LUI
k Vabhé GAILLANDE, (Sur Voriginal, à M. le marquis de Biencourt.)
A Monsieur, Monsieur Vàhbé Gaillande,
Principal du collège du Plessis *,
à Paris.
A Clermoot, ce 7 juin 1738.
J'ai des raisons essentielles, Monsieur, outre celle de la résidence indispensable à un curé, pour exiger que le sieur Lachenal vienne incessamment desservir sa paroisse. II peut se passer de sa licence; mais sa paroisse ', surtout dans la conjoncture présente, ne peut pas se passer d'un pasteur, et je vous supplie de l'en informer de ma part.
1 Le collège du Plessis, rue Saint-Jacques, fonde en 1322 par GeoGfroy du Plessis-BalissoD, protonotaire apostolique et secrétaire du roi Philippe le Long.
* Massillon écrit constamment parroisse.
A Fégard du nommé Velard, tout ce que je puis vous en dire est que ce serait un grand malheur pour l'Église si jamais un évêque s'avisait de le promouvoir aux saints Ordres, à quoi il ne doit pas s'attendre, tant que Dieu me souffrira à la place où il me souffre ' depuis si longtemps.
Je suis, Monsieur, avec tout le respect possible, Vôtre très-humble et très-obéissant serviteur.
FRAGMENT
D'UNE LETTRE DE MASSILLON
au P. RENAUD, de V Oratoire^, (Dans le traite de Maiiry sur l'éloqueace de la chaire.)
Le Panégyrique de la Sainte Vierge est une composition oratoire qui n'est facile que pour des prédis cateurs sans talent, dont on n'attend rien, qui se contentent de tout, qui ne voient rien au delà de leurs idées, et se flattent d'avoir fait un panégyrique, en délayant des événements dépourvus d'intérêt dans un vide continuel de lieux communs.
' Massilloa écrit toujours soufrir, soufre, etc.
' Il Tenait de remporter le prix d'éloquence à rAcadémie française.
aj6 COnBESPOMDANCE INÉDITE
itso
a M, ROSSIGNOL, intendant tV Auvergne >.
(Sur rorigÎDa), aux archives du Puy-de-Dôme.)
Ce 23 mai 1739.
J'ai chargé, mon cher intendant, M. l'abbé Ribeyre ' et mon neveu * de vous faire les remontrances convenables sur l'excès surprenant de la somme à laquelle vous imposez chaque jour le clergé de Glermont, dont tout le monde connaît les facultés, pour les réparations des fontaines. Il paraît, en effet, bien extraordinaire que dans une ville taxée à quarante mille livres, et peuplée de près de quarante mille habitants, cinq ou six cents religieux ou religieuses, prêtres ou chanoines, assez pauvres comme l'on sait, soient obligés de payer le quart de cette somme. C'est une espèce de phénomène en fait de taxe.
J'ai l'honneur d'être, mon cher intendant, avec tout le respect possible,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur.
I Éditée par M. âttaiz.
* Depuis évéqiie de Sainl-FIorir.
s Jean-Bapiiste Mastillon.
h M. ROSSIGNOL «.
(Snr rautographc, aux archives du Puy-de-Dôme.)
Ce djdiu 1730.
Mon neveu d'Èbreuil a eu tort de vous rendre sérieusement, mon cher intendant, une réflexion qui n'avait été faite ici qu'en badinant. Il est vrai que je fus surpris de trouver le nom de Tévéque dans un rôle de ville où il n'avait jamais paru sous mes prédécesseurs. Mais on est surpris tous les jours de beaucoup de choses, sans en être fâché. Ce n'était donc pas la peine de m'envoyer une nouvelle édition de votre ordonnance. L'inadvertance du commis qui avait dressé la première ne méritait ni votre attention, ni la mienne. Je suis si éloigné, mon cher intendant, de soupçonner la droiture de vos intentions à mon égard, que, quand même vous m'assureriez que vous avez eu en vue de me faire de la peine, vous ne parviendriez jamais à me le persuader.
Ne doutez donc jamais aussi de la sincérité, du respect et de l'attachement avec lequel je serai toujours, mon cher intendant, votre très-humble et trèsobéissant serviteur.
' Publiée par M. Attaix.
au cardinal DE FLEURY.
(Publiée par d'Alembcrt, dans son ëloge de Massillon, t. V, p. 54, et en partie par Dulaare, dans sa Description historique, t. V, p. 453. Dalaure dit qae celte pièce était conservée au presbytère de Beauregard. 11 croyait cette lettre absolument inconnue. Hcsroivy la reproduit dans son recueil sur Massiilon.)
(Revue sur une ancienne copie.)
(Beaureçard, 1740.)
Monseigneur,
Je supplie très-humblement * Votre Ëminence de ne pas trouver mauvais que je sollicite une fois son cœur paternel pour les pauvres peuples de cette province. Je sens toute rimportunité de pareilles remontrances; mais, Monseigneur, si les misères du troupeau ne viennent pas jusqu'à vous par la voix du pasteur, par où pourraient-elles * jamais y arriver? Il y a longtemps que tous les états et toutes les compagnies de cette province ' me sollicitent * de représenter à Votre Èminence leur ^ triste situation. Ce ne sont point des plaintes et" des murmures de leur part; vous méritez trop de régner sur tous '' les cœurs.
* Instamment, Dulaure.
' Pourront, Dulaure et d'Auribcau.
^ L'Auvergne, d*Aaribcau.
* Pressent, d'Auribeau, ' D'en., la, Dulaure.
* Des plaintes et, mots nëçliçës par Dulaure. ^ Tous n'est pas dans Dulaure.
C'est uniquement leur confiance en votre amour pour les peuples ', qui emprunte ma voix.
Ils vous regardent tous comme leur père et l'ange tutélaire de l'État, et sont trop persuadés que si, après avoir été informé de leurs besoins, vous ne les soulagez pas, c'est que le secours aurait peut-être des inconvénients plus dangereux que le besoin même, et que le bien public, qui est le grand objet du génie sage et universel qui nous gouverne, rend certains maux particuliers inévitables '.
Il est d'abord de notoriété publique, Monseigneur, que l'Auvergne, province sans commerce et presque sans débouchés, est pourtant, de toutes les provinces du royaume, la plus chargée, à proportion, de subsides. Le conseil ne l'ignore pas; ils sont poussés à plus de six millions, que le Roi ne retirerait pas de toutes les terres d'Auvergne, s'il en était l'unique possesseur. Aussi, Monseigneur, les peuples de nos campagnes vivent' dans une misère affreuse, sans lit, sans meubles. La plupart même, la moitié de l'année, manquent de pain d'orge ou d'avoine, qui fait leur unique nourriture, et qu'ils sont obligés de s'arracher de la* bouche et de celle de leurs enfants, pour payer les impositions.
J'ai la douleur d'avoir chaque année * ce triste spectacle devant mes yeux dans mes visites. Non, Monseigneur, c'est un fait certain, que dans tout le reste de la France il n'y a pas de peuple plus pauvre
' Pour les peuples, omit. Dul.
' Paragraphe omis par Dulaiire. D'Auribeau passe le mot particuliers, ^ Le peuple de nos campagnes vit.., Dulaure.
* Leurs bouches et de celles, Dulaure. Leurs impositions, Dul. et d'Al. ^ D*Alembert et d'Auribeau ajoutent ici : Monseigneur. Dulaure lit : J*ai la do.ulear chaque aance de voir ce triste...
340 CORRESPONDANCE INEDITE
et plus misérable que celui-ci, et que c'est à un point ^ que les nègres de nos iles sont infiniment plus heureux qu'eux; car, en travaillant, ils sont nourris et habillés, eux, leurs femmes et leurs enfants; au lieu que nos paysans, les' plus laborieux du royaume, ne peuvent, avec le travail' le plus opiniâtre, avoir du pain pour eux et pour leur famille, et payer leurs* subsides. S'il s'est trouvé dans cette province des intendants qui aient pu parler un autre langage, ils ont sacrifié la vérité et leur conscience à une misérable fortune.
Mais, Monseigneur, à cette indigence générale et ordinaire de * cette province, sont suiTcnues *, ces trois dernières années, des grêles et des stérilités qui ont achevé d'accabler les pauvres peuples. L'hiver dernier, surtout, a été si affreux que si nous avons échappé à la famine et à une mortalité générale , qui paraissait inévitable, nous n'en avons été redevables qu'à un excès et un empressement de charité, que des personnes de tous les étals ont fait paraître pour prévenir tous les malheurs. Toutes les campagnes étaient désertes, et nos villes pouvaient à peine suffire à contenir la multitude innombrable de ces infoi> tunés qui y venaient chercher du pain. La bourgeoisie, la robe et le clergé, tout est venu à notre secours : vous-même, Monseigneur, avez déterminé la bonté du Roi à nous avancer soixante mille livres.
* Et c'est à un, Duljurc. // Cest au point, irAlembert et d'Auribca-j. ' Des, Dulaurc.
■ Leplu% rude et le plus, Dulaare.
^ Les, DuUure.
^ />« la, d*Auribe3u.
• Se sont jointes, d*AÎ, et d*Aur.
C'est uniquement à la faveur de ce secours que la moitié de nos terres, qui allaient toutes rester en friche par la rareté et la cherté excessive des grains, furent * ensemencées. Le prix des grains a diminué de plus de moitié. Mais le pauvre peuple qui, pour ensemencer ses terres, a été ohligé d'emprunter du Roi et des particuliers, et d'acheter des grains d'un prix alors exorbitant, va être obligé, par la vileté du prix où sont maintenant les grains ', d'en vendre trois fois autant qu'il en a reçu, pour rembourser les avances qu'on lui a faites, de sorte qu'il va retomber dans le même gouffre de misère, si Votre Éminence n'a pas la charité de faire accorder, cette année ', quelque remise considérable sur les impositions que le conseil va régler incessamment*.
Au reste. Monseigneur, je supplie de tout mon cœur * Votre Ëminence de ne pas regarder ce que je prends la liberté de lui écrire comme un excès de zèle épiscopal. Outre tout ce que je vous dois déjà, je vous dois encore plus la vérité. Ainsi, loin d'exagérer, je vous proteste. Monseigneur, quejai ménagé les expressions, afin de ne pas affliger votre cœur tendre pour les peuples ".
Je ne doute pas que M. Rossignol ^, notre intendant, quoiqu'il craigne beaucoup de déplaire, n'en dise encore plus que moi. Que Votre Éminence ait la
' Ont été, d'Alembert et d*Auribeaii.
' Où ils sont maintenant, d'Al. et d'Auribeau...
' Cette même année, d'Auribeau.
* Ce paragraphe o*cst pas dans Dulaure.
' Instamment, d*Al. et d'Aur.
'^ Tendre pour Us peuples. Omis. d'Alembert et d'Auribeau.
7 La copie seule donne le nom de Tintendant.
342 CORRESPONDANCE INEDITE
bonté de lui en ' faire rendre compte. Je sens bien que, dans une première place, on ne peut ni tout écouter, ni remédier à tout. Cette maxime pouvait être admise sous les ministères précédents; mais sous le vôtre, tout est écouté. Les grandes affaires qui décident du sort de l'Europe, ne vous font par perdre de vue les plus petits détails. Rien ne vous échappe de cette immensité de soins, et rien presque * ne parait non-seulement vous accabler, mais même vous occuper*.
. C'est dans cette confiance que j'ai hasardé cette lettre : avec un vrai père, on ose tout; et, quand on lui parle pour ses enfants, on peut bien Timportuner, mais on est bien sûr qu'on n'a pas le malheur de lui déplaire.
Je serai toute ma vie avec le respect le plus tendre et le plus inviolable, Monseigneur*, etc.
^ De s'etiy d'Alembert et d'Anribeau.
* Et rietif d*Aaribeau et d'Alembcrt.
"^ Ce paragraphe o'est pas dans Dulaure.
* Dulaure ; Je serai toute ma vie, etc. D'Alembert et d'Auribeaii nc{jli{jent cette conclusion.
LETTRE Dïî MASSII^ON
au cardinal DE FLEURTK
(Sur roriginal, aux archives des Affaires étrangères, série Brune. Auvergne, (orne 72.)
A Glermont, ce 8 avril 1 740.
Monseigne;ur,
Je crois faire plaisir à Votre Éminence de Tinformer des fruits prodigieux qu'opère ici le zèle de M. Bridaine et des missionnaires qui raccompagnent, si dignes de la protection dont vous les honorez. Clei^ mont est une ville toute renouvelée, et je mourrai sans regret après avoir été témoin des bénédictions incroyables dont Dieu favorise cette mission. J'avais besoin que ces saints ouvrière vinssent suppléer ici avant ma mort à tout le bien que j'avais dû y faire moi-même.
M. Bridaine, qui en est le chef, a un talent d'apôtre. Il n'est pas possible de résister à la voix de Dieu qui parle par sa bouche. Son talent est pour les grands comme pour le peuple. Il le diversifie et le met à la portée de l'état et du caractère de ses auditeurs. Son zèle, et je n'en ai pas encore vu de semblable, est pourtant sage et décent; et je suis persuadé, Monsei-
< Communiquée par M. Frédéric Masson. J*ai publié cette lettre pour la première fois dans les Annales de philosophie chrétienne, mai 1882, p. 143, et janvier 1883, p. 374.
344 CORRESPONDANCE INEDITE
gneur, que si Votre Éminence l'appelait à la cour pour y prêcher tout seul et sans aucun appareil de mission le carême prochain, je connais assez cet auditoire pour vous assurer qu'il y serait respecté, admiré, et que Votre Eminence aurait la consolation de voir toute la cour renouvelée; et quelles suites ne pourrait pas avoir le renouvellement d'une cour! Votre Éminence le sait mieux que je ne pourrais avoir l'honneur de le lui dire.
Je compte m^ener tous nos missionnaires à Beauregard et les y garder pour les laisser reposer après leur mission qui ne finira qu'à la fin de ce mois.
Je me crois encore obligé de. ne pas laisser ignorer à Votre Éminence que M. l'abbé Ribeyre *, depuis qu'il a pris la place de M. Champflour",. qu'il est devenu premier grand vicaire et chargé des principales affaires du diocèse, passe en bien tout ce qu'on pouvait attendre de lui. Nous lui avions toujours trouvé plus de fonds d'esprit et d'usage des hommes qu'à M. de Mirepoix, mais je n'aurais pas cru qu'il lui fût encore très-supérieur pour l'expédition des affaires et le gouvernement d'un diocèse. M. l'abbé Couturier', informé par les directeurs de mon grand séminaire de tout ce détail, pourra confirmer à Votre Eminence le témoignage que je crois devoir rendre à l'abbé Ribeyre. Il est docteur de Sorbonne, très-bon théologien, grand vicaire et officiai depuis quinze ans. Ses mœurs honorent sa place. J'ai cru qu'il était de
* Nommé à révéchc de SainuFlour le 12 mai 1742.
* M. de Champflour avait clé nommé â Tévéché de Mirepoix le 7 septembre 1737.
* Supérieur général de Saint-Sulpice.
mon devoir d'en informer Votre Ëminence, qui ne cherche qu'à connaître des sujets dignes d'être mis en
place.
J'ai l'honneur d'être avec le dévouement le plus tendre et le plus respectueux, Monseigneur, de Votre Éminence le très-humble et très-obéissant serviteur.
au sujet du prieuré clunisois de Sauxillanges,
(Sur raatojraphe de la Bibliolhèqae de la ville de Clermonl-Ferrand ^)
Voirie Cartulaire de Sauxillanges, 1864, in-4°, saraate publication
de M. Henri Doniol.
Je suis enfin forcé. Monsieur, de procéder dans les formes contre la vie scandaleuse de quatre de vos religieux de Sauxillanges. Ce n'est qu'à l'extrémité que je m'y détermine, après avoir attendu depuis trois ou quatre ans que vous y missiez ordre, sur les avis que j'en avais fait donner à Dom Poncet, votre prédécesseur, par un de mes grands vicaires.
Le prieur qui gouverne le monastère de Sauxillanges est un homme fort âgé, détenu dans sa chambre par la goutte et par les paperasses et les procès
» C'est avec le certificat XXV, les seules pièces autographes de Massillon que possède la Bibliothèqie de la ville de Clermont. Un fragment de discours sur L'ambition des ecclésiastiques lui est mal à propos attribué ; il n'est évidemment pas de sa main. Cette lettre est sans doute adressée à l'abbé de Glnny, duquel relevait alors ce prieuré, ou pi itôt à son f irulé de pouvoirs.
dont il s'occupe uniquement. 11 ignore lui seul tous les désordres de ses religieux, tandis que c'est un scandale connu de toute la province. Beaucoup d'honnêtes gens lui en font des plaintes; mais, comme vous savez que c'est un homme entêté, toutes les plaintes ont été inutiles, et le désordre n'a fait qu'augmenter chaque jour.
Vous avez entendu parler d'un procès qu'il a fait au curé de Sauxillanges à l'occasion d'un mémoire que ce curé avait dressé pour m'étre présenté sur le dérèglement des religieux. Gomme ce curé voulut le faire signer aux prêtres habitués de son église, un de ces prêtres, fort mauvais sujet, sous prétexte de l'aller signer, le porta au prieur. Là-dessus le prieur a fait assigner le curé en réparation d'honneur. Les juges séculiers et ecclésiastiques se sont transportés à Sauxillanges, et tout ce qui a résulté de cette procédure a été un plus grand éclat de la mauvaise conduite des religieux. Enfin le curé et le vicaire ont donné une dénonciation en forme à mon promoteur, et si vous lisiez les faits renfermés dans le réquisitoire et le nombre infini de témoins allégués, vous en seriez effrayé. L'official et le promoteur vont donc partir pour dresser les informations sur les lieux. Vous êtes encore à temps pour prévenir une affaire aussi déshonorante. Je ne suis point d'un caractère à faire de la peine, surtout à des religieux d'un Ordre que j'ai toujours honoré. La douceur avec laquelle je gouverne ce grand diocèse où nous vivons tous en paix, en répond assez. Mais, à moins d'abandonner toutes les règles, je ne puis me dispenser de prendre connaissance d'un scandale aussi public, et le prieur
lui-même m'a mis par son imprudence dans la nécessité de le faire. S'il avait voulu prendre avec moi des mesures de prudence, cette afiFaire aurait été presque assoupie en éloignant de Sauxillanges les quatre religieux scandaleux, et qui y vivent comme des soldats aux gardes. Je vous envoie leurs noms et quelques faits principaux de leurs dérèglements. Je ne doute pas que vous ne les retiriez de ce monastère; cela finira tout. Mais si vous y envoyez d'autres jeunes religieux, il faut y mettre un prieur qui puisse veiller sur leur conduite. Ils se dérangeront encore sous celui-ci à qui l'âge et les infirmités ne permettent pas d'agir, qui ne sait rien de ce qui se passe, et à qui les religieux font accroire tout ce qu'ils veulent \
Je suis, Monsieur, avec tous les sentiments possibles d'estime, votre très-humble et très-obéissant serviteur.
à DÂNCHETy de l'Académie française *.
(Sur roriginal.)
Clermont, le 16 janvier 1741.
Si je pouvais compter sur votre amitié. Monsieur, j'en serais bien plus touché que de vos éloges. Ce
1 Voir sur Sauxillanges, outre le Carlulaire, VHisloire des Ordres monastiques en Auvergne , par M. Branche, p. 92, 340 et 429. Sauiillanges, déchu de son antique splendeur, appartenait à Cluny comme Ris ; en 1782 il fut réuni à l'abbaye de Blesle.
' Cette lettre est écrite de la main d*un secrétaire, mais elle est «ignce
3iS CORRESPONDANCE INEDITE
n'est pas que venant d'un homme de votre caractère, ils ne soient capables de flatter; mais je sens trop ce que je suis, et je connais trop cette bonté naturelle qui vous a donné de tout temps autant d'amis que votre talent et votre mérite, pour me tromper moimême sur tout ce que vous paraissez penser à mon égard.
Fournissez-moi, je vous prie, des occasions où je puisse vous donner des marques de mon estime et de mon zèle pour tout ce qui peut vous intéresser, — C'est votre amitié que je souhaite et que je cherche; et il ne tiendra pas à moi que je ne la mérite par mes soins empressés et par le respect et l'attachement avec lequel je serai toujours, Monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.
par l'civéqae de Clcrmoat. Cette sig;nattire fait peiae a voir, tant elle indique de malaise dans celui qui l'a tracée. Dèj le printemps de l'37, Massillon était fort souffrant, car nous avons vu une lettre écrite à Danchet par Pecquet, çrand maître des eaux et forêts de Rouen , 'datée de Versailles, 22 mars 1737, oà ce littérateur amateur demande le suf^ge de Danchet pour un siéçe à l'Académie française « qne la maladie de M. Massillon peut bientôt rendre vacant ». Quant à Danchet, ce pâle poëte dramatique, il était né à Riom en 1671, et mourut en 1748.
a Viniendant ROSSIGNOL.
(Sur l'autogiraphe déposé aux archives du Puy-de-Dôme.)
En 1740, on avait établi une rizière près de la ville de Thiers. Dans Teié qui suivit, une violente épidémie, attribuée à la retenue des eaux pratiquée pour la culture du riz, sévit sur la ville et sur ses environs, . emportant beaucoup d'iiabiianls, ruinant le commerce, emplissant les hôpitaux, faisant fuir les ouvriers. C'est à cette occasion que Massillon écrivit à l'intendant Rossi(jnol les trois lettres qu'on va lire, afin de stimuler son zèle et de Ten^^ager à joindre ses efforts aux siens, pour obtenir de la Cour la suppression de ces funestes rizières.
Ce lundi 7 (aoi\t 1741).
Je suis infiniment touché, mon cher intendant, et de l'état déplorable où se trouve la ville de Thiers, et de la bonté que vous avez eue d'y envoyer quelques secours. On m'écrit aujourd'hui que le mal augmente à chaque moment, et que si cette malheureuse plantation de riz qui a mis la peste dans cette pauvre ville subsiste, c'est une ville absolument perdue. Voyez, mon cher intendant, s'il n'est pas de beaucoup plus utile à l'État de conserver au Roi la ville d'Auvergne la plus commerçante et composée de vingt mille habitants, qu'une plantation nouvelle de riz qui infecte toute cette ville, et qui même, à ce qu'on m'assure, ne produira presque aucun profit cette année aux entrepreneurs à cause de la sécheresse. Vous ne feriez pas mal d'y envoyer quelque homme sage qui pût vous rendre compte de l'état des choses, et prendre là-dessus vos mesures qui ne pourraient que vous faire honneur à la Cour.
.udaut-eta^ectout
->ïl.l-ON
À Vintendant ROSSIGNOL.
(Sur Tautographe, aux archives du Pay-de-Dôme.)
Dimanche (R..., le 9 octobre 1741).
Vous m'aviez promis, mon cher intendant, de me foire part des nouvelles que vous attendiez de la Cour sur la calamité qui alEflige Thiers et qui augmente de jour en jour. Est-il possible que M. Orry ait été insensible à vos justes remontrances, et qu'il n'ait pas daigné entrer dans vos peines et paraître s'intéresser à la conservation d'une ville dont la perte ne peut qu'intéresser l'État?
Pour moi, j'ai écrit, comme j'avais eu l'honneur de vous le promettre, une grande lettre à M. le cardinal ', où, après l'avoir informé de l'état malheureux où se trouve la ville de Thiers et de sa perte inévitable si les rizières subsistent, j'ajoute que ce qui me console dans une conjoncture si affligeante, est que vous partagez avec moi mes peines, et que, pour peu que la Cour vous aide et soit touchée de vos représentations, vous pourrez prévenir la perte totale de cette pauvre ville. J'espère que vous aurez reçu quelques nouvelles qui nous calmeront un peu, car
' Le cardinal de Fleury, à qai Massillon avait écrit le 25 aoi^t 1741.
352 CORKESPONDANCE INEDITE
toutes celles que je reçois de Thiers m'accablent de tristesse.
Vous connaissez les sentiments de respect et d'attachement avec lesquels je serai toujours, mon cher intendant,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur.
Non content d'écrire, le généreux évéque de Clermont envoyait à Thiers des sœurs, nn médecin, des dames de charité et des secours de tonte sorte. L'épidémie sévit en août, septembre et octobre 1711. Thiers resta reconnaissant envers la mémoire de Massillon; on y montre encore la chambre qu'il occupa dans cette ville.