‹ L'épingle roseChapitre 4 sur 10 · C :,.i IK i:. GoOt^lc · texte numérisé non relu

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— Je vois bieo ce que vous êtes, lui dit le vicomte de Brouage, okais je ne comprends pas ce que vous faites ea ce moment,

— C'est pourtant bien simple. Nous voua accompagnons pour vous empêcher de vous évader.

— Bon! mais pourquoi m'avez-vous arrêté?

— Parce que j'en ai reçu l'ordre,

— De qui?

— De mon colonel, le baron Tassin ; et un ordre écrit. Voulez-vous le voir? Tenez! c'est signé par le colonel et contresigné : Leymarie, adjudant-major.

En disant cela, te brigadier exhibait et mettait sous les yeux du prisonnier une formule imprimée portant, écrits à la main, le nom de Brouage et le prénom de Fabien.

Le vicomte savait par hasard que l'officier commandant les six compagnies de gendarmerie de Paris était, en effet, le baron Taasin, dont la signature Qgurait au bas du papier.

S'il eût pu conserver encore quelques doutes, la production de cette pièce authentique les aurait levés, mais il ne doutait plus.

— Soit 1 dit-il ; vous êtes en règle, et si vous aviez commencé par me montrer ce mandat,je voua aurais suivi sans résiâtance. Mais, vous avez d'étranges procédés pour mettre la main sur les gens qu'on vous charge d'amener, et je vous déclare que je me plaindrai à votre chef... car c'est chez Lui que vous me conduisez, je suppose... à l'hôtel Lamoignon, quai de l'Horloge...

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— Vous le verrez bien tout à l'heure, répondit le brigadier d'un air- fin. Et pour ce qui est de nos procédés, mes instructious portaient que je devais éviter avant tout le tapage dans la rue. Vous dites que vous m'auriez suivi, mais ça n'est pas prouvé... car enfin quand on ne s'attend pas à être empoigné et qu'on voua prend au collet à la porte d'une maison où on vient de passer la soirée pour s'amuser... dame! ça voua met de mauvaise humeur... on cogne... le monde g'amasse... tandis qu'en manœuvrant en douceur... ce que j'en ai fait, c'est dans votre intérêt.

— Je vous suis en vérité fort obligé, dit ironiquement Fabien. Est-ce aussi dans mon intérêt que voua m'avez lié comme un condamné à mort?

— Dès que nous serons arrivés, on vous déliera, conformément à la loi.

Ces derniers mots surprirent le vicomte, mais il n'en demanda pas l'explication, sentant bien que le gendarme refuserait de la lui donner.

— Un mol encore, dit-Il. Je ne suis pas militaire. Pourquoi m'a-t-on fait arrêter par des soldats?

— Je ne sais pas '. vous m'en demandez trop long. Je ne connais que ma consigne.

Et, après avoir fourni cette réponse péremptoire, le brigadier dit à son inférieur ;

— Souffle ton rat, Geivais. Nous ne devons pas être loin de l'endroit, et pour descendre noua n'aurons pas besoin de cbandelle.

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Fabien n'iosisla plue. Il se renferma dans ses réflexions, qui n'étaient pas gaies.

— Je suis pris, pensait-il, pris dans un piège que j'aurais pu éviter facilement. Oit me mène-t-on? En prison, c'est clair. Mais pourquoi n'a-t-on arrêté que moi?... Au fait, sais-je aï d'autres agents n'ont pas envahi l'hdtel et emmené tout le monde?.. Non, ce n'est pas possible; il y avait beaucoup d'officiers royalistes, cette nuit, chez la baronne. La police n'aura pas voulu faire un éclat. Pourvu que Stella ait eu le temps de fuir!

Tout i coup, une idée illumina son cerveau :

— J'y suis, se dit-il. On m'aura dénoncé comme ayant tué en duel mon cousin Henri... On aura su que nous fumions la même femme... et que nous ne nous aimions guère... Ah! s'il ne s'agit que de cela, je n'aurai pas de peine à me justifier.

— Nous sommes arrivés, monsieur, dit le brigadier.

Depuis un instant, la voiture roulait avec un bruit sourd.

— On jurerait que nous passons sur un pontrlevis, pensa Fabien, et que, maintenant, nous entrons sous une voûte.

Tout à coup, le fiacre s'arrêta, et le prisonnier, qui avait l'oreille au guet, entendit des crosses de fusil résonner sur le pavé.

Puis une voix sonore articula ce commandement:

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— Portez... armes I

— Je commence à croire qu'on m'a conduit à Vincenoes, se dit Fabien. C'est de plus en plne incompréhensible.

Cependant, la portière du fîaci-e fut ouverte du dehors. Un homme s'y montra, en UDÎrorme d'adjudant de place et porteur d'une lanterne.

— r&itea descendre le prisonnier, commanda cet officier.

Le brigadier, aidé du gendarme de gauche, délia prestement la corde qui attachait les bras du vi- * comte.

— Vous voyez que je ne vous ai pas menti, grommelail41 tout en procédant i cette opération. Maintenant, vous voilà libre et sans fers.

Puis sautant du fiacre le premier, il aida le vicomte à mettre pied à terre.

C'était bien sous une voûte que la voiture s'était arrêtée, une voûte assez haute et mal éclairée par deax tanaux suspendus à la muraille.

lin piquet de soldats d'infanterie formait la haie, el Fabien put lire sur leurs shakos le numéro du régiment, qui était le 45* de ligne.

Ce régiment récemment arrivé à Paris pour y tenir garnison, était un de ceux où le carbonarisme comptait le plus d'afliliés, mais sa fidélité n'était nullement soupçonnée, et son colonel, M. de Tous- Ula du Manoir, royaliste dévoué, ne pactisait pas plas que ses ofBciere avec les libéraux.

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— Suivez-moi, dit l'adjudant.

Un corridor éti-oit «'ouvrait bous la voûte. Fabien, guidé par le brigadier, et flanqué des trois gendarmes, s'y engagea à la suite de l'officier porteur du falot.

Les soldats groupés des deux cdtés de l'entrée, se rangèrent par quatre et fermèrent la marche.

Le corridor aboutissait à une porte qui s'ouvrit dès que l'adjudant y heurta.

Le vicomte fut poussé doucement dans une salle formant un carré long, dont une des extrémités était occupée par une estrade et l'autre par des bancs de bois disposés en amphithéâtre.

Cette estrade et ces bancs étaient vides. Seulement l'estrade portait une table en fer à cheval et cinq fauteuils.

Une lampe suspendue au plafond et quatre flambeaux placés sur la table jetaient de faibles lueurs qui perçaient À peine l'obscurité répandue dans c& local très-vaste et très-élevé.

Le brigadier^ apporta une chaise au pied de l'estrade et fit signe au prisonnier de s'y asseoir.

Les soldats d'escorte entrèrent et s'alignèrent contre les murs, puis la porte se referma et l'adjudant se plaça devant la porte.

Fabien croyait être le jouet d'un rêve.

Le lieu où on l'avait conduit, l'appareil qu'on déployait devant lui, les précautions prises pour le garder, tout cela sentait la justice militaire.

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