AU CHAPITRE CATHÉDRAL DE CLERMONT
(Sur Tautographe, aux archives du Puy-de-Dôme.)
A Paris, ce 22 mars 1718.
Messieurs,
Il n'est rien de si juste et de si conforme à Tesprit des canons que de conserver aux églises la liberté dont elles jouissent ; et vous devez être assurés que loin d'être opposé à vos droits et à vos usagées, j'en deviendrai ainsi même le plus zélé protecteur. Vous avez pu même connaître sur ce point mes dispositions;
* M. Dayle a lu mal à propos père au lieu de prêtre,
* Date omise par M. Baylc.
' S:iscriplion négligée par M. Bayle.
^ 11 s'agit de la candidature de M. de Ribeyre à un canonic3l de la
2t6 CORRESPONDANCE INÉDITE
dans les occasions qui se sont présentées, j'ai eu pour les libertés de notre Église non-seulement toute l'attention qu'un évéque doit avoir, mais encore tout le sèle d'un chanoine.
Il me parait que la Cour ne veut rien changer à vos usages. Son Altesse Royale m'a fait l'honneur de m'en assurer : on ne veut point gêner vos suffrages. Cependant, Messieurs, je croirais que plus la Cour en use favorablement à votre égard, plus vous devez en user avec circonspection et sagesse. C'est un avis que vos lumières ont sans doute prévenu, mais que je n'ai pu refuser à l'intérêt que je prends à ce qui vous regarde, et aux sentiments d'estime et de respect avec lesquels j'ai l'honneur d'être, Messieurs, votre très-humble
et très-obéissant serviteur,
Mâssillon,
n. à révêclié cle Giermont.
FRAGMENT
D*UNE LETTRE DE MASSILLON
À MONSEIGNEUR **♦
(Sur Tautographe yenant du cabinet de feu M. Lajarietle.)
(II a lu avec beaucoup de plaisir et de consolation
l'ouvrage que Monseigneur lui a envoyé.) J'y
trouve un esprit de paix, de modération et de cha-
Cathédrale. L'intendant d*AaTergne, M. Boucher, prétendait prendre part à rélectîon» en vertu du droit de régale, pendant la vacance du ticge épîscopal. Cette lettre a déjà été éditée par M. l'abbé Attaix.
rite dont je suis charme ; et au fond ce doit élre là l'esprit épiscopal. Nous n'écrivons pas en docteurs; nous écrivons en prêtres et en juges pour instruire, pour ramener et fortifier les faibles.
Paris, 18 juillet.
aux chanoines de la Sainte-Chapelle de Biom < (Sur l'autographe, aux archives du Ptiy-dt-Dôme.)
A Paris, le 12 janvier.
Je reçois, Messieurs, avec beaucoup de reconnaissance les nouvelles marques de votre souvenir; et je vous prie d'être persuadés que je serai ravi de vous donner dans toutes les occasions des marques de l'estime et de la considération avec laquelle je suis, Messieurs,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur.
-|- J. B., évéque de Clermont,
' Déjà publiée par M. l'abbë Attaix.
218 COltRESPOMDAMnE INÉDITE
a MM, les chanoines du Chapitre cathédral sur la mort de M. OGIEB, leur doyen *.
(Sur l'autographe, aux archives du Puy-de-Dôme.)
A Paris, ce 2 mai 1719 ^
Messieurs,
Vous avez besoin comme moi de consolation, après la perte commune que nous venons de faire. Votre compagnie perd un de ses plus illustres confrères; le diocèse, un des hommes les plus propres à l'édifier et à le gouverner; la province, une de ses meilleures têtes; et moi, un ami tendre et fidèle, un secours infini et la plus grande consolation de mon épiscopat. Gomme c'est parmi vous, Messieurs, qu'il s'était formé, et que c'est vous qui m'aviez fait un présent si précieux, j'espère que vous m'en dédommagerez, et que je retrouverai dans toute votre compagnie le même zèle pour moi et la même amitié dont feu M. votre doyen m'avait honoré. J'espère encore que vous voudrez bien m'aider dans la conduite d'un
* J*ai publie pour la première fois une grande partie de cette lellre dans les Atmales de philosophie chrétienne, août 1881, p. 1056. Depuis, M. l'abbé Allaiz l'a donnée en entier dans son excellente thèse sur Massillon. Toulouse, 1883, p. 185.
■ Cette date de 1719 est assignée par M. David, qui fut chargé des archiTCt du Chapiire de 1727 à 1744.
<liocèse si vaste et si pénible, comme je compte vous <loimer dans toutes les occasions les marques les plus sincères du respect et de la confiance avec laquelle j'ai rhonneur d'être, Messieurs, votre très-humble et très-obéissant serviteur.
ÀU RÈGENT^',
(Sur Torlgioal, aui archiyes des AfFairei élrangères, série Brune.
Auvergne, l. 7.)
A Clermont, le 19 ao/^t H 19.
MONSEIGNEUfi,
La protection dont Votre Altesse Royale veut bien in'honorer fait toute la consolation de mon état. Le Tîecours qu'elle vient de m'accorder si généreusement tne tire précisément de l'indigence. Je ne suis point inquiet pour l'avenir ; j'ai un bon maitre. J'ai toujours pensé. Monseigneur, que Votre Altesse Royale n'abandonnerait point un évéque qui lui doit tout, qui abesoin d'être secouru, et qui parmi toutes les peines de sa situation n'en trouve pas de plus amère que d'importuner un bienfaiteur.
Je serai tout le reste de ma vie, avec toute la reconnaissance, l'attachement et la fidélité la plus tendre, Monseigneur, de Votre Altesse Royale le très-humble <it très-obéissant serviteur,
* Publiée pour la première fois par le savant et xélë M. Frédéric Massou.
FRAGMENT
D'UNE LETTRE DE MASSILLON
A MONSEIGNEUR **»
(Sar l'autographe de M. le baron de L. L.)
Il lui mande que sa négociation n'a été ni longue, ni heureuse; qu'on ne lui a pas donné le temps d'entrer en matière, et que dès le premier mot il lui a été répondu qu'on n'entendrait jamais aucune proposition, tant que la dame en question serait privée de voir le Roi. Après avoir longuement continué le récit de cette négociation, il ajoute :
« Je me suis retiré aussi furieux que M. de Gavoie ; et je vous avoue que je suis d'un chagrin que je ne puis exprimer. Mais j'ai trouvé un fonds de mauvaise volonté, oiije puis vous assurer que vous n'auriez rien changé. »
AU CHAPITRE DE CLERMONT, en faveur de M* Périer '.
(Sur roriginal, au chapitre de Clermont.)
17 septembre 1719*
Messieurs,
On vient de m'apprendre la mort de M. le chantre *, «t je suis fort touché de la perte que vous avez faite. Vous connaissiez son zèle pour les intérêts de notre église, et je ne doute pas que M, Périer, son neveu, ne trouve auprès de vous les sentiments de reconnaissance qui sont dus aux services et à la mémoire de son oncle. Si ma recommandation pouvait y ajouter quelque chose, je prendrais la liberté de vous solliciter en sa faveur. C'est un bon sujet qui sert TÉglisL» tiepuis longtemps; et vous voyez bien, Messieurs, que «tyest la seule équité, et non aucun intérêt, qui me détermine à vous demander pour lui la place de son oncle. Je suis même persuadé que la prière que je vous fais vous sera agréable; et vous devez Têtre aussi que je ne vous en ferai jamais d'autre, et que je chercherai toujours toutes les occasions de vous mar-
1 On lit sur le dos de cette pièce la note suivante, d'uac ancienne écriture ! « Lettre de M. Massillon en faveur de M. Perler, oncle de ma fcmn^e, •décédé chantre de la cathédrale. 17 septembre 1719. »
^ Une des di^xtiiiés d^ l'ancien chapitre de Clermont.
quer le respect et rattachement avec lequel je suis. Messieurs, votre très-humble et très-obéissant serviteur.
évêque de Glermout.
A Beauregard, ce 17 septembre.
A la suite de cette lettre, M. Périer, neveu de Pascal, fut élu grand chantre.
à Vabbé DE THE ZUT,
secrétaire des commandements du Régent,
abbé de Saint^Martin de Pontoise^.
(Sur l'oriçioal de la collection de M. le comte d'Haiilerive.)
Il est vrai. Monsieur, que la nomination de la sœur du Ronset à la coadjutorerie de Tabbaye de TEscIache * a soulevé une partie des religieuses de cette maison. Elles se plaignent que l'abbesse les a toujours gou-
' MassiUon avait connu Tabbé de Thézat au nouveau conseil de conscience, composé du cardinal de Noailles, président; de Dubois, de Bissy, de Fleury et de Massilloii. C'est â ce conseil qae Thczut présentait la feuille des bénéfices. (V. Journal de Buvat, t. II, p. 184; VAbbé Dorsanne, 1756, t. III, p. 303, et Saint-Simon, qui loue le caractère honnête de Thétut, éd. Chéruel, in-12, iv, 95, et xi, 180.) L*abbaye de Ponloise, qui f.it donnée à M. de Thézut en 1716, valait environ huit à neuf mille livres de
revenu.
L'Esclache ou Relâche était une abbaye de Filles de l'Ordre de Cheaux. Ce monastère, situé à Glermont, lirait ce nom du lieu aae les religieuses
DE MASSIIJ.ON. ^253
vernées avec beaucoup de hauteur et de dureté, et présument que la nièce succédera aux inclinations comme à la place de sa tante. C'est un avenir dont personne ne peut répondre. J'ai vu deux fois cette coadjutrice : elle m'a paru d'un caractère d'esprit fort doux. Tout le monde convient que c'est une bonne religieuse. Il ne serait pas juste que le mauvais gouvernement de sa tante, vrai ou prétendu, devînt un préjugé contre elle. La plupart des religieuses qui se plaignent, aspiraient à cette place, et c'est la jalousie toute seule qui forme leurs plaintes. Si Son Altesse Royale ' avait la complaisance de les écouter, elle ne nommerait à aucun bénéfice, surtout dans cette pro^ vince, qu'elle ne fût accablée de semblables lettres. Ce sont là des factions inévitables dans les monastères, et principalement dans ceux où la régularité n'est pas infinie. Il est de la dignité du gouvernement de ne point changer, et de blâmer pareilles critiques. Les esprits sont ici naturellement durs et indociles. Je l'éprouve tous les jours sur les contestations présentes. Il faut une douceur extrême et un ménagement continuel pour les contenir. Mais aussi la fermeté ne gâte rien*.
L'accusation qu'on forme contre l'abbesse, d'avoir
occupaient dans les montagnes de la basse Auvergne, avant de venir se 4i:icr à la ville.
1 Le Régent.
* Massillon donne ici la clef de son administration pastorale. Un autre prélat, Beizunce, si célèbre par son dévouement, écrivait au Régent dans . le même sens. Dans une admirable lettre que conserve M. d'Hauterivc, Belzonce, s*adressant au duc d'Orléans du milieu même de la peste, et « comme enseveli ■• , dit-il, « dans les pensées de Téternité » , et lui donnant les plus sages conseils, veut, comme l'ëvéque de Clermont, qu*on joig^ne lefortiter et le suaviter de l'Écriture.
254 CORHESPONDANCE INEDITE
dissipé le temporel de la maison, est fausse; elle Ta rétabli, au contraire, et payé les dettes que sa devancière avait contractées. Je ne sais si le reproche qui regarde la dureté de son gouvernement est mieux fondé. C'est un monastère qui n'est pas soumis à la juridiction de Févêque, et je ne puis savoir ce qui s'y passe que par le bruit public. Or, il est certain que le bruit public charge fort l'abbesse sur cet article.
Voilà, Monsieur, un compte exact de tout ce que vous me faites l'honneur de me demander.
Souffrez que j'y ajoute les protestations sincères du
respect etderattachementaveclequeljesuis,Monsieur,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur.
A Clermont, ce 16 septembre ^
f Jean-Bapïiste,
Evêque de Glermont.
au P. MERCIER, Cordelier, à Riom K
(Copiée par M. de Créqai et imprimée dans les Mélanges de philosophie, t. 1, p. 262 (Bibliothèque nationale, t. Il, c. 889); rééditée dans le Discours inédit de Massillon sur le danger des fnauv<ûses lectures, suivi (le plusieurs pièces intéressantes, par Tabbé Hesmivt D'AuBiBEÀU,p. 72 et saiv., et déjà eu partie publiée par d*Alembert.)
(ReTue et complétée sur une ancienne copie.)
17 noTembre 1724.
Vous me félicitez, mon cher Père, sur le dernier procès de la conférence de Riom, comme si c'était
' Massillon partit définitivement pour son diocèse le 12 février 1721. Il
DE MÂSSILLON. 255
un nouveau règ^Iement dans mon diocèse. II est aussi ancien que mon épiscopat ; et dans le premier synode que je tins en y entrant, je renouvelai Tordonnance de mon prédécesseur sur Tacceptation de la bulle UnigeniiuSy et sur la défense de lire le livre des Réflexions morales.
Si j'ai ordonné qu'on rappelât cette défense dans la dernière conférence de Riom \ c'est sur l'avis que me donna M. l'abbé Ghampflour, un de mes vicaires généraux ', qu'il y avait encore quelques personnes qui ne se faisaient pas un scrupule de lire ce livre condamné par l'Église.
Vous me demandez une copie du procès-verbal, pour l'envoyer, dites-vous, en cour, et partout ailleurs. Je loue votre zèle; mais je n'ai pu m'empécher d'en rire. Je vous dirai simplement que je ne crois pas avoir besoin d'être prôné ; qu'ainsi je veux bien vous avoir pour ami, mais non pour panégyriste sur l'article dont il s'agit '. C'est faire injure à un évêque de croire le louer, en publiant qu'il maintient l'intégrité d'un dépôt dans son église. C'est à nous à rendre ce témoignage aux autres, et non pas à le recevoir d'eux. Ce serait d'ailleurs une ostentation pitoyable de publier dans des diocèses étrangers des actes domestiques que j'aurais été obligé de faire pour le
ne revint qu'une seule fois i Paris, dans Thiver de 1723, pour l'oraison funèbre de Madame. Le duc d'Orléans mourut dans les derniers jours de 1723. Cette lettre est donc d'une de ces trois années 1721, 1722 ou 1723.
1 Et non pas à Reims, comme le dit d'Auribeau.
* Les imprimés portent simplement : Sur Cavis que me donna un de mes grands vicaires,
' Et partout ailleurs selon votre zèle ; et je n'ai pu m'empécher d*cn rire. Mais je vous dirai que je n*ai pas besoin d'être prôné; qu'ainsi je veux bien vous avoir pour ami, non pour procureur. Imprimes.
bon ordre de mon diocèse. Un évêque doit être plus occupé * à ËBiire son devoir qu'à faire du bruit, à moins que TËglise ou ses talents ne l'appelle nt à combattre Terreur par des écrits publics.
Vous voyez que mon diocèse, que j'ai trouvé plein de troubles en y entrant, est aujourd'hui le plus paisible du royaume. Je l'attribue moins à mes soins qu'à une protection particulière de Dieu sur cette grande église, et à celle de tant de saints évéques qui l'ont gouvernée, et dont je suis le successeur indigne.
J'en ai fait sortir tous les réappelants ; et le petit nombre d'appelants qui y restaient ' sont venus se soumettre à moi, et m'ont témoigné être disposés à faire tout ce que j'exigerais d'eux. Toutes les disputeii sont si fort tombées ici, qu'on ne parle non plus des dernières erreurs condamnées ', que des hérésies de Nestorius et d'Eutychès.
Si vous avez trouvé quelques laïques qui sont entrés en contestation avec vous, c'est que, tout plein de ces^matières, vous croyez par un bon zèle devoir en parler à tout le monde ; et il n'est pas étonnant qu'il se soit trouvé des laïques qui, par un esprit de contradiction, ou par une mauvaise plaisanterie, ont affecté là-dessus de vous contredire. Il faut les instruire de leurs devoirs, et ne pas les accoutumer à disputer sur des matières qui les passent.
Une des grandes plaies que le jansénisme ait faites à l'Église, c'est, à mon sens *, d'avoir mis dans la
' Obligé, Imprimes.
' Qui restent. Imprimés.
3 De celles. Imprimés.
* A mon sens, omit. d'Alembert. — A mon avis, d*Auribeau el Mél.
bouche des femmes et des simples laïques, les points les plus relevés et les plus incompréhensibles de no^ mystères ', et d'en avoir fait'un sujet de conversation* et de dispute. C'est ce qui a répandu Tirréligion : et il n'y a pas loin, pour les laïques, de la dispute au doute, et du doute à l'incrédulité.
Âidez-moi, mon cher Père, à maintenir la sage tranquillité qui règne dans mon diocèse. Réservez-vouîi à instruire l'Église dans vos ouvrages que nous attendons avec impatience ; et en attendant, ne faites pail de vos lumières qu'à ceux qui sont capables de vous entendre et d'en profiter.
J'espère que vous ' ferez encore un voyage à Glermont, avant que de quitter l'Auvergne, et que j'aurai le plaisir de vous voir et de vous assurer de toute l'estime avec laquelle je suis votre, etc.
au cardinal DE NOAILLES.
(Sur rautojraphe, Bibliothèque nationale, manuscrits fr., 23218, p. 266.)
Clermont, le 1*'' janvier.
Monseigneur,
Je n'importune pas souvent Votre Éminence, bien persuadé que des lettres plus fréquentes en vous en-
* Les plus relevé» et tes plus incompréhensibles mystères. Mélanges et (l'Auribeau.
' Contestation, d'Âlembert et Mélanges.
' Ce paragraphe ne se trouve que dans Tancienne copie.
nuyantnevous apprendraient rien de nouveau sur les sentiments de respect, de tendresse et de dévouement que j'aurai toute ma vie pour Votre Éminence; mais la nouvelle année m'autorise à vous les renouveler, et à vous demander la continuation des bontés et de Tamitié dont vous m'avez toujours honoré. Je ne saurais assez répéter à Votre Éminence à quel point je suis touché des troubles qui continuent dans l'Église de Paris. L'ouvrage de la paix était solide, mais l'exécution n'a pas répondu aux intentions de ceux qui s'en étaient mêlés; il fallait que l'ouvrage de la paix fût conduit avec des dispositions pacifiques, et on y a mêlé beaucoup d'humeur et d'esprit de parti. Dieu saura faire tout servir à l'utilité de l'Église et à la manifestation de la vérité. J'espère encore que le retour de M. le cardinal de Rohan mettra un peu plus de douceur et de modération dans les démarches. Ce qui me console, c'est que Votre Éminence conserve sa santé au milieu de tant d'agitations ; personne ne s'y intéresse plus que moi et n'est avec un attachement plus inviolable et plus respectueux, Monseigneur, etc.
DE MÂSSILLON. 259
1 ll%9
FRAGMENT
D'UNE LETTRE DE MASSILLON
au P. MAURE, de V Oratoire,
(Cité par le P. Bougbrel dans ses Mémoires pour servir d l'histoire de plusieurs hommes illustres de Provence, Paris, 1752.)
Nous nous avançons tous les jours vers réternité. Votre sort est infiniment préférable au mien : vous paraîtrez devant Dieu avec une sainte confiance. Vous lui présenterez des croix, des afflictions, des maladies : pour moi, je ne pourrai lui offrir que de vains titres, que des dignités.
au cardinal DE BJSSV, (Sur rorigioal.)
Monseigneur,
Le zèle de Votre Éminence pour l'Église ne se ralentit point avec les années, et vous nous en donnez tous les jours de nouveaux témoignages.
Je reçus, il y a quelque temps, la censure des propositions du P. le Courayer* que vous me fîtes l'honneur de m'envoyer. Il eût été honteux au clergé de France de laisser publier à la face de toute l'Europe une doctrine aussi téméraire, sans avoir paru la désapprouver. J'avais déjà lu son ouvrage, et la hardiesse de l'auteur, son ton décisif sur les opinions universellement reçues, ses adoucissements sur la doctrine des hérétiques, son afFeetation à dire des choses nouvelles et à trancher sur les plus douteuses et les plus délicates, m'avaient si fort déplu que je fus sur le point d'en écrire à Votre Éminence. Mais j'appris en même temps qae ce livre commençait à soulever les esprits, et ce soulèvement me promit une censure. Je l'ai trouvée fort solide, et rien n'a échappé aux lumières des censeurs.
J'ai M. l'évéque de Senez' dans mon diocèse, mais fort éloigné de la ville épiscopale et dans un pays de montagnes inabordable en hiver. On m'assure qu'il persiste toujours dans le mauvais parti qu'il a pris. Il est bien triste pour l'Église, Monseigneur, que des évéqùes qui auraient pu l'édifier et l'honorer par des mœurs épiscopales, la scandalisent et l'affligent par un esprit de schisme et de révolte. Je vous avoue que j'en ai le cœur percé de douleur, et j'espère toujours que Dieu nous consolera enfin et leur fera connaître
' Le P. Le Coarayer, bibliothécaire de Saiate-GeDevîèvey se rendit fameux par son attachement pour la réforme anglicane. On connaît surtout sa Dissertation sur la validité des ordinations anglicanes (1723), et sa Défense de la Dissertation (1725). Un grand nombre d'évéques de France écrivirent contre lui. Ce prêtre, ce religieux finit par se retirer en Angle» terre et par embrasser, ou à peu près, le protestantisme.
^ Soanen.
que la vérité, qu'ils cherchent et qu'ils croient aimer, ne peut se trouver dans la séparation et hors de la communion du reste des pasteurs.
J'ai rhonneur d'être avec un attachement respectueux,
Monseigneur,
De Votre Ëminence, Le très-humble et très-obéissant serviteur.
Ce 29 décembre 1727.
à SOANENy évêque de Senez»
(Copiée par M. de Grétftii et imprimée dans les Recueils indiques lettre XIX, p. 254, et citée en partie par d*Alember(.)
(Revue sur une ancienne copie.)
14 janvier 1728.
Il est vrai. Monseigneur, qu'ayant appris, il y a six ou sept mois, que vous étiez indisposé à la Chaise- Dieu, j'eus l'honneur de vous offrir le château de Beauregard pour y venir changer d'air, dans la persuasion où j'étais et où je suis encore * que la cour ne vous aurait point refusé, et à moi, cette consolation'.
La rigueur extrême de la saison me jette autour-
1 Dans la persuasion oit fêtais encore. Imprimés. ' V. les lettres de Soanen, t. IT, p. 61 et 68.
262 CORRESPONDANCE INEDITE
d'hui dans les mêmes inquiétudes à votre égai'd que j'avais alors ; c'est pourquoi je vous offre encore, avec un cœur bien sincère \ tout ce qui peut dépendre de moi pour vous ménager quelque adoucissement.
Il est bien triste ', Monseigneur, de souffrir, et de souffrir en vain. Le plaisir que vous trouve» dans vos peines n'en justifie pas ' le motif : vous savez que l'erleur a toujours eu ses martyrs, comme la vérité. Plus votre terme approche, plus vous devez examiner devant Dieu si vous ne prenez pas* le change, et s'il est possible que toute l'Église* ait canonisé l'erreur, et que vous seul , avec un petit nombre d'adhérents, soyez le défenseur de la vérité. Vous souffrez, ditesvous, pour empêcher que le molinisme ne devienne la doctrine de l'Église, et que le clergé de France " ne se départe de nos libertés et de nos maximes. Mais l'Église peut-elle jamais ériger en dogme une opinion fausse ou douteuse? Les portes de l'enfer pourraientelles donc prévaloir contre elle ^?
J'ai eu l'honneur de conférer avec la plupart des évêques de France sur ces matières; mais je n'en ai pas trouvé un seul qui ne fût porté à souffrir plus que vous ne souffrez, plutôt que d'abandonner l'ancienne doctrine et nos libertés. Vous prétendez qu'on y donne atteinte en condamnant l'appel interjeté de la bulle Vnigenitus; mais l'Église a toujours improuvé les
' A voire égard, et je vous offre avec... Imprimes. . ' // est triste. Imprimés.
3 Point, Imprimés, * Point, Imprimes.
5 S'il est possible que t Église, Imprimés.
« De France, omis par les Imprimés.
'Contre elle, mots omis par les Imprimes.
appels interjetés sur des matières déjà décidées. Nous conservons donc les ^ appels ; mais nous condamnons l'usage que vous en faites.
Vous affligez donc * l'Église par votre injuste séparation. Vous calomniez vos confrères ; vous nous regardez tous comme des déserteurs de la vérité, comme des évéques livrés à la cour, et disposés à tout sacrifier pour une misérable fortune : c'est là, du moins, le langage de vos adhérents.
Je suis assurément le plus faible et le plus imparfait de mes confrères; mais je vous déclare devant Dieu que c'est l'amour de l'Église et de sa doctrine tout seul, qui me retient dans l'union avec le Pape et tous mes confrères ; que je croirais être hors de l'Église si j'en étais séparé, et que je perdrais plutôt mille vies que de rompre les liens sacrés qui font toute ma sûreté et ma consolation.
Je demande tous les jours à Dieu, Monseigneur, qu'il vous mette dans les mêmes dispositions. Dépouillons-nous de toutes les ' complaisances inséparables de la singularité ; regardons comme des pièges * que nous tend l'orgueil, le* désir, souvent caché à nousmêmes, de nous donner en spectacle. Il est terrible d'être tout seul de son côté, et d'avoir contre soi tout ce qui porte un nom d'autorité dans l'Église : cette solitude, loin de flatter l'amour-propre, doit alarmer la foi. Il faut, pour être tranquille dans cet état, pou-
I Nos, Imprimés.
* Donc, omis par les Imprimés.
3 Ces, d*Auribeaa et Mélano^es. — Les, d*Alembert et Copie.
* Un piège, d'Auribeau et Mélanges. — Des pièges, d'AIcmbcrt et Copie. ' Ce, d*Auribeau et Mélanges. — Le, d'Alembert et Copie.
2t>i CORnESPONDANCE INEDITE
voir parvenir à se persuader qu'on est seul plus éclairé ou plus sincère que tout l'univers ensemble, et penser, comme le pharisien, qu'on n'est pas fait comme le reste des hommes.
Recevez, Monseigneur, ces effusions de mon cœur, avec la même simplicité que je lesf * épanche dans le vôtre* Elles ne sont, en effet, que les suites de rattachement tendre et respectueux avec lequel je suis, cette année et toutes celles qui la suivront', etc.
à SOANEN, évéqué de Senez.
(Copiée par M. de Créqai et imprimée dans les endroits indirjaés
lettre XIX, p. 254, et citée en partie par d'AIembert.
Bévue et complétée sur ancienne copie.)
19 janvier 1728 3.
Je crains. Monseigneur, qu'il ne me soit échappé, dans ma dernière lettre, quelque terme qui ait pu vous déplaire. Ce serait vitesse ou inattention, plutôt que mauvaise volonté. Je vous proteste que je ne me serais point permis de vous parler de ces tristes dissensions*, si vous ne m'en aviez donné lieu par votre lettre. Dieu m'est témoin que, loin de vouloir ajouter
* Je l'épanché, d'Aaribcaii et Mélanges. — Je lesépancU, d*Alembcr! et Copie.
* D'Auribeau ajoute : Monseigneur, voire...
' Ce 19 janvier. Copie.
Diseussions, d'Auribeau.
une nouvelle douleur à vos chaînes*, je souhaiterais pouvoir les partager avec vous, pour vous en soulager, sans être de part * néanmoins au motif qui vous les fait sou£Frir.
Si vous connaissiez. Monseigneur, mon respect pour votre âge,pourvosvertusépiscopales et pour vos talents, vous connaîtriez que tout ce que j'ai l'honneur de vous écrire, ne part que de Taffliction profonde oii je suis de voir tous les dons que vous avez reçus du ciel pour l'utilité et l'édification de l'Église, tourner contre elle.
Je ne voudrais, pour me défier de la bonté de votre cause, que les écrits ' odieux que vos apologistes répandent tous les jours dans le public. Je ne compte pour rien les invectives et les satires dont ils sont assaisonnés contre le Pape, et ce qu'il y a de plus* respectable dans l'Église ; ce qui a toujours été, comme vous le savez, le style du schisme et de l'erreur*. Il n'y a plus de décisions, il n'y a plus d'Église que le concile ne soit assemblé. La voix unanime du Pape et de tous les évéques ensemble n'est qu'un vain son * ; Jésus-Christ n'est plus avec nous; il faut retournera Trente pour le ^ trouver. En attendant, tout particulier peut dogmatiser, et nulle autorité n'est en droit de lui imposer silence. Quand tout le corps des pasteurs se réunirait pour le condamner, ce ne serait pas
' Peines, d'Âuribeau et Mélanges. — Chaînes, d'Alembert et Copie. ^ Sans partager, d'Alembert et d'Auribeau. — Mot laissé en blanc dans les Mélanges.
^ Lire les écrits, d'Auribeau et Mélanges.
^ Plus, omit. d'Auribeau et Mélanges.
^ Les Imprimés ajoutent ici : Mais tous les principes y sont renversés.
" Pfestplus quun, Imprimés.
^ hy. Imprimés.
rÉglise, qui n'existe point jusqu'à la tenue du concile, et l'anathème retomberait sur eux.
Je viens de lire un livre intitulé : Jésus-Christ sous Vanathème. L'auteur y décide nettement que comme la synag;og;ue prévariqua en condamnant Jésus-Christ, l'Église a prévariqué en condamnant le P. Quesnel; que l'Église aujourd'hui', comme la synagogue alors, est dans la défection générale, prédite dans l'Évangile ; que les Pharisiens et les Saducéens sont encore parmi nous les maîtres de la doctrine, c'est-à-dire les Jésuites désignés* par les premiers, qui n'ont qu'une écorce de religion; et les évéques, marqués par les Saducéens, qui n'en ont point ' du tout.
Ces blasphèmes, mon cher seigneur, ne font-ils pas horreur à votre piété? Une bonne cause serait-elle défendue par de tels excès ; ou plutôt, quand il faut nécessairement en venir là pour la défendre, n'est-ce pas la marquer* d'un caractère de réprobation? Peuton être en sûreté à l'abri de ces impiétés?
Ne laissez pas * séduire, mon très-respectable seigneur*, votre zèle et votre bonne foi par les louanges de ceux qui vous applaudissent : ce sont des esprits factieux et excessifs, et vous devriez les avoir assez ' connus. S'ils voulaient s'en tenir précisément au dogme', nous serions bientôt d'accord; mais ils ou-
^. Aujourd'hui, ce mot ne se trouve que daas la Copie.
* Désignés, d*AIembert et Copie. — Dénotés, Al.
' PaSf Hesmjvy d'Auribeau seul.
^ La marque, Hesmivy et Mélanges.
^ PoinU Hesmivy et Mélanges.
^ Mon cher seigneur, les mémei.
' Assez, omît. Hesmivy.
« S'iis voulaient précisément soutenir un dojme, Hesmivy et Mélanges.
trenttout, et c'est ce que la sagesse de l'Église ne souffrira jamais.
Les Jésuites ont leurs opinions, que l'Église tolère; mais croyez-vous que la plupart des évêques pensent et enseignent comme eux? Je puis vous attester le contraire. Au lieu de vous unir à nous pour nous aider à soutenir l'ancienne ' doctrine et la saine morale, vous nous affaiblissez en vous séparant de nous ; vous donnez de nouvelles armes au molinisme ; vous aidez ses sectateurs à persuader au monde qu'on ne peut combattre leur doctrine sans tomber dans des excès opposés; et votre conduite seule serait capable de la faire prévaloir, si l'erreur pouvait prévaloir sur la vérité *. Unlssez-tous donc à nous. Monseigneur; votre zèle et vos lumières nous seront d'un grand secours. Venez défendre avec nous la vérité, mais avec les armes de l'Église, mais dans son sein, mais sous ses étendards, mêlé ' avec vos confrères qui vous aiment, qui vous chérissent*, qui' donneraient leur vie pour vous arracher du camp ennemi, auquel vous n'appartenez point. Pouvez-vous vous persuader que vous ne seriez point en sûreté, uni à la chaire de Rome ® et à tout l'épiscopat, et que vous n'avez rien à craindre tout seul? Quand je dis tout seul ^ j'en dis de même de tous vos adhérents; vous êtes seuls, comparés au reste de
1 La même doctrine, Hesmiyy et Mélanges.
^ Les Mélanges et d'Auribeau tronquent ainsi cette phrase : Et votie conduite seule serait capable de la faire valoir sur la vérité. ^ Mais, Imprimés.
* Qui vous chérissent, mots omis par les Imprimes. ^ Et qui. Imprimes.
^ A la mère Eglise de Rome, Imprimés.
' Quand je dis tout seul, membre de phrase nr'gligé par les Imprimés.
2ii8 CORRESPONDANCE INEDITE
IT^glise. Vous avez été élevé dans son sein, vous v avez vieilli; vous Tavez édifiée par vos mœurs et par vos talents ; vous l'aimez ' ; ne doit-il pas être douloureux pour vous, à la fin de votre carrière, de la voir armée contre vous, et de mourir dans sa haine et sa disgrâce? Remettez-vous-en à elle des intérêts delà vérité que vous croyez soutenir. Confiez-lui vos peines* et vos alarmes, non comme un maître qui veut lui prescrire des lois, mais comme un enfant qui veut écouter ses instructions. N'attendez pas* cette Église à venir assemblée, pour lui donner des marques de votre docilité. Vos jours sont trop avancés pour vous flatter de la voir jamais. Donnez-en* à l'Église que vous voyez, et qui est une, toujours * la même , qu'elle soit assemblée ou dispersée. Vous réjouirez les anges du ciel : votre exemple sera peut-être le remède que Jésus-Christ prépare aux maux de son Église*. Quelle consolation pour vous, mon cher seigneur', de mourir dans son baiser de paix! Quelle joie pour moi de voir rentrer dans le port un confrère chéri, que la tempête avait exposé à un triste naufrage! N'écoutez là-dessus que les mouvements de votre piété tendre et solide • ; fermez l'oreille aux sollicitations étrangères. Ceux qui vous tentent* sont des
' Vous l'avez édifiée par vos mœurs et par vos talents; vous f aimez, mots omis par les Imprimes.
' Vos craintes. Imprimés.
^ Point, Imprimés.
* Donnez-les, Imprimés.
^ Et toujours. Imprimés.
« De l'Église, Imprimés.
"^Monseigneur, Imprimés.
' Tendre et solide, omis par les Imprimés.
• Ceux qui vous tentent sont. Copie. — Ce sont. Imprimés.
liommes nourris dans le trouble, et dans Tamour de la singularité, et qui ne peuvent inspirer que Tamour de la dissension dont ils sont remplis \
Je crois que j'aurai, cet été, la consolation de vous aller voir à la Chaise-Dieu.
Comme je ne serai point en visite ' épiscopale, rien n'y tirera à conséquence pour la prétendue exemption de cette abbaye. J'y trouverai un ancien confrère, que tant de liens d'éducation et de caractère nie rendent infiniment cher. Eh ' ! quelle joie pour moi de pouvoir os ad os loqui, et vous marquer le respect et l'attachement avec lequel je suis, etc.
Vous comprenez bien, mon cher seigneur, que mes lettres ne sont que pour vous seul. Vous m'ôteriez la consolation d'avoir jamais aucun commerce avec vous, si je croyais qu'elles pussent passer en d'autres mains.
(Sur Tautographe faisant partie da cabinet de M. Chambry.)
Monsieur,
J'ai Fhonneur de vous adresser une requête que je présente au Roi, afin qu'il me soit permis de faire
' Dans le trouble ou dans Vamour de la dissension dont ils sont remplis. Imprimés.
' Comme je ny ferai point une visite. Imprimés. ^ Ehf ezclamatioa omise par les Imprimés.
270 CORRESPONDANCE INEDITE
couper un bois de chêne de haute futaie, dépendant de mon évêchë. J'expose dans ma requête une partie des raisons qui- m'obligent à demander cette grâce à Sa Majesté, et à vous conjurer. Monsieur, de m'aider à l'obtenir.
P Ce bois est sur son retour, et il va dépérir et devenir inutile si on diffère de le couper;
2* Il est fort éloigné des deux châteaux que l'évéque de Clermont possède à la campagne, et par conséquent pillé et dégradé tous les jours, et en danger de l'être totalement, sans qu'on y puisse remédier;
3* Cet évéché, un des plus grands du royaume, est en même temps un des plus pauvres, et le produit de ce bois qui serait placé en fonds de concert avec l'intendant de la province, lui ferait une petite augmentation de revenu.
Une quatrième raison que je n'ai pas mise par ma bienséance dans ma requête, c'est que mon prédécesseur qui avait déjà obtenu du Roi la permission d'en faire couper une partie dont le produit fut placé sur l'hôtel de ville de Paris, quelques années après, en fit couper encore autant sans permission et sans lettres patentes enregistrées au Parlement. On m'informa de cet abus dès que je fus nommé. J'en portai mes plaintes à M. Fagon', chargé alors du département des bois, et qui est au fait de toute cette afiFaire. Je voulus m'en prendre à la succession de mon prédécesseur, il ne s'y trouva rien. Je poursuivis les marchands qui avaient acheté ce bois en fraude, et je n'en eus point de justice. Or, comme cet évêché est fort
' Fagon, fils du premier médecia du Roi, conseiller d*£tat du bureau des finances.
pauvre, il pourrait arriver que quelqu'un de mes successeurs suivît ces mauvais exemples, et achevât de le ruiner.
Je n'ajoute pas à toutes ces raisons, Monsieur, que feu M. le duc d'Orléans, quand il m'eut fait l'honneur de me nommer à cet évéché, comme le change était alors excessif, et que les bulles montaient à vingt mille écus, m'accorda la coupe de ce bois pour m'aider à payer une partie de cette taxe. Je n'usai point de la permission que j'avais, et ne crus pas pouvoir en conscience me servir pour mes intérêts seuls d'un fonds appartenant a un évéché déjà très-pauvre.
Au reste. Monsieur, ce n'est pas pour moi que je voudrais un peu augmenter l'état de cet évéché. J'ai plus de revenus qu'il ne m'en faut par une abbaye considérable que M. le duc d'Orléans eut la bonté de me donner' ; c'est pour l'évéché même. Il est si pauvre, et je l'ai trouvé dans un état si déplorable, qu'aucun évéque n'y pourrait subsister. J'y fais tous les jours des réparations et des améliorations, et j'espère le laisser en meilleur état que je ne l'ai reçu.
Ayez la bonté. Monsieur, de me seconder dans ce dessein; je l'attends de votre équité et de l'attachement respectueux avec lequel j'ai l'honneur d'être, Monsieur,
Votre humble et obéissant serviteur.
A Clermoat, ce 18 février 1728.
1 SaTÎçny, Sanctœ Maria: de Savigntaco, de TOrdre de Cîleaaz, dont le commanditaire touchait alors douze à treize mille livres de rente. Sayiçny était dans le diocèse d'Ayranches, près de Mortain.
272 CORBESPONDANCE INEDITE
a Vévêcfue de *** *,
{British Muséum, fonds additionnel 21514, p. 319 et 310, publiée par M. Gastaye Masson, Bulletin du bouquiniste, 1878, 2* série, p. 307.)
La demande que vous m'avez faite, Monseigneur, étant juste, je me suis aussitôt empressé d'y faire droit; c'est avec plaisir que je vous l'apprends. Vous pouvez donc dès à présent rappeler cet honnête ecclésiastique dans votre diocèse. Je ne pense pas devoir de sitôt quitter le mien; toutefois je puis vous assurer que si j'en sors, ce sera pour venir vous voir. J'ai besoin de me concerter avec vous sur la rédaction de ce nouveau Mémoire ; vos lumières me seront d'un grand secours dans cette affaire, et je les réclame dès aujourd'hui avec toute l'insistance possible, au nom de cette humanité qui vous est si chère.
Je suis, Monseigneur, avec l'estime la plus parfaite, votre très-obéissant serviteur.
Ce 11 mars.
* M. Gustare Masson donne cette lettre comme adressée â Huet le 11 mars 1717. Mais 1« à celte date Huet n'était plus évéque d*Ayranchcs, et 2® Massillon n'était pas encore nommé à Clermont.
à M. DE TOUMOUVME, évêque de Rodez K
(Copiée par M. de Créqaî et imprimée dans les Mélanges de philosophie, réimprimée par Tabbé d*Auribeaa et citée ea partie par d'Alembert.)
(Revue sur une ancienne copie.)
28 février 1728.
Il est vrai, mon cher Seigneur, que je n'aurais pas été d'avis ni de la démarche que vous avez cru devoir faire, ni de la manière dont elle s'est faite. Il y aurait eu des moyens de la rendre plus utile, supposé qu'elle eût été nécessaire; et si j'avais pu conférer avec vous là-dessus ', je me flatte que vous n'auriez pas été éloigné de ma façon de penser.
Les remèdes qui aigrissent le mal sont de nouvelles plaies qu'on fait ' à l'Église. Il est certain qu'il y a de l'excès et de la révolte dans le parti. Ceux qui sont à la tête et qui écrivent pour sa défense sont des esprits outrés, qui passent le but sur toutes les matières qu'ils traitent ; et si leur cause était bonne, ils réussiraient à la rendre mauvaise par leur * façon de la soutenir. Il est vrai encore * que, de l'autre côté, on ne s'en est pas toujours tenu aux justes
* M. de Tourouvrc était un des dopze évéqnes qui, le 28 octobre 1727, écrivirent à Louis X.V en faveur de Soanen.
* Là-dessus, omi(. Imprimés.
3 Une nouvelle plaie que ton afaite, d*Auribean. — QueConfait, Mél.mjjcs,
* La,' d*Auribeau, Mél.
^ Encore, omit. d'Alembsrt. ,
274 CORRESPONDANCE INEDITE
bornes \ et qu'on a défendu TËglise avec des armes qui raÉfaiblissaient ' et qui relevaient le courage de ceux qu'on voulait abattre. Il y a des esprits excessifs partout.
Quel parti donc à prendre ', mon cher seigneur, pour des évêques qui aiment la paix et la vérité? II n'y a point à délibérer * : il faut prendre le parti qui n'est point parti, c'est-à-dire précisément celui de l'Église, qui désavoue, et ceux qui la défendent mal, et ceux qui l'attaquent. C'est le seul moyen de se rendre utile et de ramener les esprits.
Je connais, comme vous savez, le caractère ® des appelants ', et c'est parce que je les connais, que dans aucun temps il ne m'a ' été possible de les goûter : orgueil, amour de la singularité, mépris pour tout ce qui ne pense pas comme eux, quelque rang qu'on puisse tenir dans l'Église ; partis extrêmes sur tout •, hardiesse à décider et à revenir ' sur tout ce qu'il y a de mieux établi ; nulle règle, nul amour de la paix ; une intrigue et une cabale éternelle et puérile** : les ignorants, les femmes, les dévotes, les mondains, tout leur est bon ".Si vous les connaissez, les voilà. Je les ai
^ On ne s*est pas toujours tenu dans les justes bornes. Mélanges et d'Aur.
* Qui affaiblissent sa cause, d'Alembert.
3 Reste-t-il à prendre, d'AIembert. — Mon cher seigneur, omis par les Imprimes.
* // n'y a point à délibérer, omît. d'Alembert. ^ Assez, d'Auribeau, Mélanges.
^ Les appelants. Mélanges, d'Auribeau.
"^ Point, Mélanges et d*Auribeaii.
* Parti extrême. Mélanges, d*Auribeaa. — Sur tout, omit. d*Alembert.
* Et à revenir, ue se trouve pas dans d'Alembert» 1^ Étemelle seulement. Mélanges et d'Auribeau.
'* Les talcs, les femmes, les dévêtes, les mondains, tout leur est bon^ Mélanges et d'Aur'beau»
toujours VUS tels de mes propres yeux, pendant près de trente ans que j'ai été à Paris. En vérité, mon cher Seigneur, un homme sensé et qui a un peu vécu ne peut que revenir de ce parti, s'il a été capable d'y donner dans ses jeunes ans; et d'autant plus que, pour peu qu'on paraisse les favoriser, ils vous associent, ils grossissent leur liste de votre nom ; ils chantent victoire, comme si vous pensiez de même qu'eux, et prennent une condescendance charitable ' pour une adhésion totale à leur entêtement.
Ainsi, mon cher Seigneur, laissez-les continuer tant qu'ils voudront; ce n'est point ainsi que l'on défend la vérité : c'est en front de bandière, pour parler militairement, enseignes déployées, et avec le gros de l'armée. Les voies singulières n'ont jamais prospéré. L'autorité et le consentement public ont toujours pris le dessus. Les doctrines outrées n'ont qu'un temps. La mode passe : il n'est plus du bon air d'être frondeur ; on laisse crier le petit nombre de désespérés, qui se font un mérite de s'obstiner; le bon sens et la règle prennent * la place du parti.
Vous me connaîtriez peu, mon cher Seigneur, si vous croyiez que votre démarche pût diminuer mon tendre attachement ' pour vous : j'ai désapprouvé la démarche, sans condamner la personne. Je connais trop la droiture de votre cœur, la candeur de votre piété, votre éloignement des discussions, et votre amour pour l'Église. Je suis persuadé que vous avez pris dans ces dispositions, si dignes de l'épiscopat,
' De charité, Mélan{;es et d'Auribeau.
' Prennent enfin. Mélanges et d'Auribeau.
• Mon respect et mon attachement tendre. Mélanges et d'Auribeau.
276 CORRESPONDANCE INEDITE
les motifs qui vous ont fait agir. L'exemple de vos confrères vous a rassuré. Vous vous proposiez un bien \ vous vouliez courir au secours d'un confrère que vous croyiez injustement persécuté; vous avez nui à sa cause en voulant la défendre. Il Ibllait demander justice des procédés, s'il y en avait eu d'illégitimes à son égard, et ne pas justifier sa conduite, qui n'était * susceptible d'aucune justification. Vous pouviez condamner les juges, s'ils avaient prévariqué ; mais il ne fallait pas absoudre le coupable. Je le plaignais comme vous ; je respectais son âge , son caractère, ses mœurs épiscopales ; mais je voyais avec dou leur qu'il nous avait ôté lui-même tous les moyens ' de le défendre.
Je reçois quelquefois de ses nouvelles. Il ne cesse de me dire qu'il ne souffre que pour défendre * la grâce efficace et les libertés * dç l'Église de France *. J'ai beau lui répondre que, sur ce pied-là, de cent vingt ' évéques que nous sommes, il y en aurait au moins cent d'exilés. Le ' bon vieillard n'entend rien; il ne perd pas de vue son fantôme. Ses correspondants abusent de sa simplicité, et le lui grossissent sans cesse, avec des éloges si pompeux sur sa fermeté, qu'il est surpris que nous ne donnions pas tous dans un piège si usé, et où il n'y a que des enfants
* Et vous vouliez. Mélanges et d'Aurîbeaa.
* Qui n'est, Ibîd.
^ Les moyens seulement, Ibid.
* Pour la défense de..,, et de... Ibîd.
s Et la liberté, d'Alembert.
^ Gallictme, Mélaoges et d'Aaribeaa.
^ Cent vingt, d*Alembert ; cent. Al *• Ce, Mélançei et d'Auribcau.
OU des tètes échauffées qui puissent se prendre '• J'espère que Dieu aui*a égard à ses intentions *; mais comme * je le connais de longue main, je crains fort qu'il n'entre dans sa conduite un peu de complaisance sur les applaudissements du parti, et sur le triste spectacle qu'il donne à l'Église.
Vous voyez, mon cher Seigneur, par la confiance avec laquelle je vous parle sur des matières sur lesquelles j'ai fait profession de garder un profond silence, que rien ne s'est passé de nouveau dans mon cœur sur votre compte, qu'un nouveau désir de recevoir plus souvent de vos nouvelles, et un renouvellement de la tendresse et du respect avec lesquels je serai * toute ma vie votre très-humble, etc. *.
1 Sy prendre. Mélanges et d*Auribeau.
* J*espère que Dieu aura éyard à vos interUions, Ibid. // espère, d'Al. ^ Mais je les connais, Ibid.
* Avec lesquels je suis. Mélanges et d'Auribeau.
^ Soanea (t. III, p. 515} écrÎTait en 1732 à Colbert de Croissy : « Il ni>st rerenu de Clermont qac le pasteur avait écrit aae lettre à M. de Castries et une autre à M. de Rodez. Je crois vous avoir mandé dans ma dernière, et je vous prie de nouveau, Monseigneur, de me faire la grâce de savoir d'eux bien positivement si le f>it est vrai, et si les deux seigneur;^ ii*ont pas sujet de penser que leurs deui lettres ont été écrites par un ordre d'en haut. Cela me servira à me convaincre que celle qu'on m'a écrite vient de la même source. •
278 CORRESPONDANCE INEDITE