forteresse de fond en comble, Us la mesurent, Us en lèvent le plan; je crois même qu'ils ea comptent les pierres et qu'ils les numérotent.

» Ce qu'il y a de pis, c'est qu'ils s'occupent principalement des souterrains. Ils apportent des torches pour les examiner, et ils s'y promènent pendant des heures entières.

» L'autre Jour, il en est venu un qui prétendait avoir lu dans un livre conservé à la bibliothèque de... qu'au fond de la grande tour, il y avait des oubliettes et qui voulait à toute force faire des fou il ie s pour les letrouver.

» Jugez de la frayeur que j'ai eue, notre capital étant précisément déposé dans ce trou qui a été comblé avec du sable par nos frères marins la Doit du débarquement.

1) Ce vieux fou aurait été bien surpris de trouver des tonnes d'or au lieu des squelettes et des crampons de fer qu'il cherchail,

u Beureusement, vos gens l'ont si bien grisé avec le gros vin et la vieille eau-de-vie du pays qu'il a oublié les oubliettes.

s Mais il peut revenir; U reviendra, et il est capable d'amener avec lui les autorités de la ville, car il parait qu'il est fonctionnaire du gouvernement.

u C'est pour le coup que tout serait perdu. Nons (l'aurions plus d'autre ressource que de les tuer

toa!,et la chose ne se ferait pas sans bruit. D'ailleurs, alors même que nous réussirions à nous débarrasser d'eux, cela ne servirait k rien. Nous ne poumons pas enlever le trésor sans savoir où nous devons le transporter,

» Et ce n'est pas tout. Les visiteurs qui viennent par terre passent forcément par la ferme. Contre ceux-là nous avons le temps de prendre nos précautions. Mais il y en a d'autres qui arrivent par mer de l'Ile qui est en face, ou du grand port marchand, qui se trouve à une dizaine de lieues d'ici,

» Ceux-là débarquent tout droit au pied des ruines et les envafaissent sans crier gare.

» La semaine passée, une de ces bandes a surpris en faction dans la cave, Jean, que vous connaissez, et il a fallu qu'il inventât une histoire pour expliquer ce qu'il faisait là.

» J'entre dans'tous ces détails, mon cher Fabio, pour vous faire comprendre que la situation n'est plus tenable, et qu'il importe d'informer le plus tôt possible le chef de notre maison de commerce afin qu'il prenne ses mesures pour y mettre fin.

» Il me semble que le moment est venu de déplacer nos fonds et, si j'en crois ce que me disent nos amis qui lisent les journaux, le moment serùt très-favorable au succès de la spéculation projetée.

» Si le déplacement doit avoir lieu, vous seul pouvez le diriger, et j'espère avoir à cette occasion le plaisir de vous revoir.

UfiPIliGLB 608B

u pitQ» ^ notre ^rec^ ({h'U R«nt (Hfpo^ d« i^oi f^ SOI) gré) eqU qu'il jug^ & propos if> taf raep^ 1er à Pw4, après l'QpéraUoD, ^it iiu'i^ ^r^^ m' envoyer 4 V^tf^ocef .

» Dites-lni aussi que s'il prend ce (]tsnflt puH, j» k prie iiiat«ffliae«t d« me diriger uir le paya ot w trquïfl UAt lupifi qui ooiii Qit cbèia.

n J'attends vQtra réponte Rvee Impatienfie, st je suppose <pi'eU4 me paniendra psr lavoleeoDveBue entre no|ia.

» Je confie la présente lettre à un ami sûr qui la mettra à la poste à Bordeaux. Par ce moyen, on ne pourrait pas savoir d'ob elle vient si elle tombait dans de mauvaises mains. C'est cette sécurité qui me décide à m'ezpliquer plus clairement qae je ne le fais d'habitude. Hais je ne serai tranquille qu'après avoir reçu de vos nouvelles.

» Yoilft tout, mOQ cl^er Fabio ;. que Dieu et la sainte Vierge vous gardent et préserveaf nos frères de tout mail

« Vfitc^ nsm divQuéf.,. «

^ YQtre ^ur 4^vpi^, et p^ de ftpiP m N^t, c'est yagiifi, dil je ^b^yaljer en se parl^H^ 4 lÙ' aàrifie. i^^t ^\y^^n^ fait ««jujs» c'«rt 9»^ 1» IsitfP «et d'une femmp. je ne m'en ^\ttm Ml- l<'0fffit»ff gst m^fgpUiïe fH ^%oi Ip ffiTSi de l'épîtr^ il p'y a

tenr.

LE MAS^Oft m VftbtJRS

\Gym3 fin péiï.

S n ftlttt Û>iJl t)r44âii>: S) imr« tB» le f rdUTâtt

mëSài^ëf thcd&iié Se iA6i; \ê f Msâ ^u8j pôOt ^)oS de EDrËlé; ëé èiei«la|ë^ dëvi'aft se t)fffi»i»f ft ta fermé dè^lSi ëïS fcdlttoHétif. PoiiP Se RiIrB reéorl-. nâltrë, tl n'àur^t qu'à tiie Blrb aVhflf d'ouvrir âa baifé : i Tâlilëï-voild dëfi étith^IëitT j'efl ai de toatffl les couleurs. » Je lui répondrais i fi Blî sVSk-TOdS dS fbèëâ^ i> tk tilië Foiâ Ceâ kàti i% pKsae échfitigëa, nbti^ fiOii^ ëâi(tf>(}rioHs bien Vite. •

— bdié ^ià', é'é^ lieB tSUl} fflOPffiura Salnt- Hélier en reprenant sou monologue, mais c'est aaseE pStir qlié je tiehHe le Koiit d'uii fil qill me mènera petit-6tre à lï foftnrië. Dëâ totiiiSS d'of^ — il y a bien le mot i toHfae^; ^ <:'èst-&-dire des millions eHIbilii Salis lèi t'uitlës d'dh ttetiit ehateau an bot-d de Iti hier, des i9illiodâ tjUi appartldndrorit A rhdifiihe àssêi adroit pour 16^ Snlëveri VoUA le probléhiè a résouâte^

Et oH })étit tes {ifétidre aShà H^nlir toaille A partir aVëè là jiiMiëëi Eîtlendu i\ae Isûr propriétaire se g^iklerâ bien de les rëclàâlët-. ÎA lettre dit qu'ils oitt été déposés 1& par le dhêf d'une maison de corn* nieroe. C'est ttti mensonge naïf qlii ne tromperait p&!t tîri ëhfaiit. Les négociants mettent leurs Tonds k U Banque in lielî dg les laisser dormir dans

180 L'ËPINQLG HOBG

une cave. Et d'ailleurs, par le temps qui court, les négociants qui possèdent des millionB sont rares.

Donc, le trésor en question est tout amplement le trésor d'une société secrète ; le prétendu chef de la maison de commerce qui a fait des placements souterrains n'est ni plus ni moins que le chef d'une bande de voleurs ou de conspirateurs.

Dans les deux cas, c'est faire œuvre pie que de s'emparer de richesses mal acquises ou destinées à des usages criminels.

Surexcité par cette idée séduisante, le chevalier se leva et, oubliant tout à fait qu'il avait d'autres ' lettres à décacheter, il se mit à se promener & travers le cabinet noir, la précieuse épltre à la main. ^

— Quelle dot pour Octaviel murmurait-il. Elle - n'aurait plus besoin de chercher à séduire un vieux pair de France. Elle en trouverait un jeune.

Mais je ne tiens pas les millions. Je ne sais même pas où ils sont. Je le saurai pourtant. Avec les renseignements donnés par Taimable correspondante et un dictionnaire géographique, je ne serais qu'un sot si je ne découvrais pas la cachette. Un château en ruines au bord de la mer, un chfkleau historique, puisque les archéologues viennent le visiter, un ch&teau attenant à une ferme située dans le voisinage d'une ville importante, à dix lieues d'un port marchand, et à une ou deux journées dç Bordeaux où la lettre a été mise à la poste, ce n'est pas bien

difficile À trouver, et je croia que, mâme lans traité de géographie, j'y parviendrai.

Voyons... dans les parages de Bordeaux, ilya les Landes... mais les Landes n'ont ni villes importantes, ni ports... Bayonne est trop loin... ni châteaux an bord de la mer... Sur la cdte, il n'y a que des dunes et des pins... 11 faut cbei'cber du ebté opposé... Si je relisais les indications...

Et après avoir parcoom de nouveau la lettre, le tendre père s'écria :

— Une île en face... un pays qui produit dn gros vin et de l'eau-de-vie.-.j'y suis... c'est la Saintonge... la ville, c'est Rochefort... le port, c'est La Rochelle. Ootavie, tu seras riche.

Hais cet accès d'enthousiasnfe passa vite, et it se remit & raisonner.

— Comment opérerai-je? se demanda-t-il. Dénicher le trésor, c'est fort bien, mais ce n'est pas tout. Il faut l'emporter, et on n'emporte pas des tonnes d'or sur son dos...

Des tonnes d'or ! répéta le chevalier.

Et son regard s'allumait comme si le trésor edt été devant ses yeux.

— Il y a bien un moyen sur. C'est d'aller trouver le directeur général de la police, de lui dire que j'ai découvert un secret qui intéresse l'Etat et de faire mes conditions... Oui, on me donnerait cinquante ou ceut mille francs de récompense, et encore, qui sait?.., 11 se pourrait qu'en haot lieu on prit la chose de travers, et qu'on me destituât pour avoir

m I/JPÎMQLII 6QM

abuié dfl IBM fooctiani... Nop.nqn, pu li aot. Ja a» l&cherai pas la proie ptiar l'orobi*.

Si j« qtnUU iBcnh^ {.oqueUèrai ? U s'entend 4 cee «xpAditioBB-là, U a un paramned à ea di^iocir UoD et U Mt di8f!r«t. 89Q 1 mail U faudrait partager, at il evgemlt pv^demas le marebâ la main d'ûetar via, qui ■« vaut pan d« Ui. Plutf>t que de i'épouiar, elle nous déuoneertit tâui le« dans.

T«n4iB qufl ù ja faitai» la be»o^e nuàroiëne... Au fait, pourquoi pas? Une s'agit qaedadamiadtt' quinia jouifi de e^agé. Qa ne nft le* refusera pas, car c« aara k premiàra f^ia qae je m'absenterai dspuis i8i4.

J'ai le mot de passe. Les gardîeoi du tréaor aae prendroat pqur on Ageat envoyé par leur obef. Et une fois sur le terrain, j'improviierai ua plaq de canppajiive. fat meqé ^ biw de» entrapnae» plus difficiles que c^lea-l^-

Seulemaat, si je pouvais, avant de partir, savoir ce que c'est que ce Fabio, cela simplifierût beaucoup ma besogne. Je vais m'anquérir d'abord du Ùeur Mcirlier qui lui sert d'utUrpiédiaire. Ouant à la lettre où on lui dit des choses si iutéreuantes. il ne la recevra jaipais, car je la garde-

H- de SaïQt'Hélier, en elTet.la mit dans sa poche, et comme il avajt b&te de rentrer chez lui, il remit au lendemain l'examen .des autre» correspondances.

lie père d'Octavie n'avait j}as perdu sa nuit, mais U ï eut ce jour-là des Parisiens qui attendb'ent

inntilemeat des nouvelles de leurs amis de proviace.

Us les reçurent, il csl vrai, vingt-quatre heures pins tard, et, en cet heureux tempB, on n'y regardait pas de si près.

Le chevalier de Stdnt-Hâlier aviùt pris sur lui i.. garder la lettre adressée à un certain Fablo, bous le couvert d'uu sieur Morlier, mais il ne s'était pas permis de retenir la correspondance de Marcas, ni la sentimentale épitre écrite au comte de Brouage par miss Elisabeth Tuftoa.

11 avait ses raisons pour en user ainsi, et sa façon d'agir eut des conséquences qu'il prévoyait et quelques autres aussi qu'il ne prévoyait pas.

L'étudiant reçutpar la même distribution, viîmidi, et soigneusement recachetés les trois plis viulés par le directeur du cabinet noir.

Le billet anonyme qui lai venait de son ami le sergent-major du 45' lui causa une très vive satisfaction, car il n'était pas rassuré sur les suites de ■on duel avec le caporal suisse.

La reqnëte que Bonlardot foroaulait par écrit lui fat moins agréable.

Il connaissait ce bourgeois pour l'avoir rencontré plusieurs fois dans une loge maçonnique, et à la suite d'an banqnet où le droguiste s'était grisé, il lui avait emprunté nne^lef qu'il avait volontairemeat oublié de loi rapporter et qu'il ne se souciait nullement de lui rendre, attendu qu'il se proposai de s'en servir encore dans certaines occasions qui pouvaient se présenter d'un instant k l'autre.

Cette clef était celle d'un jardin que Bonlardot possédait en plein Paris et dont il permettait quelquefois l'entrée à des amis désireux, de prendre le frais, en été, sans sortir de la ville.

II l'avait prêtée à la fin de l'hiver k Marcas qui prétendait, en dépit de la saison, se promener dans cet enclos, au clair de la lune, avec une grisette de ses amies, et il trouvait que l'étudiant abusait de sa complaisance.

La patience a un terme et le drogniate voulait absolument reprendre sa clef, mais il ne la tenait pas encore, Marcas ayant d'antres soucis que celui de courir à la rue Aumaîre pour restituer un objet dont il avait encore besoin .

Du resté, le jeune secrétaire oublia bien vite la lettre du caporal de la 6* légion, car après l'avoir parcourue, il lut celle d'Octavie qui le bouleversa de fond en comble.

Ce n'était pas l'écriture de la belle aux yeux irréûstibles, puisque le cbevalier avait conservé l'origi-

m L'ÊPIMOLB HOBB ___

nal El envoyé otte bo^iit) de \& UHilt d'an âe kes employés, mais Marcas devina satti pettW le noai ttè

M"* de êtAtiUttiU'ir Avait une fAçon tie penser et de s'exprimer i]HI n'ftpparteiMlt i|ii'à el^, et s» amourent ne pouvaîeat pa»8'y trempeti

Elle domin&il ma tnéridioilBl odarateBr «h point de le fHke obéir ooniaie Un nkl«VG« et èllB db ptKmit pu de défoors pour Idi sigmfler nw «eloa>' tés.

Il oomprit donê îorl bien eé qu'elle loi detnandtùtt il le corapi'it d'atitant mieux qu'à Tivoli il avait eateada deifra^estide sa cânVeraaUmi ftvee Reoé de Brouage.

Octavie Savait parler bomftie elle savait dtrire. Hte btùieut la vwx quand c'était béeeesftire et elle l'éievait à propos. Si bien que HtireU n'avait daiei de ce qu'elle disait au âomte que oe qti'elle voulait qile Marcas retint.

Ainsit elle avait supplié tout bas René de se pas demander immédiatement se maia, et elle l'avait engagé tout haut à partir pour fireua^e.

René avait répondu sur le mërae ton qu'il 6tut décidé à faire ce voyage et qu'il allait se mettre ea route sous très peu de jours.

L'étudiant qui les suivait ee rongeant son tteia savait donc fort bien à quoi n'en tenir sur les pre* jets de son rival et sur le véritable sens des pbrasee un peu énigmatiques par lesquelles se termifiait la lettre d'Octa vie.

LE HASQU8 DB VËI^URS 187

En même temps, il apprenait qu'elle lut «vait ménagé auprès du chevalier un prétexte d'absence.

fféteit toi Commander cluttemeul d'empleyerà l'exécution des ordres qu'elle lui donnait le congé qu'il n'uTalt pîW demande.

Ces ordres étalent au»! fort ciftirs. Il né s'Bgiisalt de rien moins que de chercher querelle à Renfl de BtoHage, aflndedébBFraflserH"*dBSalnt-IIéllârde •es poursuites.

Elle paraissait souhaiter que le duel s'engageAl hors de Paris, as cours de œ voyage que le comte allait entrepretidre.

Marcas ne demandait paa nleox que de se conformer de point en point â ces lnstrucUonfl qui auraient paru odleuseB & tout autr« qu'à lui.

11 exécrait ceux qui 88 permettaient da faire la cour à Octavle, et sur oa sl^e d'elle, tl m serait i)&ttu vingt fois. Mais il aimait beaucoup mieux ne pss se battre trop prds do l« prétectute de police.

La mort da eaporal buîsh) était trop récente, les recherches se poursuivaient et les agents devaisat Mre à l'affiiit de toutes Ite rencontres.

Le ooup d'ëpée dani l'œil était bouime «ne si^ature laissée par l'adversaire du nialbeurevx tué sur Ib billardi et tse ceap» l'éUHliani ■« praUquait volontiers,

C'était ea botte seeréla.

S'en servir une seconde fois i si p«ti de jours d'intervalle, c'eût été s'exposer à . i'6v<>iltQr )e souvenir

L'ËPINOLB nOSË

de la tragédie qui s'était jouée an cab«ret du Bot C'iom,

Sur lêi chemiDS, au contraire, Marcas avait la partie belie.

On mettait alors plusieurs jours pour aller de Paris àBrouage, quel que fût le moyen de transport dont on usait.

Il ae s'agissait donc que de s'arranger pour suivre de près René, soit qu'il all&t par la malle ou par la diligence, soit qu'il cour&t la poste.

Quant aux occasions de querelle, l'étudiant était passé mattre dans l'art de les faire naître, et cette difficulté ne l'embarrassait point.

Il avait pensé i ce projet de poursuite avant que M"* de Saint-Hélier lui écrivit, et s'il ne s'était pas occupé d'en préparer l'exécution, cela tenait à différentes causes, dont une subsistût intégralement.

D'abord, il espérait toujours qu'Octavie cesserait de lui tenir rigueur et il ne tenait pas à s'éloigner d'elle ; et puis, il ne savait pas au juste quand H. de Brouage se mettrait en route.

Sur le premier point, il était fixé maintenant. Octavie voulait qn'U partit ; Octavie ne s'adoucirait qu'à son retour.

Le second ne constituait pas un embarras sérieux. Le comte n'avait aucun intérêt à tenir-secret le jour de son départ. Pour se renseigner exactemeoii il sofftsut de questionner le portier de la maison qu'il habitait me d'Artois.

LB MA8QDB DB VBLODRB 189

Hais Harcas élait arrêté par un empëchemeot majeur, un empêchement dirànaiU, comme on disait au cours de Gode civil qu'il fréquentait si peu.

Marcas n'avait pas d'argent, ou du moins il n'en avait guère.

La pension assez maigre que lui servait son père été toujours mangée dans les huit premiers jours du mois, et il en était rëduit i vivre de crédit jusqu'au 31, époque à laquelle il touchait régulièrement un mandat de cent cinquante francs.

Et ce père faisait bien les choses, car on pouvait vivre en ce tempe-là an quarUer Latin avec beaucoup

Victorin, qui passait pour être d'nne famille riche, trouvait assez facilement à emprunter de petites sommes, mais il avait si souvent osé de cette facilité qu'il était criblé de dettes.

Depuis qu'il était amoureux de M"' de Saint-Héher, il dépensait gros pour s'habiller à la dernière mode, et le carbonarisme ne laissait pas que de grever aussi son budget.

11 fallait bien régaler de temps & autre les frères et amis, souscrire à des repas où on buvait à la mort des tyrans et acquitter des cotisations destinées à secourir les prisonniers politiques.

L'Epingle nue venait en aide et un grand nombre d'aQPiés ; mais Marcas n'était pas de ceux-là. Il conspirait à ses fraie.

D'otl il réiallBit que lé jour o(i il reçut la lett«

190 L-êPHrtîLS ft Oftt

d'Octavie, il pdnédail eb totlt<tt»iraaie ft«bcs, èlni avancés I& veille pftf I« Mofiti>dè-!>iete èat l'tiigttgement de linéiques hatdeê ifhlTér.

Il devait palper très-prochainement son subside menBuel, mais ce n'était pas avec moifii de deux cents francs qu'il pouvait entreprendre Qft Vo^ge.

Et pourtant 11 était décidé à partir.

Qaand une résolution s'était logée dans la cervelle de ce méridional, il fallait qu'il y donn&t stiile, coûte que coûte. t*eu lui importait le moyen, poUrvD que le but fût atteint.

C'est pourquoi, après avoir la et relu la lettre d'Octavie, aprèe avoir compté et recompté les huit écus de cent sous qui composaient toute sa fortune, il sortit de chez lui dans la louable int«nUon d'aller causer avec le portier du comte de Brouage, et d'entrer, chemin faisant, & Prascali.

Le jeu était sa resaource dans les cas désespérés, et il lai était arrivé plus d'une fois de se tirer d'un gros embarras en poussant victorieusement une série au trente et un.

Lorsque le salon de la baronne était encore ouvert, il ne se risquait pas souvent & y ponter, les parties étant toutes trop fortes pour sa bourse, mais l'administration dirigée par l'opulent Boursault ne dédaignait pas les petits ei^eux.

Au 113 diiPalais-Eloyal, elle descendait jusqu'à tenir des mises de quarante sous.

• AvM les quarante fr«uoa, Mtrcas pouvait aborder

LE HA8QDB M TSIiOUIlS »l

la grande table de Fnueati od le ninlmaa était d'an louis.

Il avait dooo le obobt, d'anUnt que pour aller de la rue des Grëa à la me d'Artpis — aujourd'hui Ift rue LafHte — U devait {tester devant presque tons les tripots patentés.

Il ne s'arrêta poiut A ceux des galeries de pierre et il gagna la rue Vlvienne par le perron que ies Boursiers avaient abandonné depuis trois ans.

La Bourse actuelle ne fut inaugurés qu'en 1836, malB on leur avait b&ti un local provisoire rue des Fillee-Saint-Thomas et, le soir, ils se réunissaient sur le boulevard Montmartre, devant le passage des Panoramas.

Cependant, h certains joars et à certaines heures, il y avait encore foule aux aborda du perron.

La loterie royale se tirait les 5, iS et iS de chaque mois, dans l'hôtel du Trtoir, situé me Neuvedes-Petits-ChampE, à la place où s'élèvent maintenant les b&timents de la Bibliothèque nationale- Ce jour-là, qui était le 35 mai, on allait précisément procéder à l'extraction des cinq numéros gagnants, et les joueurs assiégeaient la porte de la salle consacrée au tirage.

Maintenant, il faut avoir largement dépassé la cinquantaine pour se souvenir des beaux jours de la loterie qui fut supprimée en même temps que les jeux publics à la fin de l'année 1837.

Au temps de la Restauration, elle était en pleine vogue, et U n'y avait pas de plus curieux spectaciç

193 L'ËPINaiiE B08E

que celui de la sortie des criears annonçant l'airèt du destin, sans parler des aubades données, le aoir, à domicile, par le? tninh')urs de la garde nationale, aux heureux que )d foriui-e avait favorisés.

Des ag';nts de la f .nne ^duraient les ruea en proposant de numéros infailULIes, et ces marchands d'espérance trouvaient de nombreuses pratiques, car les groi- g^ns n'étaient pas très rares et les journaux les enregistraient avec soin.

Les joueurs n'avaient pas encore perdu la mémoire d'un quateme gagné en 1810 par un Marseillais, qui enleva d'un seul coup 689,000 francs. On gagnait en moyenne une dizaine de quatemes par an. Kt plus récemment, au tirage du 5 août 1817, un particulier hien connu dans Paris, — style de l'époque — avait gagné 226,000 ftancs, sur UQ terme composé des numéros 18, 27 et 72.

Gncouragés par ces exemples, les Parisiens misaient avec rage, et Marcas risquait souvent quelques écus sur ces chances, plus incertaines encore que celles de la roulette.

Hais il n'y avaitjamaisétéhearenxetil commençait à s'en dégoûter.

Cependant, vu le grand besoin d'ai^ent qu'il éprouvait, il songea à profiter de l'occasion, et il résolut de consacrer cinq francs à l'achat d'un terme sec.

Ce qui le décidait surtout & tenter l'aventure, c'était la' certitude d'être fixé tout de suite sur le résultat de l'opératioDi

Il courut donc à tm bureau de loterie qui se trouvât à l'entrée de ia rue Vivienne, mais il arriva trop tard. Midi sODDait. C'était l'heure du tirage. On lui ferma la porte an nez.

Force lui fut de se rabattre stu '^n:- U, et en continuant son chemin, il eut le cràvu leur il'^-ntendre proclamer, par des gamins courant ^t toulujambes, les numéros sortis : 16, 78, 9, 75, 1.

Comme il arrive toujours en pareil cas aux joueurs superstitieux, il s'imagina qu'il aurait infailliblement misé sur trois de ces nombres vainqueurs, et cette déconvenue lui parût de f&cheux augure.

La journée commençait mal.

Il continua son chemin en jnangréant et son humeur s'aigrit encore, lorsque, arrivé au coin de la rue Feydeau, il crut s'apercevoir qu'an homme le suivait.

Cet homme était un vieillard qui n'avait pas la mine d'un espion.

Il était très- décemment vêtu, à l'ancienne mode, mais plutôt comme nn citoyen de 1789 que comme va émigré. Il avait de beaux cheveux blancs qui donnaient à son visage sévère an air tout à fait vénérable.

Harcas ne se fiait point aux apparences, il savait que les agents secrets prenaient tous les costumes, et il avait remarqué en traversant le Palais-Royal que le lexagénaire était toujours sur ses talons.

tl Vf fatrouvait au bout dd U nid Viviennti C'en

194 L'ânNOU BOeB

était bien ssm pour qu'il Be tint but ses gardée.

Il ne se souciait pas d'aller rue d'Artois tut qn'an personnage suspect persisterait à mareliar derrière Ini.

Pour le députer, il cmt que le mieux serait d'entrer à Fras ^ti. Si l'homme n'était qu'on bourgeois respectable, il n'oserait pas en plein jour mettre les pieds dans une maison de jeu. S'il ne restait pas à la porte, c'est qu'il était chargé dô surveiller Mar-

L'étudiant tenta l'expérience. Il gagna Prascati par la me de Richelieu, il franchit le seuil de l'enfer . élégant, et en montant le large escalier qui aboutissait aux salons du premier étage, Il regarda pardessus la rampe. *

Le vieillard était dans le vesUbtile.

— Bon ! se dit Marcas, je suis fixé ; c'est un espion. Donc, j'ai été signalé ; donc, on me surveille, Ma visite au portier du comte db BrouHge <«mit notée et ferait l'objet d'un rapport ftU préfet de police. C'est Une exeuruon à remettre.

Je vais monter au jeu, et j'y restei«i le plus loo^ temps que je pourrai ; si je suis décavé, j'irai prendre le frais dans le jardin, et même des glaces, s'il me reste de quoi les payer.

Ce Judas en gilet à revers se lassera pent-étre de m'i^pier, et, s'il persiste à me suivre, il en sera pour ses peines, car jo l'entrerai tout simplement chez moi, rue des Grès.

Mieux vaut un retard qu'un désastre.

LE MABQ CB CM TELOtJBS Itt

Et il GAntiana i grimper l'ewaliar, bm b«iu sa 19loaraer plus â'noe fois.

L'homme grimpait Buwi. Il avail raii la piad Bnr la première marehe aa moneot oft l'étadiènt arri* vait sur le ptemier palier.

Il n'était pas beaucoup plus de midi,at let salcn» vendent à p^e de e'osirtïr.

A une heure si matinale, Fraaciti n'était pas brillant et bruyant comme le soir, lorsqne cent lustres l'inondaient de lumière.

Aox froides clarMs du joar, tout y |Hreaait an antre aspect.

Regardez les danseuses an momwit où l'aobe uussante commence à faire p&lir les bougies d'un bal, et TOUS tous rendree compte de l'effet que prodtdsi^t sur les visiteurs désintéressés — il est vru qu'ils étaient rares — le spectacle d'une partie de trente et quarante, jouée au grand soleil.

L'éclat factice des illuminations noctames donnait aux croupiers une sorte de pi'oetige. Avec un peu d'imagination, un néophyte pouvait les prendre pour des pontifes célébrant avec majesté les rîtes mystérienx "de la religion du Veau-d'Or.

Le soir, les potitet se piquaient de faire bonne contenance. Les gagnants prenaient des airs dégagt^s ; ils affectaient le mépris des richesses. Les per<Iai<U mettaient une sourdine à leurs ezclamatiuus de rage. Quelques-uns même faisaient semblant de sourire. Les décavés qui se levaient pour aller se brûler la ceivelie ii domiàle quittaient gaiement la

igS L'ËPINQLB ROBB

table. Il y en avait même qui saluaient le chef de partie comme les gladiateurs du cirque de Rome saluaient César avant de moarir.

Tous, bourreaux et victimes, vainqueurs et vaincus, posaient pour la galerie, exclusivement composée de femmes.

Des femmes jeunes, jolies et rtchetneat parées, des femmes qui assurément n'honoraient pas leur sexe, mais qui ne ressemblaient pas aux drûlesses d'à présent.

Depuis que le vice s'est démocratisé, la galantene vénale est devenue une cariiëre.

De nos joui?, la révolution aussi est devenue une carrière.

Dans ce temps-là, au contraire, il en coûtait cher de troubler l'ordre social, et les demoiselles sans vertu n'amassaient pas de rentes.

Elles brillaient un instant comme des comètes, mais elles finissaient souvent à l'hâpital. et elles ne s'illusionnaient point sur l'avenir qui les attendait.

Les femmes de Frascati formaient une classe à part, entre les actrices qui tenaient le haut du pavé, les errantes des galeries des boisi et les grisettes, célébrées par Paul de Kock.

Elles n'étaient pas sans quelque analogie avec les fameuses courtisanes de Venise qui peuplaient jadis ces ridotti, oii les Patriciens inscrits au Livre d'Or avaient seuls le droit de tailler le pharaon.

L'administration des jeux décernait tous les sis taait k «ei uiUsm «UkiliaîNi i«a prix d« beauté «t

LE MÂSQUB DE VBLÛDfiS 197

d'élégance, qai étaient comme l'aatilhèae du coaromieroeDt tradlUoDoel de la rosière de Nanlerro.

La dernière de ces lauréates impures s'est pendue, il 7 a peu d'années, pour ne pas mourir de faim.

Les plus heureuses épousaient des croupiers philosophes, mais le cas était rare, ca" cei messieurs ne les prenaient pas sans dot.

C'est pourquoi l'espèce a disparu dans les bouleversements politiques, comoie disparurent jadis certaines races d'oiseaux, anéanties par le déluge.

Hais, au beau temps de Frascati, elles donnaient aux salons un air de fêle et elles égayaient les batailles que les joueurs livraient h la Ferme.

Seulement, elles n'y venaient que la nuit, à l'heure où il n'y avait guère'que des combattants passionnés, risquant leur vie pour conquérir la Toison-d'Or, et tout prêts & courir au plaisir après la victoire.

La journée, & Frascati, appartenait aux adeptes de la martingale, aux mathématiciens qui appliquent les théories de d'Alembert, qui pratiquent des systèmes et qui passent leur vie à chercher des solatioos aussi introuvables que la quadrature du cercle.

Ceux-là ne riaient jamais et ne dissimulaient pas leur mauvaise humeur quand la fortune dérangeait leurs combinaisons. Les croupiers, qui les méprisaient, leur bâillaient au nen.

Le Boleil de midi n'éclairait donc que des visages renfrognés et des physionomies ennuyées.

QnOQd Marcas pénétrft dans le grand salon, il n«

r98 L1l;t>ItfQLl! hOSB

vit autour èe ta table principale qu'on atipeUtt tù table à tor qu'une doutatne de vétérans ddjen, courbés snr des pancartes (^ouvertes de chinVes, et piquant avec attleur les tartes foutules paf , l'adriainistration.

- N'euBscnl été (es tonis entassés devant itiessieHrs les employés et le moi]VGiiti;nt défi ràteaux quf leur servaient à jArdiher les mites, on anrait pu prendre cette honorable assembler pour une réutiiOii de savants occupés à Calculer les tables db bureau des longitudes.'

■ L'étudiant s'embarrassait peU de tes dérflttger, en tombaot au milieu d'eux comme ttne bombe, mats il ne voulait pas s'engager au jen avatit de savoir comment l'espion allait maii«ttvPer.

Il le vit qui venait de paisér le seuil et qui s'âvani- {ait le chapeau ft la main vers li table.

Dans les autres tripota, on était tenu d'échaD^I- fth entrant son couvre-cbcf contra an carton âandhoté.

Oh prenait cette précaution coatte les Voleurs qui auraient pu être tentés de faire main^asse sar les enjeux el de gagner le large.

Mais Frascatl étant Un mauvais lieu de bonne t>Mopagnie, on ne supposait pas qde dei QIoub piuscat s'yiniroduiiti.

Marcas louma le dos à l'homme qui t'atltthail i ses pas et vint se placer derriâre utl vieux mtirfât-^ fBfcar dont )e crAne cIiruVk relhiBait cOniRR Hnc bille d'ivoirft.

U ae B'iaqui«lait(uère (1m iMUl^i-emal* d« eet al-

LB HA8QUI Dl VBLOUBS l«>

gtbritte qiil trét>ignait A chaque coop de perte, tnats «l« l'aube oOté de le taUe, eiégoait on joueur de térie qa« l'étadlatit n'avait pas remarqué tsvt d'abord, et ce joueur était FabisU de Brouagë.

RarctlB 1ë cahnatssait de longue dale. I! le voyait souvent autrefois chez la haroune et) tout réoeinment, H l'avait reftcontre à Tivoli.

tt savait que le vicomte était affilié an carbons- Hsttie, àù*ii occupait même parmi tes fi-ères de VMpingù fMè Qn gr&de assez élevé, mais il ne a'était jamais trouvé en relations avec lui, et il éprouvait nattirellement peti de sympathie pour le fïère du comte René.

Fabien, de son côté, détestait le galant d'Octavic, depuis qu'il l'avait entendu, non loin des niontagnes roases, exprimer tout haut ta haine qu'il portait à tons les Bronage.

Mais, entre conspirateurs, la modération est obligatoire, et ils étaient condamnés à vivre eu paix, tant qu'ils feraient partie de la même société secrète.

Le vicomte, du reste, ne vit point Marcas. Il étut tout à son jeu, et la fortune continuait à lui être favorable, quoiqu'il ne la dédaignftt plus.

Avant d'avoir retrouvé Stellff Negroni, il jouait pour s'Étourdir, et presque avec le désir de perdte. Depuis qu'il l'avait revue, il jouait, au coiiliaire, dans l'espoir de gagner une grosse sommu dunt il •vùt bewm pour l'exécution d'un projet bai-di.

%m L'ÉPIHOLB ROBB

L'étadtant avuit des raisons de fair le voisiDoge de Fabien et il allait s'éloigner, loi-squ'U s'aper^nt qae l'homme au gilet à revers traversait le sa^ sana s'approcher de la table.

Il le suivit des yeoz et il le vit sortir par one porte vitrée qui conduisait au jardin.

— He serais-je trompé ? se demaBda-t-il.Get individu n'est'il qu'on bourgeois inoffensif? Quoi qu'il en soit, je n'ai pas envie de courir après lui et pendant qu'il prend le &ais sur la terrasse, je vais décamper par la rue Uichelieu.

Il battait déjà en reti-aite, lorsqu'une idée diabolique lui traversa l'esprit.

— Parbleul pensa-t-il, je pois bien d'abord risquer mes deux louis. Ce Brouage ponte à noire ; sa série doit être épuisée. Je vais ponter à rouge ; s'il s'entête à noire et que la veine me vienne, je gagnerai ce qu'il perdra ; son argent me servira à donner la chasse à son frâre qui passera un mauvais quart d'heure si je le rattrape. Le vicomte me fournira les moyens d'expédier le comte. Ce sera drôle.

Il resta et il tira de sa poche les deux pièces do vingt francs qu'il possédât.

Précisément une nouvelle taille allait commencer, et Fabien ven^t de pousser une grosse masse à noire.

Marcae lan^ un de ses louis à la rouge qui gagna.

Le combat commençait bien.

Le paroli fat enlevé lestement. Au troisième coup

LB MABQUE DE TELOURâ 901

les quatre louis forent doublés. An ùxiéme, l'étudiant possédait treize cents francs.

Fabien qui misait à noire et qui jouait très-gros jeu, avait perdu tont son bénéfice et probablement tout ce qn'il avait but loi, car il se leva.

Ed se levant, il aperçut Marcaa et il iÏDnça le sourcil. Hais il se contenta de Ini lancer on regard de mépris et il s'éloigna de la table.

— Il est décavé, pensait joyeusement le secrétaire de M. de Saint-Hélier. Il s'agit maintenant de paroliser encore une fois. Avec cent vingt-huit louis, j'aurai de quoi entrer en campagne, et l'alné des Brouage goAtera de ma botte secrète.

Enivré par cette douce espérance, U ne retira rien de sa masse, et il pat croire na instant que la fortune allait combler ses vœux, car la noire eut trente- neuf.

David, roi de pique, tomba sur le dos pour compléter à rouge le néfaste point de quarante, et mit, à néant tons les rêves de l'ambitieux révolutionnaire.

Ler&teaa emporta ses beaux louis. Il lui en restait un ; ille jeta rageusement sur le tapis et il le perdit.

Et, pour comble de maie chance, en se retournant, il se troDva face à face avec Fabien,

Peu s'en fallut qu'il ne lui sant&t à la gorge, tant . il était furieux d'avoir été battu par la banque et surtout d'avoir pour témoin de sa défaite un homme qn'il exécrait.

Hais le vicomte de Brouage ne lui laissa pas le

temps de Uimcp an mot teealturt peoF conmwear l'attaque.

-«- J'ai à vous parler, dlt-ll, tinms-Dess & ré«art.

It il M dirigea van as coin eu sMoq, eaM par Harcas qiù ae demandait pas mleax qne d'engager «oequwelle.

• Et ces denz giaitdi débrû s» atwMifàX efttn eux, n

murmura un croupier lettré an regardant du coin de l'œil les deux décavés.

Cette citation fit rire les Joueurs de systèmes qui avaient vu avec plaisir le départ des pontes fantaisistes.

— Monsieur ,dit sèchement Fabien àl'étudiant, vous s'avei pas oublié sans doute que nous nous sommeE vos à Tivoli. Je n'ai pas trouvé, ce soir-là, l'occasion de vous parler sans témoins ; elle se présente ici et }e fa saisis peur vous apprendre que j'ai entendu des menaces prottrées par vous contre mon frère.

—"Vous m'avez donc épié f Interrompit Marcas.

— Bi nous n'étions pas, vous et moi,- au service de Is mène cause, je vons demanderais raison de l'impertinence que vous venez de me dire. Mais un dael entre nous n'est pas possible, vous le savez fort bien. Je remets donc k un autre temps la satls^ faction que j'ai le droit d'exiger de vous. Seulement, ja vous déclare que s'il arrivait malheur à mon ' frère, a'eet à vohs que je m'en prendrais. Et je ne vous ferais pas l'honneur de me battre avec vons. Je TOfs tuerais comme on tue un chien enra^, à

LB MAÊdCÈ OU V8U)DRS tIS

molnt qM jp n* prisse an aatte parti qui serait de TOUS livrer à la Jtutioe du maltro de VÉpimgk.

— S» ne eompMDdi pas, répliqua «lédaigmuaeaent Mareai.

— Voua allez comprendre. Mon frère n'est pas doy nAtroa, mala Û ae fait rien pour noua nnlre. Si vous voua attaquez à lui, c'est qa« vous voulez venger dw griefta {ifirionneli, et paut-èti>e sendr les d«MeiBa â'mie femme dont vom ttea i'amant. Cette fepiBe, que je n'ai pai besoio de «oui nemmeF, nous est suspecte à bon droit, et Je venx i>ien vous BMrtir q«e vob« liaison av^c elle a éU signalée A la haute ventt,

-.. Par vous, «ans doute?

•n- NoB, par on boaime plus influent que moi dans le Conseil suprême. Je ne sais qselle suite sera donnée à la dénoneiation, mais je vous jure que si vous tout^es à pnon frère, je vous aeouierai, mol, de voua être fait l'instniment de la iUe d'un chevalier de Saint-Eélier, ami intime d'un aspioB, et pvobaUamentaapipn lai-méme.

Kt a«u attencin que l'étudiAnt ae réoriit, Fabien lui tourna le dos et sortit du salon.

UsFMS aurait peutrUrt ooqfb «près lui, s'il n'eût apensu, à sa profotide stupéfaction, Tbomme au ^ilfit à rerers qui le regardait à travers les vitres d'une fenêtre et qui lui faisait signe de venir le rejoindre sur la terrasse.

Marcfts se demanda s'il rivait, et il y avait vraii»eBi de %\m être Atomié.

L'âPINGIf HQSB

Cet individu qu'il prenait pour ud espion lui souriait et l'appelait par des signes amicaux.

Que pouvsitril avoir à lui dire, et pourquoi était-il allé l'attendre dehors au lieu de lui parler dans le salon?

Et puis, il avait donc assisté de loin à son colloque avec Fabien de Brouage?

L'étudiant finit par conclure que le vieillard n'était pas un agent secret, car les agents secrets n'abordent pas ceux qu'ils surveillent, à moin^ que ce ne soit pour les arrêter.

Et la police tenait trop à éviter les scandales publics pour empoigner un homme à Frascati.

Le vicomte devait être déjà au bas de l'escalier, et d'ailleurs, après réQexion, Marcas n'avait plus envie de le poursuivre.

Prenant un parti, il traversa vivement le salon où il venait de perdre les deux louis qui constitoaient toute sa fortune présente, et sortit par une portequi donnait sur la terrasse.

Au palais du jeu attenaît un beau jardin bordé du c6té du boulevard Montmartre pu on terre -plain orné de plantes rares.

Les décavés pouvaient promener leur désespoir par des sentiers ombreux; les gagnants trouvaient à se rafraîchir avec des glaces exquises et ne manquaient guère de régaler les beautés qui avaient applaudi à leur triomphe.

Aussi les bosquets éltûent-ils très-fréquentés, surtout le soir, mais à midi et en été, personne ne ve-

LE HÀSQUE ne VELOURS 3oa

nait s'exposer au soleil sur la terrasBe, et Marcas n'y trouva que rinGonnu qui l'avait invité par gestes à le rejoindre.

Cet homme respectable vint & sa rencontre, le salua poliment, lui prit le bras sans façon et l'emmena sous ane tonnelle de verdure, où on devait être fort bleii pour causer sans craindre les indiscrets.

L'étudiant se laissa conduire. 11 avdt déjà repris confiauce et il croyait avoir affaire à un professeur de jeu qui allait lui proposer de lui enseigner, moyennant rétribution, un système infaillible.

— Eh! bien, mon jeune ami, dit ce singulier personnage quand ils furent assis c6te à côte sur un banc abrité par une charmille, voua avez donc perdu?

— Boni pensaMarcas, j'avais deviné.

Et il répondit brusquement :

— Oui, je suis à sec. Il ne me reste pas même un louis pour essayer une martingale, et si c'est une marche qae vous avez à me proposer, vous tombez mal.

— Vous vous trompez, jeune homme, loin de vous inviter à jouer, je vous engage à vous corriger d'une passion qui a toujours des suites fti-

- nestes.

— Est-ce pour me faire un sermon que vous m'avez dérangé ? demanda Marcas en ricanant.

— Peut-être, répondit le vieillard sans s'émouvoir.

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