LETTRES PATENTES
de LOUIS XV, roi de France,
Portant confirmation de rëtablisseicent de la Maison de la Châsse, sons le titre de Saint-Austremoine de Clermont, données à Versailles au mois de janvier 1131 '.
^Archives départementales du Puy-de-Dôme.)
Louis, par la grâce de Dieu roi de France et de Navarre, à tous présents et à venir salut.
Les bénédictions toutes particulières qu'il a plu à Dieu de verser sur nous nous obligent d'en rendre des grâces continuelles à sa divine bonté, et d'appliquer tous nos soins à faire fleurir dans notre royaume la véritable religion, et à en bannir l'erreur. Pour satisfaire à un si juste devoir, nous avons estimé qu'il n'y avait rien qui pût y contribuer davantage que de tenir la main à l'exécution des saints décrets sur l'établissement des^ séminaires, et nous avons cru qu'il ne suffisait pas d'avoir dans notre royaume des séminaires établis dans presque tous les diocèses, pour préparer aux saints Ordres ceux qui sont en âge
1 Le cœuf de Massillon s'attendrit sur la position de ses vieux curés infirmes; il créa pour eux, à La Châsse, une maison de retraite, et il (•biint du cardinal de Fleury les lettres patentes qui suivent. Le riche Crozat servit fort Massillon dans sa bonne œuvre. — Voir Notice sur ies hospices de la ville de Clermont-Ferrand, par M. Marqui.*, s. d., în-8®; et Recherches sur les hôpitaux de Clermont'Ferrand, par le docteur Tegiioux, clermont, 1845, in-S^. Cette maison, située à la barrière de Funlgiève, est maintenant une caserne.
de les recevoir, et d'autres maisons encore où l'on reçoit ceux qu'il plaît à Dieu d'appeler au service de ses autels, dès leur plus tendre jeunesse, lesquels dans ces saintes retraites trouvent non-seulement un asile propre à conserver leur innocence, mais de plus une école spirituelle où ils sont noun'is de la parole de la la foi, et instruits dans les principes de la solide piété; c'est pourquoi notre amé et féal Jean-Baptiste Massillon, évéque de Clermont, conseiller en nos conseils, nous ayant représenté que ce n'est pas assez d'élever des clercs et de former des pasteurs, qu'il faut aussi pourvoir à leurs besoins, surtout lorsque la vieillesse ou des maladies incurables les mettent dans l'impuissance de continuer leurs fonctions, et que manquant à son diocèse, qui est un des plus vastes de notre royaume, et dont le clergé est très-nombreux, une maison qui fut établie à l'effet d'y recevoir gratuitement les ecclésiastiques et les prêtres qui auraient servi l'Eglise avec édification dans ce diocèse, et à qui le grand âge et les infirmités ne permettraient pas de continuer leurs services , il convenait à notre charité et à notre justice de procurer une retraite et une subsistance raisonnable à des personnes honorées du sacerdoce, qui, après avoir travaillé longtemps avec désintéressement dans des emplois qui ne leur auraient fourni que le nécessaire pour vivre, et dans lesquels, après avoir consommé leur santé et passé la plus grande partie de leur vie au service des âmes et au culte de Dieu, se trouveraient, par leur vieillesse ou par leurs infirmités, réduites à de grands besoins, et dans une situation non-seulement honteuse à la religion et au caractère sacerdotal, mais aussi aux
chrétiens qui en auraient reçu des secours dans Tadministration des choses saintes; que feute d'une pareille retraite, il y avait même des prêtres obligés de demeurer en des lieux peu séants à leur caractère, ou de prendre place dans des hôpitaux; qu'il avait trouvé des paroisses mal desservies, des peuples sans instruction, et l'administration des sacrements négligée à cause de la faiblesse de Tâge des curés, à quoi il ue voyait qu'on pût remédier qu'en procurant une retraite commode à ces vieillards ; qu'un tel établissement était un moyen puissant pour encourager les ecclésiastiques à travailler avec plus de désintéressement, quand ils se verraient assurés d'un lieu où ils seraient reçus et assistés dans leur vieillesse d'une manière convenable à leur caractère, sous la conduite de quelque ecclésiastique vertueux qu'il en chargerait; que dans ces vues, animé du zèle pour son Église, et touché de compassion pour les ministres qui l'aident à la conduire, il avait cru faire une chose utile à son diocèse, en imitant le soin que notre auguste bisaïeul, d'éternelle mémoire, avait eu d'établir l'Hôtel des Invalides pour les officiers et soldats estropiés dans nos armées, de commencer cette bonne œuvre en choisissant une maison à laquelle il avait donné le nom de Saint-Austremoine, apôtre et premier évêque d'Auvergne, pour y retirer quelquesuns de ses vieux ecclésiastiques, sous le gouvernement de prêtres séculiers déjà établis à l'Hermitage et à Banelles pour les missions de son diocèse, auxquels prêtres il avait confié le soin de ladite maison ; qu'il s'y trouvait déjà quelques-uns de ces ecclésiastiques vieux et infirmes qui bénissaient Dieu des secours
spirituels et temporels qu'ils y recevaient; que beaucoup d'autres attendaient une forme d'établissement plus stable pour s'y venir retirer ; et qu'une personne charitable \ touchée d'une œuvre si édifiante et si utile, voulait y contribuer de ses biens, s'il nous plaisait de l'autoriser et confirmer par nos lettres patentes; qu'il nous a très-humblement supplié de lui accorder la permission d'imposer, par chacun an, la somme de deux mille livres sur tous les bénéficiers de son diocèse, pour ladite somme imposée être payée par forme de pension, aux termes qui seront réglés, et mise en(re les mains de celui qui sera établi pour principal économe de ladite communauté, sur ses quittances, jusqu'à ce qu'il soit uni à ladite communauté des bénéfices, dont la possession et la jouissance soient actuelles, et qui soient au moins de la valeur de six mille livres, toutes charges déduites. A ces causes, voulant entrer dans les bonnes intentions de notre amé et féal l'évéque de Glermont, désirant contribuer à un établissement si glorieux pour la religion et si avantageux pour les ministres du Seigneur, nous, de notre grâce spéciale, pleine puissance et autorité royale, avons, par ces présentes, signées de notre main, approuvé, confirmé et autorisé, approuvons, confirmons et autorisons l'établissement de ladite maison, sous titre de séminaire de Saint-Âustremoine, pour que les ecclésiastiques et les prêtres âgés et infirmes qui ont travaillé dans le diocèse de Glermont y soient reçus à l'efiFet d'y être aidés, s'ils ont peu de bien, et d'être pourvus à tous
* M. Grozat.
leurs besoins, s'ils n'en ont point, le reste de leur vie, en observant les règlements que notre amé et féal l'ëvéque de Clermontjugera à propos de leur donner; laquelle communauté demeurera établie sous l'autorité immédiate et entière de Tévéque de Clermont et ses successeurs. Lui permettons de faire bâtir ladite maison en tel lieu de son diocèse qu'il jugera le plus commode, et voulons qu'à cette fin et pour faire subsister, augmenter et maintenir ladite communauté, ledit évêque et ses successeurs, évêques de Clermont, emploient et se servent de tous les moyens portés et permis par les ordonnances pour la fondation et dotation et subsistance des séminaires et des hôpitaux, en la forme et manière qu'il semblera la plus commode, suivant la nécessité et les besoins des temps et des lieux, tant par union de bénéfices jusqu'à la somme de six mille livres de revenu annuel, que par assignation de pension .sur des bénéfices, autres toutefois que des cures, ou autrement et généralement faire toutes choses convenables, attendu qu'on ne peut faire un meilleur usage, et plus conforme [à l'esprit de l'Église, des revenus des bénéfices, dont les titulaires ne sont pas obligés à résidence, que de les employer au soulagement des pauvres ecclésiastiques dans leurs infirmités et et leurs besoins ; et cependant, afin que ledit établissement ne souffre aucun retardement, nous permettons audit sieur évéque de Clermont d'imposer annuellement, avec les autres députés qui composent la Chambre ecclésiastique de son diocèse, jusqu'à la somme de deux mille livres, sur tous les bénéfices et communautés de son diocèse, de quelque qualité
et revenu qu'ils puissent être, et même sur les cures qui excèdent cinq cents livres de revenu annuel; ladite somme de deux mille livres payable par chacune année, à tels termes que notre amé et féal Tévéque de Clermont avisera, entre les mains et sur les simples quittances de celui qu'il commettra pour en faire la recette. Laquelle somme, ainsi imposée sur les bénéfices, sera payée par les titulaires, possesseurs, fermiers ou receveurs desdits bénéfices, selon les taxes qui en seront faites par ledit évêque avec les autres députés de la Chambre ecclésiastique de son diocèse ; et icelles taxes seront payées par les ' voies ordinaires, nonobstant opposition ou appellation quelconque, à condition néanmoins que ladite levée cessera aussitôt que par des unions de béné- ■ fices qui pourront être faites à ladite maison, il s'en trouvera pour la somme de six mille livres ' pour chacun an, dont ladite maison soit en possession ^ et jouissance actuelles.
Permettons aux supérieurs et directeurs de ladite i^' communauté de recevoir tous dons, legs, fondations et ç autres qui pourront être faits audit séminaire, comme aussi d'acquérir et posséder tous biens, rentes, domaines et héritages, de quelque qualité qu'ils puissent 1^ être. Voulons que ladite maison, cour, jardin, enclos, ? ^ où ladite communauté sera établie, demeure bien W dûment amortie, comme par ces présentes nous l'amorf^' tissons, sans que pour raison de ce ils soient tenus de o> nous payer aucun droit d'amortissement, ni indemnité, sel dont nous déchargeons ladite communauté, et en tant qii que besoin serait, nous lui en avons fait et faisons ficf don par ces présentes, à la charge d'indemniser les
288 COUUESPONDANCE INEDITE
seigneurs particuliers dont ladite maison pourrait relever.
Si donnons en mandement à nos amés et féaux conseillers, les gens tenant nos cours de parlement et chambre des comptes, à Paris, que ces présentes ils aient à faire registrer et le contenu en icelles faire entretenir, garder et observer sans permettre qu'il y soit contrevenu. Car tel est notre plaisir; et afin que ce soit chose ferme et stable à toujours, nous avons fait mettre notre scel à cesdites présentes.
Donné à Versailles, au mois de janvier. Tan de grâce 1731, et de notre règne, le seizième*
Signé : Louis.
Et plus bas : Par le Roi,
[Signé : Phélipeaux*
Registrées, ouï le procureur général du Roi, pour jouir par l'impétrant et ses successeurs, évoques de Clermont, en Auvergne, de l'effet et contenu en icelles, et être exécutées selon leur forme et teneur, aux charges, clauses et conditions portées par l'arrôt de ce jour. A Paris, en Parlement, le 11 août 1732.
Signe : Ysabeau.
Registrées en la chambre des comptes; ouï le procureur général du Roi, pour jouir par l'impétrant et ses successeurs, évoques de Clermont, en Auvergne, de Teffet et contenu en icelles, et être exécutées selon leur forme et teneur, suivant et aux charges portées par l'arrêt sur ce.
Fait le 9 septembre 1732.
Cotlalionné. Signé : Ducornet,
DE MASKILLON. 289
à DOM TÀUPIN, prieur de r abbaye de MozacK (Sur Tautographe conservé ilans la châsse de Saint-Austrenioine.)
Ce mardi matin, 31 janvier 1731.
Je viens de faire construire une chapelle dans le palais ëpiscopal, que j'ai dédiée à Dieu sous l'invocation de saint Austremoine, premier apôtre et premier évêque d'Auvergne. Vous avez son saint corps dans votre église. Je vous supplie, Monsieur, de confier à M. Théron un peu de ses cendres, ou quelques petites parcelles de ses os, pour être mises sur l'autel de la nouvelle chapelle. Vous aurez la bonté d'y joindre votre attestation dans laquelle vous marquerez que vousavezdétaché à ma prière ces reliques du corps de saint Austremoine pour êti*e placées sous l'autel de la chapelle du palais épiscopal. Il faudra y marquer votre nom et le mien, la date de l'année et du jour, parÊe que c'est une authentique qui doit être mise avec la petite portion des reliques que vous m'enverrez. Je l'attends avec beaucoup d'empressement pour consacrer mon autel. S'il ne faisait pas si mauvais, je vous exhorterais à venir dîner avec moi demain, et me faire le plaisir de les apporter vous-même.
Je suis,. Monsieur," très-sincèrement, votre trèshumble et très-obéissant sei'viteur.
1 Éditée par M. Attaix»
990 CORRESPONDANCE INEOII i:
au cardinal DE FLEVRY.
(Sur l'auiographe appartenant à M. le marquis de Loyac.)
Voir la noie de la lettre XXXI,
Votre Éminence a eu la bonté de nous faire expédier des lettres patentes pour rétablissement d'une maison dans mon diocèse, qui pût servir d'asile aux prêtres vieux et infirmes. M. Crozat, le cadet, qui est comme le principal fondateur de cet établissement, nous donne quarante mille écus qu'il avait fait porter à la Monnaie, lors de la défense de garder de l'argent chez soi. Votre Éminence fut informée de ce petit détail. Elle voulut bien même régler les intérêts du contrat qu'on nous a donné sur le Roi pour cette somme de quarante mille écus ; ils ne l'ont été qu'au denier cinquante, les besoins de l'État n'ayant pas permis de mieux faire, à ce que Votre Éminence me fit l'honneur de me marquer. Elle me promit en même temps qu'à l'égard des arrérages échus depuis sept cent vingt, vous les feriez régler, non pas à la vérité comme M. Crozat le souhaitait, mais sur un pied dont je serais content.
Cependant, Monseigneur, M. Crozat m'écrit qu'on n'en veut rien payer du tout, et que tout ce qu'on lui <>fFre est de les unir au principal. J'avais compté sur
ce petit secours, avec ce que je devais ajouter du mien, pour un commencement d'établissement où il y a mille dépenses inévitables. Votre Éminence voudrait-elle nous en priver tout à fait? Que pouvions-nous avoir de plus sûr que nos besoins et votre promesse pour nous y attendre ? Quoique ces arrérages soient dus légitimement, nous nous contenterons de ce que Votre Éminence voudra bien nous acc.order, et nous recevrons cette dette comme une aumône. Si Votre Éminence voyait elle-même le besoin qu'un diocèse aussi vaste et aussi pauvre que celui-ci a de cet établissement, je n'aurais que faire de la solliciter.
Je supplie donc Votre Eminence de considérer qu'elle a eu la bonté de me promettre qu'on nous ferait payer ces arrérages sur un certain pied. Quel qu'il puisse être, nous le recevrons comme un don. M. i'évêque de Laon a obtenu la même grâce de Votre Éminence pour Notre-Dame de Liesse dans un cas tout pareil. J'espère que ce ne sera pas trop me flatter de me promettre la même bonté de votre part pour une œuvre aussi sainte et aussi utile à l'Église.
On m'écrit d'employer quelques personnes de la cour qui m'honorent encore, malgré une longue absence, de leur amitié, pour obtenir cette faveur de Votre Éminence. Mais comme jusques ici je ne me suis adressé qu'à vous seul, je ne changerai pas de conduite : je n'ai jamais compté que sur votre protection. Ce n'est pas pour moi que je la réclame, je n'ai besoin de rien, et je ne demande rien, que cette bienveillance précieuse dont vous m'avez toujours honoré. Mais je suis obligé de réclamer votre auto-
rite, et de vous importuner même quelquefois pour les intérêts de ce pauvre diocèse que la Providence m'a
confié.
Je conjure Votre Éminence de le trouver bon et de recevoir toujours avec la même bonté les protestations sincères de rattachement inviolable et respectueux avec lequel j'ai l'honneur d'être,
Monseigneur, de Votre Ëminence,
le très-humble et très-obéissant serviteur»
Ce 12 mars.