‹ L'épiscopat de Massillon d'après des documents inédits, suivi de saChapitre 12 sur 23 · RÉPONSE DU CARDINAL DE FLEURY · texte numérisé non relu

RÉPONSE DU CARDINAL DE FLEURY

a MASSILLON.

(Sur rorigina], aux archives du Puy-de-Dôme ^)

A Marly, le 18 norembre 1731.

J'ai reçu, Monsieur, la lettre dont vous m'avez honoré du 9 de ce mois. Je vous supplie d'être persuadé que l'affaire de votre clergé par rapport aux nouveaux droits sur les boucheries, m'a trop tenu au cœur pour n'y avoir donné toutes mes attentions et pour ne l'avoir examiné à fond. Le zèle seul avec lequel vous vous portez pour le soulagement de votre clergé, que je ne puis trop louer, eut été pour moi un motif suffisant pour chercher les moyens de le décharger de cette imposition, et je vous supplie d'être persuadé que je n'ai rien oublié. Mais d'un autre côté, ces droits ayant été payés par tous les autres diocèses comme légitimement dus, il serait d'une dangereuse conséquence d'en exempter ceux qui sont en retard d'y satisfaire, et il n'y a que le vôtre et celui de Tours qui soient dans ce cas et qui s'y opposent. Ce que je puis faire de mieux est de

' Publiée par M. Attaix.

S02 CORRESPONDANCE INEDITE

voir avec M. Orry s'il n'y aurait pas quelque expédient pour vous soulager sur ces arrérages, ou de prendre des mesures et des précautions pour que le recouvrement s'en fasse plus facilement et à moins de frais que faire se pourra. Je lui en parlerai, et vous pourrez compter sur le désir sincère que j'ai de vous marquer, Monsieur, les sentiments avec lesquels je vous honore.

à M. TRUDAINE, intendant d^ Auvergne^ alors à Paris • s (Sur l'autographe, aux archires du Puy-de-Dôme.)

Ce 25 janvier 1732.

Vous m'avez laissé, mon cher intendant, dans de cruelles alarmes, sur les suites de votre voyage. Vous l'avez fini heureusement, j'en suis charmé; mais vous sentez bien que je n'ai pas encore le cœur net, ei qu'il n'y a que l'assurance de votre retour qui puisse me calmer.

Je ferai usage de l'avis que vous avez la bonté de me donner sur M. Fournier, et sûrement vous nV serez pour rien. Si par hasard vous revoyiez quelqu'un des trois avocats, je vous supplie de les assurer de ma part que c'est uniquement pour éviter les chicanes et

* J*ai publié pour la première fois la partie la plus intéressante de cette lettre dans les Annales de philosophie chrétienne, janvier 1883, p. 362, donnée depuis entièrement à M. Attaix.

les longueurs que je les ai demandés; je ne souhaite qu'un règlement qui me mette à couvert de l'esprit processif de mes moines, et je cherche plus la paix que mes intérêts.

J'aurais cru que les glaces refroidiraient un peu la dévotion de saint Médard. On m'écrit de tous côtés qu'elle se réchauffe de plus en plus. J'attends le dénoûment pour faire mon acte de foi; mais s'il est vrai qu'on ne gagne en attendant que des convulsions, je douterai si ces miracles sont des châtiments ou des grâces ; car d'aller croire avec nombre de gens bien sentant que c'est un jeu , il y aurait trop de personnes dans le secret, et le mot de l'énigme aurait échappé à quelque faux frère.

J'attendrai le résultat de votre conversation avec M. Orry, et je suis très-persuadé que les intérêts de mon clergé n'auront rien perdu entre vos mains. Je ne refuse pas l'imposition courante, mais pour les arrérages, je ne les dois pas ; je suis même dans l'impuissance absolue de les payer.

Votre dernière ordonnance a fourni à une compagnie oiseuse * quelque matière à délibération ; car vous savez que notre aréopage, comme autrefois celui d'Athènes, ne demande pas mieux que de trouver quelque chose de nouveau qui occupe son profond loisir; mais je puis vous assurer que de toutes ses séances, il n'est sorti dans le public que des éloges de votre sage administration, une crainte réelle de vous perdre, et un désir en vérité universel de vous revoir dans la province.

1 La cour des Aides de Clermont-Ferrand.

sot CORRESPONDANCE INÉDITE

Donnez-moi de vos nouvelles, mon cher intendant, le plus souvent que vous pourrez. Ne craignez point pour Vos lettres : vous serez le seul qui saurez que je les ai reçues, et ce qui n'y devra être que pour moi n'y sera jamais pour personne.

Mille respects à notre chère intendante. Je vous embrasse de tout mon cœur. Vous connaissez les sentiments tendres et respectueux que je conserverai toute ma vie pour vous.

a M. TBUDÀINE, alors à Paris K (Sur rauto(;rap1ie, aux archives du Pay-dc-Dôme.)

15 février 1732.

Je VOUS envoie, mon cher intendant, une copie de la lettre que je me suis enfin déterminé d'écrire à M. Orry ; j'y prends le personnage de suppliant, et je vous avoue que cette humilité m'a beaucoup coûté à son égard. Vous y verrez les raisons que je lui allègue pour obtenir la remise des arrérages que je lui demande. Il me semble que je lui prouve évidemment que mon clergé n'est pas en faute sur le retard, et que la négligence des fermiers généraux, qui pendant six ou sept ans depuis le rétablissement de ces nouveaux droits, n'en ont fait, ni fait faire aucune demande à

> Publiée par M. Attaix. ;

mon diocèse, que cette négligence doit tomber sur eux, et non pas sur nous; qu'il n'est pas juste d'abîmer un clergé parce que leur incurie seule l'a mis hors d'état de payer, et qu'ils ne doivent pas être reçus à demander que le Roi les indemnise, faute par nous de satisfaire à une taxe qu'ils ont été si longtemps sans avoir eu même le soin de nous notifier. Si la raison et l'équité décident ce différend, la décision doit nous être favorable. Il est important, mon cher intendant, que vous ayez la bonté de lire la copie de ma lettre à M. Orry pour être au fait de mes raisons, s'il vous reparle»de cette affaire quand vous le reverrez.

J'ai enfin reçu mes lettres patentes avec les arrêts du Parlement et de la Chambre des comptes' qui ordonnent une information pour la maison que je vais établir, qui doit servir d'asile aux prêtres vieux et infirmes. Je renvoie ces lettres patentes avec les arrêts et l'information à M. du Cornet, secrétaire du Roi et greffier en chef de la Chambre des comptes, qui a conduit toute cette affaire avec beaucoup de zèle. Comme ce paquet est d'une grande conséquence, M. Sadourni a cru que vous ne trouveriez pas mauvais qu'il l'adressât à votre secrétaire sous l'adresse ordinaire, afin qu'il fût rendu plus sûrement en main propre à M. du Cornet, cour du Palais.

M. Champflour m'assura hier que la Cour des aides avait envoyé des mémoires pour l'affaire des échevins. Le premier président et le lieutenant général étaient venus chez moi sans doute pour m'en parler; mais malheureusement ils s'y trouvèrent ensemble, de sorte qu'il ne fut question de rien. Je ne les ai plus vus depuis, et je ne sais à quoi en est cette

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tracasserie, toujours occupation sérieuse pour gens aussi désœuvrés que nos graves sénateurs. Ce que je sais, mon cher intendant, c'est que tous les cœurs vous redemandent, et que la consternation sera générale si nous sommes assez malheureux que de vous perdre. Vous ne m'avez pas encore écrit un seul mot là-dessus, ce qui me persuade que la chose est encore douteuse, car vous n'auriez pas, je m'assure, la dureté de me laisser dans l'incertitude, s'il n'était décide que vous devez revenir.

Je vous embrasse mille fois : vous connaissez mon respect et mon attachement tendre pour vous.:

P.- S, — Ne me laissez pas longtemps, je vous supplie, sans me donner de vos nouvelles ; dès que j'aurai reçu la réponse de M. Orry, j'aurai l'honneur de vous envoyer l'état des décimes de mes paroisses d'Auvergne.

Malgré la rigidité de Fleury et d'Orry en matière de finances, cette affaire se termina enfin par un arrangement où Ton devait payer Tannée courante, plus une autre année, soit une somme totale de 11,051 livres exigible au mois d'octobre 1732 sur le clergé de la généralité de Riqm, et on faisait grâce de tous les autres arrérages. Nous sommes loin des 60,000 livres demandées par M. Orry. a J'ai déterminé, écrivait l'intendant Trudaine au contrôleur général, M. Tévêque de Glermont à &ire cette imposition : il a fait la répartition de Tannée courante à la dernière assiette, et d'une autre année à compte des anciens arrérages, n D*autre part, M. Trudaine disait aux députés de Glermont que u cette grâce était regardée comme considérable; et je puis vous assurer, ajoutait-il, que vous en êtes uniquement redevables aux

vives et pressantes sollicitations de M. Tévôque de Clermont » . Néanmoins Massillon crut devoir protester, comme on le verra par la pièce suivante.

Je proteste tant en mon nom qu'en celui de toute la chambre ecclésiastique de mon diocèse, que je ne consens à la susdite imposition que malgré moi et pour ne pas désobéir aux ordres réitérés qui m'ont été signifiés de la part du Roi, et que je regarde cette imposition comme absolument contraire aux anciens règlements et aux prérogatives les plus incontestables du clergé.

18 aoU 1-32.

À M, COUTURIER y supérieur général de Saint- Sulpice, (Sur l'original, au séminaire de Saint-Sulpice d'Issy.) Voir VAmi de la Religion, tome LXXVIl, p. 39. *

Nous devons les excellentes notes qui accompagnent celte lettre à la sympathique obligeance du savant M. Gamon , directeur au Séminaire de Saint-Sulpice de Paris.

28 décembre 1732.

J'ai l'honneur de vous envoyer, Monsieur, la lettre que vous souhaitez pour M. le comte de Saint-Florentin, par laquelle je le supplie de nous obtenir des lettres patentes pour notre petit séminaire * . Vous

1 Ces lettres patentes furent ezpédiéei en janvier 1733; elles autori-

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savez les raisons qui m'avaient obligé de différer jusqu'ici. Ce n'était pas, je vous assure, faute d'empressement pour donner unp forme solide à un établissement si utile. J'en connais trop tous les jours les avantages pour mon diocèse, et je suis trop content des soins et du zèle de M. Gigaud'. Vous aurez la bonté, Monsieur, de faire dresser vous-même ces lettres de manière qu'elles vous assurent pour toujours sous mes successeurs la direction de ce petit séminaire. Nous penserons ensuite à l'union du prieuré de Montferrand, et je me flatte que M. le cardinal de Rohan' ne me refusera pas son agrément.

A l'égard de notre grand séminaire, il n'y en a pas en France de mieux gouverné. La santé de notre cher supérieur ne répond pas à toutes ses excellentes qualités; mais j'espère que nous le conserverons, s'il veut devenir docile sur les ménagements dont il a besoin. M. de Monti ' a été incommodé d'une inflammation de gorge; heureusement elle n'a point eu de suite. Mais son zèle et son application continuelle pourraient en avoir, s'il n'en rabat pas un peu. Vous me

saieot révérjue de Clermoat à joindre des bénéfices au Petit Séminaire de philosophie qu'il venait d'établir.

'M. Gigaud, supérieur du Petit Séminaire de Clermont, mort le 25 avril 1741, âjé de cinquante-trois ans.

' Le cardinal de Rohan consentit, en qualité d'abbé de la Chaise-Dieu, à l'union du prieuré de Saint-Robert de Montferrand an séminaire des philosophes. Ce prieuré, qui relevait de la Chaise-Dieu, valait enviroa 2,500 livres. Mais ses chargées étaient considérables. Il avait au sommet 4u Puy-de-Uôme la chapelle de Saint-Barnabé, dont on voit encore les ruines. L'union demandée par Ma'tsillon et agréée par M. de Rohan eut lieu en 1736. — Re^ titres du Grand Séminaire de Montferrand,

' M. Aronio de Monti devint plus tard directeur du Séminaire Saint- Sulpice de Paris, assistant et consulteur de sa Compagnie, et mourut le 18 octobre 1772, au Séminaire Saint-Charles de Toulouse, dont il avait été longtemps supérieur.

recomftiandez, Monsieur, d'avoir toujours la même amitié pour eux. C'est me demander que j'aime ce qui fait ma consolation, et à quoi je dois tout le bon ordre de mon diocèse. Je ne doute pas que vous n'ayez toujours quelque bonté pour le petit abbé de Simiane *, et pour le frère* de M. Morin, mon aumônier '.

Je suis, Monsieur, avec tous les sentiments de vénération que vous méritez, votre très-humble et très-obéissant serviteur.

LETTRE DE MASSILLOjN

à DANCHETf de l'Académie française K (Sur l'original du cabinet de M. Bautron.)

1" avril 1733.

Je sens comme je le dois, Monsieur, l'attention dont vous m'avez honoré. J'ai retrouvé dans votre discours la politesse et les grâces de l'éloquence dont

1 Fr. Louis-Hector de Simiane, clerc du diocèse de Ciermoat, était encore au séminaire de philosophie de Saint-Sulpice. Il n'avait que quinze ans. Cat, des ent, au Sém, S. Suip.

* Louis Morin, acolyte du diocèse de Clermont, était entré au petix séminaire de Saint-Sulpice le 27 janvier 1732. Cat. du petit S. S. S.

' Était alors supérieur du séminaire de Clermont, M. Maurice Lefebvre d*Olibeau, mort en 1747. Le 9 juillet 1736, M. Couturier fit la visite du séminaire de Clermont. Massillon lui marqua publiquement (ouïe Festime qu*il avait pour d'Olibeau. •— Registres du séminaire de Monlferrand,

^ Il résulte du conteite de cette pièce que cette charmante lettre fut

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VOUS êtes depuis longtemps en possession. Nous sommes à plaindre dans nos provinces. Nous n\ pouvons conserver quelques restes de bon goût que par réminiscence. Des fonctions sérieuses, les sociétés qui nous environnent, l'air que nous respirons, tout nous épaissit. Vous nous redonnez une étincelle de cet esprit que vous puisez à la source, et vous prévenez une extinction totale, quand vous, Monsieur, ou nos autres confrères nous font Thonneur de nous communiquer quelques-uns de leurs ouvrages.

Je souhaiterais de tout mon cœur pouvoir vous être bon à quelque chose dans cette province qui vous a donné la naissance, et où vous pouvez avoir encore des personnes qui vous intéressent.

Vous savez avec quels sentiments d'estime et de considération j'ai l'honneur d'être, Monsieur,

Votre très-humble et très-obéissant serviteur.

adrcisée â Daochet, de Riom, membre de l'Académie française. Danchet, en qualité de directeur de la Compagnie, reçut Saint-Aigoan , le 15 janvier 1727, et Snrian, en mars 1733. Sa réponse à Surian, évéqae de Vence, lui fit beaucoup d'honneur; et c'est évidemment à ce discours que Massillon fait allusion dans sa lettre. L'écriture de l'évéque de Clermont, déjà tremblante, indique qu elle est bien des dix dernières années de sa vie. D'Alembert, en louant la mémoire de Surian, auquel il succédait dans TAcndémie, dit que revécue de Vence semblait avoir formé sa touchante et pure éloquence sur celle de Massillon : « Il semblait l'avoir formée sur le modèle de ces discours nobles et simples par lesquels un de vos plus illustres confrères inspirait au cœur tendre et sensible de notre monarque encore enfant les vertus dont nous goûtons aujourd'hui les fruits, m

(A MONTFAVCONK) (Sur Tautographe faisant partie de la collection de M. B^tlly.)

Je suis ravi, mon Révérend Père, que vos longs et pénibles travaux vous laissent encore la force et le courage de nous donner des ouvrages aussi utiles et aussi recherchés que ceux dont vous avez enrichi jusqu'ici la république des lettres.

Le projet que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser doit être du goût du public. C'est un ouvrage qui nous manquait, et que je tiens nécessaire à l'intelligence de notre histoire. Et en effet la plupart des historiens se contentent de raconter des événements (jue personne n'ignore; et il n'en est presque aucun qui s'attache aux mœurs et aux usages des temps dont il nous parle. Continuez donc, mon Révérend Père, à nous faire part de vos lumières. Il est bien juste qu'après nous avoir mis au fait des mœurs des Grecs et

' Quoique la sascription de cette lettre n*cziste plut, je pense qu'elle est adressée au savant Bernard de Montfancon, qui, après nous avoir mis au fait des mœurs des Grecs et des Romains dans V Antiquité expliquée et représentée en figures (Paris, 1719, 10 vol. in-folio et Suppl. 1724, 5 vol. in-folio), nous apprend comment vivaient nos pères par les Monuments de ia monarchie française {11^9, S vol. in-folio). Le P. de Montfaucon, si cher aux érudits par ses vastes travaux, mourut neuf mois avant Massillon. Cette lettre est précieuse, puisqu'elle nous montre comment Téloquent tf véiue sMnteressait aux choses de la science.

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des Romains, nous sachions aussi comment vivaient nos pères. Je donnerai ordre qu'on me mette au nombre des souscripteurs.

Je suis avec toute Testime et la considération possible, mon Révérend Père, votre très-humble et trèsobéissant serviteur.

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